Vendredi 28 septembre 2007

Suivant les recommandations du l’excellent bouquin dont j’ai déjà parlé il y a quelques jours (Voir la catégorie cinéma), nous avons monté une expédition ciné samedi dernier avec 5 minots, entre 3 et 6 ans, pour aller voir Le roi et l’oiseau de Paul Grimault et Jacques Prévert.

 

Je n’avais qu’un souvenir assez vague de ce dessin animé vu à la télé, il y a bien longtemps. Une conclusion s’impose : Il marche, il marche même très fort.

 

Tout d’abord pour les adultes qui perçoivent l’humour (j’avais complètement oublié ce brave Charles cinq et trois font huit et huit font seize), la charge cinglante contre toute forme de dictature, la poésie, la beauté de la musique …

 

Mais ça marche également très très fort avec les gamins. Pas un bruit (sauf quelques questions), pas un mouvement d’impatience pendant une heure et demi.

 

Premier commentaire « C’était génial ». Et à la question que je pose souvent « Qu’est-ce que tu as préféré dans le film », les réponses ont bien montré que, même sans s’en rendre compte consciemment, les pitchouns sont sensibles à ce qu’il y a de plus profond dans le film : l’un a préféré les moments où le musicien aveugle joue de la musique, pour apporter un peu de joie dans la terrible ville basse, ou pour charmer les fauves, un autre m’a dit avoir préféré la dernière image, quand l’espèce d’immense robot écrase du poing la cage dont il vient de faire sortir l’oisillon.

 

Ils ont tout compris. Si vous le trouvez en DvD, ou s’il passe près de chez vous, n’hésitez pas. Ca changera des Disney.

par Jean-Marc Laherrère publié dans : Pour les minots
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Mercredi 26 septembre 2007

José Carlos Somoza sait parfaitement accrocher son lecteur, voici comment se termine le prologue de La théorie des cordes :

 

« De façon intuitive, elle conclut qu’il ne pouvait rien y avoir de pire que d’entendre ces hurlements d’âme torturée qui produisaient un écho en chaîne sans parvenir à voir qui les produisait.

 

Mais quand elle contempla enfin le visage de la personne qui criait, elle sut, avec une certitude absolue, qu’elle se trompait.

 

Il y avait bien pire que les cris. »

 

Et voilà comment commence le premier chapitre :

 

2015, banlieue de Madrid : « Exactement six minutes et treize secondes avant que sa vie ne fît une culbute horrible et définitive, Elisa Robledo se livrait à une activité banale : elle donnait à quinze élèves ingénieurs de deuxième année un cours facultatif sur les théories modernes de la physique. »

 

Dix ans auparavant, quelque part dans l’océan indien, Elisa fait partie de la crème de la science européenne réunie par un consortium d’intérêts privés dans le plus grand secret, avec des moyens quasi illimités. Leur but : mettre à l’épreuve les théories du génial David Blanes, physicien espagnol spécialiste de la théorie des cordes, qui est sur le point de pouvoir « ouvrir le temps » et voir le passé. Ils ne sont pas naïfs et se doutent bien que ceux qui les payent ne sont pas uniquement motivés par la connaissance pure. Mais ils sont loin d’imaginer l’horreur qu’ils vont déclencher, par hasard, un soir de typhon. Dix ans plus tard, ils sont dispersés, ne se parlent plus, et, malgré des cauchemars récurrents, semblent avoir oublié …

 

Ceux qui connaissent l’œuvre de cet auteur né à Cuba, mais qui a vécu toute sa vie en Espagne ne seront pas étonnés de le voir s’attaquer à un domaine nouveau pour lui : la physique théorique. Psychologue de formation, il publie quelques courts romans avant son premier grand succès international, La caverne aux idées, polar philosophique qui se déroule dans le Grèce de Platon. Suivront Clara et la pénombre qui explore un futur proche où les œuvres d’art sont constituées de personnes vivantes manipulées par les artistes, et  La dame N°13, roman fantastique, roman gore, où la poésie est l’arme suprême manipulée par les Dames …

 

Il s’attaque donc maintenant à la physique théorique. Il le fait au travers du même « subterfuge » que dans les romans précédents : l’intrusion de l’horreur dans le quotidien. Il le fait surtout avec le même talent, le même sens du suspense, et la même façon de creuser une idée jusque dans ses ultimes conséquences. Il le fait avec la même habileté diabolique, qui lui permet de retomber sur ses pattes de façon brillantissime, alors que le lecteur était persuadé qu’il ne peut plus se sortir de la situation invraisemblable où il a plongé ses personnages.

