Lundi 29 décembre 2008

Cela faisait un bon moment que j’avais Hortensias Blues de Hugo Buan sur ma table de chevet. Mais vous savez ce que c’est, il y a toujours 1000 bouquins à lire, des nouveautés qui pleuvent, alors, forcément, le roman inconnu d’un auteur inconnu passe souvent après. Mea Culpa.


Rennes n'avait jamais vu d'affaire de ce genre. Un cabinet médical, regroupant une quinzaine de toubibs de différentes spécialités est pris pour cible par un serial killer qui les descend les uns après les autres avant de leur planter un superbe hortensia bleu dans le fondement. Dire que le commissaire Lucien Workan, ancien rugbyman et flic peu orthodoxe pédale dans la choucroute est un doux euphémisme. Et ce n'est pas la pression exercée par des supérieurs qui n'apprécient guère ce qu'ils qualifient d'artifice floral, qui va l'aider. Mais Workan n'abandonnera pas et l'amateur de bouquets n'a qu'à bien se tenir.


Certes on n'a pas là le polar qui va marquer 2008. Mais par contre, on tient avec ce roman un bouquin qui fait passer un bon moment. On ne peut pas dire que l'on tremble pour les victimes, on se fout un peu de savoir combien de toubibs vont finir avec une décoration dans le fion. Mais Lucien Workan est sympathique, le rythme est enlevé, et Hugo Buan a un vrai talent pour les dialogues qui, la plupart du temps, font mouche.


On sourit souvent, on ne s’ennuie jamais et on passe un bon moment avec ce flic un rien allumé. Il a toute ma sympathie, en particulier quand il s’improvise, avec talent, grand pourfendeur des patrons de troquets qui exagèrent sur le prix du café. Parmi ses collègues, une fliquette d’origine maghrébine particulièrement mal embouchée est également très réussie, et souvent très drôle.


Reverra-t-on cette équipe de choc ? Mystère.


Hugo Buan / Hortensias Blues Pascal Galodé Editeurs (2008).

Par Jean-Marc Laherrère - Publié dans : Polars français - Communauté : Le monde du polar
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Jeudi 11 décembre 2008

Toussaint Rescamone fut un grand flic. Il n'est plus qu'un vieillard mourant, retranché dans son village natal dans la montagne corse. Un mourant qui regrette d'avoir fait toujours passer sa carrière avant sa famille, et qui aimerait bien revoir, une dernière fois, sa petite fille, Dora. D'autant plus que, pour d'obscures raisons de différent immobilier, quelques affreux essaient de l'intimider, et pourrait bien s'en prendre à Dora. Alors Toussaint décide d'appeler à la rescousse un de ses anciens collègues, Maurice Cintray, qui s'embête ferme à la retraite et sera enchanté de pouvoir de nouveau enquêter et se castagner. Maurice, et son ami Raja, tout aussi retraité que lui vont se lancer dans une aventure pour laquelle il vaut mieux être bien armé !


« Avec ce roman, les bonnes vieilles Séries Noires ne sont pas loin » écrit Paul Maugendre sur Bibliosurf. Et je suis entièrement d’accord avec lui. Le jeu du lézard de Max Obione est un bon petit polar, qui se lit avec plaisir, sans défaut, sans éclats particuliers non plus, qui risque juste d’être assez vite oublié. Malgré quelques petites incohérences qui reviennent après coup, on ne peut qu’apprécier le style alerte, les répliques à l’emporte-pièce de Maurice, quelques charges bien senties sur le milieu de l’art moderne, et de bien belles descriptions de la Corse. On sourit, il y a de la castagne, et le dernier chapitre vient même apporter une vraie émotion, un peu absente du reste de l’ouvrage.


Sans avoir là un chef-d’œuvre (j’avais préféré Amin’s Blues, et surtout les nouvelles de balistique du désir beaucoup plus fortes et noires), on a un roman qui offre un bon moment de lecture.


Max Obione, Le jeu du lézard, Krakoen (2008).

