Jeudi 28 février 2008

Alors que la série noire édite A mon juge, le nouveau roman d’Alessandro Perissinotto, folio de son côté réédite Train 8017.

perissinoto-train-copie-1.jpgAdelmo Baudino était cheminot, jusque pendant la guerre de 39-45. Il a participé à la résistance des partisans contre les nazis et leurs alliés fascistes. Il y a vu mourir des amis. C’est pourquoi il est particulièrement amer d’avoir été « épuré »  avec quantité d’autres compagnons, et licencié des chemins de fer italiens à la fin de la guerre. On lui a reproché son appartenance à une milice d’obédience fasciste quand il était enquêteur pour le rail. Aujourd’hui, Adelmo est maçon. Jusqu’à ce qu’il apprenne par hasard que deux anciens cheminots ont été assassinés à Turin. Son ami Berto, épuré comme lui mais fils d’un riche notaire, le convainc de rechercher l’assassin, pour essayer de rentrer dans les bonnes grâces des autorités.

Train 8017 est un bon polar, bien construit avec de beaux personnages, qui rend bien une époque qui fut trouble un peu partout en Europe : Celle de la fin de la deuxième guerre mondiale, et son cortège d’injustices, de vengeances, de mesquineries, et de courageux de la dernière heure qui retrouve, au dernier moment, un patriotisme et une capacité d’indignation de bon aloi, faisant peser leur juste courroux sur le dos de quelques victimes expiatoires d’autant plus faciles à tondre qu’elles sont sans défense. Un phénomène qui est loin de se limiter à l’Italie.

Ce qui est peut-être plus proprement italien s’est le maintien souterrain, d’une forte identité fasciste. Un bon polar donc, qui ne déçoit un peu que parce qu’il est l’œuvre d’Alessandro Perissinotto, dont j’ai quand même préféré les deux autres romans traduits en France, La chanson de Colombano plus original et étonnant par son propos, et le récent A mon juge, plus original dans la forme.

Alessandro Perissinotto / Train 8017 (Folio/policier, 2008).

par Jean-Marc Laherrère publié dans : Polars italiens
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Mardi 26 février 2008

will-be-blood.jpgL’avantage de passer des vacances dans une grande ville, c’est qu’en plus du temps que l’on a toujours pendant les vacances, on y trouve des cinémas, et des baby-sitters ! Donc on a enfin eu le temps et l’occasion d’aller au cinéma, et on a même pu voir un film qui, si je ne m’abuse, n’est pas encore sorti en France !

Un chef d’œuvre, qui vous retourne la tête et vous laisse groggy. There will be blood, de Paul Thomas Anderson avec le monumental Daniel Day-Lewis (qui a très justement gagné l’oscar).

Un film qui pourrait être au mythe des premiers grands magnats et capitalistes qui ont fondé leur fortune sur le pétrole, ce que Les portes du paradis de Michael Cimino fut pour le conquête de l’ouest : Une entreprise de démythification absolument géniale, portée par un réalisateur et des acteurs au sommet de leur art.

La première scène, déjà donne le ton : Une quinzaine de minutes sans paroles, avec une musique qui par moment vous vrille les nerfs, et les grognements de fatigue et de souffrance d’un Daniel Day-Lewis qui, déjà, crève l’écran.

Le reste sera à l’avenant, rude, rugueux, sans pitié, à l’image du personnage principal. En plus de la description des premiers pas de l’industrie pétrolière, c’est également une peinture sans concession de la religion, de la famille, et des valeurs américaines que nous livre ce film indispensable.

