Mardi 18 novembre 2008

Ceci s’adresse aux enseignants en grève jeudi …

… Et mérite un préambule que voici : Je suis de tout cœur avec vous.

Mais.

Mais je suis de toute façon, viscéralement acquis à votre lutte, donc il n’est pas très difficile de me convaincre de l’utilité de votre action. Mais également, je ne suis malheureusement pas représentatif de la population française (sinon, on n’aurait pas le président et l’assemblée qu’on a), ni même de la masse des parents d’élèves.

Or notre cher gouvernement, et ses chiens de garde de l’administration de l’éducation nationale communiquent beaucoup mieux que vous. Je sais qu’il y a grève jeudi. Comme je m’intéresse, je devine pourquoi. Ou du moins, je pourrai citer des dizaines de raisons, sans savoir très précisément si la grève est motivée par toutes, ou par certaines d’entre elles.

Donc, une fois de plus, votre grève va mal passer, alors que ce sont les parents qui devraient être dans la rue. Une petite suggestion donc, à faire passer, si jamais quelques enseignants visitent parfois ce blog.

Pourquoi ne pas mettre par écrit, de façon claire et illustrée (et oui, pour être compris de tous il faut illustrer par des exemples qui font pleurer dans les chaumières, ou qui inquiètent le quidam) la casse en cours ? Et se rapprocher des fédérations de parents (les bonnes bien sûr, pas celles qui hurlent que les enseignants sont des privilégiés qui ne veulent pas travailler et ont trop de vacances) pour faire distribuer, toutes les semaines, une petit trac, clair, concis, qui expose un raison par semaine. Et faire monter la grogne.

Comme ça, à communiquant, communiquant et demi. Et je suis prêt à faire les sorties des écoles (en tout bien tout honneur), parce que, finalement, c’est moi et mes enfants que vous défendez. Alors c’est à moi, et mes enfants, de nous bouger le cul.

Et dans quelques semaines, des hordes de parents déchaînés accompagnés de minots hilares déverseront des tombereaux de couches usagées devant le ministère, envahiront les rectorats scélérats, passeront les inspecteurs complices aux goudron et aux plumes, renverseront les mairies qui organisent la garde les jours de grève, et obligeront l’incapable en chef à apprendre à faire une règle de trois.

Chiche !

Pour finir, et sourire, Jean-Pierre Martin, sur son blog, pose la vraie question : Faut-il laisser en liberté les députés UMP ?
par Jean-Marc Laherrère publié dans : Mauvaise humeur
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Dimanche 16 novembre 2008
Ouf ! Fin d'un week-end chargé. Mais Snif, fin d'un week-end intéressant.

Après Montepellier, c'était cet après-midi à Toulouse la rencontre avec les filles du noir, à savoir Patricia Parry, Fabienne Ferrère, Solenn Colléter, Magali Duru et Emmanuelle Urien.

Une rencontre pleinement réussie, et très frustrante, du moins pour moi.

Frustrante parce que 1H30, sans possibilité de déborder parce qu'il y avait une autre rencontre après, pour discuter avec cinq auteurs qui ont des choses à dire c'est très court. Et du coup, il y a plein de sujets que j'aurais voulu aborder (et elles aussi) qui sont restés sur la touche.

Réussie, tout d'abord parce qu'il y avait du monde et que les gens dans la salle ont participé.

Réussie aussi parce que l'idée d'une lecture croisée (qui était leur idée), s'est révélée excellente. Il faudrait demander leur avis aux spectateurs, mais moi je me suis régalé.

Réussie pour finir, parce qu'on a eu là l'exemple de ce qui pour moi fait toute la différence entre un débat "live", et un interview par mail (l'autre extrême). C'est à dire qu'à partir de quelques questions préparées, de quelques commentaires de hasard, les unes et les autres ont rebondi, se sont répondues, et ont fini là où personne n'avait prévu d'aller.

Merci aux spectateurs, et merci aux filles du noir.
par Jean-Marc Laherrère publié dans : Polars divers
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Samedi 15 novembre 2008
Un grand merci à l'équipe de la médiathèque Jean-Jacques Rousseau de Montpellier, qui m'a donné l'occasion de me livrer à une de mes activités préférées : discuter polar avec des passionnés.

La rencontre était parfaitement préparée, une superbe bibliographie réalisée, et une bonne quinzaine de personnes au rendez-vous.

