Dimanche 30 mars 2008

Je n’ai pas encore lu, A l’automne, je serai peut-être mort, première apparition de Michael Forsythe. Il est dans la pile. Après la lecture du dernier roman d’Adrian McKinty, Le fils de la mort, il est passé sur le dessus.

 

Michael Forsythe est un ancien malfrat, protégé par le FBI après avoir fait tomber de gros bonnets de la mafia irlandaise de New York. Michael Forsythe est aussi un vrai dur à cuire, poursuivi par une poisse phénoménale. C’est comme ça que, pour ses premières vacances en cinq ans hors de la protection du FBI, il se retrouve pris dans une émeute opposant supporters anglais et irlandais à Tenerife. Emprisonné, il est obligé d’accepter la proposition des services secrets anglais d’infiltrer un groupuscule dissident de l’IRA aux US. Un groupuscule que l’on soupçonne de refuser le cesser le feu que Tony Blair est en train de signer avec le mouvement irlandais. Coincé, Michael accepte la mission, sans se douter qu’une fois de plus, sa déveine va le mettre dans une situation intenable.

 

Quel bouquin ! Le fils de la mort démarre sur les chapeaux de roues par une scène apocalyptique, mais finalement assez drôle quand on arrive à prendre un peu de distance (ce que l’auteur fait très bien). Il se conclue sur un final apocalyptique, mais pas drôle du tout. Entre les deux, McKinty installe un faux rythme, tranquille en apparence. Le récit prend le temps de s’installer, tout en distillant, de temps autre, quelques indices des horreurs à venir, histoire de maintenir le lecteur dans d’inquiétude latente. Puis tout s’emballe, se durcit, en un crescendo implacable.

Mais ce n’est pas tout. McKinty n’a pas écrit un simple thriller à l’efficacité redoutable, formaté best-seller. C’est un vrai roman, dense, avec des personnages extraordinaires, complexes, au premier rang desquels, bien sûr, Michael Forsythe, archétype du hard-boiled, suicidaire, tête brûlé, masochiste, increvable, ambigu. Beaucoup trop ambigu pour être un personnage de best-seller. L’immense Clint dans ses plus grands jours. Les seconds rôles aussi sont impeccables, avec des rôles de femme à la fois lumineux et sans pitié, un tueur effrayant à souhait …

L’écriture est à la hauteur, capable de passer du lyrisme poétique à des dialogues incisifs et drôles, toujours en adéquation parfaite avec l’histoire. Pour finir, même s’il est « catalogué » par l’éditeur « auteur américain », McKinty reste très irlandais, dans le choix de ses personnages, dans les thématiques de ses romans, dans son humour noir, surnageant dans les pires situations. Ecriture, personnages et humour irlandais, dans les grands espaces américains. Une synthèse originale, et parfaitement réussie. Un grand roman à ne pas laisser passer.

Adrian McKinty / Le fils de la mort (Série Noire, 2008)

par Jean-Marc Laherrère publié dans : Polars irlandais communauté : POLARDISES
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Vendredi 28 mars 2008

Dire que George Pelecanos est un des très grands du polar actuel est une lapalissade. Il est en ce moment en France, et en particulier à Lyon ce week-end pour le festival Quais du Polar.

Bastien Bonnefous l’a interviewé. Il y aura, j’espère, d’autres interviews dans les jours à venir.

Versus d’Antoine Chainas continue à faire parler de lui. Excellent article et interview d’Hubert Artus sur le site de Rue89.

Pour les toulousains, je vous rappelle que Pascal Dessaint rencontrera ses lecteurs à la librairie Ombres Blanches mercredi prochain (2 avril) à partir de 18h00. J’aurai le plaisir d’animer la rencontre, et peut-être de croiser, en vrai, quelques habitués de ce blog.

par Jean-Marc Laherrère publié dans : Polars divers communauté : POLARDISES
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Mercredi 26 mars 2008

Mai 68 est partout, idéalisé, vilipendé, analysé … Françoise Laurent nous en donne une revisite futuriste et revigorante dans Dolla.

