Mercredi 5 novembre 2008

Eté 1978. A Bologne Antonio Sarti, comme tout le monde, crève de chaud. De plus il se fait confier une mission qui l'ennuie au plus haut point : assurer la sécurité d'une exposition numismatique. Comble de malchance, dès le premier soir les trois plus belles pièces sont volées, et Sarti se retrouve à patrouiller dans le Pilastro, quartier ghetto de la ville. Un quartier pauvre, où les flics ne sont pas particulièrement bienenus. Sarti, râle, bougonne, mais se prend d'amitié pour Claudio, gamin de 12 ans particulièrement vif. Quelques temps plus tard, Claudio est retrouvé mort, tué d'une balle dans la tête. Avec son ami l'étudiant perpétuel et contestataire Rosas, Sarti n'aura plus de repos tant qu'il n'aura pas trouvé le meurtrier.

Ceux qui aiment Loriano Macchiavelli et Sarti vont adorer Derrière le paravent. Les autres détesteront. Parce que c'est là du Macchiavelli pur jus (pour autant que l'on puisse en juger en France où seulement trois titres ont été traduits). Sarti court dans Bologne à la recherche d'un café correct, râle, s'engueule copieusement avec son ami Rosas, qu'il ne supporte plus, mais dont il ne peut se passer, et supporte très difficilement l'imbécillité de son chef. Il se heurte à ses propres préjugés, ses incohérences, et fait semblant de s'indigner quand Rosas où un autre lui met le nez dedans. Et Macchiavelli est là, tout le temps, à expliquer que "son policier" n'en fait qu'à sa tête, mais qu’il l’aime bien quand même, et qu’il ne saurait plus quoi écrire s’il lui arrivait un malheur …

Du pur Machavelli donc, avec son humour, son style, et sa façon, subtile, de pointer du doigt les disfonctionnement de l'Italie de 78 sans en avoir l'air. Cela peut être un peu désarçonnant pour un lecteur français qui découvre la série 30 ans plus tard, alors que Sarti est depuis longtemps un héros en Italie, et même un personnage de série télé. Alors que Macchavelli est une référence pour tous les auteurs de polar italien que nous découvrons depuis quelques années. Alors surtout que les années 70, avec leurs valeurs, leurs luttes, et même leur quotidien semblent, par certains côtés, si lointains, alors que finalement, on en est si proche.

Mais même aujourd’hui, avec ses partis pris stylistiques, c'est fort, noir et parfumé comme les vrais cafés que Sarti aime tant. On aime ou pas, mais on ne peut que reconnaître l'originalité et le talent.

Jeanjean fait aussi partie des fans de Sarti Antonio.

Loriano Macchiavelli / Derrière le paravent (Passato, presente e chissà, 1978), Métailié/Noir (2008), traduit de l’italien par Laurent Lombard.

par Jean-Marc Laherrère publié dans : Polars italiens communauté : Le monde du polar
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Samedi 1 novembre 2008
Quelques jours de pause, et on se retrouve mercredi ou jeudi soir.

par Jean-Marc Laherrère
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Vendredi 31 octobre 2008

Lemmer est un Invisible. Un garde du corps passe-partout mais redoutablement efficace de la société privée Body Armour du Cap. Il est engagé pour assurer la sécurité d’Emma Le Roux, riche et jolie consultante qui se sent menacée. Quelques jours auparavant, elle a cru reconnaître dans un reportage sur une affaire de meurtre dans le parc du Kruger son frère disparu depuis vingt ans. Deux jours plus tard, trois hommes rentrent chez elle, armés et cagoulés, mais les ayant vu arriver elle réussit à leur échapper.

Lemmer sent bien qu’il y a des failles dans son récit, mais il est payé pour être garde du corps, pas flic ou privé. Il va donc faire son boulot et l’accompagner durant les quelques jours où elle va part à la recherche de son frère. Sans s’imaginer le moins du monde qu’ils sont en train de donner un coup de pied dans un nid de  serpents, et qu’il va devoir s’impliquer beaucoup plus qu’il ne le souhaite.

Le problème avec Deon Meyer, c’est que le critique démuni qui n’a pas son talent, loin s’en faut, est forcément amené à se répéter. C’est encore le cas avec Lemmer l’invisible.