Par Jean-Marc Laherrère - Publié dans : Polars français - Communauté : Le monde du polar
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Jeudi 4 décembre 2008

Nantes 2007, un squelette carbonisé est retrouvé par hasard dans une propriété non loin de la ville. La morte (car il s’agit d’une femme) est là depuis longtemps, les analyses sont formelles. Le commissaire Czerny en charge de l’affaire va donc remonter dans le passé, jusqu’à plus de vingt ans auparavant. Jusqu’au jour où deux jeunes femmes disparaissent, Marie Caron et Marie Chevalier, deux jeunes femmes du même âge. L’une d’elles est-elle la victime ? Y a-t-il eu un meurtre ? L’autre est-elle la meurtrière ? Les avancées de la science devraient permettre d’y voir plus clair assez vite. Sauf que … Et que fait donc dans le coin ce géant blond à l’accent canadien ?


Hervé Sard est un horloger suisse qui aime bien monter des intrigues complexes pleines de petits rouages qui finissent par s’emboîter parfaitement pour donner, à la toute fin, l’élégante solution. Il aime bien aussi faire douter le lecteur ; douter de ses déductions, douter de ce qu’il croit, et surtout douter de cette science qui, selon certains, apportent tant de certitudes. Petite parenthèse, les vrais scientifiques savent bien, eux, que la science offre souvent plus de questions que de réponses … Mais ce n’est pas le sujet.


Comme précédemment avec Vice Repetita, il nous offre ici ces interrogations et le plaisir d’une intrigue à la fois solide et subtile. Comme les personnages sont intéressants, et que la prose coule toute seule, cette Mélodie des cendres  est un joli roman à consommer sans modération.


Hervé Sard, La mélodie des cendres, Krakoen (2008).

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Vendredi 28 novembre 2008

Zel est un tueur à gage. Non, reprenons. Zel était un tueur à gage, mais il se trouve dans le coma. Maintenant Zel est un ange en CDD (en attente d'évolution de son coma), employé par Gabriel. Le Gabriel. Son contrat n'est pas très clair. Disons qu'il doit mettre de l'ordre du côté de Marseille où un certain Di Angelo, parrain de son état, est en guerre avec un autre parrain, proche de la mort. Tout cela serait déjà passablement compliqué. Cela devient inextricable quand Zel tombe sur Nombril, véritable bombe, et pas seulement sexuelle … De Marseille à New York, Zel va passer son temps à ne rien comprendre à ce qui se passe.


Difficile d'émettre un avis monolithique sur Un ange sans elle, roman déjanté de Serguei Dounovetz. Côté très positif, sa prose claque, elle a du rythme, de la matière. Son histoire assume totalement un côté totalement décalé, au point qu'après quelques pages on ne se pose aucune question sur la crédibilité de son ange. Et on ne s'ennuie jamais.


Côté négatif, on frôle par moments vraiment le pastiche, à force de clichés assumés et assenés. Le problème du cliché est que, comme la charge de dynamite mèche courte, il doit se manipuler avec les plus grandes précautions ; sinon il vous pète à la gueule (et ce n’est pas James Coburn qui me contredira). Et là, à plusieurs reprise, l’artificier Dounovetz est tellement près de l’accident qu’on se demande s’il n’y a pas perdu quelques doigts … En fait-il trop ? Les avis risquent d’être partagés.


Et puis il y a la fin.


Qui désamorce les doutes, et remet tout en place, bien noir, bien émouvant, a posteriori. Alors même si on a parfois été à deux doigts de s'énerver, on reste sur une très belle impression. Une question subsiste : le funambule a-t-il tout le temps fait semblant de perdre l’équilibre, ou a-t-il vraiment failli se casser la gueule ? Est-on face à un clown qui maîtrise tout, ou à un casse-cou qui a vraiment failli tomber ?


Et finalement, est-il si important de connaître la réponse ? Je suis très curieux de connaître vos avis, quand vous l’aurez lu …


Serguei Dounovetz, Un ange sans elle, Moisson rouge (2008).