 

Les révélations sont distillées, au compte gouttes, laissant chaque fois autant de questions que de réponses, jusqu’à la révélation finale. Le lecteur est pris par son talent de conteur, et surtout par sa façon de cuisiner le thème archi classique … du serial killer (et oui, encore) à sa sauce, et de l’entremêler intimement avec d’autres mythes, d’autres thématiques, qui lui donne une saveur unique. Comme dans le roman précédent, c’est tellement bien fait que l’on oublie presque que peu d’auteurs assaillent le lecteur avec autant d’horreur et de gore, sans jamais provoquer le malaise ou la répulsion. Sans doute parce que c’est bien fait, et absolument nécessaire au déroulement de l’action, là où d’autres forcent sur une surenchère gratuite qui n’est là que « pour vendre ».

 

Du grand art, une fois de plus. Mais quel sera le prochain défi de José Carlos Somoza ?

 

Un élément de réponse pour les hispanophones sur son site web.

par Jean-Marc Laherrère publié dans : SF, Fantastique et Fantasy
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Mardi 25 septembre 2007

Bill James est un auteur anglais assez méconnu en France. Sans états d’âme est le septième volume d’une série consacrée à deux flics, Harpur et Iles, publié en France. Mais l’ordre de traduction ne respecte pas l’ordre de parution en Angleterre, le premier sorti en France Retour après la nuit, étant le 10° de la série.

 

Ce volume laisse un peu les flics de côté, pour se centrer sur Ron Preston, le Stratège, un truand très prudent qui aime faire de petits coups, parfaitement préparés, et fuit comme la peste la mythologie du Big One, celui qui permettra de prendre sa retraite. Mais Ron a aussi des besoins : une famille à nourrir, une maîtresse avec un enfant à entretenir, une réputation à défendre …Et Ron commence à avoir des doutes : Et si sa fille et les petits jeunes avec qui il travaille avaient raison ? Et s’il se faisait vieux ? C’est pour battre ces doutes en brèche qu’il décide de maintenir l’attaque d’un transport de fonds bien que son informateur lui ait appris que le parcours a été rallongé, qu’il y aura trois fois plus d’argent à l’intérieur, et un convoyeur de plus. Mais malgré cela, Ron devient nerveux, et suspicieux. Et si c’était un piège ? Et si le terrible Harpur, le flic qui ne le lâche jamais était derrière tout cela ?

 

Le casse est un des thèmes classiques du roman et du film noir. On a bien entendu en tête Quand la ville dort (Asphalt Jungle), de William Burnett, porté magnifiquement à l’écran par John Huston, ou plus près de nous la série de Soderbergh, initiée par Ocean’s Eleven. Il vaut mieux oublier tout de suite ces références. Les truands de Bill James sont des gagne-petit, des besogneux du grand banditisme. Ils sont paranos, et l’équipe, loin des spécialistes à la Soderbergh rassemble un homme de main bas de front, un tonton gâteau qui raconte des blagues pour détendre l’atmosphère, deux jeunes fous qui oublient de réfléchir, et un vieux beau trouillard plus conformiste qu’un notable de province. Seule leur bêtise et leur trouille vont permettre aux flics, tout aussi limités, minables et totalement centrés sur leur petites personnes, de pouvoir contrecarrer leurs plans. Impossible de s’identifier, même un tout petit peu, à un des personnages, ils sont tous pathétiques. Pas de plan flamboyant, pas de destins tragiques, juste des petites vies, des petites envies, des petits boulots presque ordinaires, que Bill James dépeint avec le détachement et la froideur d’un scientifique regardant évoluer des insectes. La vraie vie grise et terne d’une petite ville de la province anglaise.

par Jean-Marc Laherrère publié dans : Polars grands bretons
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Mercredi 19 septembre 2007

En ce moment, j’accumule les mauvaises pioches dans la pile des « à lire ». Comme je n’aime pas parler de ce qui me déplait, je profite de cette mauvaise série pour conseiller un bouquin totalement différent.