Résultat, presque deux heures de tchatche, pour présenter ces polars que j'aime tant, et qui ne sont pas toujours aussi connus qu'ils le méritent.

Deux heures avec des lecteurs enchantés de découvrir de nouveaux auteurs, de nouvelles pistes de lecture, mais également des lecteurs qui, pour certains, connaissaient déjà bien, voire très bien, les auteurs en question.

Deux heures à parler de Chavarria, Medina, Chainas, Carlotto ou Meyer. Et pas un mot de Millenium ou du Da Vinci ! Le bonheur.

Ajoutez à ça, un accueil chaleureux, et le plaisir de voir l'infatigable Michel, grand ordonateur du festival de Frontignan. De quoi donner envie de recommencer ...

Merci à tous.
par Jean-Marc Laherrère publié dans : Polars divers
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Jeudi 13 novembre 2008

Tout d’abord un petit rappel.

Je serai à Montpellier, à la médiathèque Jean-Jacques Rousseau, samedi matin à partir de 10h30, et dimanche après-midi à Toulouse, au centre Pierre Baudis à 14h00 pour animer la rencontre avec les filles du noir. Explications ici.

Et maintenant, un super scoop !

Il vient une fois de plus du blog de Sarah Weinman, il concerne, déjà, le prochain Lehane. C’est là, et c’est en grand-breton.

Et maintenant, comme je vais avoir un week-end bien rempli, à la semaine prochaine.

par Jean-Marc Laherrère publié dans : Polars divers communauté : Le monde du polar
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Jeudi 13 novembre 2008

Laure devrait être contente. Après une enfance et une adolescence difficiles, elle est amoureuse de Martin, et vient de rentrer, avec lui, dans l'une des plus prestigieuses écoles préparatoires de France. La voie royale (dit-on), vers les plus hautes destinées. Le week-end d'intégration s'est plutôt bien passé, et les autres élèves sont beaucoup moins ennuyeux qu'elle ne le craignait.

Mais le dimanche, en fin d'après-midi, l'enfer commence. Bizutage intensif, violences physiques et surtout psychologiques, humiliation permanente, privation de sommeil et d'intimité … Tout cela au nom de la tradition, et soi-disant pour souder les élèves. Cent fois Laure est sur le point de se rebeller, cent fois elle courbe la tête, se haïssant pour sa lâcheté. Ce qui pourrait n'être "que" traumatisant tourne au drame dès le premier soir. Laure aperçoit, un instant, un corps désarticulé dans la cour. Mais rien, aucune réaction, personne ne dit rien. A-t-elle rêvé ? Est-ce une manipulation de plus ? Ou le bizutage a-t-il vraiment dérapé ce soir là ?

Malgré une maigre intrigue policière qui vient mettre du piment et du suspense dans ce roman, Je suis morte et je n’ai rien appris de Solenn Colléter n’est pas un polar. L’enquête est anecdotique, et le sujet est ailleurs. Le sujet c'est le bizutage que l’on croyait pourtant disparu.

Au-delà de la description des faits, c’est surtout le démontage des mécanismes qui font que des jeunes gens, a priori sains d'esprits, acceptent de se faire humilier une semaine durant, sans jamais se révolter. Comment cette manipulation, car cela en est bien une, va en faire, quand leur tour viendra, de parfaits bourreaux, qui se seront auto persuadés que, finalement, ils s'étaient bien amusés.

Comment également, des fils et filles de très bonne famille, ainsi que tout leur entourage, qui feraient sans doute un procès retentissant au premier enseignant  qui oserait ne serait-ce que lever la main sur eux, ou au premier minot qui oserait les traiter de quelques inoffensifs nom d’oiseaux, acceptent de subir les pires sévices, parce qu'ils sont entre eux, parce c’est la tradition, parce que ces choses là ne doivent pas sortir d’une certain cercle, parce ce serait sans doute trop humiliant que cela se sache, parce que ?

Tout cela est palpable dans le roman, que l'on lit dans un état de stupéfaction permanent. On sent la fatigue, le sentiment de dégoût, de haine pour ce qu’on accepte, l’imbécillité, le sadisme adolescent, l’incompréhension … Avant de se demander, bien entendu, comment on aurait réagi soi-même, à cet âge là.

