Jeudi 23 octobre 2008
Une petite pause pour aller à la capitale pour l'assemblée Génarale de 813.

Dès dimanche soir ici même, les résultats du prix 813, et quelques notes de lecture.
par Jean-Marc Laherrère
ajouter un commentaire commentaires (2)    recommander
Jeudi 23 octobre 2008

Si on ne devait reconnaître qu’une qualité aux éditions Moisson Rouge, ce serait sans contexte de ne pas reculer devant la difficulté ! Pas de doute, il sont des guts (pour ne pas dire autre chose) et ne manquent pas de culot. Après le sulfureux Prière pour Dawn de Nathan Singer, auquel on peut trouver des défauts, mais qu’on ne peut certainement pas accuser de caresser le lecteur dans le sens du poil, ils persistent, dans un style totalement différent, avec Suburbio su brésilien Fernando Bonassi. Singer c’est l’éruption volcanique, l’explosion désordonnée, Bonassi c’est la litanie, la mélopée, l’engourdissement avant le coup de trique qui vous met KO debout, au moment où vous ne vous y attendez plus.

Visite guidée : Une banlieue grise de Sao Paolo. Un couple. Le Vieux, la Vieille. Ils ne se parlent plus, ne se touchent plus, se haïssent sans passion. Le Vieux picole au bar du coin, sans parler à personne. La Vieille s’occupe de leur petite maison, regarde la télé, sans parler à personne. Jusqu’au jour où surgit la Petite. Avec elle, le Vieux revit, arrête de boire, raconte des histoires, réapprend à sourire. Mais le bonheur, même une tout petit bonheur, est-il possible pour le Vieux ?

Il est très difficile de parler de ce bouquin sans en révéler la trame. Dans toute la première partie Fernando Bonassi réussit l’exploit d’écrire l’ennui, le vide total, le gris sans le moindre relief. Il l’écrit, l’installe, page après page … Alors forcément, par moment, on s’emmerde un peu, on admire, mais on se demande où ça va. Mais aussi, comment raconter une vie aussi vide de sens ? Une vie qui avait pour seul squelette un boulot usant et répétitif ? Qui n’a plus rien quand le boulot s’arrête ? Comment raconter des vies à ce point déshumanisées que les personnages en perdent même l’usage de la parole ? Il l’écrit très bien, mais il n’est pas étonnant que ce soit lancinant, hypnotique, gris sale …

Puis il y a l’arrivée de la Petite, l’éveil du Vieux, et cette fin, dont je ne dirai bien entendu rien, mais qui change tout. Pour ceux qui veulent lire ce bouquin sans aucune idée préconçue, je vous conseille d’arrêter là la lecture de ce billet. Et de me faire une confiance aveugle, cela ne s’arrête pas là. Sachez seulement que pendant que je lisais le roman, je pensais au billet que j’allais écrire, je pesais les bons côtés du bouquin, je les mettais en balance avec son côté monotone … A la dernière ligne, tout avait changé.

 

……………………

 

Ca y est, ne restent ici que ceux qui acceptent d’en savoir un peu plus ?

 

…………………………………..

 

Alors je continue. Un seul conseil donc, si vous le commencez et que vous hésitez, accrochez-vous, allez au bout, vous ne le regretterez pas. Quoique ... Les dernières pages vous retourneront comme une crêpe, pour vous laisser complètement sonnés. Parce que sans changer de ton, ni de rythme, en traître, Bonassi bascule du gris dans le noir le plus sombre, le plus choquant. Choquant, terrible, mais également logique, et c’est là toute la force du roman. Sans aucune explication psychologique, philosophique ou sociologique, il montre comment si l’on retire à un homme tout ce qui fait notre humanité (l’intérêt pour autre chose que la survie, la communication avec les autres, le partage d’un ensemble de valeurs et d’une forme de culture), on le pousse vers la folie, on en fait un animal, sans conscience et sans morale, uniquement préoccupé par ses besoins instinctifs.

