Après les aventures enthousiasmantes du gang de la clé à molettes, Gallmeister publie Le feu sur la montagne, un roman antérieur d’Edward Abbey, où il fait déjà preuve de la même combativité, et du même refus de ce que tous, pourtant, présentent comme inéluctable.
John Vogelin est vieux, rude
et très têtu. Le désert et les montagnes qui entourent son ranch au cœur du Nouveau-Mexique sont toute sa vie. Son grand-père et son père l’ont défendu, les armes à la main, contre les apaches,
les banques et les compagnies de chemin de fer. Aussi l’armée américaine tombe-t-elle sur un os le jour où elle vient l’exproprier pour agrandir son champ de tir de missiles. Aucun argument,
qu’il soit financier, juridique ou patriotique ne fera bouger John de sa terre. Quant aux menaces, elles ne font que rendre encore plus granitique son refus de tout compromis.
Prévoyez d’avoir à portée de main un grand verre d’eau glacée et une paire de lunette de soleil. Le simple fait d’ouvrir ce roman va faire souffler chez vous un vent chaud et sec, va faire plisser vos yeux, va vous assécher les papilles. Le désert est palpable à la lecture de ces pages, les couleurs éclatantes, la luminosité aveuglante, la chaleur accablante.
Et que dire de John Vogelin, rude, minéral et inébranlable comme sa terre ? Quel personnage ! Capable de fixer des limites, et de s’y tenir, préférant avoir raison seul que tord avec une bande de cons. En ces temps de consensus mou, de politiquement correct, et d’acceptation de tout et de son contraire, au nom de la force des choses, Edward Abbey et son personnages affirment et confirment qu’un homme doit se dresser, jusqu’au bout, contre ce qu’il considère comme inacceptable. En ces temps où le bonimenteur au sourire de publicité est un héros, où l’apparence et l’argent sont les seules choses qui comptent, où nos politiques prétendent ne rien pouvoir faire parce que la mondialisation, l’Europe, le marché, l’économie … John Vogelin oppose un NON indéracinable, indiscutable, non négociable.
Quand on lui oppose l’argument définitif de la sécurité nationale, mise en danger par l’ours soviétique voilà ce qu’il répond :
« D’accord […] il y a plus de sécurité nulle part. Je ne veux pas de sécurité. Je veux mourir dans le ranch de mon père. »
Même si l’on ne partage pas forcément le combat du vieux couguar, on ne peut qu’admirer son courage. Et peut-être s’en inspirer un tout petit peu.
Edward Abbey / Le feu sur la montagne (Gallmeister/Noire, 2008)
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s’enterrer dans le bled de province où il retape la maison d’un oncle. L’automne est bien avancé quand son quotidien est
bouleversé par la mort d’un notable local, tabassé à mort dans sa luxueuse villa. L’enquête désigne très vite trois jeunes aborigènes comme les coupables bien pratiques. Quand ils sont abattus
lors de leur arrestation par la police locale, l’affaire prend une ampleur nationale. De son côté, Joe Cashin n’est pas convaincu, et reste persuadé que l’enquête a été bâclée.
Si, dans quelques années, des
historiens ou des sociologues veulent savoir comment on vivait à New York en 1950 et 2000, ils peuvent faire l’impasse sur tous les essais du monde et se « contenter » de lire la série
écrite par Ed McBain consacré aux flics du 87° District. En une cinquantaine d’ouvrages, écrits entre 1956 et 2002, il fait le portrait de la ville et
de ses habitants en toutes saisons, par tous temps et à toutes les époques. Ses intrigues passent en revue tous les délits possibles et imaginables, et se déroulent dans tous les secteurs de la
société new-yorkaise, scannant ses évolutions économiques, morales, sociologiques … Le tout au travers de romans qui, grâce à un sens époustouflant du dialogue et une maîtrise parfaite de la
construction laissent une impression, ô combien trompeuse, de facilité.
Anthracite commence en 1875, quand
Pantera est recruté par les Molly Maguires, une société secrète irlandaise qui se bat pour l'amélioration des conditions de travail de ses concitoyens dans les mines de charbon de Pennsylvannie.
Il doit trouver et abattre un espion infiltré au plus haut niveau de l'organisation. Sur place, il va devoir faire semblant de faire partie de l'agence Pinkerton qui pourchasse les Molly et casse
les syndicalistes et grévistes. Pantera, pris entre plusieurs intérêts contradictoires, va s'apercevoir qu'il est manipulé par des forces bien plus grandes qui ont entamé une bataille dont
l'issue pourrait avoir une influence durable sur le futur des Etats-Unis d’Amérique.
de la protection informatique, il vivait une vie de rêve à
Milan. Aujourd’hui il a tué un homme à la sortie d’un restaurant à Milan, il est en fuite, et n’a presque plus un sou. Ses connaissances en informatique lui permettent, sans se faire prendre, de
communiquer à celle qui a été désignée pour juger son affaire. Il veut absolument lui expliquer son geste. Et il veut finir de se venger de ceux qui l’ont fait tomber.
Robignon et Calignon, deux petites villes de province bien calmes.
Certainement pas l’endroit où on s’attend à croiser un tueur en série. Et pourtant … Et pourtant au quatrième paroissien d’une quarantaine d’année qui meurt d’une crise cardiaque le chef de la
police locale commence à se poser des questions. Puis c’est un cinquième, un sixième … Avec un grand sens de l’équité : un pour Robignon, un pour Calignon, et ça recommence. La psychose ne
tarde pas à s’installer, et à se préciser quand les habitants s’aperçoivent que toutes les victimes avaient joué ou vu un match de foot, trente ans auparavant …
Décidément les
toulousaines broient du noir. Elles le broient en fine poudre, le font infuser, et en tirent des breuvages sombres, concentrés et parfumés. Comme sa collègue Emmanuelle Urien,
également éditée chez Quadrature, Magali Duru cisèle les mots, les fait chanter, embaumer, valser ou claquer comme un fouet. Elle donne magnifiquement à voir, et à entendre, mais
également à toucher le parcours du pinceau sur la page, à sentir le muguet ou le rat crevé, à goûter les fleurs des champs ou un œuf en cocotte. Tous les sens participent à la fête. Tous,
toujours, ont une importance dans le récit. Rien de gratuit, pas un mot de trop.
On ne peut pas lui reprocher d’avancer à couvert, le titre annonce la couleur, il est question de mouvement syndical, de communisme, de luttes. Comme nous
sommes dans un roman noir, il est également question de corruption, de crime et de liens entre le pouvoir et la mafia. Comme pour sa série de SF, il met en scène un « héros »
particulièrement malfaisant. La comparaison s’arrête là. Si Eymerich est un ascète fanatique habité par ses idéaux (ce qui justifie les pires tortures qu’il peut ensuite infliger), Eddie lui a un
objectif unique : satisfaire tous les désirs, même et surtout les plus malsains … d’Eddie Florio.