Que dire que je n’ai déjà dit ? Une fois de plus, un thriller passionnant dont les pages tournent toutes seules. Une fois de plus des personnages originaux et attachants, beaucoup plus complexes qu’il n’y parait au début, et que l’on découvre peu à peu. Une fois de plus de magnifiques descriptions de l’Afrique du Sud. Une fois de plus, l’Histoire vient se mêler aux histoires, le poids du passé pèse sur un présent compliqué. Depuis qu’on l’a découvert avec Jusqu’au dernier, pas un roman raté, pas une baisse de régime, rien à jeter.

On peut aussi dire que Deon Meyer a dans les mains de quoi écrire encore des dizaines de romans, des personnages auxquels on tient, que ce soit les flics Mat Joubert (Jusqu’au dernier) ou Giessel (Le pic du diable), le privé Zet van Heerden (Les soldats de l’aube), l’ancien tueur du KGB Thobela (L’âme du chasseur et Le pic du diable) et maintenant Lemmer l’invisible et l’extraordinaire patronne de Body Armour. Ils sont tous … comme on les aime, hors norme et pourtant si proches, plus forts, plus efficaces, mais aussi plus fragiles, de vrais personnages de roman noir, toujours en limite de rupture. On voudrait tous les retrouver, et ce diable d’auteur doit déjà être en train d’en inventer d’autres.

On peut ajouter que ce nouveau roman, s’il continue à explorer les conséquences actuelles de la guerre froide et de son effet sur l’apartheid, met également l’accent sur le problème de la protection de l’environnement dans un pays où il est plus sensible qu’ailleurs puisque s’y affrontent des écologistes sincères (presque tous blancs … et aisés) et des populations noires pauvres que l’on écarte de parcs naturels qui étaient, il y a peu, leur pays. Un affrontement qui ravive le racisme et des plaies qui sont loin d’être refermées. Un affrontement superbement rendu, sans parti pris, sans manichéisme, sans explication superflu.

Bref, un grand roman, encore. A signaler que tous les autres romans de Deon Meyer sont disponibles en poche chez Point Seuil.

Deon Meyer / Lemmer l’invisible (Onsigbaar, 2007) Seuil/Policiers (2008), traduit de l’anglais (Afrique du Sud) par Estelle Roudet.

par Jean-Marc Laherrère publié dans : Polars africains communauté : Le monde du polar
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Jeudi 30 octobre 2008

Je suis arrivé au polar dans les années 80 avec deux auteurs de chez rivages : James Ellroy et Tony Hillerman. Là où le premier vous secoue les tripes, le second vous fait respirer l’air des grands espaces, admirer un lever de soleil sur les falaises rouges d’une canyon, et comprendre, peu à peu, les cultures Navajos et Hopi. Le premier contact avec Tony Hillerman, pour moi, ce fut ça :

« D’ici deux ou trois minutes, le bord inférieur du soleil rouge plongerait derrière les couches de nuages à l’ouest, au-dessus de l’Arizona. Ses rayons obliques de fin d’après-midi étaient presque parallèles à la pente de la colline descendant vers le Zuňi Wash. Ils projetaient l’ombre mobile de Ted Isaacs à près de trois cent mètres en contrebas, et à côté d’elle s’étirait l’ombre immobile du lieutenant Joseph Leaphorn. Chaque genévrier, chaque arbuste jaune et chaque saillie de rocher coupait le gris-jaune de l’herbe automnale d’une bande d’ombre d’un bleu foncé. Au-delà du flanc de la colline, au-delà du quadrillage de ficelles qui marquait la fouille d’Isaacs, à trois kilomètres de l’autre côté de la vallée, se dressait la masse imposante de Corn Mountain,  ses falaises déchiquetées soulignées par les rouges et les roses des reflets du soleil et par les noirs des ombres. C’était l’un des moments de beauté resplendissante que, par la force de l’habitude, Joe Leaphorn prenait le temps de contempler et de savourer. » (Là où dansent les morts).

Et également cela :

« Le souvenir lui revint d’un matin neigeux sur le plateau Lukachukai : de son grand-père qui passait du pollen sacré sur le canon de son vieux 30-30 puis entonnait un chant ; de la voix claire du vieil homme qui s’adressait à l’esprit du cerf afin que la chasse à laquelle il allait se livrer pour avoir de la viande pour l’hiver soit bonne et juste et en totale harmonie avec les choses de la nature, conférant ainsi à l’acte à venir la beauté Navajo. » (Là où dansent les morts).

