Mardi 29 avril 2008

Alex McKnight, ancien flic de Detroit puis privé est venu se réfugier dans le Michigan, à proximité de la frontière canadienne et vit de la location de cabanes aux amateurs de motoneiges. Un soir d’hiver où il a retrouvé Nathalie Reynaud, son amie canadienne, dans un hôtel de la ville voisine, un vieil homme les dévisage longuement avant de laisser devant leur chambre un chapeau rempli de neige dans lequel il a glissé un mot : « Je sais qui vous êtes … ». Alex est persuadé d’avoir affaire à un vieux qui perd la tête. Le lendemain, il apprend que le vieil homme est mort gelé dans la nuit. Il décide alors d’essayer d’en savoir un peu plus sur lui, et se retrouve pris dans une très vieille histoire, liée à la famille de Nathalie.

Après Ciel de sang, revoilà Alex McKnight. On retrouve ici les mêmes qualités que dans le premier volume de la série. 

Dans un premier lieu, les points forts classiques que Steve Hamilton partage avec de nombreux collègues américains. Points que l’on peut, suivant le caractère ou l’humeur, trouver répétitifs, ou rassurants, juger la marque d’une uniformisation du genre, ou le soucis, très yanqui, que le cochon de client (à savoir le lecteur), ait un minimum vital, c'est-à-dire le pur plaisir de lecture au premier degré.

A savoir : Des personnages comme les aiment les amateurs de polar, déglingués, blessés, mais entêtés et fidèles, durs au mal et prêt à tout pour venir en aide à un ami. De vrais hard-boiled en un mot. Et une intrigue solide, bien mené, qui donne envie de tourner les pages.

Ensuite, il y a la marque de fabrique Steve Hamilton, ce qui fait son originalité : La présence de la nature dans toute sa grandeur : froid, vent et neige sont, dans ces parages, encore plus meurtriers que les hommes. Il écrit des polars qui ne sont ni urbains (comme la grande majorité), ni même ruraux, mais sauvages. Dans les grands espaces gelés du Michigan, l’homme n’est qu’un invité, pas toujours très bien accueilli. Dès que l’on ouvre les pages, le blizzard souffle et il faut se réfugier près du radiateur ou de la cheminée pour ne pas risquer des engelures. Alors, prenez le frais et l’air des grands espaces avec Steve Hamilton.

Steve Hamilton / Un chapeau dans le neige (Ice Run, 2004). Seuil/Thriller (2007). Traduit de l’américain par Laurent Bury.

par Jean-Marc Laherrère publié dans : Polars américains communauté : POLARDISES
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Mardi 29 avril 2008

Deux liens vers des écrits de Jérôme Leroy, inquiétant prophète dans ses nouvelles et romans de ce qui est en train de nous tomber sur le coin du museau.

Le premier, sur le blog les moissonneuses, fait un état, peu réjouissant des attaques actuelles d’un président que je préfère finalement quand il va nous faire honte à l’étranger, ou qu’il étale sa vulgarité et son mauvais goût sur les yachts de ses amis parvenus que quand il se met au boulot.

Le second, sur le blog des éditions moisson rouge, est le premier chapitre d’un feuilleton à suivre tous les mardis.

par Jean-Marc Laherrère publié dans : Polars divers
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Lundi 28 avril 2008

Thierry Bourcy a de multiples talents, dont celui d’écrivain. Il publie aux éditions Nouveau Monde une série de romans policiers se déroulant durant la guerre de 14-18. Folio policier a entamé la réédition en poche de ces polars avec le premier titre, La cote 512.

 

Célestin Louise est flic à Paris. Jusqu’au jour où la guerre est déclarée entre la France et l’Allemagne. Il part alors, avec des centaines de milliers d’appelés pour le front. Il est juste moins optimiste que certains, et ne pense pas arriver à Berlin en quelques jours. Les premiers jours dans les tranchées lui donnent raison. Ils viennent tous de mettre les pieds en enfer. Un enfer où il ne perd pas son instinct de policier. Quand son lieutenant est tué d’une balle dans le dos lors de leur première offensive, Célestin qui l’a vu tomber sous ses yeux est persuadé qu’il a été tué par un français. Au nom d’une amitié naissante, et d’un sens de la justice pourtant bien mis à mal par la boucherie environnante, il décide d’enquêter.

