« Quand j'ai finalement rattrapé Abraham Trahearne il était en train de boire des bières avec un bouledogue
alcoolique nommé Fireball Roberts dans une taverne mal en point juste à la sortie de Sonoma, en Californie du Nord ; en train de vider le coeur d'une superbe journée de printemps. » James
Crumley (Le dernier baiser)
J'attends encore jusqu'à dimanche, puis je sors la synthèse, et je prépare une série de billets sur les chouchous de ma liste méconnus et/ou mal aimés .
Un petit billet pour Jean-Michel qui craignait que je ne m’encroûte …
« Est-ce qu’il est vraiment logique, alors que nous sommes si soucieux de la bonne utilisation des crédits délégués par l’Etat, que nous fassions passer des concours bac +5 à des
personnes dont la fonction va être essentiellement de faire faire des siestes à des enfants ou de leur changer les couches ? »
Qui peut bien avoir dit ça à propos des institutrices de petite section de maternelle ? Hum ? Vous donnez votre langue au chat ? Vous n’osez pas y croire ? Et pourtant c’est
bien lui, l’inénarrable ministre de l’éducation, le pontifiant, le suffisant mais pas nécessaire Xavier Darcos.
Forcément, vous croyez que j’invente. Donc allez là, sur le site de Rue89. Vous lirez
l’article, et vous verrez la vidéo.
On savait déjà, grâce à notre Président, que pour inculquer des valeurs morales, le prêtre valait mieux que l’instituteur. On sait maintenant, grâce au ministre de l’éducation, que les
institutrices de maternelles sont grassement payées (à cause du BAC +5), pour surveiller des sieste et torcher des culs.
Je commence à avoir un doute. Nos gouvernants auraient-ils une dent contre les enseignants ? Le petit Nicolas aurait-il été traumatisé par une maîtresse trop sévère au CP ? Ou alors,
mais ce serait là une hypothèse digne des grands spécialistes du complot, nos gouvernants seraient-ils en train de déclarer que le chien à la rage pour faire accepter sa mise à mort ? Non.
Pas ça. Ces attaques répétées ne peuvent pas avoir pour but de démanteler l’école publique au profit de systèmes privés ? Si ?
Mais revenons un peu à celui qui restera sans doute comme le plus pitoyable des ministres de l’éducation (sous le règne, il est vrai, du plus inculte des Président, l’un expliquant peut-être
l’autre).
Tout petit déjà, alors qu’il n’était que professeur, Xavier Darcos avait une vision du métier et de sa déontologie fort en avance qui
faisait la jalousie de ses collègues, et lui valu, en 1982, de se retrouver inculpé de fraude. Alors qu’il n’avait voulu que le bien de ses chers élèves, en leur faisant travailler, juste avant
le BAC, un sujet fort proche de celui qu’il avait proposé pour l’épreuve à venir. Monsieur le futur ministre ne fut pas condamné mais … mais plus de 600 élèves de Périgueux durent repasser
l’épreuve.
Puis le futur grand vint s’ennuyer au Lycée Montaigne à Bordeaux, où il eut la dure tâche de dégoutter à jamais de la littérature les élèves des prépas scientifiques (dont ma pomme). Là encore il
échoua puisque je survécus au traumatisme. Il est vrai qu’en réaction je plongeai dans le polar qui est, comme chacun le sait, une sous littérature. Je me souviens d’un professeur pas franchement
passionnant mais extrêmement content de lui.
Cette expérience éprouvante est à l’origine de son rejet total de toute science, de la plus complexe (il n’a pas du tout participé par exemple au débat sur le risque de créer un trou noir à
Genève), à la plus simple, comme l’a prouvé, il y a quelques mois, son noble refus de salir ses mains et se neurones en faisant une bête règle de trois.
Résumons : Comme pédagogue, monsieur Darcos était, au mieux, quelconque (expérience personnelle). Sa probité a été loin de faire l’unanimité (voir son inculpation). Il est incapable de
résoudre un problème de mathématique qu’il considère pourtant comme de niveau de CE2 (voir la vidéo). On se demande d’ailleurs comment, sans maîtriser une règle de trois, il peut calculer les
économies que ses suppressions de postes vont générer. Il n’a aucune idée du rôle d’une partie importante des fonctionnaires dont il a la responsabilité, mais, par principe, il méprise leur
travail (voir Rue89).
Conclusion : Combien de temps encore va-t-on devoir (et pouvoir) supporter la morgue de cet individu ?