Dolla.jpg2018, à quelques kilomètres de Nice. Une bande d’amis, anciens de 68, ont recréé une communauté pour éviter de vieillir seuls ou dans un mouroir. La possibilité de continuer à s’engueuler, chanter, et boire ensemble. Mais aujourd’hui le cœur n’y est pas, Dolla, le ciment du groupe est morte sur le billard. Le début d’une véritable hécatombe, décimant papis et mamies les uns après les autres. Jusqu’à ce que Rémi, veuf inconsolable de Dolla, commence à entrevoir une abominable réalité, et sonne la révolte dans un monde déboussolé, livré au capitalisme le plus sauvage, où la religion et les milices privées tiennent le haut du pavé. Cinquante ans après ils reviennent, d’autant plus enragés qu’ils n’ont plus rien à perdre.

Un vrai plaisir de lecture, avec juste deux petits bémols dont je vais me débarrasser tout de suite. Le premier, c’est que le lecteur devine, bien avant les personnages, ce qui est en train de se tramer. Ensuite il est difficile, surtout au début, de se retrouver dans la vingtaine de personnages (membres de la communauté, invités, enfants, neveux, petits enfants …). On se perd un peu dans certaines parentés, et on se demande parfois, en cours de lecture qui est qui. Voilà,  c’est pas grave, et c’est évacué.

Pour le reste, ce polar de politique-fiction est excellent. Excellent dans la description de ce que pourrait devenir notre monde. L’auteur regarde notre société, ses errements, et imagine juste ce que cela pourrait devenir en faisant un tout petit pas de plus dans la direction dans laquelle nous engage nos gouvernants. Un tout petit pas de dix ans.  Certes on n’en est pas là, mais il suffirait de peu, très peu, pour s’en approcher dangereusement. Excellent également dans sa peinture de « pauv’vieux » qui, s’ils ont perdu la souplesse et l’agilité de leurs 20 ans, n’ont rien perdu de leurs idéaux, de leur capacité d’indignation, ni de leur envie de changer le monde. Ils sont émouvants, agaçants, méchants, généreux, puérils, courageux, lâches, braillards, soiffards, mesquins … Des vrais gens comme on les aime.

Et quel feu d’artifice final. Quel pied pour le lecteur (et certainement pour l’auteur). Certes, il n’est peut-être pas complètement crédible. Mais on s’en fout. L’auteur a tous les droits, surtout celui de se faire (et de nous faire) plaisir. Un grand merci à Françoise Laurent, en espérant vieillir aussi bien que ses personnages.

Françoise Laurent / Dolla  (Krakoen, 2008)

par Jean-Marc Laherrère publié dans : Polars français communauté : POLARDISES
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Lundi 24 mars 2008

derey.jpgMonrovia, capitale d’un pays en guerre, le Liberia. Kaïd, d’origine libanaise, y tient l’hôtel Providence, à la fois hôtel, bar et bordel. Dick, ancien enfant soldat, s’y est réfugié. Il y survit, exploité et maltraité par Kaïd qui l’oblige à arnaquer les rares blancs qui viennent encore dans ce pays dévasté. La belle Lila, elle aussi ancienne enfant soldat, menace tous les jours de se donner la mort si Kaïd persiste à vouloir l’épouser. Quand débarque Jonathan, journaliste français, pigeon parfait, Lila et Dick voit en lui leur seule possibilité d’échapper à leur patron. Ils commencent alors une fuite hallucinée dans un pays complètement déboussolé.

Difficile de définir le sentiment que laisse La côte des Mal-Gens. Une seule chose est certaine, c’est un roman à part. Plus conte philosophique que roman noir. Le lecteur peut être sonné par des pages fulgurantes, avant de se perdre, largué par une « intrigue » qui manque parfois de cohérence. Peut-être las seule façon de donner à sentir le chaos et la folie déstructurée de ce pays en guerre. Tour à tour perdu, sonné ou ému, le lecteur  referme le bouquin avec la tête un peu chamboulée, sans trop savoir si tout cela était voulu, ou si l’auteur est passé, sans le vouloir, un peu à côté de ce qu’il voulait faire.

Un des romans précédent, Toubab or not toubab, déjà raconté par un enfant était plus facile à appréhender. Racontéderey-01.jpg par Hondo, gamin de douez ans qui vit un enfer, c’est un véritable un choc. Ce que nous décrit Jean-Claude Derey par la voix d'Hondo est intolérable, et devrait être insupportable. On ne devrait pas pouvoir le lire jusqu'au bout. Et pourtant, non seulement on le lit, mais on y prend du plaisir. Ce qui ne veut pas dire que l'horreur est niée ou minimisée, au contraire. Mais Hondo reste un enfant, malgré tout, et son envie de survivre, et même de continuer à rire permet d'aller au bout. Le ton est vif et on arrive à sourire avec Hondo, parce qu'il faut bien, il n'y a pas d'autre choix, ni pour lui, ni pour le lecteur. Une fois le livre fermé vient le contrecoup ... Un grand bouquin.