Il faut revenir sur l’interprétation de Daniel Day-Lewis. Il est absolument monstrueux, incarnation d’un personnage d’une dureté implacable, d’une violence rentrée qui ne demande qu’à exploser, calculateur, rusé, maquignon, insensible à la douleur, qu’elle soit la sienne ou celle des autres. Capable de tuer si besoin, d’acheter sinon. Toujours sur le fil du rasoir, à la limite d’une folie que l’on sent présente, à fleur de peau. Un vrai personnage de roman noir.

par Jean-Marc Laherrère publié dans : Cinéma
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Dimanche 24 février 2008

Je continue avec les tomes 8 et 9 du trône de fer, avant de faire une pause de quelques mois …

C’est bien entendu toujours aussi passionnant. Un détail que j’avais oublié de mentionner dans ma chronique précédente.

Ceux qui se lancent dans la lecture de la série doivent laisser de côté toutes leurs certitudes. George Martin n’épargne pas son lecteur : les scènes de bataille ne sont pas grandioses, elles sont atroces, la misère qui frappe les pauvres bougres qui se trouvent au mauvais endroit est terrible, et les endroits crades et sinistres sont vraiment crades et sinistres.

Mais il n’épargne pas davantage ses personnages principaux. Ce n’est pas parce qu’il semble avoir de la sympathie pour un personnage que celui-ci ira forcément au bout de la saga. Méfiance si vous vous attachez trop à l’un ou l’autre, cela ne les mettra pas à l’abri d’une mort parfois atroce. Au premier, il faut avouer que ça surprend, on n’a pas l’habitude, quand on lit de la fantazy, de voir l’un des héros se faire dézinguer dès les premiers volumes. Ben là oui. Ca arrive, et plusieurs fois.

Bien entendu il en surgit d’autres, qui prennent les places vacantes. Mais on n’est pas ici dans la fantazy gentille où les bons survivent à tout, même quand ils semblent moribonds. Ici, tout le monde est mortel. Voilà qui rajoute encore un peu de piquant à une série qui n’en manque pas.

George R. R. Martin / Les noces pourpres, et la loi du régicide (J’ai Lu, 2004).

par Jean-Marc Laherrère publié dans : SF, Fantastique et Fantasy
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Jeudi 21 février 2008

« Il existe deux choses dont le peuple américain ne veut pas : un autre Cuba sur les territoires d’Amérique centrale, et un autre Vietnam » Ronald Reagan.

Cette phrases, mise en exergue du chapitre 5, résume la thématique centrale de La griffe du chien de Don Winslow. Car même si l’’intrigue romanesque tourne autour du trafic de drogue entre le Mexique et les USA, c’est bien de cela qu’il s’agit en premier lieu.

winslow.jpgArt Keller, ancien de la CIA, est entré à la DEA au retour du Vietnam, et a commencé sa carrière au Mexique. Il y a fait connaissance avec Miguel Angel Barrera, Tio, et ses deux neveux, Adan et Raoul. Tio est flic et l’aide à faire tomber le parrain local de la drogue. Peu de temps après une arrestation qui tourne au massacre, Art s’aperçoit que tout n’a été qu’une manœuvre des Barrera pour prendre en main, non pas la production de drogue, mais le transport de tout ce que produisent les cartels colombiens. Tio et ses neveux visionnaires se sont en effet rendu compte que ce qu’ils avaient de plus précieux à vendre est une frontière immense avec le premier acheteur de drogue du monde. Entre Art Keller et les Barrera, une guerre sans merci s’engage. Une guerre bien plus vaste que celle de la drogue. Une guerre qui fera de très nombreuses victimes, et aura, parmi ses protagonistes Nora, call girl de luxe, Callan, tueur à gage irlandais, la mafia, la CIA, les milices d’extrême droite d’Amérique centrale, l’église …

Ce roman est un vrai monument. Presque huit cent pages pour disséquer le rôle des gouvernements américains successifs dans la répression sanglante des mouvements pro communistes en Amérique centrale dans les années 70 et surtout 80. Pour relier cette action avec le trafic de drogue à la frontière américano-mexicaine. Pour mettre en lumière la corruption de l’état mexicain, et la façon dont les narcos sont devenus plus puissants que l’état lui-même, capables en deux semaines de faire plier l’économie du pays, pour ensuite négocier leur aide. Pour disséquer l’influence de tout cela sur la signature du fameux accord de l’ALENA, qui allait permettre la libre circulation des marchandises et des capitaux entre les deux pays. Et celle de ces conflits sur une autre guerre, beaucoup plus feutrée mais néanmoins sans pitié, celle que se livrent, en Amérique latine, les tenants de la théologie de la libération et l’Opus Dei, très bien vu par le Vatican de Jean-Paul II.