 

La trame policière est ici un prétexte qui fournit son squelette au récit. Elle donne également au personnage l’occasion de quitter les tranchées pour enquêter, ce qui permet à l’auteur de mettre en évidence à quel point l’expérience de cette guerre (comme de toutes les autres), est incommunicable. C’est pourtant bien à cette tâche qu’il s’attelle, comme quelques autres avant lui. Il le fait très bien, rend palpable l’horreur, la peur, le découragement, le froid, la pluie, mais également la camaraderie, la distance entre les classes sociales, le poids de la propagande, la bêtise lointaine du commandement.

Un beau roman sur le début de la guerre de 14, accessoirement un polar plutôt réussi, et un personnage que l’on va avoir du plaisir à retrouver.

Pour en savoir davantage sur Thierry Bourcy et Célestin Louise, vous pouvez aller lire une interview de l’auteur publié sur le site Moisson noire.

Thierry Bourcy / La cote 512 (folio policier, 2008)

par Jean-Marc Laherrère publié dans : Polars français communauté : POLARDISES
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Lundi 28 avril 2008

Dans son blog hébergé par Rue89, Hubert Arthus interviewe deux des Wu Ming, vous vous souvenez, les auteurs de New Thing et de Guerre aux humains.

C’est là, et c’est très instructif.

Bibliosurf de son côté ressort un petit questionnaire sur Manchette, publié précédemment en juin 2005 sur feu le site Mauvaisgenres.

par Jean-Marc Laherrère publié dans : Polars divers communauté : POLARDISES
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Dimanche 27 avril 2008

On a découvert Louis-Ferdinand Despreez et son enquêteur noir et enragé, le superintendant de la criminelle de Pretoria Francis Zondi dans La mémoire courte. Les voici de retour avec Le noir qui marche à pied.

 

Il se trouve confronté à une nouvelle forme de criminalité : c’est le cinquième gamin qui se fait enlever à la sortie de l’école dans la ville en trois semaines. Et pour l’instant, aucun signe des ravisseurs, pas de demande de rançon, rien. Et la quantité d’affaires qui atterrissent sur son bureau ne lui laisse guère de temps de se préoccuper de gamins qui sont sans doute déjà morts. Quand les parents commencent à recevoir des demandes d’argent, l’affaire est relancée, et Zondi constate, avec surprise, qu’il a affaire à un criminel un peu moins idiot que la moyenne, capable d’écrire quelques lignes sans faire de fautes !

 

On retrouve les qualités exceptionnelles de ce premier roman : Un style flamboyant, qui rend bien la rage de l’auteur devant l’état de son pays, et en même temps l’amour qu’il lui voue. Une fois de plus, tout le monde en prend pour son grade : noirs ignorants, blancs racistes, touristes suffisants venant donner des leçons alors qu’ils ne comprennent rien à la situation … Voyez vous-même :

« A quarante ans, les trois institutrices qui finissaient de dresser le portrait-robot du kidnappeur – qu’elles étaient toutes convaincues d’avoir vu et qu’elles auraient identifié sans peine – étaient déjà bien trop vieilles pour changer. Elles étaient sans doute même trop connes pour un semblant de rédemption humaine ou politique, même si elles étaient maîtresses d’école, mères de famille et bonnes chrétiennes jusqu’au fond de la culotte

Et : « dans leur raccourcis idéologique imbécile, les touristes cultureux seraient probablement tentés de penser que tout cela n’est qu’un juste retour des choses et que l’assiette au beurre n’avait fait que changer de mains. Ce ne serait qu’une simplification de plus : une misère doit chasser l’autre pour faire régner la justice, se diraient se braves gens venus d’ailleurs … »

La nouveauté est ici la description d’une population de blancs pauvres, qui n’ont même plus la satisfaction s’être « constitutionnellement supérieurs » aux noirs pauvres, et se retrouve d’autant plus paumés et aigris.