Alors certes, ce n’est ni agréable, ni aimable, c’est même très dérangeant. Pour ma part, c’est même beaucoup plus dérangeant que le Nathan Singer qui n’échappe pas à une certaine surenchère. Or l’horreur dans l’économie et la retenue, c’est encore pire.

Vous voilà un lecteur (potentiel) averti !

Fernando Bonassi / Suburbio (Suburbio, 2005), moisson rouge (2008), traduit du portugais (Brésil) par Danielle Schramm.

par Jean-Marc Laherrère publié dans : Polars latino-américains communauté : SOIF DE LIRE...
ajouter un commentaire commentaires (1)    recommander
Mercredi 22 octobre 2008

Un peu de douceur (et d’intelligence) dans ce monde de brutes. Et une autre série qui marche très fort chez les minots (du moins, chez les miens). Il s’agit des P’tites poules de Christian Jolibois (histoire) et Christian Heinrich (illustrations).

Cela se passe dans un temps pas vraiment déterminé (mais plus ou moins situé entre la fin du moyen âge et la fin du XVIII ° ?) autour d’un poulailler en forme d’œuf où habitent une bande de p’tites poules, leurs frères et copains, les p’tits coqs, un rien bagarreurs, et deux potes, à savoir un bélier et un cormoran (que fait le cormoran là ? Mystère, mais c’est pas grave).

Toute cette volaille bataille ferme, et vit des aventures qui les amèneront à rencontrer, dans le désordre, et sans prétention à l’exhaustivité : Christophe Colomb, Jean de la Fontaine, le Minotaure, le Chat Botté, un descendant d’Esope, Lancelot … Cela parle de l’importance des histoires, de l’amitié, de la superstition, de la bêtise, de la famille … Sans jamais se prendre au sérieux, mais en faisant toujours le boulot très sérieusement !

C’est très drôle, autant au niveau des histoires, des inventions des noms, que des dessins. Les enfants adorent, et les parents prennent un grand plaisir à les lire (je dois même avouer avoir lu, pour moi tout seul, le dernier épisode acheté, avant de le lire à mes affreux, juste pour le plaisir). Les références historiques et mythiques entraînent inévitablement des questions, qui permettent de rebondir sur d’autres textes et d’autres histoires. Donc ça rend curieux. Et ça fait réfléchir. Et rire.

Autre avantage, tout en étant suffisamment développé et complexe pour plaire aux parents, c’est suffisamment court pour qu’un gamin de 7-8 ans, qui commence à maîtriser la lecture, puisse le lire tout seul (ou le lire à un petit frère ou petite sœur de 4-5 ans).

Vive les Poulettes ! Promis, demain, retour au noir.

Christian Jolibois (auteur) et Christian Heinrich (illustrateur) chez Pocket Jeunesse. Un poulailler dans les étoiles, La petite poule qui voulait voir la mer, Sauve qui poule, Charivari chez les p’tites poules, Jean qui dort et Jean qui lit, Les p’tites poules, la bête et le chevalier, Nom d’une poule, on a volé le soleil !, Le jour où mon frère viendra.

par Jean-Marc Laherrère publié dans : Pour les minots communauté : SOIF DE LIRE...
ajouter un commentaire commentaires (3)    recommander
Mercredi 22 octobre 2008

De nouveau de mauvaises nouvelles en provenance d’Italie, après l’éclaircie musicale …

Le camorriste, comme le cafard, aime l’obscurité, et déteste la lumière. Il n’aime rien tant que d’être laissé tranquille à faire ses petites affaires, absolument inoffensives dans le cas du cafard, mais déteste qu’un quidam lui braque un gros projecteur dans la trogne.

Roberto Saviano, avec Gomorra, le livre, puis à cause de Gomorra le film, a braqué un énorme projecteur sur la vilaine figure de la camorra. Or, et là est toute la différence, si le cafard est, au pire, dégoûtant, le camorriste, lui, est mortel. Et Roberto Saviano en danger de mort.