Ce n’est pas pour autant un essai, ou une étude. C’est une véritable œuvre romanesque, avec des personnages extraordinaires, hors normes, du souffle, beaucoup de violence (on s’en douterait), mais jamais gratuite, et une construction impeccable. Une œuvre romanesque qui sait prendre son temps pour décrire les odeurs dans un jardin mexicain ou l’épouvantable tremblement de terre de Mexico de septembre 85.

Une œuvre magistrale, époustouflante, dure, qui prouve, une fois de plus, que les américains savent révéler leurs pires turpitudes avec un talent exceptionnel. Les révéler et les analyser, car Don Winslow ne s’arrête pas à la dénonciation des horreurs perpétrées en Amérique centrale. Il fait également le rapprochement entre ce que coute la guerre contre la production de drogue (qui cache en réalité une guerre contre la révolte de populations exsangues), et ce que couteraient les solutions visant à faire chuter drastiquement la demande aux USA. Il s’arrête là, laissant le lecteur tirer ses propres conclusions … Des conclusions affolantes si on les résume ainsi : mieux vaut des pauvres drogués qui s’entretuent entre gangs, que des pauvres organisés et revendicatifs.

Il nous manque peut-être, en France, quelques écrivains de ce calibre, pour nous mettre sous les yeux certaines vérités désagréables. Nos gouvernants n’ont-ils pas intérêt à avoir dans nos banlieues des pauvres qui brûlent leurs propres voitures, et tiennent des discours islamistes qui ne peuvent que leur aliéner le reste de la population, plutôt que des pauvres organisés avec des revendications qui risqueraient de leur attirer les sympathies d’une bonne partie de la société ?

Mais ceci est une autre histoire non ? Toujours est-il que Don Winslow, déjà excellent auteur de polar avec sa série consacré au privé Neal Carrey passe là à une dimension supérieure et produit un véritable chef-d’œuvre.

 

 

Don Winslow / La griffe du chien (Fayard/noir, 2007).

par Jean-Marc Laherrère publié dans : Polars américains
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Mercredi 20 février 2008

trone-de-fer-1.jpgPour l’instant L’épée de feu est déjà le volume 7 d’une saga, Le trône de fer, qui en compte 12 en traduction française. Une saga fantazy comme je les aime : pas de gentils tout gentils qui, bien que beaucoup moins nombreux vont sauver le monde. Pas de lutte entre le Mal avec un M et le Bien avec un B. Pas de recherche des objets magiques qui permettront, à la toute fin, de sauver le monde.

Le trône de fer c’est :

Un royaume, le royaume des sept couronnes, en pleine déliquescence qui va se déchirer dans des guerres de succession sans merci. Au nord, derrière le Mur gardé par la Garde de Nuit, une zone où survivent des sauvageons, des barbares, et où se profilent une menace dont parlent les légendes, les Autres. Au sud, de l’autre côté de la mer, des cités où la magie n’a pas été oubliée, et où se trouve l’héritière du royaume des sept couronnes qui, peu à peu, va reformer une armée, et surtout, surtout, a de nouveau des dragons.

Le trône de fer c’est surtout des dizaines de personnages, fouillés, torturés, lâches, courageux, faibles, trone-de-fer-3.jpghéroïques, tour à tour victime et bourreaux, un jour cruels, le lendemain pathétiques. Des personnages que l’on suit, chapitre après chapitre, au quatre coins de ce monde foisonnant.