Despreez ignore le politiquement correct, appelle un con un con, vitupère, râle, mais sait aussi écrire de superbes lignes sur le désespoir d’un père. S’il est aussi être aussi critique c’est qu’il est désespéré de voir un pays qui pourrait être un Paradis se transformer en un monde laid et sans pitié pour les faibles. Il en veut à tous les responsables, qu’ils soient intellos à côté de la plaque, ou crapules sans scrupules :

 « Mais c’était ça aussi l’Afrique du Sud, un monde à deux vitesses où des écolos intellos se battaient d’un côté pour sauver les phoques de False Bay ou interdire le gavage des oies dans le Limpopo et où, de l’autre, la vie de dix écoliers était, pour un analphabète devenu mystique par opportunisme, le ticket d’entrée au Royaume des Cieux … Le monde aurait été tellement plus beau si les crétins mystiques s’intéressaient aux phoques et les grands intellos aux enfants. »

L’intrigue est maîtrisée, même si ce n’est pas elle qui présente l’intérêt majeur du roman. Despreez confirme ici son talent, et laisse supposer, pour notre plus grande joie, que l’on retrouvera Francis Zondi.

Louis-Ferdinand Despreez / Le noir qui marche à pied (Phébus, 2008).

PS. S’il n’est pas fait mention d’un titre original ou d’un traducteur c’est que l’auteur, bien qu’anglophone, écrit dans las langue de ses ancêtres huguenots, à savoir le français.

par Jean-Marc Laherrère publié dans : Polars africains communauté : POLARDISES
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Samedi 26 avril 2008

Fin 1899, Paris se prépare à changer de siècle et à accueillir une nouvelle exposition universelle. La droite et les antisémites se remettent très mal de la réhabilitation de Dreyfus. Oscar Wilde survit, isolé de tous, dans la misère. Les groupes anarchistes, affaiblis, tentent de reprendre du poil de la bête. Un fait divers insolite secoue alors la capitale : dans les tramways, de jeunes femmes accortes se font piquer en un lieu intime. Immédiatement, parce que c’est bien pratique, la police soupçonne un nouveau coup des anarchistes pour saper les fondements (c’est le cas de le dire) de la société. Nino, vieux militant miné par ses échecs, aidé par un Oscar Wilde désabusé, acceptent d’enquêter pour trouver les vrais coupables.

Sébastien Rutés connaît Taibo II par cœur. Je n’invente rien, je le sais, pour l’avoir rencontré, et aussi parce que c’est écrit au dos du bouquin ! Bouquin, soit dit en passant préfacé par … Paco Ignacio Taibo II. Mais même si je frime à bas prix avec cette fine analyse, je persiste à faire le malin.

 

Sébastien Rutés, donc, connaît Taibo II par cœur. La construction du roman, polyphonique, avec chapitres numérotés (Percival Morlock et les haschischins (1)) et articles de journaux intercalés fait penser à celle d’A quatre mains, chef d’œuvre du maître. L’utilisation de personnages historiques connus, les références culturelles (Dumas, Salgari, Hugo …) aussi sont taiboesques. C’est gonflé, ambitieux et casse-gueule de se lancer, comme ça, dès son premier roman, dans un tel exercice de haute voltige ! Le pari est en partie tenu.

Deux choses m’ont gêné. La première est très subjective, et peut très bien, au contraire, enchanter certains lecteurs :  Sébastien Rutés utilise beaucoup l’argot, ou plutôt les argots dans ses dialogues, cela donne une couleur au roman, mais ralentit beaucoup la lecture, et je n’aime pas être ralenti quand je lis.

Exemple : « Marie Coignant. La lartonnière qui s’tait fait la belle. Les pandores l’ont collé recto dans la boîte à dominos. N’ont pas voulu l’exposer au musée des claqués. On dit que c’était point bath à mouchailler »

Ou : « Louivé ! J’la cache des loliciepem, en d’ssous. L’arnaque à mêm’ pas songé à y nifer un lourtem. Faut dir’ qu’la lamefé a calanché y a deux longues. »

Le deuxième est, certes tout aussi personnelle, mais risque d’être davantage partagée : Le roman est très dense, avec beaucoup de protagonistes. Il aurait gagné à être développé, pour creuser un peu les personnages, connaître leur(s) histoire(s) prendre son temps, flâner dans ce Paris en construction par ailleurs passionnant.