Un état de fait qui ne semblait pas émouvoir plus que de raison l’état italien du grand défenseur de la liberté d’expression qu’est Silvio Berlusconi, mais qui a par contre ému six prix Nobel, de littérature (Orhan Pamuk, Günter Grass et Dario Fo), de la paix (Michael Gorbatchev et Desmond Tutu), et de médecine (Rita Levi Montalcini), qui ont lancé, dans la Repubblica, un appel à l’état italien pour qu’il assure la sécurité de Saviano.

Cet appel est relayé sur le site littéraire du Nouvel Obs. Et maintenant ici même …

Et tout va très vite, il semblerait qu’au moment où j’écris ces lignes l’appel ait été signé par plus de 150 000 personnes, dont un autre Nobel en la personne de José Saramago, ainsi que par une pléiade d’auteurs connus de Paul Auster à Colum McCann en passant par Tahar Ben Jelloun et bien d’autres.

Ce qui, n’en doutons pas, constitue un autre coup de projecteur bien désagréable pour les cafards ….

Dernier point, pour signer, c’est là.

par Jean-Marc Laherrère publié dans : Mauvaise humeur
ajouter un commentaire commentaires (1)    recommander
Lundi 20 octobre 2008

Toute l’Irlande change à toute vitesse, l’argent afflue, les repères se perdent, une nouvelle pauvreté s’installe … Mais tout le monde est choqué par l’assassinat d’un prêtre, retrouvé décapité à Galway. Etrangement, c’est Jack Taylor, qui vient juste de sortir de trois mois dans un asile où il végétait à la suite de la mort de la petite Serena dont il avait la garde, qu’un curé vient chercher pour faire la lumière sur cette affaire. Jack, plus paumé que jamais, se retrouve pris entre une église qui tente désespérément de se dépêtrer de nombreux cas de pédophilie, et des victimes qui se sont, parfois, transformées en bourreaux. Pas de quoi améliorer son moral.

Même si Jack est capable de manier l’humour le plus noir dans les circonstances les plus dramatiques, ne comptez pas sur ce nouveau roman de la série pour vous remonter le moral. C’est à chaque fois la même chose. On croit que Ken Bruen et son personnage ont touché le fond, mais, non, il arrive toujours à l’enfoncer un peu plus. C’est encore le cas dans La main droite du diable. Jack Taylor y est animé, tout le long du roman, d’une rage incontrôlable associée à une dépression sans fond.

Son état d’esprit est en phase avec une nouvelle Irlande totalement perdue, qui garde ses superstitions mais perd tout respect pour une église trop souvent impliquée dans des affaires de pédophilie, qui ne croit plus dans ses religieux mais ne peut sauter le pas de la laïcité. Une Irlande qui perd son identité, sa culture, les valeurs qui la construisaient (pour le meilleur et pour le pire), diluées dans le consumérisme le plus débridé et l’imitation aveugle du modèle américain. Au milieu de tout ça, Jack Taylor, l’homme des livres et des vieux pubs, se sent chaque jour d’avantage un homme du passé perdu dans un monde où il n’a plus sa place. Un homme qui connaît, et aime, bien plus de morts que de vivants.

Et malgré tout, on sent un tel amour pour ses personnages chez Ken Bruen, qu’on en redemande. Il a beau nous faire sombrer un peu plus à chaque roman, il nous tarde déjà de retrouver Jack, avec peut-être le secret espoir qu’un jour, un vrai rayon de soleil brillera aussi pour lui. A moins que le lecteur de polar ne soit masochiste …

Et puis, avant le nouveau Jack Taylor, on aura peut-être droit à un petit R&B pour se détendre ?

Ken Bruen / La main droite du diable (Priest, 2006), série noire (2008), traduit de l’anglais (Irlande) par Pierre Bondil.
par Jean-Marc Laherrère publié dans : Polars irlandais communauté : SOIF DE LIRE...
ajouter un commentaire commentaires (1)    recommander
Dimanche 19 octobre 2008

Dernièrement ce n’étaient pas des nouvelles joyeuses qui nous arrivaient d’Italie. Gomorra et l’enfer de la camorra, la réélection de Berlusconi, corruption, trafic de déchets toxiques … Mais hier soir, ce sont deux heures de bonheur qui se sont invitées du côté de Toulouse, grâce par deux italiens et leurs complices : Stefano di Battista (saxophones), Fabrizio Bosso (trompette), Baptiste Trotignon (orgue hammond) et Greg Hutchinson (batterie) étaient en concert à Odyssud ce samedi soir.