Mais il serait très réducteur de limiter Tony Hillerman à ces deux aspects. La série Navajo, c’est aussi toute une galerie de personnages, dont ses deux flics de la police tribale, construits roman après roman, que l’on voit enquêter, mais aussi changer, évoluer, souffrir, rire, aimer, pleurer, s’indigner … vivre. Jusqu’à ce qu’ils s’incarnent au point de devenir plus réels que bien des pantins que l’on croise tous les jours.

Joe Leaphorn, l’aîné, grand policier, légendaire dans son service, rationnel, logique et méthodique, qui même s’il ne renie pas ses racines a coupé avec les traditions navajos. Et Jim Chee, plus jeune, qui a suivi les cours à l’université mais étudie pour devenir shaman et recherche l’équilibre dans la tradition de ses ancêtres.

Et ce n’est pas tout. Tony Hillerman est un raconteur d’histoires. Il prend son temps, sait musarder, mais cela ne l’empêche pas de tricoter des intrigues précises et bien construites, et de donner envie de tourner les pages AUSSI parce qu’on veut savoir la suite. Pour finir, comme leurs cousins les romans noirs urbains, ses polars s’appuient sur ce superbe talent de Tony Hillerman pour dresser des tableaux, souvent très sombres, de la situation présente, faite de misère, de perte de repères, d’alcoolisme, et d’incompréhension et/ou de mépris entre blancs et indiens.

Voilà c’est tout ça Hillerman. Tout ça qui va nous manquer maintenant. Nous ne saurons pas si Jim Chee arrive à concilier son travail et sa recherche de racines, si son mariage va tenir. Nous ne serons pas comment Joe Leaphorn vit bien sa retraite. Nous ne saurons plus si la pluie arrive enfin sur les mesas hopis … On attendait ses romans tranquillement, sans impatience, mais rassurés de savoir qu’il y en avait un, pas loin, en attente, et que l’on aurait bientôt des nouvelles de ces amis lointains.

C’est fini. Et c’est bien triste.

 

Pour ceux qui ne connaîtraient pas encore Tony Hillerman, et qui voudrait se lancer dans cette aventure, voici une bibliographie (non exhaustive, mais les titres essentiels y sont) des aventures de Jim Chee et Joe Leaphorn. Il vaut mieux, si possible, les lire à peu près dans l’ordre. Ce n’est pas indispensable, mais ne peut qu’augmenter le plaisir.

Joe Leaphorn : La voie de l’ennemi / Là où dansent les morts / Femme qui écoute / Le chagrin dans les fils (*)

Jim Chee : Le peuple des ténèbres / Le vent sombre / La voie du fantôme

Joe Leaphorn  et Jim Chee : Porteurs de peau / Le voleur de temps / Dieu qui parle / Coyote attend / Les clowns sacrés / Un homme est tombé / Le premier aigle / Blaireau se cache / Le vent gémit / Le cochon sinistre / L’homme squelette

(*) Dans l’ordre ont été écrits les Joe Leaphorn (sauf Le chagrin entre les fils qui est le dernier roman de Tony Hillerman traduit en France), puis les Jim Chee, et ensuite la série de romans où ils apparaissent tous les deux. Les données bibliographiques sont tirées de l’indispensable Dictionnaire des Littératures Policières de Claude Mesplède.

par Jean-Marc Laherrère publié dans : Polars américains communauté : Le monde du polar
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Mercredi 29 octobre 2008

Contrairement aux apparences, Olen Steinhauer n’est ni hongrois, ni roumain, ni même thèque ou bulgare. Il est américain, pur jus, mais a vécu en Europe de l’est. Il vit aujourd’hui à Budapest.

1956, dans la Capitale d’un pays du bloc communiste. En URSS, le congrès du PCUS commence à critiquer ouvertement Staline. En Hongrie et en Pologne, des mouvements de contestation de l’emprise soviétique s’expriment dans la rue. A la Capitale, c’est l’attente, alors que les prisonniers politiques des dernières années sont tous libérés. C’est dans ce contexte incertain que l’inspecteur Kolyeszar est amené à enquêter sur un meurtre particulièrement barbare : le corps calciné d’un homme a été trouvé dans une maison abandonnée. Avant d’être brûlé vif, il avait eu les bras et les jambes attachés, puis brisés. L’enquête avance lentement, d’autant plus que l’inspecteur est sans cesse occupé ailleurs et commence à se poser des questions sur son rôle : réprimer un manifestation de toute évidence initiée par des agitateurs, retrouver la femme d’un membre éminent du parti, ou comprendre ce que fait là le nouvel inspecteur envoyé par Moscou. Kolyeszar va d’autant plus mal que son mariage prend l’eau, et qu’il n’arrive pas à écrire son deuxième roman.

