Jeudi 9 octobre 2008

De part sa nature même, le polar est un moyen d’expression privilégié pour explorer les côtés sombres, et les disfonctionnements d’une société. On comprend aisément que l’Afrique du Sud de l’Apartheid était un cas d’école pour les écrivains. Or, si l’on commence à découvrir les polars sud-africains post apartheid avec des auteurs comme Deon Meyer, Louis-Ferdinand Despreez, ou même Zulu de notre voyageur Caryl Férey, peu d’auteurs de polars avaient témoigné de la réalité du pays avant la victoire de Mandela. Avec James McClure, Wessel Ebersohn fut l’un d’eux. Sans doute le plus talentueux, parmi ceux qui furent traduits.

Wessel Ebersohn est né au Cap en 1940. Après la publication de son premier roman il abandonne son métier de technicien en télécommunications pour se consacrer à l’écriture. Dès ce premier roman, qui critique très durement le régime de l’Apartheid, il a de gros problèmes avec les autorités. Le roman est finalement interdit en Afrique du Sud, et publié en Angleterre. Il en sera de même pour les suivants.

En France, Wessel Ebersohn est connu pour sa trilogie consacrée au personnage de Yudel Gordon, psychiatre rattaché à l’administration pénitentiaire. Bien que blanc et aisé, il subit quand même une certaine discrimination du fait de ses origines juives. Sa découverte progressive des horreurs de l’Apartheid, et les prises de positions qu’elle va entraîner, ne va pas améliorer son intégration dans la bonne société de Johannesburg. Je ne parlerai ici que des deux derniers volets de la trilogie, n’ayant pas lu le premier.

Dans La nuit divisée, Yudel mène une enquête sur Weizmann, petit épicier qui vient de tuer une jeune Noire qui, selon lui, tentait de pénétrer dans sa boutique. Or, il s’agit de la huitième personne de couleur que Weizmann abat dans des circonstances analogues. Et le bruit court que l’épicier laisse intentionnellement la porte de son magasin ouverte pour mieux piéger d’éventuels voleurs …

Cette plongée au cœur des aberrations générées par le racisme institutionnalisé est particulièrement éprouvante. L’atmosphère étouffante, l’horreur permanente, et une scène de torture particulièrement atroce laissent une impression indélébile, longtemps, très longtemps après que l’on ait oublié les péripéties de l’histoire. Ce qui est mon cas, 15 ans plus tard. Mais je n’ai certainement pas oublié l’impact émotionnel de ce roman.

On retrouve Yudel Gordon dans Le cercle fermé, où il est contacté par Blythe Stevens, un activiste anti apartheid, pour essayer de faire la lumière sur une série d'agressions, intimidations, et même de meurtres touchant des personnalités se battant contre l'apartheid. Pour Blythe Stevens, il n'y a aucun doute, c'est la toute puissante Branche Spéciale qui est derrière tout ça. Yudel prend une semaine de vacances et commence à enquêter, sans comprendre ce qui peut bien relier toutes ces affaires, et doutant de plus en plus qu'un corps constitué de l'état soit à l'origine de toutes ces affaires. Mais il remue suffisamment de boue pour devenir lui aussi la cible de menaces, puis de voies de faits. Ce qui ne l'arrêtera que momentanément dans sa quête de la vérité dans un pays qui vit les derniers soubresauts d'un régime à l'agonie.

Là encore, Ebersohn nous fait découvrir, de l'intérieur, les aberrations, et la violence d'un système politique entièrement construit sur le racisme. Au travers des enquêtes de Yudel Gordon, blanc, mais juif, donc "impur" et soupçonné d'être libéral par les afrikaners purs jus, il met en lumière les atrocités et l'absurdité de l'apartheid et la violence qu'elle suscite, chez ceux qui veulent la défendre coûte que coûte. Mais il n’épargne l'hypocrisie de certains libéraux qui se donnent une bonne conscience et une renommée internationale à peu de frais. Et il rend également hommage au courage et la dignité de ceux qui se battent pour ce qu'ils savent juste. Tous les caractères humains finalement, exacerbés par des circonstances exceptionnelles. Un grand roman, rude mais plus facile à supporter que La nuit divisée. Et une bonne préparation historique avant de lire Deon Meyer qui nous décrit la période qui suit immédiatement.

La nuit divisée (Divide the nigth, 1981) Rivages/Noir (1993) traduit de traduit de l’anglais par Hélène Prouteau. / Le cercle fermé (Closed circle, 1990) Rivages/Noir (1996) traduit de l’anglais par Danièle et Pierre Bondil.

par Jean-Marc Laherrère publié dans : Polars africains communauté : SOIF DE LIRE...
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Mardi 7 octobre 2008

Pour une fois, changeons radicalement de sujet. En cette période de remise de prix Nobel, un peu de science ne fera de mal à personne.

Voilà un site qui s’appelle Dimensions, et qui fait, en 9 chapitres un superbe panorama de quelques connaissances mathématiques liées à la géométrie. Je leur laisse la parole : « Neuf chapitres, deux heures de maths, pour découvrir progressivement la quatrième dimension. Vertiges mathématiques garantis! ». Les films sont regardables en ligne, ou téléchargeables. Le tout gratuitement. C’est magnifiquement fait, illustré, expliqué.

Quand vous aurez bien travaillé, vous pouvez aller sur le site du Blibliomane qui a tenté une expérience extrême et a survécu (de justesse). Attention quand même, assurez-vous que les enfants ne regardent pas par-dessus votre épaule, la fin de l’article expose une image propre à effrayer les plus endurcis.

par Jean-Marc Laherrère
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Lundi 6 octobre 2008

Pour des raisons diverses et variées, je n’avais pas été complètement emballé par mes dernières lectures, il y avait de l’eau dans la gaz et du mou dans les voiles. Dans ces cas-là, comme disait mon entraîneur de rugby, il faut revenir aux fondamentaux. Coup de chance, Rivages publie ces jours-ci un nouveau Robicheaux. Retour aux fondamentaux donc avec Dernier tramway pour les Champs Elysées de James Lee Burke.

Il pleut sur les bayous. Dave Robicheaux est en rogne. Pas à cause du temps, mais parce que son ami, Jimmie Dolan, prêtre grande gueule qui n’hésite jamais à affronter sa hiérarchie et les notables du coin pour défendre les plus démunis a été tabassé quelques semaines auparavant. Avec son ami Clete, colosse souvent imprévisible, il est bien décidé à faire payer l’exécutant et ses commanditaires. Sur son chemin il va croiser un tueur de l’IRA et le fantôme d’un musicien de blues mort depuis 50 ans. Face à lui, rapidement, toute la puissance et la morgue des grandes familles du sud, qui continuent à se comporter en propriétaires de la région et de ses habitants.

Pour les fans de James Lee Burke et de Robicheaux, il suffit de dire que c’est un très bon Robicheaux, presque du niveau de Dans la brume électrique avec les morts confédérés. Pas besoin d’en rajouter.

Pour ceux qui ne connaissent pas, il vaut certainement mieux commencer par les débuts de la série, bien que, comme les autres, cet épisode puissent se lire seul. On y retrouve cette tête de mule de Robicheaux, en proie à ses doutes, ses démons, ses remords. Robicheaux qui semble plus à l’aise en compagnie des morts que des vivants, et qui se sent de plus en plus décalé dans la Louisiane telle qu’elle évolue. Robicheaux qui, malgré ses échecs, les coups qu’il a pris, et la perte progressive de ses illusions ne peut se résoudre à voir que ce sont toujours les mêmes qui s’en sortent, les mêmes qui payent le prix fort.  Dave Robicheaux qui a de plus en plus de mal à exercer son métier de flic, et à se convaincre qu’il est juste de faire respecter la loi :

« La définition de ce qui est légal n’a pas grand-chose à voir avec une conduite vertueuse. Il était légal d’empoisonner systématiquement la terre et de vendre des armes aux fous furieux du tiers-monde. Les hommes politiques qui n’avaient personnellement jamais servi leur pays en service actif, ni entendu les hurlements des victimes d’un lance-flamme sur le terrain ou refermé de sacs à viande sur le visage de leurs meilleurs amis, réclamaient la guerre à cor et à cri et s’affichaient fièrement au garde-à-vous devant le drapeau tout en envoyant d’autres qu’eux se battre pour lui ».

Cet épisode passe du lyrisme pour la description des bayous à l’âpreté et la sécheresse pour celle des conditions de détentions au pénitencier d’Angola, de la « saudade » sépia de Dave qui pleure ses morts, à l’explosion jouissive des coups de folies salutaires de son copain Clete. Une vraie histoire, de beaux personnages, un style, de la force, de l’humanité … un grand bouquin.

Et comme une bonne nouvelle n’arrive jamais seule, qu’apprend-je en lisant la quatrième de couverture ? Que Bertrand Tavernier tourne, ou a tourné Dans la brume électrique avec les morts confédérés, et en plus avec Tommy Lee Jones dans le rôle de Robicheaux ! Autant je n’ai jamais compris que Redford soit un jour choisi pour incarner Dortmunder, autant le choix de Tommy Lee Jones me semble d’une évidence aveuglante, aussi aveuglante que le choix de Lee Marvin pour jouer Parker. Et comme Tavernier avait eu le Coup de génie (et de torchon !) dans son adaptation de 1275 âmes, je suis très impatient de voir ce film.

James Lee Burke / Dernier tramway pour les Champs-Elysées (Last car to Elysian Fields, 2003), Rivages/Thriller (2008), traduit de l’américain par Freddy Michalski.

par Jean-Marc Laherrère publié dans : Polars américains communauté : SOIF DE LIRE...
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Dimanche 5 octobre 2008

La vie de Daniel Chavarria est un véritable roman noir à la Paco Ignacio Taibo II. Né en 1933 en Uruguay, il voyage en Europe entre 19 et 23 ans ans. De retour en Amérique latine il vit et travaille en Argentine, au Pérou, en Bolivie, au Brésil et en Colombie. En 1966, ses liens avec la guérilla l’obligent à quitter précipitamment le pays, ce qu’il fait en détournant un avion sur Cuba où il vit toujours.

Daniel Chavarria est une des voix les plus originales du roman noir latino américain, qui en compte pourtant quelques-unes ! Roman social, roman d’espionnage, d’aventure, historique, philosophique …il a touché à tous les genres, les mélangeant souvent avec une verve et une réussite insolentes. Ses pairs et les critiques ne s’y sont pas trompés qui lui ont remis, entre autres, le Prix Edgar Allan Poe en 1994 pour Adios Muchachos, le prix Dashiell Hammett (pour les polars de langue espagnole) pour Un thé en Amazonie, ou le prix Casa de las Americas pour Le rouge dans la plus du perroquet.

Voici un petit tour, non exhaustif dans sa bibliographie.

Commençons par ses deux romans noirs les plus classiques. Boomerang a été écrit à quatre mains avec un autre écrivain cubain Justo Vasco. On y suit Tony Santa Cruz plongeur, et petit trafiquant qui pêche les langoustes interdites, et les vend au noir aux différents petits restaurants de La Havane. Jusqu'au jour où il tombe sur de vieilles pièces en or. Un vrai trésor qui va exciter les convoitises, dont celle de la belle Margaret Gaylord, américaine, aventurière, et prête à tout pour s'emparer du magot. Forcément, ça va saigner, et quand ça saigne, les requins accourent.

Nous avons là un roman noir très sombre, du genre où tous les coups sont permis. Un roman sans morale ni démonstration, sans héros ni gentils, seulement des individus menés par leurs pulsions, leur vice, et leur soif de vengeance Le roman est découpé en trois parties, de plus en plus noires. Chavarria n’épargne personne, encore moins le lecteur, et prouve qu'il maîtrise parfaitement les codes du roman noir, tout en les adaptant à la sauce cubaine.

 

Autant Boomerang est sombre et âpre, autant Adios muchachos est exubérant et sensuel. Alicia est Jinetera (ces prostituées d'un nouveau genre qui fleurissent à Cuba depuis l'ouverture au tourisme). Elle se balade à vélo sur le Malecón, le short au raz des fesses, des fesses très appétissantes. Quand un riche étranger passe à côté d’elle, elle tombe, se fait mal, se fait raccompagner … Et plus si affinité. Et Alicia sait si bien y faire qu'il y a toujours affinités. Jusqu’au jour où elle tombe sur Juanito, sosie de Delon, apparemment très riche. Mais Juanito n'est pas né de la dernière pluie, et le plus escroc des deux n’est pas forcément celui que l’on croit ...

Après la douche froide de Boomerang, voilà un roman sensuel, propre à échauffer sérieusement les sens du lecteur. En même temps vif, sec, enlevé, superbe peinture de la situation actuelle de La Havane. Pas un mot de trop, pas une explication inutile, que du bon. C'est parfois érotique, souvent drôle, impeccablement construit. Un vrai régal, aussi tordu que Juanito et ses plans, aussi troublant qu'Alicia et ses magnifiques fesses.

Dans Le rouge sur la plume du perroquet, Daniel Chavarria élargit la perspective, géographique et historique. Aldo Bianchi, un riche et séduisant homme d'affaire italien, la cinquantaine, vient pour la première fois à Cuba pour profiter du boum du tourisme et investir dans la construction d'hôtels de luxe. La rencontre avec Bini, jinetera, va lui donner un motif supplémentaire de venir souvent dans l'île. Mais derrière cette situation "classique" de vieux beau saisi par le retour d'âge se cache une réalité bien plus sinistre : Aldo est argentin d'origine, il a quitté son pays contraint et forcé, et il lui a semblé voir, à La Havane, un fantôme de ce passé, qu'il pensait bien ne jamais revoir, en la personne d'Alberto Rios. Dès lors il ne pense plus qu'à se venger. Mais de quoi ? Et qui est réellement Alberto Rios ?

Voilà un roman riche et exubérant : Cuba aujourd'hui, les restrictions, la prostitution, le rhum, la religion qui revient en force, la santeria, le tourisme, la mer ... Mais aussi l'Amérique latine des années 60/70, ses mouvements révolutionnaires, les répressions terribles en Argentine, au Chili et en Uruguay, histoires de tortionnaires et de victimes, histoire de l'implication des USA, histoire des frustrations et des haines qu'ont engendrées les libérations des bourreaux un peu partout, jusqu'au rebondissement de l'affaire Garzon / Pinochet. Tout cela se mêle, on passe du passé au présent, d'un personnage à un autre, du récit d'une machination, à une description de procès, comme dans les romans US, mais à la sauce cubaine (lisez, vous verrez ce que je veux dire). Ca bouge, ça ondule, ça coule, ça explose, on y mange, boit, baise... Un vrai festival, un vrai régal, d'autant plus que Chavarria adopte une construction au suspense impeccable. Seule "difficulté" peut-être, une culture latino américaine (sur les habitudes culinaires, les accents, les différences de langage, de vocabulaire, en particulier entre l'Argentine et Cuba) rend la lecture encore plus délectable ; ne pas l'avoir peut affadir une partie du charme du roman.

Venons enfin à ses deux OLNI, à la fois polars, romans d’aventure, d’espionnage, historique … dans la droite ligne des grandes réussites de Paco Ignacio Taibo II.

Un thé en Amazonie … une forêt où certains connaissent bien les vertus des plantes, d'une plante en particulier qui a des effets extraordinaires. Tellement extraordinaires qu'il vaut mieux garder secrets pour des gens mal intentionnés n'en fassent pas mauvais usage. Mais bien entendu, les secrets s'éventent, et les gens mal intentionnés rappliquent. En l'occurrence la CIA qui monte un complot diabolique pour faire tomber … Fidel Castro. Quant à savoir quel est le lien avec une grande famille espagnole …

On dirait du Taibo II ! On démarre avec quantité d'histoires et de personnages, a priori totalement déconnectés, et finalement, petit à petit, le puzzle se met en place jusqu'au bouquet final. C'est baroque, exubérant et en même temps sec et réglé comme un coucou suisse. Du grand art, jubilatoire.

Finissons avec son denier roman publié en France, La sixième île. Quel rapport y a-t-il entre : Alvaro de Mendoza, voleur, assassin, crapule, canaille sans pitié, mercenaire au service des uns puis des autres, plusieurs fois condamné par l'église, la Réforme, et la justice, et finalement pirate dans les Caraïbes au XVII° siècle ; Bernardo Piedrahita, orphelin uruguayen, élevé dans les années 40 par les jésuites, amateur de mathématiques, d'échecs, de logique, et de littérature, devenu marin, aventurier et un peu escroc ; et Louis Capote, devenu bras droit du tout puissant PDG d'ITT, multinationale aux multiples tentacules qui fut, entre autres, derrière le coup d'état du 11 septembre 1973 au Chili ? Aucun répond immédiatement le quidam. Pas si sûr rétorque Daniel Chavarria qui, après nous avoir raconté ces trois histoires, les relie dans un final éblouissant !

Trois histoires passionnantes, des personnages hors du commun, de l'aventure, des aventuriers, anciens et modernes, un trésor, de l'érudition, du suspense, tout cela pour un puzzle qui se met lentement en place, mais qui ne révèle le tableau final que dans les toutes dernières pages. Chavarria jongle avec les époques, les styles de narration, les styles d'écriture également, multiplie les péripéties, et finit par relier le tout, donnant à l'ensemble se cohérence. Du grand art, on jubile.

Un thé en Amazonie (Alla ellos, 1994) Rivages/Noir (1996) traduit de l’espagnol par Jacques-François Bonaldi. / Adios muchachos (Adios muchachos, 1995) Rivages/Noir (1997) traduit de l’espagnol par Jacques-François Bonaldi. / Boomerang (Boomerang, 1995), Rivages/Noir (1999), traduit de l’espagnol par Jacques-François Bonaldi. / La sixième île (La sexta isla, 1996) Rivages/Thriller (2004) traduit de l’espagnol par René Solis. / Le rouge sur la plume du perroquet (El rojo en la pluma del loro, 2002) Rivages/Thriller (2003) traduit de l’espagnol par Jacques-François Bonaldi.

par Jean-Marc Laherrère publié dans : Polars latino-américains communauté : SOIF DE LIRE...
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Vendredi 3 octobre 2008

Comme vous tous qui avez un blog (du moins je suppose), je regarde régulièrement mes statistiques, moins pour voir combien de personnes sont venues me lire, que pour savoir d’où elles viennent. Et comme vous, j’ai parfois des surprises.

Et j’avoue qu’aujourd’hui je me suis bien marré …

Parce que parmi les mots clés qui ont fait atterrir de pauvres innocents en ce lieu de stupre et de noirceur, il y a eu : « Le plus grande zizi » (sic) et « grand zizi ». J’avoue m’être interrogé quelques secondes avant de me souvenir que j’avais repris la profonde pensée politique de Lebrac, dans la Guerre des boutons dans le titre de mon billet. Je cite « Le chef, c’est celui qui a le plus grand zizi ». Et toc, je viens de gagner quelques visiteurs supplémentaires.

J’étais plus perplexe sur l’article qui a pu attirer ici celui ou celle qui cherchait : « tout les moyens de s’enlever les poils » (re sic) … Mais grâce à Google j’ai trouvé. Tenez-vous bien, c’est à cause de l’article titré « Mauvais poil ». Et oui, dedans il y a « L’état veut s’enlever les moyens d’agir pour pouvoir dire : regardez, le public ne marche pas, il faut passer toutes ces activités au privé ». Vive Google !

Promis juré craché, je ne l’ai pas fait exprès, mais parions que mon « apocalypse selon sein Jérôme » va m’apporter quelques lecteurs inhabituels.

Info de dernière minute : Sur Bibliosurf Bernard Strainchamps a interviewé l’incontournable Jean-Bernard Pouy.

par Jean-Marc Laherrère
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Jeudi 2 octobre 2008

La Terre dans quelques années (pas beaucoup). Une bombe sale vient d’exploser à San Francisco. Les trois premiers gamins étant parvenus au dernier niveau du jeu en réseau Dark Hostel se sont transformés en tueurs psychopathes. Devant le refus de leur venir en aide malgré leur terribles difficultés économiques, les kazakhs ont décidés de se suicider, entraînant une bonne partie de la population mondiale avec eux : Ils ont fait sauter leur centrale nucléaire la plus moderne. De leur côté, l’Inde et le Pakistan ont décidé de régler leur différents une bonne fois pour toute, à coup de missiles, nucléaires également. Dernière bonne nouvelle, la dernière mutation de la dernière fièvre hémorragique est particulièrement virulente, efficace, et mortelle.

Au même moment, à Lille, Kléber, prof de français communiste, grande gueule et esthète fait la rencontre de Sarah, lieutenant de gendarmerie. Ils décident de passer ensemble la fin du monde en musique, en compagnie de quelques amis et de nombreuses bouteilles.

La minute prescrite pour l’assaut est un roman que je recommande chaudement à ceux qui ne connaissent pas encore l’univers de Jérôme Leroy, et c’est pourtant un roman qui m’a un peu déçu. Cela peut sembler paradoxal, mais je vais m’expliquer.

On y retrouve tous ses goûts, dégoûts, ses coups de cœur et ses coups de gueule, sa vision très pessimiste d’un avenir qu’il annonce très noir et très court (malheureusement, le présent lui donne beaucoup trop souvent raison). On y trouve son style, ses envolées lyriques quand il parle de ce qu’il aime, ses coups de griffes impitoyables contre tous les cons … Il y écrit avec un enthousiasme communicatif que n'égale que sa méchanceté jubilatoire. Et l’enchaînement de catastrophes qui amènent la fin du monde est décrit de façon dramatiquement crédible.

Mais il se révèle décevant pour ceux qui le connaissent (trop ?) bien. Parce que c’est une chronique sans réelle progression dramatique (on n’a pas un instant le moindre doute, à la fin, il ne restera plus rien ni personne), qui tient donc par ses personnages, sa thématique, ses partis pris, et la façon de les mettre en avant.

Or la thématique est celle de ses romans et nouvelles précédents (que j’ai lu en grande partie), son personnage principal lui ressemble tellement qu’on est presque dans l’autofiction, et ses goûts et dégoûts sont exposés, jour après jour, avec la même recherche stylistique sur les différents blogs et sites auxquels il participe. Aucune surprise donc, pour quelqu’un qui le connaît un peu, Kléber aime les mêmes vins, les mêmes livres, la même musique, et a les mêmes convictions politiques que son créateur.

Kléber est Leroy, il dit et pense les mêmes choses (aux détails près), et comme je lis souvent du Leroy ici ou là, j’ai eu l’impression de relire quelque chose de connu. Dommage, et tant pis pour moi.

Jérôme Leroy / La minute prescrite pour l’assaut, Mille et une nuits (2008).

par Jean-Marc Laherrère publié dans : SF, Fantastique et Fantasy communauté : SOIF DE LIRE...
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Mercredi 1 octobre 2008

Décidément le polar scandinave est riche. Voici un petit nouveau, découvert par Rivages : Theodor Kallifatides, que la quatrième de couverture présente comme un écrivain et poète suédois d’origine grecque, écrit avec Juste un crime, son premier polar.

Dans un lac proche de Stockholm, un sac plastique contenant le corps d’une jeune femme est trouvé par deux pêcheurs à la fonte de la glace. Kristina Vendel en charge de l’enquête avec sa petite équipe, n’a pas grand-chose à quoi se raccrocher. Aucune disparition n’a été signalée, et la morte n’a rien sur elle qui permette de l’identifier. Juste une croix orthodoxe autour du cou. Alors crime lié à la nouvelle mafia des pays de l’est ? Vengeance ? Crime passionnel ?

La quatrième de couverture en appelle aux glorieux anciens, Maj Sjöwall et Per Wahlöö. Et c’est vrai que leur héritage est sensible. C’est un policier procédural, mettant en scène d’une petite équipe de flics dont l’auteur décrit autant la vie quotidienne que le travail, qui utilise la trame policière comme un prétexte pour dépeindre la réalité sociale (ou une part de la réalité sociale) du pays. On sent que l’on a là, potentiellement, le début d’une série.

Mais s’il est prometteur et pas désagréable à lire, ce premier polar n’est pas totalement convainquant. L’intrigue souffre d’approximations et de coïncidences un peu trop flagrantes pour le genre (car le style procédural requiert, pour être crédible, une grande rigueur dans le déroulement de la narration et de l’enquête policière). Mais surtout, on se demande par moment ce qu’il apporte de plus, par rapport aux nombreux ouvrages déjà construits sur ce modèle. Les personnages sont bien trouvés, mais pas toujours exploités autant qu’ils le pourraient. La peinture de la société suédoise survole un certain nombre de problèmes sans vraiment aller au fond d’aucun. Le lecteur s’intéresse aux personnages, sans réellement arriver à se passionner à leur sort …

Bref, si on ne s’ennuie pas, ce n’est pas non plus l’enthousiasme. Un impression mitigée revue à la hausse à la fin du roman grâce à un final bien ficelé qui arrive à faire monter la tension et l’émotion. Reste à voir, si c’est bien le début d’une série, comment elle va évoluer. Je serais curieux de lire d’autres avis …

Theofor Kallifatides / Juste un crime (Ett enkett brott, 2004), Rivages/Thriller (2008), traduit du suédois par Benjamin Guérif.

par Jean-Marc Laherrère publié dans : Polars scandinaves communauté : SOIF DE LIRE...
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Mardi 30 septembre 2008

Je vais faire une chose que je ne fais jamais d’habitude, reprendre, intégralement, le résumé de la quatrième de couverture. Parce que c’est ça que vous lirez si vous décidez de vous lancer dans Manhattan Grand-Angle de Shannon Burke et que, bien que tout à fait exact, ce résumé ne prépare absolument pas à ce que vous allez découvrir.

« New York, 1990. Frank Verbeckas travaille comme infirmier de nuit. Son quotidien est une éternelle plongée dans la misère humaine et le chaos urbain d’un Manhattan à bout de souffle où le chômage et le crack se sont taillés la part belle de la Grosse Pomme.

Mais Frank n’est pas qu’un simple infirmier, il est aussi photographe à ses heures. L’œil dans le viseur, il traque l’humanité abîmée qui se dévoile devant lui. Les laissés-pour-compte de tout poil, blessés ou morts, sont ses sujets de prédilection.

Un soir, au détour d’une intervention mouvementée, Frank va croiser la route d’Emily, une jeune escrimeuse séropositive. Malgré les mises en garde de ses proches et de ses collègues, Frank va tomber amoureux. S’opère alors un changement, comme si le prisme sombre de ses clichés peu à peu s’estompait... »

A la lecture de ces quelques lignes, le lecteur potentiel qui ne se sent pas en pleine forme risque de passer son chemin, craignant de plonger dans la déprime la plus noire. Ce faisant, il passe malheureusement à côté d’un chef-d’œuvre qui, paradoxalement, laisse une impression lumineuse.

Shannon Burke sait parfaitement de quoi il parle. Il a travaillé dans les équipes médicales de nuit à Manhattan pendant 5 ans, comme son personnage. Pour en savoir plus sur l’auteur, le plus simple est d’aller sur son site (c’est bien entendu en anglais).

Alors certes, c’est du noir profond. Pas du rose. Cependant, cette balade morbide dans Manhattan, qui fait penser, si on s’en tient au thème, au grand Necropolis de Lieberman, a une toute autre coloration. Passé le premier choc (qui est rude), le lecteur s’attache peu à peu au personnage principal, qui pourtant ne fait rien pour. Cela se fait de façon imperceptible, sans que l’on puisse dire à partir de quand on commence à l’aimer. Mais on finit par le comprendre, par se rendre compte qu’il ne fait pas ses photos pour satisfaire une curiosité et un voyeurisme malsains, mais pour garder à distance ses propres démons.

Puis, il tombe amoureux. Là aussi, ce n’est pas évident immédiatement, cela vient par petites touches, tout en subtilité. Son détachement et son indifférence apparente au monde qui l’entoure se craquellent. Dans le même temps, l’émotion gagne le lecteur, pour culminer à la fin du roman qui, malgré son côté tragique, offre à tous (personnages et lecteurs) une très belle lueur d’espoir. Une lueur d’espoir et même un regain de confiance dans la nature humaine. Et tout cela en évitant complètement tout pathos, tout effet de manche larmoyant ou apitoyé.

Sans réelle intrigue, cet exercice de haute voltige en forme de balade noire laisse des traces, pas aussi traumatisantes que l’on pourrait le craindre, et révèle un auteur qui a un véritable style dès son premier roman. En mai 2008 Shanon Burke a publié aux US un nouveau roman Black Flies. Si l’on en croit les critiques américains, il serait de la même trempe que le premier. Bientôt chez nous ?

Shannon Burke / Manhattan grand-angle (Safelight, 2004), série noire (2007), traduit de l’américain par Francis Lefebvre.

par Jean-Marc Laherrère publié dans : Polars américains communauté : SOIF DE LIRE...
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Lundi 29 septembre 2008

Est-il utile de résumer ici l’intrigue de Shutter Island ? Non.

Voici donc, dans la collection Rivages/Casterman/Noir une nouvelle adaptation, et non des moindres, celle du chef  d’œuvre de Dennis Lehane. Face à un tel défi, j’étais à la fois admiratif et dubitatif. Etrangement, ces deux sentiments persistent à la lecture de l’ouvrage.

Tout ce qu’en dit Jeanjean sur son blog Moisson Noire est exact. Les couleurs, le découpage, les clairs-obscurs, l’alternance ce cases sombres et de cases plus lumineuses  … Toute l’illustration est magnifique, et en accord parfait avec l’histoire. Le scénario, très fidèle au texte d’origine, arrive à résumer tout en gardant l’essentiel d’une histoire pourtant complexe, où le moindre détail peut se révéler d’une importance capitale. Je ne vois aucun défaut, et je suis vraiment admiratif devant ce travail d’adaptation.

Mais je reste un peu dubitatif. Parce que malgré ses immenses qualités, je n’ai pas retrouvé l’émotion de la lecture du roman. Je n’ai pas retrouvé l’angoisse, la fébrilité, cette excitation qui fait tourner les pages, de plus en plus vite, tout en faisant regretter que cela s’arrête.

Sans parler du choc monumental de la fin du roman, qui de toute façon n’aurait pas été là non plus à la relecture du roman.

J’avais l’impression que Shutter Island était inadaptable. J’avais tord, le résultat est superbe, mais pas complètement, parce que, de mon point de vue, quelque chose c’est quand même perdu en route. Inutile de dire que je suis également admiratif et dubitatif en attente de l’adaptation que nous prépare Scorcese …

A propos des adaptations BD de la série … Celles de Jim Thompson et Pierre Pelot sont parfaites. Mais je résiste pour l’instant à lire de Donald Westlake. Une grande partie de l’humour de la série Dortmunder, pour moi, réside dans l’économie de moyen dans les descriptions, dans l’équilibre entre ce qui est dit, décrit, et ce qui est omis mais que le lecteur complète, à sa façon. De ce manque, de ce léger décalage temporel entre ce qu’on lit, et ce qu’on imagine et comprend naît le rire. J’ai l’impression que le dessin doit, obligatoirement, faire basculer l’équilibre, montrant bien plus que ce que suggère le texte, détruisant ainsi une bonne partie du ressort comique.

Mais peut-être est-ce que je me trompe …

Jim Thompson , Christian de Metter (adaptation) / Shutter Island, Rivages/Casterman/Noir (2008).

par Jean-Marc Laherrère publié dans : BD communauté : SOIF DE LIRE...
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Dimanche 28 septembre 2008
Le gaucher ...


                    ... l'arnaqueur


















Hombre



    ... Butch Cassidy


















Et bien d'autres. Salut l'artiste. Sale mois de septembre.
par Jean-Marc Laherrère publié dans : Cinéma
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