Par Jean-Marc Laherrère - Publié dans : Polars français - Communauté : Le monde du polar
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Dimanche 23 novembre 2008

Chemin des Dames, 1917. Cela fait beau temps que l’enthousiasme de 1914 a disparu. C’est tous les jours l’horreur, l’épuisement, la perte de petits bouts d’humanité … Dans cet enfer et ce chaos, le capitaine Duparc est chargé d’assurer la défense du soldat Jonas dit Tranchecaille, accusé d’avoir tué son lieutenant lors d’une offensive. Duparc prend son rôle très à cœur, alors que les hauts gradés qui vont le juger sont déjà bien disposés à le faire fusiller. Le capitaine n’a que quelques jours pour découvrir qui est Tranchecaille. Un jeune homme un peu simple, comme il parait, ou un redoutable simulateur ?



Dans l’enfer des tranchées Patrick Pécherot écrit un roman exceptionnel. Difficile de le commenter sans tomber dans l’excès, difficile d’en dire quelque chose qui ne soit forcément partiel et réducteur. Tombons donc dans l’excès. Tout est admirable dans ce roman.



Le rendu de l’époque, l’horreur, les copains tués, la boucherie quotidienne, la camaraderie, la mesquinerie, la fraternisation avec les boches, l’espace d’un moment, la peur paralysante de la sape, la désinformation à l’arrière, la perte de cette part d’humanité et de sérénité qui empêche le retour à la vie normale le temps d’une permission, la paranoïa et l’incompréhension à l’arrière, l’arrogance de certains hauts gradés, l’épuisement d’un médecin …



La construction ensuite, faite de petites touches, de points de vue aussi variés que complémentaires. Une façon de dresser le tableau complet d’une époque, et le portrait d’un homme. Une façon de dire l’indicible, de mettre des mots sur ce qu’aucun mot ne peut décrire.



Le travail de la langue qui va avec gouailleuse, précise, descriptive, hachée, raide, lyrique, saignante … suivant l’interlocuteur. Un travail admirable sur les niveaux de langage, le vocabulaire, les rythmes, qui fait que toutes les voix sont crédibles, toutes sonnent juste.



L’enquête qui prend forme peu à peu, tout en finesse et en suggestion, sans jamais forcer le trait ou imposer une conclusion. Une enquête qui prend à la gorge, peu à peu, même si l’issue tragique est connue dès les premières lignes. Une enquête qui, jusqu’au bout réussit à entretenir le doute et l’ambigüité.



Grâce à ces magnifiques qualités, le lecteur, comme le capitaine Duparc, arrive à s’indigner et à se préoccuper du sort d’un homme, alors qu’autour ils tombent par centaines. Une façon de rester humain, malgré l’enfer.



Au final, une réussite exceptionnelle. Jeanjean, une fois de plus est sur la même ligne.



Patrick Pécherot, Tranchecaille, série noire (2008).

 

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Mercredi 19 novembre 2008

Les visiteurs attentifs auront sans doute remarqué que cela faisait un petit moment que je n’avais pas causé bouquins. Ils n’ont rien dit, parce qu’ils sont gentils, mais ils n’en pensaient sans doute pas moins. A cela deux raisons.

Tout d’abord, mon week-end fut occupé, me laissant peu de temps pour lire. Et ensuite, j’étais un peu en train de ramer dans un bouquin que je ne voulais pourtant pas lâcher. C’était La langue chienne d’Hervé Prudon.

Tintin et Gina sont mariés et vivent dans une petite maison au bord de la mer. Pas la grande bleue avec son soleil et se baigneurs. Plutôt la petite grise, là haut, dans le nord, là où passent les cargos et où souffle la tempête. Tintin est un rejeton de la classe moyenne, grand manieur de langue et d’idées, mais sans ambition ni énergie. Tintin est complètement amoureux de Gina. Gina est femelle. Pas belle, pas souriante, pas charmeuse, femelle. Souvent, très souvent, Franck vient s’installer dans leur maison, et dans le lit de Gina. Franck est musclé, primaire, presque dépourvu de mots et d’idées.