Certes, cela demande parfois un peu de concentration, surtout quand on attaque un nouveau volume, après avoir laissé la série quelques temps. Certes, on se demande parfois, le temps de quelques lignes, mais kicécuila ? Mais quelle richesse, quelle complexité, quel monde !

Et puis il y a les Autres. En bon maître du suspense, l’auteur ne les montre que très peu. Juste au début, pour faire peur, puis deux ou trois fois en 7 volumes. Mais le lecteur ne les oublie pas, la menace est là, tapie, invisible, et d’autant plus effrayante. Comme le requin des dents de la mer ( le premier bien sûr), comme le premier Alien, effrayants par ce qu’on les imagine, sans jamais tomber dans le grand guignol.

Pour finir il y a tous les seconds couteaux, ceux qui subissent les guerres, les plans, les ruses, des grands stratèges, qui finissent toujours par retomber sur les épaules des mêmes.

Un monde magique, un monde imaginaire, un monde tragique, un monde passionnant, et finalement, un monde pas si éloigné que ça du notre.

George R. R. Martin / L’épée de feu (J’ai Lu, 2006).

par Jean-Marc Laherrère publié dans : SF, Fantastique et Fantasy
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Lundi 18 février 2008

Coucou ... Le monde moderne est quand même incroyable : Je suis à des milliers de km de chez moi, je suis passé de l’hiver à l’été, il fait une chaleur à crever ... mais je peux continuer à alimenter mon blog depuis un kiosque internet. Il faut juste que je fqsse gqffe q ce putqin de clqvier qwerty !!!

Après le Chainas, un peu de divertissement était le bienvenu. Coup de chance, Rivages publient d’un seul coup d’un seul trois romans (ou rééditions) d’Elmore Leonard, vieux routier du polar yanqui, impeccable tricoteur d’histoires. Un auteur avec lequel on est sûr, au minimum, de passer un excellent moment. D’autant plus que son dernier, Le kid de l’Oklahoma est un excellent cru.

Leonard-kid.jpg1921, Oklahoma. Carlos Webster, 15 ans, croise pour la première fois la route d’Emmett Long, qui vient braquer un drugstore. La même année, Carlos descend un voleur qui s’en est pris à son bétail. Six ans plus tard, il est devenu Carl Webster, un marshal qui commence à faire parler de lui, quand il descend Emmett Long. La scène a eu un témoin, qui s’empresse d’enjoliver le récit pour la presse. La légende de Carl Webster est née. Elle ne fera que grandir, embellir, et attirer les cinglés, au nombre desquels Jack Belmont, fils d’un millionnaire du pétrole, qui s’est mis en tête de devenir l’ennemi public numéro 1.

Avec ce roman noir Elmore Leonard fait la synthèse entre ses premiers westerns et ses polars.

Il se situe à une époque intermédiaire, dans les années 20-30, où les figures mythiques du crime sont des gangsters en voiture mais avec une légende, et une histoire proche de celles de frères James où d’un Sundance Kid. Bonnie et Clyde, Dillinger, autant de noms qui évoquent des images sépia, légendaires, plus proches de l’imaginaire du far west que des chefs de gang trafiquants de drogue. Webster lui-même, est plus shérif style Lancaster, champion pour dégainer, que flic ou privé à la Bogart.

Le ton noir, social, est celui de ses westerns (dont il me faudra reparler ici, car j’en suis un grand fan) plus que celui de ses polars, habituellement plus humoristiques. L’époque choisie, elle, est la grande époque du roman noir américain. D’un autre côté, on retrouve une thématique présente dans ses westerns : le rôle d’une presse naissante dans la création des mythes modernes.

Tout cela avec la fluidité d’Elmore Leonard, ce métier, cet art qui donne l’impression, comme chez McBain, qu’il doit être très facile d’écrire de telles histoires. Grave erreur !! Très grave erreur !! C’est du grand art, de cet art poussé au point de laisser une impression de facilité.