Ceci dit, il y a aussi beaucoup de choses très réussies :  Le récit est enlevé, le portrait de Paris au tournant du siècle particulièrement intéressant. Surtout, il est bon, en cette période individualiste, de revenir sur le passé des anarchistes de Paris, et plus généralement d’Europe, de rendre hommage à ces combattants qui, malgré les échecs, les revers, les épreuves et les coups de fatigue et de découragement, continuaient, encore et toujours fidèles à leurs idéaux. Ca aussi c’est très Taibo II, cet éloge des perdants magnifiques.

En résumé, malgré ses défauts (relatifs) l’ensemble est fort recommandable, et comme c’est un premier roman, très prometteur. Il faudra suivre attentivement la suite.

Sébastien Rutés / Le linceul du vieux monde (L’Ecailler/L’atinoir, 2008).

par Jean-Marc Laherrère publié dans : Polars français communauté : POLARDISES
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Samedi 26 avril 2008

Tiens ça faisait longtemps ! De retour de vacances, voilà ce que je trouve. Mais j’avoue que cette nouvelle mouture me déçoit un peu. On n’y fait pas appel à mon honnêteté proverbiale, ni à mon sens de la justice ou ma piété. Rien, juste une vulgaire proposition commerciale. Vexé qu’on ne fasse appel qu’à ma cupidité je ne donnerai pas suite.

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Bonjour,

Mon message vous parviendra sûrement avec surprise. Ne vous inquiétez pas j'ai été totalement convaincue de vous écrire. Soyez rassuré que ce sont de bonnes intensions. Je suis Mme Salina  Komoe, je suis comptable d'une BANQUE à Abidjan.

Pendant nos recherche à la banque vers la fin de l'année 2006, j'ai trouvé le montant énorme d'argent cinq millions de dollars (USS5M) qui a été déposé dans le compte bloqué depuis 1999. A partir d’une recherche approfondie, les résultats ont montré que les fonds ont été déposés par un Étranger qui est actuellement décédé, au cour d’un accident d'avion en 1999.

Et depuis lors le compte est resté sans réclamation de qui que se soit. À cet effet, je sollicite humblement votre aide et coopération pour entrer en tant que bénéficiaire à Ces fonds et pour solliciter la réclamation pour notre avantage mutuel. Soyez sur que tout le processus serait surveillé ici par moi jusqu'à ce que vous réceptionnez ces fonds à votre compte. Après quoi il devrait être partagé comme suit : 45% pour vous 5% pour toutes les dépenses effectuées au cours de ce transfert et 50% pour moi.

Rassurez vous que ce transfert est sans risque à 100% car tous les arrangements pour le transfert de ces fonds serait fait dans 10 jours ouvrable. En outre cette transaction devrait être traitée avec la plus grande confidentialité pendant que je suis toujours en service. Si vous êtes prêt et intéressé par cette affaire, vous pourrez me contacter par e-mail qui nous permettra de discuter plus sérieusement.

Merci pour votre coopération. J’attends de vos nouvelles.

Mme Salina  Komoe

par Jean-Marc Laherrère
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Lundi 21 avril 2008

C’est les vacances. Je pars quelques jours par là :

 

 

Retour en fin de semaine avec, entre autres, de l’iode plein le pif, et des billets sur un polar historique français : Le linceul du vieux monde de Sébastien Rutés, encore un polar sud-africain (hasard de l’édition), Le noir qui marche à pied, le second de Louis-Ferdinand Despreez, auteur de l’excellentissime La mémoire courte, et plus si j’ai eu le temps …

A bientôt.

par Jean-Marc Laherrère
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Samedi 19 avril 2008

« Je vais de ce pas (disons, d’un pas prochain) aller m’acheter l’album It’s allright with me enregistré par ces musiciens. »

Ainsi se concluait mon billet enthousiaste sur le concert donné par Sara Lazarus et le Gipsy project de Biréli Lagrène. C’est fait. Je l’ai écouté.

Le résultat est à la fois décevant et rassurant.

Décevant car, si Sara Lazarus reste dans cet enregistrement une superbe chanteuse, fine, toute en nuance et précision, au swing entraînant, si Biréli Lagrène y est aussi virtuose et musical, si bien entendu (et c’est la moindre des choses à ce niveau) tous les morceaux sont parfaitement en place, il manque au disque la complicité, la folie, l’inventivité de certains échanges auxquels nous avons eu droit en concert. Parfaitement huilé le disque ronronne un tout petit peu.