Je suis bien embêté pour écrire ce billet. Parce que, à mon grand regret, je n’arrive pas à entrer dans la littérature d’Hervé Prudon. C’est de la grande, de la bonne. Je le sais, on me le dit, et même, je ne suis pas si bouché, je m’en rends compte. Mais je n’accroche pas. Ce roman me fait l’effet d’un coffre à bijoux : Vous l’ouvrez à n’importe quelle page, vous lisez n’importe quel paragraphe, c’est un bijou. Langue magnifique, qui donne envie de lire à voix haute, poésie pure.

Pour illustrer cela, je vous donne un exemple. Promis, juré, j’ai ouvert au hasard :

« Certains pays mijotent dans leur jus, croupissent dans leurs marigots, ou tiédissent dans leurs tasses de thé, ce pays-ci ne baigne pas dans sa mer, trop froide, impénétrable, mais dans le vent, dans son vent, son bourreau outillé d’un tranchoir en acier scandinave, impitoyable et transparent, qui découpe les yeux et jette les gens les uns contre les autres, créant du lien social et des quiproquos cocasses. Les relations humaines et les variations d’humeur suivent l’échelle de Beaufort.

Je ne suis pas d’ici.

Je ne m’y suis pas fait, à ce vent, à cette vie. Il y a des gens qui ne se font nulle part. Ils ne savent pas y faire. A lieu de se faire une raison, ils se font une folie. Ils sont faits comme des rats, bourrés et bourrés et ratatam. »

Mais, au bout d’un moment, je me lasse. De fulgurance en fulgurance, je ne trouve pas le lien, l’allant, l’envie de tourner les pages. Et ça me manque. Sans doute une incapacité chez moi à apprécier vraiment la poésie. Malgré des personnages étonnants superbement décrits, cela va sans dire, malgré des scènes et des dialogues d’anthologie (comme ce repas avec les voisins), je n’avance pas. Je m’enthousiasme par petits bouts, par à-coups, je n’arrive pas à apprécier le tout.

Dommage. Pour moi.

Hervé Prudon, La langue chienne, série noire (2008).

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Dimanche 9 novembre 2008

Fin XIX°, Paris. Un jeune viennois nommé Freud suit passionnément les cours ébouriffants du professeur Charcot. Il se rapproche du maître quand plusieurs personnes de son entourage sont assassinées de façon spectaculaire. La même mise en scène se répète d'un meurtre à l'autre. Avec ses amis Jacob et Rachel ils vont affronter ce qu'on n'appelle pas encore un tueur en série.

2008, Toulouse. Lors d'un congrès de psychanalyse fort médiatique, un participant très en vue est retrouvé assassiné. Anne, l'ex épouse d'Antoine Le Tellier est la première sur les lieux. Choquée par la scène, elle est encore plus secouée quand elle reçoit anonymement des carnets, écrits par un proche de Freud, qui décrivent les meurtres auxquels fut confronté le maître. Plus de 100 ans plus tard, l'histoire paraît se répéter ; Anne, Antoine et leur ami Sami Dayan vont affronter un nouveau tueur qui semble s'inspirer du passé.

Après Petits arrangements avec l'infâme, revoici Antoine Le Tellier, le psy beau gosse à la Porsche. Une suite dans le droit fil du premier épisode. Les amateurs de noir pur et dur vont reprocher une fois de plus à Patricia Parry d'être trop gentille avec ses personnages : Tous s'en sortent (sauf les méchants), sans de vrais dommages. Un peu de peur, pas de mal, et un happy end. Quand on est habitué aux Jack Taylor, Shugrue ou Harry Hole, il est vrai que le séduisant Antoine est un peu lisse : pas de bosses, jamais HS, souvent secoué ou inquiet, mais tout s’arrange toujours. Mais c’est comme ça, Patricia Parry n’est pas méchante et ne veut pas cabosser son Antoine !