Elmore Leonard / Le kid de l’Oklahoma (Rivages/thriller, 2008).
par Jean-Marc Laherrère publié dans : Polars américains
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Mercredi 13 février 2008

Un tout petit dernier avant de m’envoler pour … Buenos Aires.

 

Hier le Monde publiait un article sur la vie d’un couple, deux enfants, gagnant 3200 euros par mois (ce qui fait d’eux une famille aux revenus médians, c'est-à-dire que 50 % des français gagnent plus, 50% gagnent moins). Le plus intéressant n’était pas l’article lui-même, mais les réactions des internautes.

 

Et surtout celles qui protestaient que l’on s’apitoie sur le sort de ces nantis / privilégiés / riches, cochez la bonne réponse. Quand on lit ça, on se dit que la droite, le patronat, le capitalisme (n’ayons pas peur des mots) ont gagné la bataille des mots, et donc, malheureusement, la bataille tout court ! Comment en est-on arrivé à considéré comme privilégiés des gens qui ont un boulot stable, qui ne doivent ce qu’ils gagnent qu’à leur labeur, et qui gagnent un salaire décent, sans plus ? Comment en est-on arrivé à traiter de nantis des gens qui vivent, simplement, avec le minimum qu’une société aussi riche que la société française devrait assurer à tous ? Les vrais privilégiés, et le matraquage médiatique à leur service ont gagné.

 

La normalité, ce qui devrait être au minimum le lot de tous est maintenant présenté comme un privilège. Sous-entendu, si vous avez ça, ou un peu plus, estimez vous heureux et fermez-là ! Le poison a fait son effet. Oui, je suis privilégié. Non pas de gagner ce que je gagne, mais d’être né dans un pays où les luttes passées (en 36, 45 et 68 entre autres), ont permis d’arriver à une certaine justice sociale. J’ai le privilège d’avoir eu des parents, grands-parents etc … qui se sont battus, durement. Le poison est là, l’antidote ?

 

Lire par exemple le retour du Poulpe sous la plume de son créateur Jean-Bernard Pouy sur Rue89, il propose un programme électoral qui me va tout à fait. Lire le dernier Evangelisti (dont j’ai parlé il y a quelques jours). Ne plus regarder la télé (facile !) …

 

Au milieu de tout ça, une petite bonne nouvelle, j’ai réagis un peu vite ci-dessous en disant que le PS en général, et mon député en particulier, ne semblaient guère se préoccuper des attaques du président contre la laïcité. J’ai reçu le lendemain de mon billet une lettre de mon député me signalant que Jean Glavany avait déposé un projet de loi de défense de la laïcité. Mea culpan, et à suivre.

 

Pour finir, un petit lien, pour une balade verte et tranquille sous la plume de Pascal Dessaint.

 

Voilà, ciao, les prochaines chroniques seront argentines.

 

Hasta la vista.

par Jean-Marc Laherrère publié dans : Mauvaise humeur
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Mercredi 13 février 2008

Coup de chance. Ceci est le centième billet de mon jeune blog. C’est un numéro cent exceptionnel. Parce qu’il parle d’un bouquin exceptionnel. Un monstre. Un véritable incendie. Une gifle. C’est Versus, d’Antoine Chainas.