Après Cher camarade, revoici la brigade criminelle de la Capitale, dix ans plus tard. L’originalité d’Olen Steinhauer, outre de situer ses romans en Europe communiste du temps de la guerre froide, est de changer, à chaque roman, de protagoniste principal. Il enrichit ainsi considérablement ses personnages en confrontant, d’un roman à l’autre, la vérité d’un personnage à la vision qu’en ont ses collègues. Le lecteur doit s’attendre, à chaque nouvel épisode, à voir ses certitudes ébranlées et ses jugements remis en question, dans un contexte où les flics de la brigade se connaissent peu ou mal, et se méfient les uns des autres. Ainsi le salaud, le traître du roman précédent peut devenir le personnage central qui se révèle bien différent, et dont on découvre, de l’intérieur, les motivations, les forces et les failles. Une raison suffisante pour lire toute la série.

Mais ce n’est pas tout. Ses romans sont aussi de vrais bons polars, avec une intrigue solide et un bon suspense qui fait tourner les pages. Le rythme et le style rendent palpables l’ambiance d’une époque, les espoirs, les peurs, les pesanteurs et les traumatismes. Des romans qui présentent bien entendu l’intérêt de se situer dans un territoire méconnu, terrain de fantasmes, lieu de toutes les abominations pour les uns, de toutes les réussites pour les autres.

Or, en bons vrais polars, si la description de la réalité politique est la toile de fond incontournable du récit, les ressorts de l’intrigue sont, comme partout, les passions humaines, les incontournables et internationales passions humaines. Le contexte politique ne change que la façon de les assouvir. C’est sans doute là que réside le secret de la réussite de cette série, c’est là qu’elle s’ancre, c’est aussi cela qui fait que c’est une œuvre littéraire à part entière, et pas seulement la description journalistique ou historique d’un lieu et d’une époque.

Les deux ouvrages suivants sont déjà publiés chez Liana Levy.

Olen Steinhauer / Niet Camarade (The confession, 2004), folio policier (2008), traduit de l’américain par Françoise Bouillot.

par Jean-Marc Laherrère publié dans : Polars américains communauté : SOIF DE LIRE...
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Mardi 28 octobre 2008

Quand on parle de certains auteurs, chacun y va de son roman préféré, on discute, on argumente, on pinaille, on en appelle à l’œuvre complète … chez Hervé Le Corre, pas de doute (pour l’instant), c’est toujours le même titre qui revient, son chef-d’œuvre récompensé par de nombreux prix : L’homme aux lèvres de saphir.

Paris, 1870, le second empire est aux abois, les bourgeois ont très peur du peuple ouvrier qui s’organise autour des syndicats et de l’internationale socialiste. La police passe plus de temps à réprimer la contestation politique qu’à traquer le crime. C’est dans cet environnement que débarque Etienne Marlot, que plus rien ne retient dans sa province. Dès la nuit de son arrivée, il tombe sur un spectacle d’horreur : place Vendôme, suspendu à la colonne, un macchabée, éventré et scalpé est suspendu tête en bas. Comble de malchance, l’assassin est toujours là, et dans sa fuite laisse tomber un petit carnet qu’Etienne ramasse machinalement. L’homme revient alors sur ses pas, menace Etienne, mais doit s’enfuir en entendant du bruit.

Pauvre Etienne obligé de rester pour parler aux flics pour qui tout pauvre est un délinquant en puissance, mais également recherché par le meurtrier qui veut récupérer son carnet. Un carnet qui disparaît en même temps que l’ensemble des possessions d’Etienne, laissé sans surveillance pendant son interrogatoire au poste.

L’arrivée à la capitale se fait vraiment sous les pires auspices. Heureusement, il rencontre Fernand, ouvrier socialiste, qui va l’aider à trouver un boulot, l’entraîner dans ses réunions, et devenir son meilleur ami. En parallèle l’assassin fou continue le massacre, en hommage à l’œuvre méconnue d’Isidore Ducasse, comte de Lautréamont dans laquelle il voit une prophétie des temps à venir.

C’est l’inspecteur François Letamendia qui enquête sur cette série de meurtres atroces. Une enquête pendant laquelle il se posera beaucoup de questions, sur ce nouveau mal et ce qu’il annonce, mais aussi sur son rôle dans une police qui réprime si durement toute tentative de mouvement social.