Parce qu’il est trop facile de se dire qu’à plus de 40 ans (ben oui, c’est triste à dire, mais j’ai plus de 40 ans), le premier qui approche aurait pris un pied, une main, une pala (pour les gens du sud-ouest), ou tout autre ustensile pour les autres, dans la tronche (ou ailleurs). Si on y pense deux fois, on se demande forcément ce qu’on aurait fait à 17 ou 18 ans, quand on est encore fragile, et qu’on a l’impression que si l’on craque, on ne pourra pas rester dans cette école, et que, forcément, on hypothéquera son avenir. Question intéressante, à laquelle il est bien difficile de répondre honnêtement …

Solenn Colléter, Je suis morte et je n’ai rien appris, Albin Michel (2007).

par Jean-Marc Laherrère publié dans : Blanche communauté : SOIF DE LIRE...
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Mardi 11 novembre 2008

« Combien de doigts, pense Broadstreet. Combien de doigts, combien d’orteils, combien de sang dans le béton de la ville ? Combien de corps fossilisés dans les soubassements des tours de béton, dans les piliers des ponts, dans les murs des barrages ? Leurs cris pétrifiés, leurs bras et leurs jambes éternellement pétrifiés. Quand le tremblement de terre se produira, ils seront libérés. Ca fera autant de squelettes protégés par des casques, espérant qu’il s’agit du Jugement dernier. Ce ne sera pas le cas. » Noir Béton, Eric Miles Williamson.

Broadstreet, Rex, Juan, Don Gordo, Root … et quelques autres construisent l'Amérique, jour après jour, en projetant de la gunite, ce mélange de ciment, de sable et d'eau, sur les piliers des ponts, les parois de réservoirs ou les murs d'édifices qu'il faut consolider. La gunite est leur vie, elle les imprègne, pénètre leurs yeux, leur peau, leur sang. Pour tenir, il y a l'alcool, la drogue et la violence. Souvent, l'accident, et c'est la mutilation ou la mort. Les patrons sont sans pitié, les syndicats inexistants. Jour après jour, ils luttent, souffrent, construisent. Jour après jour ils sont fiers de faire un boulot dont personne ne veut, un boulot trop dur pour le commun des mortels.

Après le magnifique Gris-Oakland, paru dans La Noire en 2003, voici Noir Béton. Un béton trempé dans le sang des hommes qui, immanquablement, un jour ou l'autre, finissent par mourir d'épuisement ou d'accident. Là où Gris-Oakland laissait au personnage principal une échappatoire à travers la musique, Noir Béton ne laisse aucun espoir. Apre, dur, violent, le monde sans pitié de ces travailleurs n'est ici éclairé par rien, ou presque. Juste une soirée, encore en musique, où certains fraternisent, par-delà leurs différences. Le reste du temps, rien, pas une lueur. Juste une lente déchéance, l'alcool de plus en plus indispensable pour calmer les douleurs, pour ne pas rêver et pouvoir dormir.

Ce n'est pas un livre aimable, mais c'est un livre beau. Noir, rugueux, âpre, mais beau, paradoxalement. Beau comme la folie qui les prend, beau comme leur fierté absurde de laisser des traces de leur passage sur terre, beau comme quelques notes de trompette volées, beau comme quelques instants de solidarité.

Avec Thomas Kelly, ou le regretté Larry Brown, Eric Miles Williamson fait partie de ces écrivains américains qui donnent une voix à ceux qui travaillent de leur mains. Ni flics, ni truands, ni avocats,  journalistes ou privés, pas davantage putes, macs ou exclus vivant en marge, ils ont un boulot, dur, violent, dont ils sont fiers, et, d’une certaine façon, sont parfaitement intégrés à la société. Noir béton n’est pas un polar, il n’y a pas d’intrigue, d’enquête, même s’il y a des morts, dont le sort est ouvertement accepté par tous, mais c’est un sacré roman noir. Un roman noir héritier du roman social. La France avait Emile Zola, l’Angleterre Charles Dickens, les US ont Williamson, Brown, Kelly … Nous attendons encore notre Zola contemporain …

Eric Miles Williamson / Noir béton (Two-up, 2006), Fayard/Noir (2008), traduit de l’américain par Christophe Mercier.

par Jean-Marc Laherrère publié dans : Polars américains communauté : Le monde du polar
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Dimanche 9 novembre 2008

Fin XIX°, Paris. Un jeune viennois nommé Freud suit passionnément les cours ébouriffants du professeur Charcot. Il se rapproche du maître quand plusieurs personnes de son entourage sont assassinées de façon spectaculaire. La même mise en scène se répète d'un meurtre à l'autre. Avec ses amis Jacob et Rachel ils vont affronter ce qu'on n'appelle pas encore un tueur en série.