Ceci dit, son talent est ailleurs. Dans sa façon de mêler passé et présent (comme dans l'épisode précédent), dans son sens de la construction et du rythme. Une fois de plus, difficile de refermer le bouquin une fois que l'on a attaqué le sprint final. Les allers-retours entre les deux époques fort bien maîtrisés donnent un excellent rythme au récit. De toute évidence, Patricia Parry a lu les grands maîtres de la littérature populaire (et en particulier les feuilletonistes), et a parfaitement compris et intégré leur technique imparable de récit : le héros est suspendu au bord de la falaise, ou horrifié devant le spectacle découvert en ouvrant la porte interdite et … on passe à autre chose laissant le lecteur dans un état de fébrilité avancé …

En prime on a aussi droit à une visite de la naissance de la psychanalyse qui est loin d'être inintéressante pour l'ignare moyen, moi par exemple. Et à la description sans complaisance, mais non sans humour, du petit (mais influent) monde de la psychanalyse et de la psychiatrie. Un milieu qui, sous la plume fort bien renseignée de l’auteur, ressemble à un beau nœud de serpents !

Patricia Parry / Cinq leçons sur le crime et l’hystérie, Seuil (2008).

Par Jean-Marc Laherrère - Publié dans : Polars français - Communauté : Le monde du polar
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Mardi 28 octobre 2008

Quand on parle de certains auteurs, chacun y va de son roman préféré, on discute, on argumente, on pinaille, on en appelle à l’œuvre complète … chez Hervé Le Corre, pas de doute (pour l’instant), c’est toujours le même titre qui revient, son chef-d’œuvre récompensé par de nombreux prix : L’homme aux lèvres de saphir.

Paris, 1870, le second empire est aux abois, les bourgeois ont très peur du peuple ouvrier qui s’organise autour des syndicats et de l’internationale socialiste. La police passe plus de temps à réprimer la contestation politique qu’à traquer le crime. C’est dans cet environnement que débarque Etienne Marlot, que plus rien ne retient dans sa province. Dès la nuit de son arrivée, il tombe sur un spectacle d’horreur : place Vendôme, suspendu à la colonne, un macchabée, éventré et scalpé est suspendu tête en bas. Comble de malchance, l’assassin est toujours là, et dans sa fuite laisse tomber un petit carnet qu’Etienne ramasse machinalement. L’homme revient alors sur ses pas, menace Etienne, mais doit s’enfuir en entendant du bruit.

Pauvre Etienne obligé de rester pour parler aux flics pour qui tout pauvre est un délinquant en puissance, mais également recherché par le meurtrier qui veut récupérer son carnet. Un carnet qui disparaît en même temps que l’ensemble des possessions d’Etienne, laissé sans surveillance pendant son interrogatoire au poste.

L’arrivée à la capitale se fait vraiment sous les pires auspices. Heureusement, il rencontre Fernand, ouvrier socialiste, qui va l’aider à trouver un boulot, l’entraîner dans ses réunions, et devenir son meilleur ami. En parallèle l’assassin fou continue le massacre, en hommage à l’œuvre méconnue d’Isidore Ducasse, comte de Lautréamont dans laquelle il voit une prophétie des temps à venir.

C’est l’inspecteur François Letamendia qui enquête sur cette série de meurtres atroces. Une enquête pendant laquelle il se posera beaucoup de questions, sur ce nouveau mal et ce qu’il annonce, mais aussi sur son rôle dans une police qui réprime si durement toute tentative de mouvement social.

500 pages de roman touffu, à la fois noir, historique et policier, et pas une ligne de trop, pas une chute d’intérêt. Tout est là pour passionner le lecteur. Le monstre, serial killer avant l’heure, est impressionnant. C’est la condition nécessaire pour que le lecteur tremble pour la vie des autres personnages, ceux auxquels il s’attache, et tourne fébrilement les pages. Autour du suspense ainsi créé, Hervé Le Corre dépeint magnifiquement le peuple ouvrier de Paris, qui, malgré sa misère noire, l’exploitation dont il est victime, et la répression aveugle de la police, continue à vivre, à rêver, à s’amuser, et surtout, à s’organiser et à lutter pour des jours meilleurs. Un peuple ouvrier magnifiquement décrit, chaleureux, remuant et surtout vivant, vivant en diable dans la lutte, dans les tavernes, dans le bruit, la misère, la joie et la fureur.