Chainas.jpgLe major Paul Nazutti de la Brigade des mineurs est en guerre contre le monde entier. Les arabes, les fachos, les touristes, les toubibs, les syndicalistes, les politiques, les homos, les femmes, les gauchistes, les étrangers, les français, les parents, les pauvres, les riches, les autres flics, les juges, les avocats … la liste est sans fin. Il est surtout en guerre contre les pédophiles. Et pour Nazutti, en temps de guerre, tout est permis. Tout. En général ses partenaires ne durent pas, et démissionnent après un ou deux ans. Au mieux. Au pire ils restent sur le carreau. Aujourd’hui il traque un tueur qui abat des pédophiles, et les enterre auprès du cadavre de leur dernière victime. Andreotti, jeune flic fragile qui sort d’une affaire particulièrement pénible supportera-t-il d’être son nouveau binôme ? Et pourquoi Rose, qui a tout perdu vingt ans plus tôt, sa fille tuée par pédophile, son boulot, son mari qui l’a lâchée, semble-t-elle liée au tueur ?

Nazutti est incandescent. Un bloc de haine et de violence. Tous ceux qui l’approchent se brûlent. Personnages comme lecteur. Cela amène d’ailleurs à se poser la question de l’auteur. Comment a-t-il pu vivre avec un tel monstre sans en payer les conséquences ? Ceci n’est pas un jugement de valeur. Je ne prétends pas que cela rende le livre meilleur ou pire que d’autres. C’est une constatation.

Ce qui est certain c’est qu’il faut un sacré talent pour arriver à un tel résultat. Le lecteur peut soit fuir et refuser le choc, soit rester scotché, fasciné, happé. Et hanté. Car on ne peut plus oublier Nazutti. Avec lui on plonge au plus sombre, au plus crade de l’âme humaine. Il est à la fois un repoussoir, concentré de toutes les haines et généralités imbéciles, et une force, une intégrité, et même, pourquoi pas, une humanité, mais une humanité dure comme le silex. Repoussant, effrayant, et fascinant.

Avec lui on explore l’envers d’une ville touristique de la côte méditerranéenne et l’auteur dresse le portrait sans concession d’une société sans âme, sans valeurs, sans morale, uniquement basée sur l’apparence, la futilité, la consommation effrénée (du sexe comme du reste) et le fric. Au cœur de ce maelstrom il tresse une intrigue beaucoup plus élaborée et serrée que dans son premier roman. Une intrigue qui attrape le lecteur pour ne plus le lâcher.

Avec ce second roman, Antoine Chainas s’affirme comme une des voix les plus puissantes et les plus originales du polar français. A défaut d’être une des plus aimables ! Petit extrait, pour que vous soyez avertis de ce qui vous attend :

« Le major entra dans l’hôpital au pas de charge. Il le connaissait par cœur. Tous ceux qui survivaient aux faits divers de la mégapole atterrissaient ici. Pour un temps du moins.

Il y avait les viols, les plaies par balles, les blessures par arme blanche, les coups de tête, les passages à la batte de base-ball.

Il y avait les tentatives de suicide, veines fendues et médocs plein la tronche. Les coups de fusil, les morsures animales et humaines, accidentelles et volontaires.

Il y avait la stupidité absolue des imprudents.

Il y avait de la médiocrité, de la crasse et des larmes.

Des accidents de la route, des fractures ouvertes, des côtes broyées, des traumatismes crâniens et des hémorragies internes.

Il y avait du blanc, du rouge, du jaune, du bleu et du violet : toutes les couleurs du sang sous la peau.

Il y avait de la salive, des sécrétions vaginales, du pus, de la pisse et des restes d’os pulvérisés. De la vermine dans les plaies.

Il y avait des pleurs, de l’abattement, de la confusion et de la colère.

Il y avait la mort, partout, en filigrane.

Mais de salut point. 

Ce n’était pas un endroit où l’on soignait les gens.

Ce n’était pas un endroit où l’on s’occuperait de toi, où tu pouvais te dire que tu serais considéré comme un être humain.

C’était une usine. Un lieu de passage d’où, si tu ne mourrais pas, on te rejetait au plus vite, là-bas, dans le grand bordel du monde extérieur, celui-là même qui t’avait amené ici.

Pour libérer des lits.

Du temps et de l’espace

Après ça, repos. Je passe à du léger, du divertissant. Le dernier Elmore Leonard fera parfaitement l’affaire.