500 pages de roman touffu, à la fois noir, historique et policier, et pas une ligne de trop, pas une chute d’intérêt. Tout est là pour passionner le lecteur. Le monstre, serial killer avant l’heure, est impressionnant. C’est la condition nécessaire pour que le lecteur tremble pour la vie des autres personnages, ceux auxquels il s’attache, et tourne fébrilement les pages. Autour du suspense ainsi créé, Hervé Le Corre dépeint magnifiquement le peuple ouvrier de Paris, qui, malgré sa misère noire, l’exploitation dont il est victime, et la répression aveugle de la police, continue à vivre, à rêver, à s’amuser, et surtout, à s’organiser et à lutter pour des jours meilleurs. Un peuple ouvrier magnifiquement décrit, chaleureux, remuant et surtout vivant, vivant en diable dans la lutte, dans les tavernes, dans le bruit, la misère, la joie et la fureur.

A lire aujourd’hui, il est frappant de voir comme la peur et le mépris que ce peuple inspire aux possédants et à leurs chiens de garde policiers ne sont pas sans rappeler l’attitude actuelle face aux pauvres, qu’ils soient minots de banlieue, migrants sans papiers, ou simples pauvres sans boulot. Avec cependant une différence notable : A l’époque de L’homme aux lèvres de saphir le danger était sans aucun doute bien plus grand pour les possédants qui affrontaient, dans ce qu’il faut bien appeler la lutte des classes, un adversaire conscient de son appartenance, justement, à une seule classe, conscient de sa force, conscient de ce qu’il y avait à gagner, et contre qui. A ce titre, la lecture de ce roman est, aujourd’hui plus que jamais, salutaire.

Sur Bibliosurf, outre ma chronique de l’époque qui ne vous apprendra rien, puisque je m’en suis fortement inspiré pour le présent papier (et oui, je triche, je recycle), un très bon papier de Roger Martin.

L’homme aux lèvres de saphir, Rivages/Noir (2004)
par Jean-Marc Laherrère publié dans : Polars français communauté : SOIF DE LIRE...
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Lundi 27 octobre 2008

Entre autres choses, l’AG de l’association 813 permet rencontrer du monde, et d’échanger potins zé informations.

Parmi ces informations éditoriales d’importance, celle-ci que je vous livre : Rivages travaille en ce moment même à la traduction du dernier monument du lui-même monumental Paco Ignacio Taibo II : PANCHO VILLA, Una biografía narrativa.

Tout lecteur de Taibo connaît, d’une part l’importance de Pancho Villa dans son œuvre et dans son imaginaire, d’autre part son incontournable biographie du Che. Et ne peut donc être qu’impatient.

Or il se trouve que j’ai, depuis presque deux ans maintenant, la version originale du monstre, près de 900 pages d’histoire et d’histoires, de photos et de notes, que je n’avais jamais eu le courage d’ouvrir. Et bien c’est fait, j’ai démarré, et je vais essayer d’aller au bout.

Pour les hispanophones je vais même faire mieux, je vais, au fur et à mesure, vous en dévoiler quelques extraits, histoire de vous mettre l’eau à la bouche, et de vous préparer à vous ruer dans votre librairie préférée le jour de la sortie de la traduction française.

« Esta es la historia de un hombre del que se dice que sus metodos de lucha fueron estudiados por Rommel (falso), Mao Tse Tung (falso) y el subcomandante Marcos (cierto) […]

Un hombre que cuenta con tres « autobiografías », pero ninguna de ellas fue escrita por su mano.

Un hombre que apenas sabía leer y escribir, pero cuando fue gobernador del estado de Chihuahua fundó en un mes mas de 50 escuelas. »

Voilà, un écrivain monumental s’attaque à une légende, à un des mythes du XX°, et dès le chapitre zéro fait naître chez le lecteur le moins au fait de l’histoire mexicaine des images qui appartiennent à l’imaginaire collectif : Pancho Villa et ses sombreros, ses trains blindés, l’état de Chihuahua, les charges à cheval …

A la fin de son introduction, Taibo avertit ainsi son lecteur qui chercherait un vision simple et rassurante de Pancho Villa (génie révolutionnaire pour les fans, monstre sanguinaire pour les détracteurs) : « Acercarse a Villa en busca a Robin Hood y encontrarse a John Silver suele ser peligroso. Mucho mejor narralo. […] Partamos del supuesto de que Pancho Villa no se merece une versión edulcorada de sí mismo, ni se la merece el que la escribe después de harberle dedicado cuatro aňos de su vida, y no se la merecen desde luego los lectores. »