Rassurant parce que cela montre, un fois de plus, que le jazz est une musique vivante faite pour être vue et écoutée en concert ! Vive la scène, qui permet ce que les prises studios interdisent souvent : la réactivité, l’échange entre musiciens, l’improvisation, la magie d’un soir où les musiciens se trouvent parfaitement, s’interrogent, se répondent, se provoquent, se soutiennent. Vive la scène où, quand par une sorte d’alchimie, un groupe devient une entité mystérieuse et miraculeuse bien plus « grande » que la somme de ses membres.

Sara Lazarus : Chant
Biréli Lagrène : Guitare
Hono Winterstein : Guitare rythmique
Diego Imbert : Contrebasse
André Ceccarelli : Batterie

par Jean-Marc Laherrère publié dans : Spectacles
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Vendredi 18 avril 2008

Rencontre avec Pascal Dessaint

Ombres Blanches le 02 avril 2008

A l’occasion de la sortie de

Tu ne verras plus

 

2° Episode

 

 

Suite donc de la rencontre, il restera un troisième épisode, à venir prochainement … Bonne lecture.

 

Jean-Marc Laherrère : On parlait d’engagement. Il me semble qu’avec ce roman tu continues une œuvre que je qualifierais de militante. Je me souviens qu’il y a quelques années, lors de la parution de Mourir n’est peut-être pas la pire des choses, j’avais posé une question dans ce sens, et dans le public quelqu’un m’avait repris en disant que ce n’était pas un livre militant, comme si l’adjectif était une critique. Mais je persiste, on peut avoir un intention militante sans pour autant oublier de faire de la littérature. Qu’en penses-tu ?

 

Pascal Dessaint : Oui, oui, je suis d’accord. Bien entendu, c’est un roman. Je m’autorise dans mes chroniques (Un drap sur le Kilimandjaro), des choses que je ne peux pas m’autoriser dans un roman. Il faut respecter son lecteur. Dans mes romans, mes personnages ont le droit d’avoir des opinions mais pas moi. Moi je suis le metteur en scène. Evidemment, au détour d’une scène, le lecteur sait de quel bord je suis, c’est transparent. Mais il faut avoir beaucoup de retenue. Parce que le lecteur ne doit pas avoir l’impression qu’on lui impose une opinion. Pour cela, il faut faire autre chose, écrire un essai ou un pamphlet, mais pas un roman.

Et ça m’oblige à aborder les choses sans angélisme. Par exemple, certains militants écologistes que je décris dans Mourir n’est peut-être pas la pire des choses ne sont pas sympathiques. Ce sont des extrémistes qui n’ont pas forcément ma sympathie. Donc je suis critique, mais le propos d’ensemble, il me semble, sert la cause écologiste. Parce qu’il est question du danger que nous faisons porter sur la planète, de notre responsabilité à tous, du respect. L’idée que j’essaie de pousser c’est celle du respect, celui des gens qu’on a autour de soi, et celui de la vie. Je mets au centre de tout cela l’humain, qui se croit dominant, au-dessus de la nature, et qui finit par se mettre lui-même en danger par cette attitude.

J’essaie en évitant le prêchi-prêcha, de donner cette idée que par beaucoup de respect on peut améliorer les choses. Si ça c’est de la politique, oui, je revendique d’écrire des romans politiques. Et ça fait du bien ! Mes colères passent là-dedans aussi.

Mais c’est toujours un peu délicat, il faut éviter de fâcher les gens. En ce moment je m’en prends beaucoup aux 4x4, mais il y a peut-être des gens bien qui roulent en 4x4 …

 

Public : C’est le premier livre que je lis de Pascal Dessaint. Je suis militante verte. Et je suis très surprise de la façon dont je me suis réinterrogée suite à cette lecture. Il nous renvoie à notre propre responsabilité, il nous renvoie à la modestie et à l’humilité que l’on devrait avoir face à l’immensité de la tâche, et face à ces personnages. J’ai beaucoup appris grâce à ce personnage récurrent. Je me suis interrogée sur l’action militante, et je suis tout à fait d’accord avec ce qui vient d’être dit, les militants ne sont pas toujours sympathiques, et c’est bien là l’un des problèmes.