A lire aujourd’hui, il est frappant de voir comme la peur et le mépris que ce peuple inspire aux possédants et à leurs chiens de garde policiers ne sont pas sans rappeler l’attitude actuelle face aux pauvres, qu’ils soient minots de banlieue, migrants sans papiers, ou simples pauvres sans boulot. Avec cependant une différence notable : A l’époque de L’homme aux lèvres de saphir le danger était sans aucun doute bien plus grand pour les possédants qui affrontaient, dans ce qu’il faut bien appeler la lutte des classes, un adversaire conscient de son appartenance, justement, à une seule classe, conscient de sa force, conscient de ce qu’il y avait à gagner, et contre qui. A ce titre, la lecture de ce roman est, aujourd’hui plus que jamais, salutaire.

Sur Bibliosurf, outre ma chronique de l’époque qui ne vous apprendra rien, puisque je m’en suis fortement inspiré pour le présent papier (et oui, je triche, je recycle), un très bon papier de Roger Martin.

L’homme aux lèvres de saphir, Rivages/Noir (2004)
Par Jean-Marc Laherrère - Publié dans : Polars français - Communauté : SOIF DE LIRE...
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Lundi 27 octobre 2008

1594. Le pouvoir d’Henry IV est encore bien fragile, menacé de l’intérieur et de l’extérieur. A Rouen, le comte de Bleuse est sauvagement assassiné, et crucifié dans une église dont tous les bénitiers ont été remplis de sang. Il n’en faut pas plus pour raviver le spectre de la guerre entre protestants et catholiques. Mais il y a encore pire pour le roi. Une lettre, écrite des années auparavant, lui a été volée ; lettre où il se déclarait prêt à quitter le giron de l’église catholique. Tout son travail récent serait anéanti si cette lettre arrivait dans les mains du roi d’Espagne, et si le sang coulait à nouveau à Rouen. C’est Gilles Bayonne, soldat du roi et enquêteur, qui est envoyé sur place pour élucider cette sombre affaire, et désamorcer la catastrophe.

Commençons par une généralité : Je n’aime pas les polars historiques. Vient ensuite une autre généralité : Toute règle a ses exceptions. Un chien du Diable de Fabienne Ferrère est une de ces exceptions. Ce que je reproche habituellement aux polars historiques c’est de se cacher derrière l’exotisme d’une époque et/ou d’un lieu, et de considérer que c’est suffisant. Plus besoin d’avoir de vrais personnages, plus besoin de construire une intrigue, plus besoin de peaufiner la langue, on plante un décor, et c’est bon.

Or le roman de Fabienne Ferrère n’a aucun de ces défauts. Tout d’abord ce personnage principal, très hard-boiled si on y regarde d’un peu près : teigneux, mauvais coucheur, pas très respectueux de l’ordre et des puissants. Les coupeurs de cheveux en quatre pourraient éventuellement lui reprocher d’être trop moderne et d’avoir des préoccupations d’un autre temps. Laissons-les couper les cheveux. Gilles Bayonne n’est pas le seul beau personnage de ce roman, tous les personnages secondaires, nobles, curé, taverniers, soldats, voleurs … sont travaillés, fouillés et fournissent une galerie de portraits hauts en couleur.

L’intrigue tient bien la route, même si un lecteur un peu aguerri de polars devine assez vite qui est le coupable. Mais est-ce vraiment le plus important ? Non. Reste à découvrir comment, et surtout, pourquoi, et à suivre le cheminement du héros vers la découverte de la vérité.

La description de cette époque sale, boueuse, dure, très dure pour les plus pauvres (c'est-à-dire la grande majorité) est totalement convaincante. Le choix de situer l’histoire à un moment où il tombe des cordes, avec des personnages en permanences crades et pataugeant dans la gadoue est particulièrement judicieux. Et pour garder le meilleur pour la fin, l’auteur fait un très bel usage de la langue, avec des dialogues « d’époque », qui sonnent vrais, ne paraissent jamais artificiels, et claquent à l’oreille. Bref, une belle réussite.