J’ai quelques disques avec di Battista, je savais donc un peu à quoi m’attendre de sa part. Je ne connaissais par contre pas du tout son trompettiste. Dire qu’il m’a espanté est un doux euphémisme ! Cela faisait très longtemps que je n’avais pas entendu un trompettiste qui fasse autant grogner, râler, feuler … son instrument. A ce niveau, ce n’est plus un instrument en cuivre, c’est juste un accessoire pour amplifier la voix humaine tant elle « dit » ce que Bosso veut. Ce qui ne l’empêche pas d’afficher également une virtuosité et une dextérité qui ne rend pas une double croche à di Battista. De la haute voltige, tempo d’enfer, et alternance impeccable de longues notes gueulées et travaillées et d’envolées affolante de technique.

Il suffit de dire de Stefano di Battista n’était jamais en reste, et répondait point par point à ce phénomène pour donner une idée du concert. Les deux se sont révélés particulièrement impressionnants dans les conclusions de certains morceaux, moments de pure magie, où on ne savait plus lequel des deux exposait le thème et lequel brodait autour tant les deux voix se tournaient autour, s’emmêler, se répondaient, sans jamais nuire à la clarté de la mélodie ou du rythme. A croire que l’on était en présence d’une seule créature, dotée de deux corps, deux instruments, mais d’une seule conscience, d’une seule idée, parfaitement claire, de la musique à jouer. Quasi miraculeux !

Inutile de dire que cela n’était possible que parce que derrière, les deux autres tenaient la baraque. Baptiste Trotignon impérial, dans le rôle difficile de l’organiste qui doit jouer deux rôles : celui du bassiste, qui assure les fondations avec son compère batteur, et du pianiste (ou guitariste) qui définit l’harmonie. Certes, sur les chorus, il pouvait paraître un peu plus effacé que les deux phénomènes, mais il leur a fourni, tout au long du concert, un vrai fauteuil pour briller. Et Greg Hutchinson aux dires de di Battista, il découvrait ce jour là les morceaux et le groupe. Et il s’agissait quasiment uniquement de compositions originales. Un gros matou, ronronnant, aux coups de pates fulgurants, qui finissait tous les morceaux avec un sourire radieux qui disait, si besoin était, le pied qu’il prenait ce soir là.

Et nous donc ! Si par hasard ces quatre là passent vers chez vous, et s’il reste des places, allez vous payer deux heures de bonheur made in Italy.

 

Stefano di Battista (saxophone)

Baptiste Trotignon (orgue Hammond B3)

Fabrizio Bosso (trompette)

Greg Hutchinson (batterie)

par Jean-Marc Laherrère publié dans : Spectacles
ajouter un commentaire commentaires (3)    recommander
Jeudi 16 octobre 2008

Pour une fois, Parker n’a pas choisi lui-même ses coéquipiers. Résultat, il se retrouve en taule en attente de jugement. Pressé de sortir de là, il s’associe avec deux codétenus pour s’évader. Mais leur aide, et celle de leurs complices à l’extérieur a un prix : Il doit participer à un coup dans la ville. Un coup qu’il ne sent pas, un coup qu’il n’a pas préparé. Un coup qui, bien entendu, tourne mal …

C’est certain, ce n’est pas le meilleur Parker. Etrangement, on a presque l’impression de voir Parker embarqué dans un scénario Dortmundérien où chaque nouveau mouvement pour se sortir de la mouise ne fait que le précipiter dans une mouise encore plus grande. Du coup le scénario est moins dense que dans ses meilleurs épisodes.

Mais c’est quand même un Parker, dans la narration, et dans le style. Ce qui est synonyme de grand, très grand plaisir de lecture. Car le personnage est immuable, imperturbable, granitique, d’une efficacité totale, économe en mots et en actes … Et Richard Stark (alias Westlake comme tout le monde le sait) a poli son style au fil des épisodes, le rendant aussi tranchant que son personnage. Toutes les scènes dans lesquelles se trouve Parker sont d’une précision et d’une limpidité parfaites. Impossible d’en retirer une phrase, un mot, une ponctuation, sans en amputer le sens.