 

Jean-Marc Laherrère : Je voudrais revenir sur la préparation et l’écriture. Tes romans sonnent juste. On a l’impression que ce que tu décris du quotidien des flics est vrai. Comment travailles-tu ? As-tu des informateurs ?

 

Pascal Dessaint : Oui j’ai quelques personnes qui à l’occasion peuvent me renseigner. Le roman, même si c’est un polar qui doit rendre compte de situations réalistes doit s’autoriser de grandes libertés. Mais sur certains points, il faut être rigoureux. Le lecteur est devenu exigent. Il n’accepte plus que l’on confonde revolver et pistolet. On voit encore beaucoup ça dans les séries télévisées qui sont écrites à la va vite.

L’autre jour en zappant j’ai vu une scène de crime, où le flic prend le portable de la victime et commence à interroger le répertoire. Non ! On ne peut plus s’autoriser ça. Il y a un service précis, avec des logiciels extrêmement élaborés, auquel sont soumis les portables recueillis sur une scène de crime. Où ils sont décortiqués et étudiés. C’est une information en libre accès.

Si j’ai un portable sur une scène de crime, je sais qu’on procède de cette manière. Par contre je ne sais pas ce que l’on fait ensuite. Alors je m’en remets à une personne compétente qui va m’expliquer comment on va faire. Ensuite, avec cette information, il faut éviter d’être trop fastidieux et de lasser le lecteur.

J’en reviens à une anecdote qui concerne Loin des humains. Il y avait une scène de crime, un tapis de ronces où l’on découvre un mort. La police scientifique arrive et trouve des fibres de vêtements. Mes personnages, très délicatement, recueillent des fibres, et lorsque j’écris la phrase, je dis qu’untel met les fibres dans un sachet plastique. C’est comme si je faisais le geste, et quelque chose me gène, sans que je sache quoi. Je m’en suis remis à une personne compétente qui m’a dit qu’effectivement, c’est une pièce à conviction qui peut s’altérer rapidement (humidité, moisissure) et donc on ne la met pas dans un sachet plastique, mais dans une enveloppe en papier. Ca parait ridicule. Mais quand le lecteur lit ça, il se dit que l’auteur sait de quoi il parle.

De la même façon, je n’ai jamais assisté à une autopsie, je ne veux pas. Mais je me suis fait raconter les choses en long, en large et en travers. Et mes scènes d’autopsie sont assez réalistes pour cela.

Je raconte une autre anecdote, à propos d’un informateur qui m’a beaucoup aidé pour ce livre. J’avais des points de détail à éclaircir et on s’était donné rendez-vous. Il se trouve que ce week-end là, il a eu à traiter deux affaires monstrueuses à Toulouse. L’une c’était un crime de masse à Balma, l’autre dans le Lauragais. C’était épouvantable, et il avait dû assister aux autopsies tout le week-end.

Le lundi, il me raconte la situation et je lui propose de repousser. Il refuse, et on se voit. J’ai vu arriver quelqu’un très tendu ! Il m’a amené les réponses à mes questions. Mais il m’a aussi ramené un tempérament. A un moment donné je lui ai demandé s’il avait un soutient psychologique. Il m’a dit non. Ce qui l’avait le plus énervé, c’est qu’en rentrant au poste il s’était fait engueuler par son supérieur parce qu’il n’avait pas mis la ceinture. Après ce qu’il venait de vivre. Je l’ai mis dans le bouquin, et je ne l’ai pas inventé. Mais ça donne de l’humanité, de la vie et de la vraisemblance à mes personnages.

 

Jean-Marc Laherrère : C’est vrai que, même quand le lecteur n’est pas au courant de la réalité, ces petits détails concourent à la crédibilité de l’ensemble.

 

Pascal Dessaint : Bon, je ne suis pas toujours aussi rigoureux. Mais si le cadre est réaliste, on peut se permettre plus de choses.

 

Jean-Marc Laherrère : On sent bien ton encrage dans la police, et en particulier dans la police toulousaine, grâce à quelques allusions, dont une à l’affaire Allègre, incontournable, qui pointe son nez. Je me demandais si tu envisageais, un jour, d’écrire sur cette affaire ?