Antoine Chainas / Versus (Série noire, 2008).

par Jean-Marc Laherrère publié dans : Polars français
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Dimanche 10 février 2008

Notre bon Président, les instituteurs et les curés

 

Quelques nouvelles suite au premier billet ...

Grâce à l’adresse suivante, j’ai trouvé l’adresse mail de mon député (PS).

 

http://www.assemblee-nationale.fr/13/qui/circonscriptions/

 

Je lui ai écrit pour lui dire … à peu près ce que j’ai écrit dans le billet précédent. Il faut croire qu’il est trop occupé, ou trop sollicité, ou que cela ne l’intéresse pas. Je n’ai eu aucun retour.

 

A ma connaissance, il y a eu peu (voire pas du tout) de réaction des partis politiques. Guère brillant tout ça.

 

Par contre, vous m’avez indiqué un certain nombre de sites avec des réactions d’associations, de syndicats, d’intellectuels … J’ai même fini par trouver un site qui met en ligne une pétition pour la défense de la laïcité bien mise à mal ces derniers temps.

 

Si cela vous dit, la pétition est là.

par Jean-Marc Laherrère publié dans : Mauvaise humeur
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Samedi 9 février 2008

Le chouchou des blogs est de retour. Arnaldur Indridason, et son flic dépressif reviennent. C’est l’été dans L’homme du lac, mais cela n’arrange pas le moral d’Erlendur.

 

indridason.jpgJuin 2000 en Islande. A la suite d’un tremblement de terre, le niveau d’un lac baisse fortement, découvrant un squelette. L’homme (car c’est un homme), a eu le crâne fracassé et il est attaché à ce qui se révèle être une vieil émetteur de marque soviétique. Erlendur, toujours passionné par les affaires de disparition se charge de l’affaire. Il va devoir remonter aux années soixante. Deux pistes s’offrent alors à lui : Celle d’un homme que sa petite amie de l’époque attend toujours, après qu’il ait disparu laissant derrière lui sa Ford Falcon ; et celle des étudiants socialistes partis faire des études en Allemagne de l’Est. Quelque part, depuis l’annonce de la découverte du mort, un homme attend la police, et se rappelle sa jeunesse, son engagement, et ses études à Leipzig.

 

Que ceux qui n’aiment que les intrigues tendues au cordeau, et les romans dont les pages se tournent toutes seules passent leur chemin. Comme dans les romans précédents, et même encore plus que dans les romans précédents, Indridason prend son temps. Erlendur aussi, forcément. Et si son obstination lui vaut de commencer à comprendre ce qui s’est passé, le fin mot de l’affaire lui est révélé par hasard.

 

Mais tout cela n’a rien de très nouveau, et ceux qui aiment Indridason seront comblés. Erlendur est plus humain que jamais, complètement dépassé dans ses relations avec ses enfants, dépressif, incapable d’aller vers les autres, obsédé par les disparitions.

 

Le passé, une fois de plus, est la clé du drame. Cela donne lieu à l’évocation très émouvante des années 50-60 à Leipzig. Une évocation d’autant plus douloureuse qu’elle est le fait de gens qui ne renient en rien leurs idéaux, leurs engagements, mais souffrent de ce qui a été fait au nom de valeurs dans lesquelles ils croient toujours. Beaucoup plus poignant, et convaincant que les habituelles diatribes anti-communistes primaires. Beaucoup plus rageant aussi.

 

Et comment ne pas partager la déprime d’Erlendur quand on compare la révolte de ces étudiants des années soixante (même si de graves désillusions les attendaient) et le naufrage sans but ni repère de la fille d’Erlendur ?

 

En bref, un excellent Indridason, aussi bon que La femme en vert.

 

Arnaldur Indridason / L’homme du lac (Métailié/Noir, 2008)

par Jean-Marc Laherrère publié dans : Polars scandinaves
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