A bientôt pour la suite.

par Jean-Marc Laherrère publié dans : Essais communauté : SOIF DE LIRE...
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Lundi 27 octobre 2008

1594. Le pouvoir d’Henry IV est encore bien fragile, menacé de l’intérieur et de l’extérieur. A Rouen, le comte de Bleuse est sauvagement assassiné, et crucifié dans une église dont tous les bénitiers ont été remplis de sang. Il n’en faut pas plus pour raviver le spectre de la guerre entre protestants et catholiques. Mais il y a encore pire pour le roi. Une lettre, écrite des années auparavant, lui a été volée ; lettre où il se déclarait prêt à quitter le giron de l’église catholique. Tout son travail récent serait anéanti si cette lettre arrivait dans les mains du roi d’Espagne, et si le sang coulait à nouveau à Rouen. C’est Gilles Bayonne, soldat du roi et enquêteur, qui est envoyé sur place pour élucider cette sombre affaire, et désamorcer la catastrophe.

Commençons par une généralité : Je n’aime pas les polars historiques. Vient ensuite une autre généralité : Toute règle a ses exceptions. Un chien du Diable de Fabienne Ferrère est une de ces exceptions. Ce que je reproche habituellement aux polars historiques c’est de se cacher derrière l’exotisme d’une époque et/ou d’un lieu, et de considérer que c’est suffisant. Plus besoin d’avoir de vrais personnages, plus besoin de construire une intrigue, plus besoin de peaufiner la langue, on plante un décor, et c’est bon.

Or le roman de Fabienne Ferrère n’a aucun de ces défauts. Tout d’abord ce personnage principal, très hard-boiled si on y regarde d’un peu près : teigneux, mauvais coucheur, pas très respectueux de l’ordre et des puissants. Les coupeurs de cheveux en quatre pourraient éventuellement lui reprocher d’être trop moderne et d’avoir des préoccupations d’un autre temps. Laissons-les couper les cheveux. Gilles Bayonne n’est pas le seul beau personnage de ce roman, tous les personnages secondaires, nobles, curé, taverniers, soldats, voleurs … sont travaillés, fouillés et fournissent une galerie de portraits hauts en couleur.

L’intrigue tient bien la route, même si un lecteur un peu aguerri de polars devine assez vite qui est le coupable. Mais est-ce vraiment le plus important ? Non. Reste à découvrir comment, et surtout, pourquoi, et à suivre le cheminement du héros vers la découverte de la vérité.

La description de cette époque sale, boueuse, dure, très dure pour les plus pauvres (c'est-à-dire la grande majorité) est totalement convaincante. Le choix de situer l’histoire à un moment où il tombe des cordes, avec des personnages en permanences crades et pataugeant dans la gadoue est particulièrement judicieux. Et pour garder le meilleur pour la fin, l’auteur fait un très bel usage de la langue, avec des dialogues « d’époque », qui sonnent vrais, ne paraissent jamais artificiels, et claquent à l’oreille. Bref, une belle réussite.

Une petite demande, si je puis me permettre. Il ne semble pas impossible de revoir Gilles Bayonne dans un avenir prochain. Alors tant qu’à avoir un spadassin sous la main, on pourrait avoir un peu plus de castagne ? Quelques bons échanges de coups d’épées ? S’il vous plait madame l’auteur ?

Fabienne Ferrère / Un chien du Diable 10x18/ Grands détectives (2008).

par Jean-Marc Laherrère publié dans : Polars français communauté : SOIF DE LIRE...
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Lundi 27 octobre 2008

De gros nuages noirs sur les réserves navajos. La série noire continue. C’est au tour de Tony Hillerman de s’éteindre à l’âge de 83 ans. J’y reviendrai sans doute. Plus d’infos, en anglais là, et sans doute très bientôt un peu partout.


D'avantage de liens anglophones pour les premiers hommages sur l'incontournable blog de Sarah Weinman.

Merci à Olivier pour l’info.
par Jean-Marc Laherrère publié dans : Polars divers
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Dimanche 26 octobre 2008
Aind ze ouinneur izzz ....................

Zulu de Caryl Férey

Nous ne sommes rien, soyons tout ! de Valerio Evangelisti.

Suis-je content ? Je suis content !

Pour voir quelques photos, c'est sur le blog de Claude le Nocher.
par Jean-Marc Laherrère publié dans : Polars divers communauté : SOIF DE LIRE...
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