2008, Toulouse. Lors d'un congrès de psychanalyse fort médiatique, un participant très en vue est retrouvé assassiné. Anne, l'ex épouse d'Antoine Le Tellier est la première sur les lieux. Choquée par la scène, elle est encore plus secouée quand elle reçoit anonymement des carnets, écrits par un proche de Freud, qui décrivent les meurtres auxquels fut confronté le maître. Plus de 100 ans plus tard, l'histoire paraît se répéter ; Anne, Antoine et leur ami Sami Dayan vont affronter un nouveau tueur qui semble s'inspirer du passé.

Après Petits arrangements avec l'infâme, revoici Antoine Le Tellier, le psy beau gosse à la Porsche. Une suite dans le droit fil du premier épisode. Les amateurs de noir pur et dur vont reprocher une fois de plus à Patricia Parry d'être trop gentille avec ses personnages : Tous s'en sortent (sauf les méchants), sans de vrais dommages. Un peu de peur, pas de mal, et un happy end. Quand on est habitué aux Jack Taylor, Shugrue ou Harry Hole, il est vrai que le séduisant Antoine est un peu lisse : pas de bosses, jamais HS, souvent secoué ou inquiet, mais tout s’arrange toujours. Mais c’est comme ça, Patricia Parry n’est pas méchante et ne veut pas cabosser son Antoine !

Ceci dit, son talent est ailleurs. Dans sa façon de mêler passé et présent (comme dans l'épisode précédent), dans son sens de la construction et du rythme. Une fois de plus, difficile de refermer le bouquin une fois que l'on a attaqué le sprint final. Les allers-retours entre les deux époques fort bien maîtrisés donnent un excellent rythme au récit. De toute évidence, Patricia Parry a lu les grands maîtres de la littérature populaire (et en particulier les feuilletonistes), et a parfaitement compris et intégré leur technique imparable de récit : le héros est suspendu au bord de la falaise, ou horrifié devant le spectacle découvert en ouvrant la porte interdite et … on passe à autre chose laissant le lecteur dans un état de fébrilité avancé …

En prime on a aussi droit à une visite de la naissance de la psychanalyse qui est loin d'être inintéressante pour l'ignare moyen, moi par exemple. Et à la description sans complaisance, mais non sans humour, du petit (mais influent) monde de la psychanalyse et de la psychiatrie. Un milieu qui, sous la plume fort bien renseignée de l’auteur, ressemble à un beau nœud de serpents !

Patricia Parry / Cinq leçons sur le crime et l’hystérie, Seuil (2008).

par Jean-Marc Laherrère publié dans : Polars français communauté : Le monde du polar
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Samedi 8 novembre 2008

Pour mes nombreux fans, je serai partout le week-end du 15 et 16 novembre !

Samedi 15, je discuterai de mes coups de cœur avec les lecteurs de la médiathèque Jean-Jacques Rousseau à Montpellier à partir de 10h30. Pour plus de renseignements vous pouvez aller directement sur leur site.

 

Le lendemain, le dimanche 16 à 14h00, j’animerai tout seul comme un grand la rencontre entre les 5 all blacks toulousaines et leur nombreux public. Ce sera dans la cadre du salon Vivons Livres ! organisé par le CRL (Centre Régional des Lettres), dans la salle Ariane 2 du Centre des Congrès Pierre Baudis. Pour les détails du salon c’est là.

Pour ceux et celles qui ne verraient pas de qui je veux parler (mais y en a-t-il ?) Les blacks toulousaines, ce sont les 5 filles du noir, à savoir, Magali Duru, Fabienne Ferrère, Patricia Parry, Solenn Colléter et Emmanuelle Urien.

A bientôt ?

par Jean-Marc Laherrère publié dans : Polars divers communauté : Le monde du polar
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Vendredi 7 novembre 2008

Deux petites infos, pour attirer votre attention sur des rééditions indispensables.

Vous en avez sans doute déjà entendu parler, Folio Policier fête ses 10 ans en beauté avec l’édition de 6 coffrets contenant : Un titre de la collection et le film qui en a été tiré.