La côte des Mal-Gens, semblable par bien des points m’a moins emballé, mais peut-être plus … interrogé. Il est, me semble t’il plus ambitieux. Je serais curieux d’avoir d’autres avis …

Jean-Claude Derey / La côte des Mal-Gens (Rivages / Thriller, 2008)

Jean-Claude Derey / Toubab or not toubab (Rivages / Noir, 2000)

par Jean-Marc Laherrère publié dans : Polars français communauté : POLARDISES
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Vendredi 21 mars 2008

« L'après-midi où il plut des grenouilles, des perches et des vairons, Sunset découvrit qu'elle pouvait se prendre une raclée digne de celle de Jack Trois-Doigts.» Un roman qui débute comme ça ne peut que sortir du lot. Ou décevoir. Une fois de plus Joe R. Lansdale, un des auteurs les plus singuliers du polar américain (bien moins formaté que ses détracteurs veulent bien le dire), nous offre avec Du sang dans la sciure un mélange très réussi de sang, de sueur et d’humour.

Nous sommes, comme toujours chez Lansdale, dans l’est du Texas. Dans les années 30, en pleine dépression, lalansdale.jpg situation n’y est tendre ni pour les noirs, ni pour les femmes. A vrai dire, elle est dure pour tout le monde. Pete Jones, constable brutal de la petite ville de Tyler, se croit tout permis, tout particulièrement avec sa femme. Il la bat une fois de trop et Sunset, qui ne supporte plus sa violence et ses viols, l’abat. Etrangement, sa belle mère, principale actionnaire de la scierie qui fait vivre la ville, prend sa défense, et lui confie le poste de Constable. Quelques jours plus tard, elle découvre dans le champ du seul propriétaire noir de la région le cadavre d’une femme. Il va alors lui falloir s’imposer, envers et contre tous ceux qui trouvent anormal qu’une femme porte une arme et leur fasse respecter la loi. Une affaire d’autant plus difficile qu’elle va bientôt s’apercevoir que de gros intérêts sont en jeu.

Du sang dans la sciure étant un polar de Lansdale se déroulant dans les années 30 au Texas, on compare forcément à son chef-d’œuvre, Les marécages. Et oui, ce n’est pas aussi génial. Mais c’est tout de même un très très bon polar, et un grand Lansdale.

Sunset est un personnage magnifique, belle, rebelle, indépendante, mais également faible parfois, doutant à par moment. Aussi flamboyante que son nom. Les seconds rôles sont tout aussi réussis, de la belle-mère, une maîtresse femme, au séducteur inquiétant, en passant par le père sur le retour qui réserve quelques surprises, le colosse noir grande gueule, et surtout, surtout, chez les méchants, un croquemitaine délicieusement effrayant. Avec de tels personnages et le talent de Lansdale pour tricoter une histoire, faire fuser les dialogues, et mettre en scène des castagnes homériques, le bouquin est déjà un vrai bonheur.

Comme s’y ajoute la description humaniste et émouvante de ces épouvantables années 30, avec leur cortège de misères, de préjugés, de violence acceptée vis-à-vis des pauvres, des noirs, des femmes … Et la mise en scène spectaculaire et très a propos de phénomènes naturels impressionnants qui viennent souligner et ponctuer l’histoire, on a là un excellent roman noir, très sombre, rehaussé de quelques traits d’humour propres à l’auteur.

Seule restriction, le travail trop rapide de l’éditeur qui laissé passer de très nombreuses fautes de typo et de ponctuation (espaces en trop, ponctuations de dialogues manquantes …).

Joe R. Lansdale / Du sang dans la sciure (Editions du Rocher / Thriller, 2008)

par Jean-Marc Laherrère publié dans : Polars américains communauté : POLARDISES
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Mercredi 19 mars 2008

Deux liens pour des lectures instructives.

 

gu-rif-film-noir.jpgFrançois Guérif est un des meilleurs spécialistes du cinéma américain, et en particulier du cinéma noir. Son  film noir américain fait partie des ouvrages indispensables à tout cinéphile un tant soit peu amateur de polars.