 

Pascal Dessaint : Non jamais. D’une part il faut avoir beaucoup de recul. Pourtant cela aurait été parfait. Structure polyphonique obligée, deux affaires, j’ai été au plus près, je connais même certains enquêteurs qui pourraient me fournir une matière première rare. Mais je ne peux pas écrire sur les tueurs en série. Je ne supporterais pas. Je ne me vois pas passer deux ou trois ans de ma vis avec une telle personnalité. Ce n’est pas que je tende vers les petites fleurs et les petits oiseaux, mais il y a des limites. Il y a des  choses que je ne supporte pas. Donc c’est non, et ce sera toujours non.

 

Jean-Marc Laherrère : Une autre chose qui impressionne dans ton écriture, c’est la précision de ton vocabulaire. Quand traite un sujet, on trouve toujours des mots que l’on ne connaissait pas. Ici il y a bien sûr la taxidermie, mais également quelques passages sur les péniches où on découvre pas mal de mots. Est-ce que tu fais beaucoup de recherches.

 

Pascal Dessaint : Oui je fais des recherches. Mais il y a des péniches au bord du Canal du Midi. Je suis allé les regarder, me suis demandé comment j’allais les raconter, j’ai saisi l’ambiance, et par hasard, à côté d’une péniche, il y avait un plan, avec les détails et les noms. J’ai commencé à noter. Et un copain connaissait quelqu’un qui avait vécu sur une péniche et écrit deux livres. Donc je les ai lu, j’ai pris le vocabulaire, et j’ai appris à m’en servir. Parce que le temps de l’écriture il faut maîtriser ce vocabulaire nouveau. Et ça ouvre des perspectives au niveau des phrases, de leur cadence, de leur rythme.

C’est vrai que c’est intéressant. La part de la documentation est de plus en plus importante dans mon travail, et de plus en plus excitante. Peut-être parce que je vais de plus en plus vers des sujets bizarres, ce qui me fait rencontrer des gens bizarres, et un nouveau vocabulaire arrive à chaque fois.

 

Public : J’étais persuadée que vous aviez vécu sur une péniche. Et que vous connaissiez la moitié de flics de Toulouse.

 

Pascal Dessaint : Alors c’est que j’ai réussi mon coup ! Vous savez ce qui est bien avec l’écriture c’est qu’on peut de temps en temps s’inventer des vies. C’est vrai que pendant que j’écrivais cette histoire de Félix, je n’étais pas loin de croire que je vivais moi aussi sur une péniche. Et plusieurs fois je suis allé sur le Canal du Midi.

Les pénichards ont un état d’esprit assez fermé. Ca ce comprend pour les raisons que j’explique dans le livre. Ils vivent sous le regard des autres, qui passent sous leur nez. C’est un peu comme être dans une maison de verre. Ca les rend méfiants. Alors le contact n’est pas aisé. Mais je n’ai jamais mis les pieds sur une péniche à Toulouse. Donc il faut inventer. Et il faut arriver à ce que lecteur pense comme vous.

Si au milieu du chapitre j’ai l’impression d’être sur une péniche, vous l’aurez aussi. Sinon c’est que j’ai raté mon coup. Ca arrive. C’est pour ça que je n’ai jamais situé l’action sur un yacht ou même un voilier. Ce n’est pas mon milieu ni ma culture.

Je peux parler des usines, parce que ça a été mon quotidien dans mon enfance, mais il y a des choses que je ne connais pas du tout. Ca viendra peut-être.

 

Jean-Marc Laherrère : Une dernière question sur le roman, avant de parler d’autres choses. Il y a une chose qui est présente dans tous tes livres, c’est le poids de l’amitié. Ici aussi, il y a une chose sur laquelle on ne transige pas, si un ami est dans la merde, pour dire les choses clairement, on essaie de l’en sortir. C’est une valeur centrale chez toi.

 

Pascal Dessaint : Oui, c’est le reflet de ce en quoi je crois. Je ne crois pas en Dieu mais je crois en l’amitié. Mes personnages aussi. La relation précieuse qu’on a avec quelqu’un, c’est quelque chose qui passe avant tout. Dans le livre Marc peut tout demander à Félix. Même au risque de mordre la ligne. C’est effectivement une valeur avec laquelle on ne transige pas.

 

 

Suite et fin  prochainement …

par Jean-Marc Laherrère publié dans : Interviews communauté : POLARDISES
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