Une petite demande, si je puis me permettre. Il ne semble pas impossible de revoir Gilles Bayonne dans un avenir prochain. Alors tant qu’à avoir un spadassin sous la main, on pourrait avoir un peu plus de castagne ? Quelques bons échanges de coups d’épées ? S’il vous plait madame l’auteur ?

Fabienne Ferrère / Un chien du Diable 10x18/ Grands détectives (2008).

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Jeudi 25 septembre 2008

Loulou est un artisan, ou doit-on dire un artiste ? Serrurier aux doigts d’or, il ouvre toutes les portes, surtout les plus anciennes. Il a même pour clients les Musées nationaux. La classe. Certes par le passé Loulou a bien chatouillé quelques serrures sans consulter leurs propriétaires, mais c’est bien fini tout ça. Maintenant Loulou est rangé. Sauf qu’il aurait bien besoin du nouveau tour allemand ultra perfectionné, et qu’une connaissance le met en relation avec des russes qui sont prêt à le payer 10 000 euros pour un tout petit boulot. 10 000 euros, juste le prix du tour. Alors Loulou accepte. Une dernière fois.

Sauf qu’une fois le boulot fait, les russes au lieu de payer l’abandonnent à moitié mort dans une gare de banlieue. Commettant ainsi deux erreurs : ne pas l’achever, et sous-estimer les ressources d’un gars qui n’a plus rien à perdre … Un gars qui, quelques jours plus tard, voir par hasard Blank Point avec Lee Marvin. Alors Loulou prend une résolution, tant que les russes ne l’ont pas remboursé :

« surtout, partout, toujours, être Lee Marvin »                                                                     

Donald Westlake avait déjà rendu un auto-hommage très ironique à Richard Starkdans Jimmy the kid, où la bande de John Dortmunder essayait de monter un coup en suivant l’intrigue d’un roman de Richard Stark. Mise en abîme assurée.

Avec La récup’, c’est au tour de notre Jean-Bernard Pouy de se lancer dans l’exercice, de façon un peu plus distante, Paris n’est pas New-York, et Loulou n’est pas Dortmunder, mais l’idée est là. Il le fait sans jamais citer Parker et Stark, juste en faisant référence à Blank point, film de John Boorman avec Lee Marvin adaptée de la saga Parkerienne. Il le fait, bien entendu, à sa propre sauce, avec humour, légèreté et finesse.

Sinon que dire de plus de ce nouveau roman de Jean-Bernard Pouy qui n’ait déjà été dit mille fois ? Que JBP est aussi habile pour taquiner les mots que Loulou pour ouvrir les serrures rétives. Qu’aucun mystère de la grammaire, de la syntaxe, de la langue française ne lui résiste plus longtemps qu’une serrure à platine du XVIII° à Loulou. Que sous sa plume les phrases s’ajustent et jouent aussi librement et naturellement que les clenches sous les doigts de fée de Loulou. Mais est-ce vraiment nouveau ?

Que ça fait du bien, pour une fois, de voir un « petit », un démerdard sans grade faire trébucher les gros, faire la nique aux pleins de fric, qu’ils soient mafieux, industriels ou politiques. Qu’il arrive même à rendre la chose possible, le temps d’un roman.

Qu’on a l’impression de connaître Loulou après seulement quelques lignes. Que c’est brillant et d’une « facilité » insolente. Qu’à lire un Pouy on a l’impression que c’est facile d’écrire et d’avoir autant d’imagination. Ce qui est une grave erreur.

Est-ce suffisant pour vous convaincre ? Non ? Alors vous pouvez aller voir ce qu'en pense Jeanjean de Moisson Noire.

Jean-Bernard Pouy, La récup’, Fayard Noir (2008).

Par Jean-Marc Laherrère - Publié dans : Polars français - Communauté : SOIF DE LIRE...
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