  

Au programme : L’été meurtrier de Sébastien Japrisot, La sentinelle de Gérald Petievitch, Mortelle randonnée de Marc Behm, Le grand sommeil de Raymond Chandler, La nuit du chasseur de Davis Grubb, Quand la ville dort de William R. Burnett. Une excellente occasion de découvrir ou de revoir de grands films, et de relier ou lire de grands livres.

Autre réédition, tout aussi indispensable. J’avais causé, il y a quelque temps, de la réédition des romans de la série Martin Beck des deux suédois Maj Sjöwall et Per Wahlöö, les parents du polar scandinave. Deux nouveaux volumes viennent de sortir chez Rivages Noir, L’homme au balcon et Le policier qui rit. J’ai lu le premier il y a bien longtemps, j’en ai un souvenir ému, le meilleur des trois que j’avais pu trouver et lire avant que rivages ne se lance dans cette salutaire opération de réédition. Je n’ai pas encore eu le temps de lire le second, mais il est dans la pile.


par Jean-Marc Laherrère publié dans : Polars grands classiques communauté : Le monde du polar
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Jeudi 6 novembre 2008

Moite von Lipwig est un escroc de haute volée. Il ne se sent vivant que lorsqu'il est en train de plumer un pigeon, au bord du gouffre, tout près d'être découvert. Mais il a été découvert, et va être pendu. Sauf … Sauf s'il accepte la proposition du seigneur Vétérini, maire d'Ankh-Morpock et devient Ministre des postes. A-t-il le choix ? Il accepte.

Il découvre alors un bâtiment en ruine, des tonnes de lettres non distribuées, et un service soi-disant rendu obsolète depuis que la compagnie interurbaine des clic-clac permet d'envoyer quasi-instantanément un message à l'autre bout du Disque-Monde. Mais, l'interurbain est cher, et de moins en moins fiable depuis qu'il a été repris par une bande de financiers qui ne voient que le profit à court terme. Et on ne peut pas envoyer une mèche de cheveux, ou un baiser parfumé par clic-clac. Alors Moite a une carte à jouer, et peut-être quelques requins à filouter … Le poste pourrait même se révéler amusant.

Ai-je déjà écrit ici que Terry Pratchett est un génie ? Si oui, je le répète. Si non, c’est maintenant fait. On en est à environ 30 volumes de Disque-Monde, 30 volumes avec le même univers et les mêmes personnages de base, et c'est toujours nouveau, toujours étonnant, toujours réussi. Après le cinéma, la religion, l’opéra, les contes de fées, les robots, l’université … et bien d’autres, il traite dans Timbré de la Poste et des méfaits de la privatisation des services publics ! Sachant que Terry Pratchett est anglais, on peut supposer qu’il sait de quoi il parle, quand il cause des ravages de la privatisation des services publics. Encore faut-il le faire avec talent. Et c’est bien là que c’est un vrai génie.

Qui d'autre pourrait nous décrire un monde aussi délirant, aussi imaginaire, aussi impossible, et le rendre si proche, si semblable au nôtre ? Qui serait capable de parler de façon colorée, imaginative et drôle des ravages de la privatisation des services publics ? Qui pourrait chanter de façon à la fois aussi poétique, émouvante et picaresque de la magie de l’échange de lettres ? Qui saurait décrire avec autant d’humanité, d’humour, et de pertinence impitoyable la logique scélérate des financiers uniquement intéressés par le profit à court terme ? Et tout cela, sans jamais prononcer, bien entendu, les mots, « services publics », « privatisation », « profit », « actionnaire » …

Donc Pratchett est un génie. Parce qu’en plus il vous tricote une histoire qui, sous le nez rouge du clown, arrive à vous accrocher comme le meilleur thriller, se joue des clichés qu’il retourne comme des chaussettes pour en faire ses clichés à lui, et crée des personnages absolument extraordinaires que l’on aime, que l’on déteste, pour lesquels on tremble, on rit ou on pleure.

Et comme un bonheur n’arrive jamais seul, je me suis aperçu que j’avais deux volumes de retard et que j’en ai donc un autre en réserve !

Terry Pratchett / Timbré (Going postal, 2004), L’Atalante/La dentelle du cygne (2008), traduit de l’anglais par Patrick Couton.

par Jean-Marc Laherrère publié dans : SF, Fantastique et Fantasy communauté : SOIF DE LIRE...
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