C’est amusant que ce billet succède à celui sur Gonzalez Ledesma, car les deux romans sont exactement contraires. Là où Francisco Gonzalez Ledesma utilise l’histoire pour faire passer ses sentiments, ses émotions, ses analyses historiques et philosophiques, Richard Stark bannit totalement les émotion, les sentiments, la psychologie. Au lyrisme nostalgique dans les descriptions de l’un répond l’action pure comme le diamant, qui claque sèche comme un coup de trique de l’autre. Deux régals de lecture, aussi différents qu’on puisse l’être.

Bravo à Emmanuel Pailler pour la traduction.

Richard Stark / Breakout (Breakout, 2002), Rivages/Thriller (2008), traduit de l’américain par Emmanuel Pailler.

par Jean-Marc Laherrère publié dans : Polars américains communauté : SOIF DE LIRE...
ajouter un commentaire commentaires (3)    recommander
Mercredi 15 octobre 2008

Il y a fort longtemps, dans un bordel fréquenté par les artisans et ecclésiastiques de Barcelone, naît un enfant étrange. A cinq ans, son visage est celui d’un adulte et il se nourrit de sang. Quand il a sept ans, sa mère accusée de sorcellerie par l’Autre, est exécutée. Il survivra alors seul, au fil des siècles, se cachant, changeant d’identité et de métier quand ceux qui le côtoient s’aperçoivent qu’il ne vieillit pas, échappant plusieurs fois à l’Autre qui le pourchasse à travers les siècles. Aujourd’hui, Marta Vives, belle jeune femme, stagiaire dans un cabinet d’avocat, est amenée à croiser sa route, et à s’interroger sur l’histoire de sa propre famille, liée à la guerre entre les deux éternels, ainsi qu’à celle que se livrent, depuis fort longtemps, les libres-penseurs et les tenants de l’orthodoxie religieuse.

Avec La ville intemporelle ou le vampire de Barcelone, Francisco Gonzalez Ledesma fait une belle déclaration d’amour à sa ville et aux femmes qui en ont été, et en reste, l’âme. Peut-être plus encore que dans ses polars habituels c’est bien Barcelone le personnage central de ce dernier roman. Barcelone que l’on voit changer, étouffer, grandir, saigner, chanter, souffrir, s’enrichir, vivre … du Moyen-Âge à nos jours. Barcelone qui, comme toujours, est indissociable dans l’œuvre de Ledesma de ses habitants, et plus particulièrement des plus pauvres, de ceux qui l’ont construite, nourrie et fait palpiter. Barcelone qui au cours de siècles s’est construite sur ses morts et ses ruines, et qui s’est empressée de les oublier. C’est à ce passé oublié que Ledesma rend hommage.

Il le fait, pour la première fois, au travers d’un récit fantastique, mettant en scène le combat permanent entre les Bien et la Mal, Dieu et le Diable, ceux qui croient et ceux qui doutent, ceux qui prônent l’Obéissance et ceux qui veulent la réflexion et la discussion. Un combat qui ne s’achève bien entendu pas à la fin du roman …

Comme toujours chez le créateur de Mendez, il ne faut pas attendre une trame serrée et de l’action. Il écrit une histoire de vampire sans terreur ou presque, sans péripéties ou presque, sans combat titanesques entre forces surhumaines. Son récit fantastique, comme ses récits policiers, utilise le genre comme un prétexte à écrire, encore et toujours, la même histoire. Celle d’un souvenir mélancolique aux couleurs sépia, hommage à tous les anonymes qui sont l’âme de Barcelone. Francisco Gonzalez Ledesma se renouvelle en réécrivant le roman qu’il écrit depuis ses débuts. Ce qui est la marque de grands auteurs.