François Guérif est aussi le directeur de collection des excellentissimes Rivages Thriller et Rivages Noir, le découvreur de James Ellroy, Dennis Lehane et Daniel Woodrell … éditeur de Pascal Dessaint, Dominique Manotti, Jean Hugues Oppel, Raoul Argémi, Paco Ignacio Taibo II, Hervé Le Corre …

Il est interviewé par Etienne Borgers sur le site Polarnoir.

 

Grâce au Blog Polar et aux éditions Moisson Rouge, je suis tombé sur un blog qui a tout pour me plaire : Rouge, avec des vrais morceaux d’humour, et des photos de jolies dames. Il s’appelle Les Moissonneuses et il est très, très … communiste ! On peut encore écrire communiste ? Oui ? Alors je l’écris en plus gros, il est très communiste ! C’est marrant, je pensais que mon éditeur de texte allait le souligner pour me signaler que le mot n’existe pas et me proposer à la place réactionnaire/passéiste/préhistorique/dépassé …

Je ne comprends pas que le Pécéheffe n’aie pas encore refilé aux moissonneuses la définition de son programme et surtout la maîtrise complète et totale de sa communication. Avec cette équipe à sa tête, il ferait, sans coup férir, 90 % à n’importe quelle élection, qu’elle soit locale ou nationale. Mais en France il est assez mal vu d’oser plaisanter quand l’on parle de sujets sérieux. Un sujet sérieux doit être exposé de façon profondément ennuyeuse, sinon, il n’est plus sérieux. C’est bien dommage.

S’ils veulent je leur propose un slogan, comme ça, gratuitement, sans demander aucun droit d’auteur :

Votez rouge, lisez noir, buvez blanc et rouge. Evitez le rosé.

Dieu, parait-il, vomit les tièdes. C’est un de nos rares points d’entente.

Prochainement ici, un autre qui n’aime pas les tièdes, Joe R. Lansdale et son Texas profond.

par Jean-Marc Laherrère publié dans : Polars divers
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Lundi 17 mars 2008

Cela faisait trois ans que l’on n’avait plus de nouvelles de Félix Dutrey. Depuis qu’on l’avait laissé à la fin de Loin des humains. Le revoici, seul sur la péniche d’Elisa, en train de broyer du noir :

« Je pourrais rentrer un soir chez moi et, sans presque réfléchir, me tirer une balle dans la tête.» Ainsi commence Tu ne verras plus, le nouveau roman de Pascal Dessaint.

dessaint.jpgFélix a donc des envies de suicide. Le boulot lui permet, provisoirement d’y échapper : Un taxidermiste a été retrouvé mort dans son atelier, les yeux enlevés, remplacés par deux billes. Pendant ce temps, sa collègue Magali enquête sur ce qui ressemble fort à un canular qui a mal tourné : Une troupe d’indiens a attaqué le petit train touristique du centre ville toulousain. Bilan, un mort de crise cardiaque. Pour compléter le tableau, leur collègue Marc file du mauvais coton et ne semble pas pouvoir se démêler de ses problèmes personnels. Décidément, Toulouse n’est pas toujours la ville rose.

Après une incursion dans le centre et le nord de la France, Pascal Dessaint retrouve Toulouse et Félix. Tu ne verras plus est le troisième volet de ses enquêtes, après Mourir n’est peut-être pas la pire des choses, et Loin des humains. Un troisième volet assez différent des premiers. En effet, si l’on retrouve l’équipe de flics des précédents, le ton est différent. Après plusieurs ouvrages polyphoniques, retour à un récit à une seule voix, qui chez Pascal est la marque du cycle des Emile.

On retrouve d’autres similitudes avec cette série : Une intrigue plus relâchée, une balade à travers la ville, une mélancolie et une déprime plus présentes. L’histoire noyée sous des pluies diluviennes voit Félix de plus en plus désabusé, de plus en plus écoeuré par ses semblables prêts à tout pour gagner quelques sous de plus. Il doute, surtout de lui et de son utilité, mais jamais, jamais, ne laisse tomber un ami. C’est la caractéristique forte des personnages de Pascal Dessaint, ils placent l’amitié au dessus de tout. Félix ne fait pas exception.