Conclusion bis : Jamais un ministre de l’agriculture et/ou de la pêche ne se permettrait ce genre de déclaration sur ses administrés. Peut-être la crainte de voir son bureau envahi d’œufs
pourris ou de maquereaux pas frais y est-elle pour quelque chose. Pourrais-je, modestement, suggérer aux enseignants de déverser, lors de leur prochaine manif, des tombereaux de couches sales
dans le bureau de Sa Suffisance ?
Ca y est, j’ai rassemblé tout mon courage et, chapitre après chapitre, j’ai lu Gomorra de Roberto
Saviano. Un livre qui m’avait été chaudement recommandé, en particulier par une collègue italienne. Je me demande si, aujourd’hui, je ne regrette pas.
Non pas que Gomorra soit mauvais ou sans intérêt, bien au contraire. Mais parce qu’il vous laisse avec le
moral au fond des chaussettes.
Roberto Savianosait de quoi il parle. Il est né, a grandi et vécu sur les terres
contrôlées, dirigées, par les différents clans camorristes. Et par une curiosité sociologique ou biologique, contrairement à la majorité de ses concitoyens, non seulement il a refusé d’entrer
dans leur jeu, mais il a même décidé de le dénoncer, de parler, de décrire une réalité que personne ne veut voir. Et c’est atterrant.
Main mise sur toute la confection italienne, corruption, trafics en tous genres (drogue, armes, prostitution, clandestins,
contrefaçon …) … Contrôle absolu de tout ce qui se construit, de la vente des matériaux aux chantiers proprement dits … Violence quotidienne, assassinats, intimidations, omerta et crainte … Des
mômes utilisés comme tueurs ou abattus juste parce qu’ils sont au mauvais endroit, ou dans le mauvais carnet d’adresse.
Tout cela est déjà assez démoralisant. D’autant plus que Roberto Saviano décortique tous les mécanismes en place pour que
rien ne puisse changer. La camorra est propriétaire de la Campanie, de ses habitants, a un chiffre d’affaire inimaginable, négocie avec des états, des armées et les plus grandes entreprises
mondiales. Elle fut la première à s’implanter en Europe de l’Est et en Chine. Avec, à côté, ou contre l’état, les clans de la camorra sont des entreprises capitalistes diversifiées et
indéracinables qui ont un seul but : faire des affaires, à tout prix.
Mais le dernier chapitre, qui traite du trafic des déchets et ordures porte le coup de grâce. Il est, littéralement
insupportable. Je vous ferai grâce des détails, ce sont une quinzaine de pages d’horreur pure, le résultat de la recherche du profit immédiat comme seule valeur. Je laisse la parole à Roberto
Saviano :
« Les parrains n’ont aucun scrupule à enfouir des déchets empoisonnés dans leurs propres villages, à laisser
pourrir les terres qui jouxtent leurs propres villas ou domaines. La vie d’un parrain est courte et le règne d’un clan, menacé par les règlements de comptes, les arrestations et la prison à
perpétuité, ne peut durer bien longtemps. Saturer un territoire de déchets toxiques, entourer ses villages de collines d’ordures n’est un problème que si l’on envisage le pouvoir comme une
responsabilité sociale à long terme. Le temps des affaires ne connaît, lui, que le profit à court terme et aucun frein. »
Les commentaires sur l’article sur la mort de Gregory McDonald s’interrogent sur la signification profonde du
roman : roman sur la rédemption ou critique féroce du capitalisme. Là pas de doute. Nous avons, décrite et non pas imaginé, la frontière ultime du capitalisme, quand le profit maximum et
immédiat est le seul critère de choix. Nous avons le monde régit uniquement par les lois du marché. On y voit alors des gamins de 15 ans subir, à très peu de choses près le sort de Raphaël
(mourir rapidement pour 250 euros), et des gens empoisonner leurs voisins, et même leur famille pour gagner quelques millions de plus.
Je sens que j’ai un peu plombé l’ambiance non ? Mais il n’y a pas de raison que je sois le seul complètement déprimé.
Allez, pour essayer de remettre un peu de gaieté (quoique), ces camorristes m’ont fait penser à un dialogue du dernier roman d’HanneloreCayre, Ground XO.
« C’est quoi un gangsta français ? demanda François, intrigué.
-Un
barbare urbain qui ne s’intéresse qu’au fric et au cul. Le plus fier et le plus moderne représentant des valeurs ultralibérales en France »
Changez gangsta français par chef de clan napolitain, passez à une toute autre échelle, et vous avez Gomorra.
Quand on referme le livre, on oscille entre l’envie de l’oublier, et celle de le faire lire à tout le monde, pour que
personne ne puisse dire qu’il ne savait pas. A vous de choisir.