Francisco Gonzalez Ledesma / La ville intemporelle ou le vampire de Barcelone (La ciudad sin tiempo, 2007), L’Atalante (2008), traduit de l’espagnol par Christophe Josse.

par Jean-Marc Laherrère publié dans : SF, Fantastique et Fantasy communauté : SOIF DE LIRE...
ajouter un commentaire commentaires (3)    recommander
Mercredi 15 octobre 2008

Commençons par un mea culpa … Dans mon TOP 100 j’ai classé George Alec Effinger parmi les anglais, alors qu’il est … américain. Je corrige donc illico.

Venons en aux faits. George Alec Effinger fait partie de ces auteurs qui transcendent les genres, jonglent avec, s’amusent, et finissent par produire une littérature originale, jouissive, agitatrice de neurones. Dans le cas d’Effinger, on a un auteur de SF qui s’est frotté au polar. Essai magnifiquement transformé.

Il est né en 1947 à Cleveland, et a fait ses études à l’Université de Yale et à la New York University. Dès le début des années 70 son premier roman de SF est un succès et lui vaut la reconnaissance de ses pairs. Il gagne en 1988 pour sa nouvelle Schroedinger's Kitten deux des prix de science fiction les plus prestigieux : le Hugo et le Nebula. Grand amateur de culture populaire il aime récupérer les genres et les mythes, et les adapter dans ses romans de science fiction. Il est décédé en 2002.

Avec la trilogie consacrée à Marîd Audran et au Moyen-Orient, Effinger rend un véritable hommage au roman noir et à ses maîtres. Tout y respecte les codes du genre : le narrateur est un privé, habitué des bars de sa ville, plus porté sur l’alcool et la drogue que sur le Coran, ami des prostituées et des loubards, et farouchement indépendant. Ce Marlowe du futur évolue dans une ville du Moyen-Orient non identifiée, et plus précisément dans son vieux quartier, le Boudayin, qui est également le quartier des bars louches, et des touristes en mal d’émotions fortes. Contrairement à une bonne partie de ses amis, il refuse de se faire câbler le cerveau pour pouvoir s’enficher des périphériques qui lui permettraient de revêtir une autre personnalité, réelle ou imaginaire, ou d’acquérir des compétences nouvelles comme le don des langues, ou la possibilité d’annuler momentanément la fatigue ou  la faim.

Jusqu’au jour où, dans Gravité à la manque, un tueur fou et sadique se met à massacrer à tout va dans le Boudayin. Marîd commence à enquêter quand il est convoqué par le parrain local, bien plus puissant que toutes les forces de police, Papa Friedlander Bey. Celui-ci lui suggère d’accepter de se faire câbler, puis d’enquêter pour son compte et d’éliminer le tueur. Comme il est difficile de résister aux suggestions de Papa, Marîd se fait opérer, et c’est avec l’aide de la personnalité de Nero Wolfe qu’il démasque le tueur.

Dans les deux épisodes suivants, Marîd gagne en notoriété, devient riche, mais perd sa liberté, Papa aimant que ses « employés » lui soient dévoués corps et âme. Coupé de ses amis, ayant perdu ses repères dans le Boudayin, il devient le bras droit du parrain, et commence à entrevoir la véritable nature de son employeur. Bien plus que simple parrain d’un quartier de débauche, Friedlander Bey est l’un des conseillers les plus écoutés d’un monde qui est parti à la dérive, éclaté en une multitude de petits états qui se font la guerre, quand ils ne sont pas occupés par des révoltes et coups d’états. Son grand rival est Cheikh Reda, autre véritable autorité de la ville. Marîd prendra une part croissante dans la guerre feutrée mais sans pitié qui oppose les deux hommes.

Dans cette trilogie George Alec Effinger réussit ce qui pourrait être montré dans les écoles comme un exemple parfaitement abouti du mélange des genres. La progression de l’enquête, le style, la voix off du narrateur très hard-boiled, avec ses répliques caractéristiques, en font un hommage au genre superbement réussit.