Il finit quand même par aller au bout de son enquête, sans passion, en se demandant s’il ne ferait pas mieux, comme certains des personnages qu’il croise, de se battre, par tous les moyens, pour préserver ce qu’il reste de nature. Une façon pour Pascal Dessaint de parler de ses préoccupations, et de citer les auteurs qu’il aime, ces américains fous des grands espaces.

 « - Tu vois, moi, ce que j’aimerais, c’est que tu me laisses me noyer. » Ainsi se termine le roman. La boucle est bouclée. Embarquez vous dans cette balade (ballade ?) bluesy dans une Toulouse plus grise que rose.

Petit rappel pour les toulousains et leurs voisins. Pascal sera à Ombres Blanches le mercredi 2 avril à partir de 18h00 pour rencontrer ses lecteurs et dédicacer ses romans. J’aurai le plaisir d’animer la rencontre.

Pascal Dessaint / Tu ne verras plus (Rivages thriller, 2008)

par Jean-Marc Laherrère publié dans : Polars français communauté : POLARDISES
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Dimanche 16 mars 2008

eloise-01.jpgIls sont encore en France, pour quelque temps. Ils sont extraordinaires. Ils fascinent les enfants et les parents. Ils sont québécois. C’est le Cirque Eloïse.

 

Je suis allé les voir hier après-midi en compagnie de mes deux gamins, respectivement 5 ans et 6 ans et demi. La salle était pleine de minots, de tous âges, de parents, mais aussi d’adultes qui n’avaient sans doute pas eu la possibilité d’aller les voir aux séances du soir et qui devaient donc supporter le bazar inévitable quand on enferme des hordes de minots surexcités dans une salle de spectacle.

 

Le Cirque Eloïse est un des plus brillant représentant de ce que l’on appelle le nouveau cirque, qui mêle acrobaties, jonglages, clown, musique, théâtre … dans un spectacle qui, plus qu’une succession de numéros, se présente comme un tout cohérent, avec un fil directeur.

 

C’était magique, nous sommes restés scotchés deux heures tous les trois, et si j’aieloise-02.jpg applaudis et sifflés plus fort que les deux nains, c’est juste qu’ils ne savent pas siffler, et que j’arrive encore à faire plus de bruit qu’eux.

 

La musique est envoûtante, entraînante, mélancolique, joyeuse … mélange de musique enregistrée et musique vivante, avec un pianiste génial qui arrive à continuer à jouer juste même quand ses potes le lancent en l’air. Les numéros sont d’une virtuosité et d’une qualité d’exécution aussi irréprochables que dans les plus grands cirques. Les jeux de lumière sont magnifiques. L’humour souvent présent marche parfaitement à divers degrés, déclenchant sourires et rires des enfants ET des parents. L’ensemble dégage une poésie qui touche au cœur.

 

Le final est de toute beauté, magique, mélancolique, joyeux … en parfaite adéquation avec le fil conducteur du spectacle : l’enfance, et les jeux sous la pluie.

 

Ah oui, j’oubliais, le spectacle s’appelle Rain. Ils sont encore en France. Si vous êtes convaincus, allez sur leur site (cliquez sur le lien en haut de la note), et cherchez un peu, vous trouverez les dates à venir.

par Jean-Marc Laherrère publié dans : Spectacles
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Vendredi 14 mars 2008

Chose promise, chose due. Voilà donc le deuxième volet des aventures de Royston Blake, monstre décérébré créé par Charlie Williams. Foin de suspense, je le dis tout de suite, c’est aussi bon que Les allongés, premier livre de la série. Royston Blake deux, le retour, il revient dans Des clopes et de la binouze, et il n’est pas content.

C-Williams.jpgVous le savez peut-être déjà, Royston Blake est anglais. Plus précisément il est de Mangel. Pour autant, Blake n’est pas un gentleman. Loin s’en faut. Blakey comme l’appelle familièrement les habitants de Mangel est Le Videur de la ville. Celui du Hoppers, pub où se réunit le gratin. Il se plait à se considérer comme un notable, quelqu’un à qui l’on doit le respect. Pour un œil extérieur, Blake apparaît comme une masse de 110 kg de barbaque, de bière et de bêtise. Mais comme c’est lui qui raconte … Or, malgré sa notoriété et sa respectabilité, une fois de plus, le pauvre Blake va foncer tête baissée dans les pires emmerdes quand la ville se trouve envahie de minots complètement défoncés et irrespectueux.

Ceux qui ont lu le premier vont avoir une petite surprise : le changement de traducteur (c’était Daniel Lemoine, c’est maintenant Thierry Marignac). Cela introduit un changement de ton qui peut être un peu déstabilisant. En particulier quand le gros Blake passe sans arrêt du « je » au « nous » pour parler de sa majestueuse personne. Renseignement pris auprès de sources bien informées (et oui, j’ai des sources bien informées), c’est comme ça dans le texte original. Et ça colle parfaitement avec l’enflure de l’ego du personnage.

Une fois ceci passé, c’est le pied. Le vrai pied. Blake est encore plus pathétique, pitoyable, que dans le premier. Il est toujours aussi bête, se prend toujours pour la crème de la crème alors qu’il est d’une épaisseur terrible. Là, en plus, il devient risible, même en tant que videur. Si dans le premier il reste physiquement dangereux, il passe  ici son temps à se prendre des roustes. Le monde entier lui met des branlées ce qui, étonnamment, n’arrive pas à ébranler sa confiance en lui. Effet comique assuré.

Bizarre comme, tout en étant profondément anglais, ce personnage fait penser aux grandes gueules des comédies italiennes des années 70. Le Fanfaron, Le pigeon, Les monstres …Gassman dans toute sa splendeur. Peut-être parce qu’il est affreux, sale et méchant ?

Pour finir sérieusement, sous le nez rouge, la peinture sociologique de cette petite ville de province anglaise est sans pitié, accompagnée du dynamitage féroce des valeurs du bon gros mec de base : fric, grosse bagnole, filles à gros seins et alcool. Un vrai plaisir, à condition, bien entendu, de ne pas avoir le palais trop délicat.

Extraits : Voilà toute la finesse de la réflexion du gros :

« J’avais vu comment les sauterelles nous détaillaient à Hoppers. Elles arrivaient pas à nous quitter des yeux. J’étais balèze, évidemment, et ça vous donnait toujours un avantage auprès des jupons. En plus, il y en avait un certain nombre qui nous comptaient comme un sosie de Clint Eastwood, si vous pouvez l’imaginer avec un peu plus de viande sur les osselets. Donc, au bout du compte, impossible qu’on lui plaise pas. Surtout que j’étais videur-chef et gérant de chez Hoppers, et que c’était une jeune gonzesse en bonne santé et tout. »

Et quand il tente de réfléchir ça donne ça : 

« J’ai fait des calculs rapides dans ma tête et j’ai doublé les sommes un ou deux fois. Puis j’en ai retiré un peu parce qu’il faut pas pousser le bouchon trop loin dans ces cas-là, ça risque d’assécher la manne. Et puis j’ai choisi un chiffre, parce que j’ai jamais été très bon en calcul. »

 

Charlie Williams / Des clopes et de la binouze (série noire, 2008)

par Jean-Marc Laherrère publié dans : Polars grands bretons
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Vendredi 14 mars 2008

Quelques liens utiles pour réfléchir et quelques petites annonces.

Un très beau texte sur le blog « le bibliomane ». Tout est dit en peu de mots.

Le complément théorique de lien, sur le site Périphéries, un excellent texte de Mona Chollet qui explique brillamment comment l’imaginaire de droite a envahi notre société et rendu possible l’élection de notre actuel président. Cela éclaire en l’expliquant, mon coup de grisou d’avant les vacances. Le texte cité ci-dessus prouve, heureusement, que tout le monde n’a pas succombé.

Et pour finir, deux annonces polar :

C’est en Normandie, dans la communauté d’agglomérations du pays de Flers. La médiathèque organise sa septième fête du livre sur le thème du polar. C’est le 29 et 30 mars, c’est gratuit, de nombreux auteurs seront présents. Au programme rencontres, interviews, ateliers, théâtre, cinéma … Pour les grands et les enfants. On peut télécharger la fiche complète.

Pour les toulousains, le plus toulousain des auteurs de noir, le plus noir des auteurs toulousains, Pascal Dessaint, présentera son nouveau bouquin Tu ne verras plus, à la librairie Ombres Blanches le mercredi 2 avril à partir de 18h00. J’aurai le plaisir et l’honneur d’animer la rencontre.

Prochainement sur le blog, on rigole avec le nouveau roman du plus déjanté des écrivains anglais (et ce n’est pas peu dire), Charlie Williams.

par Jean-Marc Laherrère publié dans : Polars divers
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