Roberto Saviano, Gomorra
Dans l’empire de la camorra, (Gomorra, 2006) Gallimard (2007). Traduction de l’italien Vicent Raynaud.
Il est normal que vous ne connaissiez pas Stéphane Michaka. D’après la quatrième de couverture, c’est un jeune
auteur dramatique qui publie avec La fille de Carnégie son premier polar. Un coup d’essai qui, malgré quelques petits défauts, n’est pas loin d’être un coup de maître.
Samedi soir, en pleine représentation, un homme est abattu de trios balles au Metropolitan Opera de New York. C’est immédiatement la panique. Une fois le calme revenu, et
la représentation annulée, un suspect est interpellé et livré aux mains de Robert Tourneur, inspecteur principal de la brigade des homicides. Un suspect qu’il connaît bien, puisqu’il a été son
partenaire, trois ans plus tôt, avant de choisir la carrière beaucoup plus lucrative de privé dans la sphère financière. Un suspect qu’il hait férocement, parce qu’il lui a soufflé la femme qu’il
aimait passionnément. Malgré la joie de le tenir ainsi dans ses mains, il se demande bien ce qu’il faisait dans la loge d’une jeune femme richissime, grande critique d’opéra. Et surtout ce qu’y
faisait le latino qu’il y a abattu. Une longue nuit de confrontation commence. Une nuit qui va ressusciter bien des fantômes.
Commençons, pour s’en débarrasser, par les petits défauts. Ils sont concentrés au début du roman. Après une démarrage
tonitruant, celui-ci s’embourbe un moment, traîne, se perd en digressions et descriptions dans lesquelles on sent une recherche stylistique et artistique qui ne convainc pas totalement.
Heureusement, ces descriptions sont traversées de réelles trouvailles, et le début est très accrocheur. Alors malgré tout,
on continue. Et dès que la confrontation entre les deux hommes démarre vraiment, on est happé, et on ne peut plus le lâcher. C’est ensuite une longue plongée vers le passé, vers les fantômes, les
peurs, les fantasmes des différents protagonistes. L’écriture, l’ambiance nocturnes conviennent parfaitement à cette atmosphère entre rêve et réalité.
Et mine de rien, c’est noir, bien noir. Avec de vrais personnages au bord de la rupture, bien complexes, parfois immondes,
parfois héroïques, forts, faibles, humains en diable. Il faut également souligner que Stéphane Michaka réussit parfaitement sa chute, ne cédant à la tentation d’aucun cliché, d’aucune facilité,
poussant la logique de ses personnages jusqu’au bout.
Malgré quelques longueurs tout à fait pardonnables, on a là une très belle découverte. En espérant retrouver prochainement
Stéphane Michaka, et peut-être Robert Tourneur. Reste une question, que je lui poserai si j’ai l’occasion de
le croiser au détour d’un festival : Pourquoi une jeune auteur français situe-t-il son premier roman à New York ?
Stéphane Michaka, La fille
de Carnegie, Rivages/Noir (2008)
L’info est tombée hier soir et a rapidement circulée parmi les amateurs de polars. Elle est aussi présente de l’autre côté de l’Atlantique, entre autres sur le blog de Sarah Weinman. Gregory McDonald est mort dimanche dernier à l’âge de 71 ans.
Aux US, il est surtout connu pour la série consacrée à Fletch, un journaliste enquêteur.
En France c’est son roman The Brave, publié soit sous ce titre, soit sous celui de Raphaël derniers jours qui est devenu un roman culte parmi les amateurs de noir
très très noir … c’est certainement le roman qui m’a le plus secoué, le seul qui m’ait réellement fait passer une mauvaise nuit.
Raphaël est américain, jeune, pauvre et alcoolique. Raphaël vit dans un bidonville. Raphaël n’a aucun avenir. Mais ce vendredi Raphaël est heureux, parce qu’il a trouvé un boulot. Un boulot temporaire, un
boulot difficile, mais un boulot pour lequel on lui donne une avance qui lui permet de rapporter un peu d’argent chez lui, de payer une robe à sa femme, de la viande à ses enfants, et quelques
bières à ses potes. Et lundi, Raphaël ira bosser.
Ce boulot ? Raphaël va se faire torturer, massacrer, puis achever sous l’objectif d’une caméra. Le film sera vendu très cher. Et après sa mort, on lui a promis que sa femme touchera la
totalité de son salaire. Et Raphaël qui ne sait pas lire, et fait confiance à ceux qui savent, n’a aucune raison de ne pas le croire …
Rien que de repenser à ce bouquin, d’écrire ce billet, j’ai de nouveau la gorge serrée et la chair de poule. Pas de doute, c’est un roman éprouvant, très éprouvant. Non pas seulement à cause de
son chapitre trois, dans lequel l’employeur décrit à l’employé ce qu’on va lui faire, dans le détail. Non, cela c’est dur, mais on a vu l’équivalent, ou pire, dans nombre de polars dont certains
sont oubliés à peine refermés. Non ce qui est dur, c’est la suite, le récit des trois jours de bonheur et même de paix qui vont suivre.
Parce que le lecteur sait ce qu’ils coûtent, et parce qu’il est inconcevable, atroce d’accepter que ce jeune homme, que l’on voit si heureux de faire plaisir aux siens, le fasse à ce prix. Parce
qu’il est inacceptable qu’il puisse avoir de gens arrivés à une telle extrémité que leur vie, à leur propres yeux, ne vaut pas plus que quelques centaines de dollars, et la possibilité de trois
jours de bonheur.
Je sais, c’est une fiction. Mais elle sonne salement vrai. Et, même si la formule est éculée, et souvent putassière, elle trouve ici tout son sens : On ne sort pas indemne de la lecture de
ce roman. J’ai eu, tout au long des pages, l’envie, le besoin, réellement physique de rentrer dans les pages, et d’aller secouer Raphaël pour qu’il n’y aille pas, à son boulot. Jamais je n’ai
ressenti avec autant d’intensité l’impuissance du lecteur. Elle est parfois jouissive, agréable, excitante. Là, elle est douloureuse.
Voilà, je ne suis pas certain de vous avoir donné envie de lire The Brave, mais la nouvelle m’a frappé ce matin, il fallait que j’en parle …
J’ai rajouté un module « newsletter ». Si j’ai bien compris, si vous vous y inscrivez vous recevez automatiquement mes bafouilles, ou au moins l’annonce de mes bafouilles, sans que je
n’ai rien de particulier à faire. Vous me direz si ça marche bien comme ça.
Il arrive, sortie imminente aux US, et on espère tous prochainement en France. Qui ? Quoi ? Le nouveau Lehane. Vous pouvez même lire le début en patois US là.
Tant que je suis dans les infos diverses, et comme on n’a pas l’occasion de rigoler tous les jours, je vous conseille vivement, quand vous avez envie de vous détendre, d’aller faire un tour sur
l’excellentissime Nanardland, recueil de chroniques hilarantes, abominablement subjectives, d’extraits vidéos plus nanards les uns que les autres, sans
parler des interview et bio de nanardeux. A voir vraiment.
Pour finir, une info à l’usage des toulousains qui ont des minots, ou qui, comme moi, n’ont pas tout à fait fini de grandir. La cinémathèque a un fantastique programme pour les enfants, les
samedi et dimanche après-midi. Cette rentrée sera particulièrement alléchante, avec entre autres La guerre des boutons, et son tube indémodable (vous vous souvenez, Mon
pantalon, est décousu …), mais également La flibustière des Antilles et La rose et le flambeau de Jacques Tourneur, ou Chantons sous la
pluie et bien d’autres. Le programme complet là. Seul inconvénient pour les adultes, comme ce sont des séances enfants les
films sont présentés en VF.
Daedwood,Far West, fin du XIX°.Train, Los Angeles, années
50. Et là Paperboy, Floride, 1965. Les trois romans de Pete Dexter que j’ai lu. Trois lieux, trois époques, trois réussites éclatantes.
1965, Comté de Moat, au nord de la Floride. Une cambrouse moite et glauque bien éloignée de l’image glamour de Miami et de ses plages. Le shérif Thurmond Call n’est pas un exemple de justice
et de tolérance. Mais ses électeurs lui pardonnent ses bavures, après tout, ses 16 premières victimes étaient noires. C’est la 17° fait tâche. C’est un blanc, et même s’il appartient à la famille
Van Wetter, crapules consanguines qui vivent, craints et isolés de tous, dans les marais, cela ne se fait pas.
Quand le bon shérif se fait ouvrir le ventre de part en part, la police a vite fait d’arrêter Hillary Van Wetter, un des
membres les plus violents de la tribu. Il est tout aussi rapidement condamné et parqué dans le couloir de la mort en attente de son exécution. C’est compter sansCharlotte Bless, la quarantaine sexy, qui tombe amoureuse d’Hillary en voyant ses photos, et fait des pieds et des mains pour
convaincre deux journalistes du Miami Times d’enquêter.
Quel bouquin ! On transpire avec les personnages, on sent l’odeur de pourriture des eaux stagnantes, on ressent la
glace fondue poisser les doigts … La Floride telle que vous voyez rarement, loin des plages ensoleillées de Miami, les deux pieds dans la vase, à se battre contre les moustiques.
Et quels personnages ! Le duo de journalistes, l’un laborieux mais implacable, l’autre arriviste, m’as-tu-vu mais
brillant ; Charlotte, l’égérie des tueurs, complètement allumée ; et surtout la terrible famille Van Wetter, sortie tout droit de Delivrance, d’un roman de
Caldwell ou d’un recueil de nouvelles d’Offut. Personnages effarants, hors du temps et de la société, comme on n’imagine pas qu’il puisse en exister dans un pays
« civilisé », et pourtant, que le roman noir américain nous dépeint, de temps à autre.
Puis il y a l’histoire étouffante comme l’atmosphère de la petite ville renfermée, raciste, intolérante. Mais n’allez pas
croire que le brillant journaliste, qui va dénoncer cette atmosphère vaille mieux que ses victimes : superficiel, arrogant, égoïste, il n’est jamais qu’une autre facette de la médiocrité
humaine, la facette brillante et citadine.
Et ce n’est pas tout. C’est également la peinture sans concession du milieu de la presse en même temps qu’un hommage
vibrant à ceux, parmi les journalistes, qui croient en leur métier. A ce titre le personnage de Ward, mal dans sa peau mais implacable et inébranlable dans sa recherche de la vérité, force le
respect, voire l’admiration et vous hantera longtemps.
Tout cela décrit de façon sèche, impeccable, sans un mot de trop, sans un jugement de valeur. Du grand art. Il faut
absolument que je trouve le temps de lire les autres romans de Pete Dexter !
Pete Dexter, Paperboy, (The
paperboy, 1995) Points/Roman noir (2007). Traduction de l’américain Brice Matthieussent
De Thomas H. Cook, je n’avais lu que Les rues de feu, magnifique évocation, au travers du polar,
d’un moment historique primordial de l’histoire américaine : la lutte des noirs pour leurs droits, et la résistance acharnée des blancs. Son nouveau roman traduit, Les feuilles
mortes, est d’un tout autre genre.
Eric, Meredith et
leur fils Keith, quinze ans, mènent une vie sans histoires dans une petite ville américaine sans histoires. Jusqu’au soir où Keith va garder Amy, huit ans. Le lendemain matin, Amy a disparu.
Rapidement Keith est interrogé. Et comme cet adolescent mal dans sa peau se défend mal, il devient suspect. Eric se met à douter, de son fils, de son couple, mais également de lui-même et de son
histoire familiale. La rumeur et la pression de toute une ville vont rapidement avoir raison d’une famille en apparence unie …
Un point de départ ultra classique : la disparition d’une enfant. La suite l’est moins. Thomas H. Cook ne se place pas du point de vue de l’enquêteur (parent, proche, flic, privé …)
chargé de retrouver la petite (morte ou vive), et le coupable. Il ne se place même pas du point de vue de la personne accusée, qu’elle soit coupable ou innocente. Non, son narrateur est le père
de l’accusé, et le roman est la description du processus de destruction de la cellule familiale et de la plongée en enfer de ses membres.
Dès l’entrée en matière, il ne laisse aucun espoir, la famille a explosé. L’intérêt est, peu à peu, de voir comment, pourquoi, et jusqu’à quel point. Le suspense est double, car l’auteur nous
fait complètement partager le point de vue du narrateur : Son fils est-il ou non coupable ? Quand et comment la destruction annoncée de la famille va-t-elle se produire ?
Le récit est mené de main de maître. Le lecteur fait corps avec le narrateur, partage ses doutes, ses révoltes, et surtout son angoisse, montante, débordante, affolante. C’est
toute la force de ce roman poignant, qui, avec des personnages ordinaires, et un fin annoncée, arrive encore à passionner et même à surprendre. Et bien entendu à interroger. Car le lecteur ne
peut s’empêcher de se demander comment il réagirait à la place de ce personnage qui nous ressemble tant : un père ordinaire qui se lève tout les jours pour faire un boulot ordinaire, qui est
en conflit assez classique avec un fils de 15 ans qui, bien entendu, n’est pas comme il le voudrait.
Un nouveau roman qui prouve, magistralement, que l’auteur est aussi à l’aise et aussi passionnant quand il radiographie la famille que quand il explore l’histoire. La marque d’un grand.
Thomas H. Cook, Les feuilles mortes,
(Red leaves, 2005) Série Noire (2008). Traduction de l’américain L
Bon, ça a bougé juste après ma liste, mais depuis c'est un peu calme. Alors les bloggueurs zé les blogueuses, j'attends un peu d'avoir de nouvelles listes de polars (top 40, 50 100 ...) ou je me
contente de ce que j'ai ?