Dans le même temps le monde futuriste imaginé par Effinger, avec son mélange de palabres, de sourates et de transsexuels connectés, véritables réincarnations des stars du porno est éblouissant et absolument convainquant. C’est peut-être ce mélange étonnant d’une culture millénaire avec des gadgets du futur qui fait que cet univers a réussi à rester à la fois proche du notre, et futuriste, alors qu’il date déjà de vingt ans. On en peut que constater que la recrudescence des fanatismes religieux, le morcellement des pays et régions et l’exacerbation des particularismes semblent même donner raison à ce visionnaire inspiré, grand raconteur d’histoires que les amateurs de privés durs à cuire auront un immense plaisir à découvrir.

Pour résumer, mettez dans un shaker Bogart, la médina de Marrakech, et le courant cyber punk, agitez fort, rajoutez du style, et consommez sans modération.

Gravité à la manque (When Gravity Fails, 1986) Denoël / Présence du futur (1989) traduit de traduit de l’américain par Jean Bonnefoy. / Privé de désert (A Fire In The Sun, 1989) Denoël / Présence du futur (1991) traduit de traduit de l’américain par Jean Bonnefoy / Le Talion du cheikh (The Exile Kiss, 1991) Denoël / Présence du futur (1993) traduit de traduit de l’américain par Jean Bonnefoy.

par Jean-Marc Laherrère publié dans : Polars américains communauté : SOIF DE LIRE...
ajouter un commentaire commentaires (4)    recommander
Samedi 11 octobre 2008

Après Le temps de la sorcière, revoilà Einar, journaliste et ancien alcoolique, envoyé dans le nord de l’Islande par son journal. La petite ville où il est exilé connaît son week-end de folie, la grande fête des commerçants, beuverie ininterrompue de quelques jours où l’on accourt de tout le pays. Cette année, il y a une attraction supplémentaire : Hollywood et deux de ses stars débarquent, pour préparer le tournage d’une série télévisée. Au lendemain de la fête, le constat est le même, sinon pire que celui de l’année suivante : des tonnes de déchets, agressions, violences, viols … Plus un meurtre, celui d’une jeune fille, retrouvée dans la maison abandonnée qui doit servir de lieu de tournage à la série. Einar s’intéresse de près à cette affaire, aiguillonné par une mystérieuse correspondante qui semble en savoir long sur ce qu’il c’est passé …

Le temps de la sorcière ne m’avait pas totalement convaincu. Voilà ce que j’ai dans mes notes à propos du roman précédent d’Arni Thorarinsson : On va forcément comparer avec Indridason. Et c’est là que le bât blesse. Thorarinsson n’évite pas certaines longueurs, maîtrise moins bien que son compatriote le rythme du récit, et d’un autre côté, n’arrive pas à rendre ses personnages aussi émouvants que ceux d’Indridason. Du coup, par moment, l’attention se relâche, et on n’est pas vraiment touché par ce qui arrive aux personnages.

Toutes ces réserves tombent avec Le dresseur d’insectes. C’est toujours lent, Thorarinsson prend toujours le temps d’installer son histoire, ses personnages, mais il n’y a pas de longueurs et on ne s’ennuie jamais. L’humour du journaliste fait mouche. Les personnages que ce soit Einar, ses collègues ou le commissaire de la ville, prennent de l’épaisseur. Et surtout, les nouveaux venus sont très présents et très attachants. Le destin des deux victimes (oui vous verrez il y a deux victimes) est décrit avec une humanité qui le rend poignant.

Le tableau d’une Islande complexée face à l’étranger, et surtout face aux US est à la fois drôle et émouvant, les luttes entre les forces du fric et les quelques journalistes qui ont encore un minimum de morale sont parfaitement rendues, et le tableau de la ville submergée par des hordes alcoolisées est criant de vérité (et vous pouvez en croire un ex habitué des fêtes de Bayonne !). Bref, on a là un très bon roman noir qui dégage une véritable émotion.

Arni Thorarinsson / Le dresseur d’insectes (Dauði trúðsins, 2007), Métailié/Noir (2008), traduit de l’isalndais par Eric Boury.

par Jean-Marc Laherrère publié dans : Polars scandinaves communauté : SOIF DE LIRE...
ajouter un commentaire commentaires (5)    recommander

Présentation

Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus