Dimanche 28 septembre 2008

« Je suis tombé amoureux d'une femme inconnue.

Tout commença par cette phrase. C’était le début d’un paragraphe. Je l’avais écrit mais je ne m’en souvenais pas, car j’avais perdu la mémoire après l’accident. »

Ainsi commence le récit de Juan Cabo, quand il sort du coma. Rien d'autre, il a tout oublié. On lui apprend qu'il est un auteur reconnu, et qu'avant d'avoir un accident de la route, il avait dîné dans un restaurant où il avait écrit ces quelques mots. En quête de sa mémoire, il retourne au restaurant, et se renseigne sur la dame qui a pu inspirer une telle phrase. Mais cette femme est-elle réelle, est-elle pure invention ? Son enquête va se révéler à la fois plus réelle et plus littéraire que prévue. Plus dangereuse aussi. Quand au lecteur, il n'a pas fini de se perdre …

Daphné disparue n’est pas un nouveau roman de José Carlos Somoza. C’est l’un de ses premiers, traduit aujourd'hui qu'il commence à être connu. Pour ceux qui le connaissent déjà, cette œuvre est moins puissante que ses chef-d'œuvres à venir, et en particulier que les deux monuments que sont La caverne aux idées, et Clara ou la pénombre. Mais  tout son talent est déjà là.

Comme il le fera par la suite, Somoza a une idée et la pousse dans ses ultimes retranchements. En 200 pages il « fait le tour » de la littérature. Tout y est, le point de vue de l'écrivain et du lecteur, ce qui est relativement classique, mais également de celui de l'éditeur. Tout passe à sa moulinette. La littérature comme art, comme fiction, comme mensonge, mais aussi comme  moyen de survie et comme simple (ou complexe) industrie.

Il devance et devine, dès 2000, ce que permet le web aujourd'hui : tout le monde, tout le temps, partout, peut et veut écrire et publier. Il fait tout cela à sa façon habituelle, c'est-à-dire au travers d'une construction éblouissante de maîtrise et d'intelligence. Le lecteur a beau savoir qu'il va se faire promener, il a beau essayer de déjouer les pièges, il se fait avoir avec délices, comme d'habitude.

José Carlos Somoza, Daphné disparue (Dafne desvanecida, 2000), Actes sud (2008) Traduit de l’espagnol par Marianne Millon.

par Jean-Marc Laherrère publié dans : Blanche communauté : SOIF DE LIRE...
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Vendredi 26 septembre 2008

Ce blog se revendique, haut et fort, un lieu de culture populaire. A ce titre, je ne pouvais faire l’impasse sur un monument de la culture mondialisée, diffusée par un des fleurons de la propagande yanki, qui a déformé les cerveaux malléables des minots dans le monde entier et ce, depuis des décennies.

Vous ne voyez pas ? Je vous donne un indice :

Un cavalier qui surgit hors de la nuit,

Court vers l’aventure au galop

Son nom, il le signe à la pointe de l’épée,

D’un Z qui veut dire …



Ou bien

Out of the night, when the full moon is bright,

Comes the horseman known as Z....

This bold renegade carves a Z with his blade,

A Z that stands for ...

Ou encore

En su corcel, Cuando sale la luna,

Aparece el bravo Z...

Al hombre del mal, el sabrá castigar,

Marcando la "Zeta" de …

C’est bon ?

Rien de grave, je viens juste d’acquérir les 16h00 de la seconde saison de Zorro, de Disney avec Guy Williams. Et ce soir, on a commencé à regarder ! On, c’est Gaby, 7 ans, Ana, 5 ans, et moi, un certain age, parce que je ne peux pas laisser ces pauvres enfants sans défense regarder n’importe quoi s’en m’assurer qu’ils ne voient rien qui soit dommageable à leur santé mentale.

Dès le premier épisode de cette seconde saison, une surprise de taille, parmi les méchants qui vois-je ? Lee Van Cleef ! Ce qui m’a donné envie de revoir pour quelques dollars de plus …

A part ça, comme pour la première saison ces peigne-culs ont osé coloriser la série ! Un vrai crime de lèse-majesté.

C’est le seul défaut de ces DvD. Sinon la magie opère encore. Don Diego est beau (dixit Ana), Zorro c’est le meilleur, qu’il monte Tornado ou Fantôme (dixit les deux), mais la vraie star, celui qu’ils attendent, qu’ils espèrent, qu’ils appellent de leurs vœux c’est, bien entendu l’incontournable (au sens propre du terme) Sergent Garcia. On a déjà vu les 39 épisodes de la saison 1 au moins 4 fois chacun, et on est bien partis pour la saison 2.

Ensuite, on pourra revoir, l’excellent La marque de Zorro, avec Tyrone Powell dans le rôle titre. Un Tyrone Powell dont le sourire éclatant vaut bien celui de Guy Williams.

Après pour les plus grands, on passera à la version Antonio Banderas

Allez je vais me regarder quelques épisodes de plus.

PS. Si un des membres de l’association des Habits Noirs passe par ici, j’espère qu’il appréciera la pub déguisée.

PPS. Que celui qui lit ce billet sans fredonner « Zorro, Zorro, renard rusé qui fait sa loi, Zorro, Zorro, vainqueur tu l’es à chaque fois » ose me le dire !

par Jean-Marc Laherrère publié dans : Pour les minots
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Vendredi 26 septembre 2008

Commençons par une reconnaissance de dette. Dans ce billet, comme très certainement dans tous ceux à venir, les informations biographiques sont tirées de l’indispensable, l’incontournable, l’indépassable Dictionnaire de Littératures Policières, connus parmi les initiés sous le petit nom de DILIPO.

Ce qui est à Claudius étant rendu à Mesplède … Voici le premier billet consacré à mes mal-aimés ou méconnus.

Laissons nous aller à une petite simplification, qui, j’en suis bien conscient, laisse pas mal d’auteurs de côté, mais qui fournit une entrée en matière qui me plait. Chez les écrivains anglais, il y a la famille tasses de thé, héritiers (ou plus souvent héritières) de la grand Agatha. La famille bière, flic et procédures à laquelle appartiennent des auteurs comme Bill James, John Harvey ou Graham Hurley. Et la famille tripes, came, sang, alcools forts et boyaux, dans la lignée de Ted Lewis et Robin Cook. C’est à cette dernière qu’appartient Jake Arnott. Pour ma part, c’est vrai, en matière de polar comme de gastronomie, je préfère la bière, le whisky et la barbaque au thé …

Jake Arnott est né à Londres en 1961. Il quitte l’école à 16 ans et galère, de squats en petits boulots pendant les années 80. Il publie Crime Unlimited, premier volet de sa trilogie consacrée au crime londonien en 1999.

Crime Unlimited, Crime Song et True Crime forment un triptyque (sans blague !) qui va des années 60 aux années 90. Passant par les années Thatcher, pour finir sous le gouvernement Blair. Au travers d’une peinture du milieu du crime londonien, c’est bien entendu un véritable portrait de trente ans de société anglaise qui est dressé.

Crime Unlimited se déroule donc dans les années 60, à Londres. Harry Stark est un personnage aussi charismatique que dangereux. Ceux qui croisent sa route l’apprennent vite, pour leur bonheur ou leur malheur et le racontent. Terry l’amant qui essaya de le doubler ; Lord Thursby, fragilisé par une situation financière catastrophique et une homosexualité cachée ; Jack the Hat, petit truand minable ; Ruby, starlette qui n’eut jamais son heure de gloire ; Lenny, sociologue, criminologue,  qui le rencontre à l’occasion d’un cours de sociologie qu’il va donner en prison.

Ce superbe récit polyphonique tourne autour de Harry. Les différents narrateurs introduisent autant de points de vue, de styles et d’approches. Cela donne un portrait contrasté et riche du personnage central, mais également un portrait de Londres dans toutes ses composantes sociales. Une ville toute aussi fascinante que le personnage principal, et une société anglaise malade de son hypocrisie, et de ses tabous. L’ensemble, parfaitement maîtrisé, passe avec fluidité de la violence à l’humour, de l’action au discours universitaire, des bouges aux palais de la haute pour donner, simplement, un très grand roman noir.

Crime Song commence en 1966, le jour où les anglais fêtent la victoire de leur équipe en coupe du monde de foot. Dans le Swinging London, trois hommes voient leur vie basculer : Billy Porter, ancien soldat, ayant participé à des opérations commando en Malaisie vit de petits vols. Lors d’un banal contrôle, avec deux complices, il abat trois flics. Frank est un policier ambitieux, et l’un des hommes abattus était son meilleur ami. Sid est un petit banlieusard qui a réussit à se faire embaucher dans un journal à scandales qui profite du meurtre des trois policiers pour réclamer à corps et à cris le rétablissement de la peine de mort.

Reprenant les lieux et l’époque du précédent roman, Crime Song, au travers du regard de trois nouveaux personnages, offre trois nouveaux points de vue sur les années 60/70 à Londres. Aussi magistralement écrit et construit que le précédent il en enrichit la peinture, et la prolonge jusqu’aux mouvements sociaux et pacifistes des années 80, et l’utilisation massive de la police comme force de répression particulièrement violente contre les grévistes, et plus particulièrement contre les mineurs par le gouvernement Thatcher.

Puis exit les années Thatcher, voici les années Blair. True Crime reprend la construction chorale des deux romans précédents, et boucle la trilogie en mettant en scène trois personnages qui ont été, ou vont être, marqués par un revenant … Harry Stark. Julie est actrice, elle essaie de faire croire qu’elle vient de la bonne société londonienne, mais elle cherche en fait à oublier son père, ancien truand, tué en Espagne dans les années soixante par Harry Stark. Tony est un journaliste véreux, assassin à ses heures, qui rêve s’écrire le De sang froid anglais, mais végète à faire le nègre de différents truands dont les mémoires, plus ou moins bidouillées, s’arrachent. Gaz, petit voyou violent sans envergure ne devraient rien avoir en commun avec les pointures du crime londonien ; il croisera pourtant leur route. A l’enterrement d’une vieille gloire, quelqu’un croit apercevoir Harry …

Jake Arnott complète avec ce troisième roman son tableau d’une société anglaise malade, ayant perdu ses repères moraux. Une société où la célébrité, même la plus vaine et la plus artificielle, tient lieu de réussite. Une société fascinée par la violence de truands élevés au rang d’icônes par une génération qui ne voit que le lustre et les paillettes télévisuelles et ignore tout de la misère sociale qui leur sert de terreau. C’est une société en état de décomposition avancé, révélée par les voix de trois personnages magnifiquement campés, sans concession mais avec une grande compréhension de la nature humaine et de ses faiblesses. Tout cela est mené de main de maître, en parallèle d’une course au trésor qui permet à l’auteur de revenir à son personnage premier, et de boucler ainsi cette trilogie superbe de bout en bout.

Crime Unlimited (The long firm, 1999), 10x18/domaine étranger (2005), traduit de l’anglais par Colette Carrière. Crime Song (He kills coppers, 2001) 10x18/domaine étranger (2005), traduit de l’anglais par Colette Carrière. True Crime (Truecrime, 2003) 10x18/domaine étranger (2006), traduit de l’anglais par Colette Carrière.
par Jean-Marc Laherrère publié dans : Polars grands bretons communauté : SOIF DE LIRE...
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Vendredi 26 septembre 2008

Deux liens, que je rajoute illico dans la colonne de droite.

Je vous ai déjà parlé du premier, il s’agit du site de Jean-Pierre Martin, contestataire inspiré. Il me fait beaucoup rire, ce qui évite de trop pleurer.

Je viens de découvrir celui-là : Il s’agit du blog d’une nouvelle association consacrée à la littérature populaire, avec une préférence pour le roman noir. Elle s’appelle les Habits Noirs, et regroupe quelques noms fort connus comme, Marc Villard, Bastien Bonnefous, Francis Mizio … Et quelques autres.

par Jean-Marc Laherrère publié dans : Polars divers
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Jeudi 25 septembre 2008

Loulou est un artisan, ou doit-on dire un artiste ? Serrurier aux doigts d’or, il ouvre toutes les portes, surtout les plus anciennes. Il a même pour clients les Musées nationaux. La classe. Certes par le passé Loulou a bien chatouillé quelques serrures sans consulter leurs propriétaires, mais c’est bien fini tout ça. Maintenant Loulou est rangé. Sauf qu’il aurait bien besoin du nouveau tour allemand ultra perfectionné, et qu’une connaissance le met en relation avec des russes qui sont prêt à le payer 10 000 euros pour un tout petit boulot. 10 000 euros, juste le prix du tour. Alors Loulou accepte. Une dernière fois.

Sauf qu’une fois le boulot fait, les russes au lieu de payer l’abandonnent à moitié mort dans une gare de banlieue. Commettant ainsi deux erreurs : ne pas l’achever, et sous-estimer les ressources d’un gars qui n’a plus rien à perdre … Un gars qui, quelques jours plus tard, voir par hasard Blank Point avec Lee Marvin. Alors Loulou prend une résolution, tant que les russes ne l’ont pas remboursé :

« surtout, partout, toujours, être Lee Marvin »                                                                     

Donald Westlake avait déjà rendu un auto-hommage très ironique à Richard Starkdans Jimmy the kid, où la bande de John Dortmunder essayait de monter un coup en suivant l’intrigue d’un roman de Richard Stark. Mise en abîme assurée.

Avec La récup’, c’est au tour de notre Jean-Bernard Pouy de se lancer dans l’exercice, de façon un peu plus distante, Paris n’est pas New-York, et Loulou n’est pas Dortmunder, mais l’idée est là. Il le fait sans jamais citer Parker et Stark, juste en faisant référence à Blank point, film de John Boorman avec Lee Marvin adaptée de la saga Parkerienne. Il le fait, bien entendu, à sa propre sauce, avec humour, légèreté et finesse.

Sinon que dire de plus de ce nouveau roman de Jean-Bernard Pouy qui n’ait déjà été dit mille fois ? Que JBP est aussi habile pour taquiner les mots que Loulou pour ouvrir les serrures rétives. Qu’aucun mystère de la grammaire, de la syntaxe, de la langue française ne lui résiste plus longtemps qu’une serrure à platine du XVIII° à Loulou. Que sous sa plume les phrases s’ajustent et jouent aussi librement et naturellement que les clenches sous les doigts de fée de Loulou. Mais est-ce vraiment nouveau ?

Que ça fait du bien, pour une fois, de voir un « petit », un démerdard sans grade faire trébucher les gros, faire la nique aux pleins de fric, qu’ils soient mafieux, industriels ou politiques. Qu’il arrive même à rendre la chose possible, le temps d’un roman.

Qu’on a l’impression de connaître Loulou après seulement quelques lignes. Que c’est brillant et d’une « facilité » insolente. Qu’à lire un Pouy on a l’impression que c’est facile d’écrire et d’avoir autant d’imagination. Ce qui est une grave erreur.

Est-ce suffisant pour vous convaincre ? Non ? Alors vous pouvez aller voir ce qu'en pense Jeanjean de Moisson Noire.

Jean-Bernard Pouy, La récup’, Fayard Noir (2008).

par Jean-Marc Laherrère publié dans : Polars français communauté : SOIF DE LIRE...
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Mercredi 24 septembre 2008

Voici donc, après quelques semaines, une petite synthèse des différentes contributions pêchées sur les blogs, ou reçues directement ici même.

Avant tout, deux petites explications : J’ai gardé 105 romans (au lieu des 100 promis), pour ne pas avoir à départager des ex-aequo.

Après avoir longtemps hésité, je donne quand même le nombre de fois où chaque auteur a été cité. J’ai appliqué une règle, que j’ai décidé tout seul, en accord avec moi-même : Si un internaute a cité plusieurs fois le même auteur avec différents titres, j’ai noté les titres, mais je n’ai compté qu’une voix pour l’auteur.

Et maintenant, trêve de parlottes, le résultat :

Avec 15 citations :

Dennis Lehane (USA)

 

Avec 14 citations :

Michael Connelly (USA)

 

Avec 11 citations :

Ken Bruen (Irlande)

 

Avec 10 citations :

James Ellroy (USA)

Jean-Claude Izzo (France)

Thierry Jonquet (France)

Jean-Patrick Manchette (France)

 

Avec 9 citations :

Arnaldur Indridason (Islande)

Henning Mankell (Suéde)

Fred Vargas (France)

 

Avec 8 citations :

Didier Daeninckx (France)

George Pelecanos (USA)

 

Avec 7 citations :

Tonino Benacquista (France)

Pascal Dessaint (France)

John Harvey (Angleterre)

Arturo Perez Reverte (Espagne)

Jean-Bernard Pouy (France)

Donald Westlake (USA)

 

Avec 6 citations :

Andrea Camilleri (Italie)

Caleb Carr (USA)

Caryl Férey (France)

Dashiell Hammett (USA)

Joe Lansdale (USA)

Herbert Liebermann (USA)

Marcus Malte (France)

Dominique Manotti (France)

Jo Nesbo (Norvège)

Ian Rankin (Ecosse)

Jim Thompson (USA)

Daniel Woodrell (USA)

 

Avec 5 citations :

Claude Amoz (France)

Serge Brussolo (France)

Edward Bunker (USA)

Agatha Christie (Angleterre)

Robin Cook (Angleterre)

James Crumley (USA)

Maurice Dantec (France)

Frédéric Fajardie (France)

Pascal Garnier (France)

David Goodis (USA)

Tony Hillerman (USA)

Michel Lebrun (France)

George Simenon (Belgique)

 

Avec 4 citations :

Jean Amila (France)

Marc Behm (USA)

René Belletto (France)

Lawrence Block (USA)

James Lee Burke (USA)

James Cain (USA)

Raymond Chandler (USA)

Robert Crais (USA)

Harry Crews (USA)

Umberto Eco (Italie)

Donald Goines (USA)

Mo Hayder (Angleterre)

Graham Hurley (Angleterre)

PD James (Angleterre)

Elmore Leonard (USA)

Pierre Magnan (France)

Horace McCoy (USA)

Christopher Moore (USA)

Jean-Jacques Reboux (France)

James Sallis (USA)

Gunnar Staalesen (Norvège)

 

Avec 3 citations :

Patrick Bard (France)

Larry Beinhart (USA)

T C Boyle (USA)

Larry Brown (USA)

William Burnett (USA)

Massimo Carlotto (Italie)

Tim Cockey (USA)

Peter Corris (Autralie)

Pete Dexter (USA)

Ramon Diaz Eterovic (Chili)

Rolo Diez (Argentine)

Francisco Gonzalez Ledesma (Espagne)

Jean-Christophe Grangé (France)

Davis Grubb (USA)

Carl Hiaasen (USA)

Chester Himes (USA)

William Irish (USA)

Stéphane Japrisot (France)

Matti Yrjana Joensuu (Finlande)

Douglas Kennedy (USA)

Yasmina Khadra (Algérie)

Stieg Larrson (Suède)

John Le Carré (Angleterre)

Carlo Lucarrelli (Italie)

Ed McBain (USA)

Val McDermit (Ecosse)

Gregory McDonald (USA)

Walter Mosley (USA)

Jean-Hugue Oppel (France)

Leonardo Padura (Cuba)

Ruth Rendell (Angleterre)

Pierre Siniac (France)

Olen Steinhauer (USA)

Paco Ignacio Taibo II (Mexique)

Donna Tartt (USA)

Colin Thibert (Suisse)

Frank Thilliez (France)

Manuel Vazquez Montalban (Espagne)

Marc Villard (France)

Per Wahlöö et Maj Sjöwall (Suède)

Charles Williams (USA)

 

Alors que pour la plupart des auteurs, de très nombreux titres sont cités, quelques-uns se distinguent par un titre emblématique qui revient le plus souvent (quand il n’est pas le seul cité).

C’est le cas de Caleb Carr et de son Aliéniste, de Necropolis d’Herbert Liebermann, Garden of love pour Marcus Malte, Dominique Manotti et Sombre sentier, 1275 âmes de Jim Thompson, Robin Cook avec J’étais Dora Suarez, Dans la brume électrique avec les morts confédérés de James Lee Burke, Le facteur sonne toujours deux fois de James Cain, LA Requiem de Robert Crais, évidemment Le nom de la rose d’Umberto Eco, Le bibliothécaire de Larry Beinhart, America de TC Boyle, La nuit du chasseur de Davis Grubb, et The Brave de Gregory McDonald.

Derniers point, mes chouchous qui sont restés sans voix … J’ai déjà parlé de certains auparavant dans ce blog, je n’y reviendrai pas. Par contre, dès que j’aurai un moment, j’essaierai de présenter ces mal-aimés qui me tiennent à cœur. Les voilà :

J’ai déjà parlé de Colin Bateman, Edward Bunker, John Burdett, Gianrico Carofiglio, Antoine Chainas, Louis-Ferdinand Despreez, Giancarlo De Cataldo, Valerio Evangelisti, Thomas Kelly, Adrian McKinty, Patricia Melo, Deon Meyer, José Carlos Somoza et Don Winslow. Je ne pense pas très utile de présenter ici Crime et Châtiment, d’un jeune auteur russe prometteur …

Dans les semaines à venir, je vous causerai donc de :

  • Jake Arnott et de sa trilogie sur le crime londonien
  • du magnifique Manhattan Grand-angle de Shannon Burke 
  • de Daniel Chavarria, le guérillero uruguayen 
  • des polars de Wessel Ebershon et de sa vision de l’Apartheid 
  • de la trilogie SF/polar de George Alec Effinger 
  • de L’homme aux lèvres de saphir, le chef-d’œuvre d’Hervé Le Corre 
  • de l’anglais Ted Lewis, souvent cité par Robin Cook 
  • de l’écossais trop méconnu William McIlvanney 
  • d’Enrique Medina, l’argentin atypique 
  • d’Eduardo Mendoza, souvent éclipsé chez les amateurs de polars par ses deux collègues Ledesma et Montalban 
  • d’Henry Porter, un des plus grands héritiers de Le Carré 
  • d’un des précurseurs du polar italien, le milanais Giorgio Scerbanenco 
  • des étonnantes sœurs Tran Nhut, ignorées pour des raisons que je ne m’explique pas 
  • d’Arthur Upfield, l’australien qui ouvrit la voie du polar ethnique à Tony Hillerman 
  • et enfin des frères Vaïner et de leur éprouvante Evangile du bourreau.

Du pain sur la planche …

par Jean-Marc Laherrère publié dans : Polars divers communauté : SOIF DE LIRE...
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Lundi 22 septembre 2008

Montmartre Mont des Martyrs de Chantal Pelletier n’est pas une suite, mais un début. Il revient en effet sur les tout débuts de Maurice Laice, alias Momo, chez les flics de Montmartre.

10 mai 1981, c’est la fête à Paris, et dans le reste de la France. Pas pour tout le monde, outre les électeurs de droite qui font la gueule, une famille est abattue dans son appartement. Trois ans plus tard, l’état de grâce est terminé, les guerres de religions sont reparties, et les manifestations de soutien à l’école privée se multiplient. Maurice Laice est devenu flic à Montmartre, un peu par hasard, pour ne pas quitter son quartier. C’est lui qui va devoir trouver qui est cet homme qui a été découvert nu, abattu d’une balle, dans un passage de la butte. Travestis, cathos traditionalistes, artistes peintre en devenir, trafiquants en tous genres vont se croiser au fil de l’enquête.

Mis à part une intrigue qui tient la route, et fait tourner les pages (ce qui n’est déjà pas mal), il y a trois excellentes raisons pour lire ce nouveau roman de Chantal Pelletier.

La première est le personnage de Maurice, flic par hasard, à défaut d’autre chose, en porte-à-faux dans son milieu, mais trop terne et lâche pour affronter une hiérarchie qui le dégoûte. Car si Momo partage avec certains de ses collègues de fiction un rejet de l’idéologie majoritaire chez les cognes, il est très loin d’avoir la hargne et le caractère d’un Harry Hole ou d’un Padovani. Donc il s’écrase. Et s’en veut. Maurice, la gaufrette, paumé, considéré par tous comme un gamin, sans aucune confiance en lui … Un personnage qu’on a envie d’aimer. Pauvre Momo, jamais vraiment à l’aise, même et surtout quand une belle fille s’intéresse à lui :

« Pourquoi une nana comme elle viendrait-elle attendre un minable comme lui ? […] Momo ouvrit la bouche, affichant l’air bête que toute surprise ne manquait pas de lui donner, et qu’il déplorait plus que quiconque ».

La deuxième est la description de ce moment charnière où l’on a commencé à s’apercevoir que François Mitterrand n’était pas forcément de gauche … Où les illusions ont commencé à tomber, où ceux qui avaient beaucoup espéré ont commencé à déchanter, et où, dans le même temps,  la droite a commencé à relever la tête.

La dernière, c’est le style Pelletier, vif, imagé, qui fait très souvent mouche. Exemples :

« Sidéré qu’on puisse avoir des lettres et plus un rond, le ventripotent, cloué à l’entrée de sa boutique à fric, en resta bouche bée, la dégaine d’une carpe prête à farcir ».

« le vacancier n’est jamais tout seul, au minimum en couple, comme les canards, ou en bande, comme les pingouins ».

Alors en route pour Montmartre, et les années Mitterrand.

Chantal Pelletier, Montmartre Mont des Martyrs, Série Noire (2008).

par Jean-Marc Laherrère publié dans : Polars français communauté : SOIF DE LIRE...
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Dimanche 21 septembre 2008

Le 1° juin 2002, James Crumley était à la librairie Ombres Blanches, à Toulouse, et répondait aux questions de Claude Mesplède. C’est la seule fois où j’ai pu le voir, et échanger quelques mots avec lui. La transcription de la rencontre est en ligne sur le site de 813. Je vous en livre un seul petit extrait, qui résume parfaitement le personnage.

Claude lui demandait comment il avait eu l’idée de son personnage de Milo. Voici la réponse, textuelle (traduite par Rob Day) :

« Je l’ai inventé comme j’ai inventé tout le reste : j’ai mis mon cul sur une chaise, devant la machine à écrire, et j’ai attendu que quelque chose arrive. Je ne suis pas un écrivain avec des idées, j’ai juste un cul solide

Voilà. Il ne fallait pas attendre de Crumley des grandes déclarations, des poses d’Artiste, avec un Message et un Sensibilité. Juste un cul solide. James Crumley n’aimait pas trop parler de son travail. Par contre, une fois au bar, il pouvait discuter des heures. J’ai un immense regret, celui de ne pas avoir profité vraiment du peu de temps passé (avec d’autres), en sa compagnie, à la suite de la rencontre. Anglais trop faible, et trop intimidé de me retrouver face à ce géant, pourtant si simple et si aimable.

Restent bien entendu ses livres. Et Milo et Sughrue.

Et pourtant j’avais mal démarré avec Crumley. J’ai commencé par Le canard siffleur mexicain, un Sughrue, assez déjanté. Etais-je trop jeune ? Peut-être. Et surtout, il vaut mieux, avec Crumley, commencer par le début. Toujours est-il que j’y avais trouvé des fulgurances, mais que je m’étais aussi un peu perdu, et je n’avais pas cherché à en lire d’autres.

Jusqu’à ce qu’un libraire me tanne, en me disant que j’étais une bille, et que je devais lire Crumley, me mettant presque de force dans les mains Le dernier baiser. Et là, choc, claque, révélation, tel le Blues Brother en quête d’inspiration, j’ai vu la lumière ! Je l’ai dévoré, ai filé acheter Fausse piste et la Danse de l’ours, et suis devenu un accro à Milo et Sughrue.

J’ai ensuite bien entendu relu Le canard, que j’ai trouvé aussi génial que les autres. Mais cette fois, j’étais un Sughruephile, je connaissais son univers, c’était un ami, un vrai. Je n’ai jamais cherché à me désintoxiquer.

Milo et Sughrue sont les archétypes des privés déjantés, qui tournent à l’alcool et à la came, qui soignent une gueule de bois avec un rail. Ils bastonnent, encaissent, flinguent les méchants, sauvent les dames en détresse, ont un cœur énorme, sont d’une fidélité absolue en amitié. Certes c’est un modèle de privé qui a fait beaucoup d’émules. Mais rares sont ceux qui l’ont fait avec la générosité, la puissance et la grâce (si si, la grâce) de Crumley.


Je suis triste, mais je me console en me disant que, grâce à ses nombreux lecteurs, le grand James a rejoint Milo et Sughrue, quelque part dans un bar, dans nos têtes. Ils y boivent en compagnie de Vazquez Montalban, de Pepe Carvalho, de Jim Thompson, de Marc Behm, de Fajardie et de son Padovani … C’est un bar étrange, plutôt petit, chaleureux, mais qui contient beaucoup plus de monde qu’il n’y parait. Lucy y chante en duo avec Lady Day, accompagnée des arpèges de Tatum et Pétrucciani, Gassman et Mitchum y font du gringue à Sophia et Ava, et dans un coin, Humphrey et Laureen discutent le coup avec Huston et Hammett …

Ils y resteront tant qu’on se souviendra d’eux. Autant dire que ça risque de durer.

par Jean-Marc Laherrère publié dans : Polars divers
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