 

La chronique qui suit s’adresse à ceux qui ont des enfants entre 4 et 14 ans (ou éventuellement, à ceux qui, comme moi, sont restés de grands gamins).

 

Prêts ?

 

Voilà, sous une couverture rose/fuchsia du plus mauvais goût, se cache un livre qui va vous devenir indispensable. Il s’agit du :

Guide du cinéma pour les enfants / 500 DvD pour les 4-14 ans,

D’Isabelle Brokman et Géraldine De Thoré

L’introduction pose parfaitement la question angoissante de tout parent cinéphile qui voudrait bien refiler sa maladie à ses rejetons : « Mon fils regarde Le roi lion en boucle, quel film pourrais-je lui offrir pour qu’il passe à autre chose ? »

 

Les commentaires des 500 films proposés s’appuient sur le visionnage par plus de 300 minots entre 4 et 14 ans de plus de 700 films. Mon expérience, plus modestement, ne se réfère qu’aux réactions de Gabriel 6 ans et Ana 4 ans.

 

Je dois avouer que je n’ai pas découvert grand-chose, je connaissais quasiment tous les films cités, mais je n’y pensais plus. Lire les titres et les résumés m’a fait m’exclamer « Bon sang, mais c’est bien sûr ! ».

 

Exemple : Les deux premiers Tarzan, avec Johnny (le champion olympique de natation, pas le chanteur Suisso-belge Sarkolâtre) : Ils ont beaucoup vieilli, ils enfilent les invraisemblances (Ah Jane se levant, le matin dans son arbre, le brushing impeccable), sont racistes à un point impensable (avec l’inévitable porteur noir qui tombe de la falaise, après que son pote se soit fait bouffer par un croco) … Mais je vous jure qu’au premier Ahahahahahahahahah, les mômes sont scotchés.

 

De la même époque, mais qui n’a pas pris une ride : Les aventures de Robin des Bois, de Michael Curtiz avec Errol Flynn, rayonnant, virevoltant, aérien … Je l’ai vu, revu, encore et encore, depuis le début, juste la fin, juste le tournoi de tir à l’arc, juste l’arrivée de Richard …

 

Tout aussi aérien et virevoltant, rayonnant et enchanteur, Gérard Philippe fait battre les cœurs, génération après génération, dans Fanfan la Tulipe, bien entendu. Celui-là aussi, je l’ai vu, revu, pour Fanfan, mais aussi, il faut bien l’avouer, pour Gina …

 

Puis il y a les Jean Marais (Le bossu, mais également Le Capitan, Le Capitaine Fracasse), et puis Scaramouche … Parce que le risque financier est là : une fois que le bouquin vous a donné une piste, il n’y a plus qu’à la suivre, et à acheter DvD après DvD.

 

Et puis il y en a plein d’autres, La guerre des boutons, La belle et la bête, les films de Jerry Lewis, Barbe noire, Le signe de Zorro … Puis une fois qu’on a compris, on peut continuer, hors conseils du bouquin (Le cygne noir, film de pirates génial avec Tyrone Power, Anthony Quinn et Maureen O’Hara ; Ivanhoé, Simbad le Marin …).

 

Maintenant que j’ai épuisé les suggestions 4-6 ans, j’attends, avec une grande impatience un an pour attaquer les westerns. Dès que le grand a 8 ans, je vais avoir un prétexte pour revoir La rivière sans retour, Le fils du désert, et très vite après Rio Bravo, Rio Grande, Vera Cruz

 

Seul motif d’inquiétude, après deux ans d’Errol Flynn et Jean Marais, Gabriel a démarré l’escrime, j’espère que John Wayne et Burt Lancaster ne le transformeront pas en un fervent supporter de la National Riffle Association …

par Jean-Marc Laherrère publié dans : Pour les minots
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Mardi 18 septembre 2007

Difficile de ne pas passer à côté d’un auteur dont les copains vous ont pourtant beaucoup parlé ; il y en a tant. Tim Dorsey faisait partie de ceux que j’avais ratés, je me suis rattrapé avec Florida Roadkill, paru en 2000 chez Rivages.

 

Nous sommes en Floride. Serge et Coleman forment, à eux seuls, un sujet d’études pour des congrès entiers de spécialistes en psychopathes. Quand ils rencontrent Sharon, vamp sculpturale sous cocaïne, qui épouse les hommes pour les tuer de façon fort imaginative et récupérer leur assurance vie, le duo infernal se transforme en véritable bombe ambulante. Veale, orthodontiste sans scrupule qui gagne des fortunes à arnaquer les mamans richissimes de Floride en fera les frais. Serge décide de toucher la prime de 5 millions de dollars pour laquelle il a assuré ses mains. Il lui coupe donc deux doigts avant de l’amener aux urgences. Quand Veale s’échappe avec la prime, la compagnie d’assurance coule ; or elle servait à blanchir l’argent d’un cartel de la drogue … La course au magot va mettre toute la Floride à feu et à sang.

 

On ne peut reprocher à Tim Dorsey de manquer d’énergie, d’humour ou d’imagination ! Le récit, totalement éclaté, fuse à toutes les lignes. Les péripéties s’accumulent, les morts plus ou moins atroces, plus ou moins drôles, plus ou moins gores se succèdent. Ca pète, ça hurle, ça tire, ça claque … dans tous les sens et sans une seconde de répit. L’ouragan Tim Dorsey emporte tout sur son passage, et c’est vraiment impressionnant. J’avoue cependant, que sur la longueur, c’est aussi un peu fatigant. On ne sait pas trop où on va, on a l’impression que l’auteur non plus, et on finit avec une vague nausée, comme quand on voit un film sans aucune pause, où les personnages courent tout le temps, et ne savent parler qu’en hurlant. Personnellement, tant qu’à visiter les allumés de Floride, je préfère très nettement Carl Hiaasen, mais Dorsey a aussi ses fans. Des goûts et des couleurs …

par Jean-Marc Laherrère publié dans : Polars américains
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Samedi 15 septembre 2007

Le monde de l’édition fourmille, autour des grandes maisons, d’éditeurs plus petits qui, en général, ont du mal à se faire connaître. L’univers polar ne fait pas exception à la règle. A côté des grands comme Rivages, la série noire, le Masque, ou le Seuil, il y a ceux qui sont déjà reconnus et ont leurs auteurs phares et/ou leur spécificité, comme Métailié et Gaia. Et puis il y a les autres, souvent des éditeurs régionaux qui peinent à sortir de leurs auteurs et de leurs lecteurs … tout aussi régionaux (ce qui ne veut absolument pas dire que les uns et les autres sont inintéressants).

 

Il y a cependant, dans le polar, un exemple différent et assez atypique. Il s’agit des éditions Krakoen, créées par Max Obione. Le mieux est de leur laisser la parole, voici ce qu’il y a écrit sur leur site, à la page « présentation » :

 

« Une coopérative d'édition : Krakoen gère une maison d'édition selon le principe de la coopération. Comme les vignerons apportent leurs raisins à la coopé afin que celle-ci les vinifie, des auteurs apportent leurs tapuscrits à Krakoen pour en faire des livres. Mais Krakoen sélectionne, il ne prend ni les textes trop verts ni ceux de mauvaises qualités … »

 

J’ai eu la chance de lire quelques-uns de leurs textes. S’ils ne sont pas forcément sans défauts, ils ne sont certainement pas sans intérêt, et vous n’en entendrez sans doute pas parler dans la presse.

 

Honneur aux dames, commençons par Le passé attendra, le nouveau roman de Jeanne Desaubry : Genova Vuibert, flic de la Crim, descend à Toulon pour témoigner à un procès, et compte profiter de l'hôtel de luxe que viennent de terminer son amie d'enfance et son grand cuisinier de mari. Cigales, bons petits plats, après-midi avec l'amie de toujours, piscine, une semaine de vraie farniente … qui tourne à la catastrophe après quelques coups de feu, magouilles, tentatives d'assassinats et tortures. Tout n’est pas bon dans ce roman : Les personnages sont un peu trop … tout. Genova est une vraie super-woman : championne de karaté, excellente au tir, dotée au volant d'une poubelle des réflexes dignes d'un Fangio, capable de détecter n'importe quel mensonge … Les méchants quant à eux sont de vrais catalogues qui cumulent à deux ou trois toutes les saloperies des soixante dernières années (et il n’en manque pas). C'est un peu dommage, parce que le reste est très réussi. Jeanne Desaubry a un talent certain pour les scènes d'action, avec une mention spéciale pour un incendie particulièrement réussit et haletant. Son héroïne est attachante, même si son côté « parfaite » peut agacer, et l’intrigue accroche le lecteur et lui fait lire les 300 pages d'un trait. Au final, la dénonciation des pratiques politiques et policières du sud de la France gagnerait certes à être un rien plus nuancée, mais reste fort efficace.

 

Vient ensuite Vice repetita d’Hervé Sard, qui suit l’enquête sur la mort d’une jeune femme dont le corps est retrouvé dans les bois dans la vallée de Chevreuse. Le coupable est rapidement trouvé, il s’agit du propriétaire d’une galerie parisienne qui connaissait la victime et habite à proximité de l’endroit où le corps a été trouvé. L’ADN du sperme trouvé sur la jeune femme est le sien, aucun doute n’est donc permis. Pourtant … Cinquante ans plus tard, par hasard, la vérité émergera enfin. Ce roman ne révolutionne pas le genre mais il fait partie de ces « petits » polars, très agréablement écrits, intelligemment agencés, ménageant parfaitement leur suspense qui se lisent avec un grand plaisir et dont les pages se tournent toutes seules. Comme il contient quelques pépites comme l’interrogatoire surréaliste d’un clodo haut en couleur, on ne peut que le recommander.

 

J’en viens maintenant à me deux auteurs préférés.

 

Pour commencer, Jan Thirion, le plus original, du moins parmi ceux que j’ai lu. Il a édité deux polars chez Krakoen, deux polars qui, bien que très semblables par certains côtés, m’ont diversement accroché. Je m’explique …

 

Dans Ego fatum, Cedric Mangana est flic à Toulouse. Tout pourrait aller au mieux pour lui : Delphine sa copine du moment est allé voir de la danse classique, il glande devant la télé pendant que Milly, la fille de Delphine vaque à ses occupation d’ado gothique dans sa chambre. C’est quand Milly tombe par le balcon, en essayant d’échapper à une grosse araignée noire et velue que les choses se détraquent. Et ce n’est que le début d’une nuit qui va aller de mal en pis, de mort en mort, pour finir dans un bain de sang. La référence qui vient immédiatement à l’esprit est After Hours de Scorcese. Comment une première catastrophe va déclencher une réaction en chaîne, chaque nouveau mouvement du héros pour se tirer d’affaire ne faisant que l’enfoncer davantage dans le cauchemar. C’est noir, très noir, de plus en plus noir, et sanglant, mais c’est surtout drôle. Parce qu’on est bien obligé de rire de cet enchaînement mené tambour battant, qui ne laisse ni au héros, ni au lecteur le temps de reprendre son souffle. Jusqu’à un final en forme de feu d’artifice totalement amoral. Un vrai petit régal.

 

Rose blême se déroule à Saint-Gaudens. Gaétan Lamproie est un apprenti escroc minable ; Eric Lebalait est un flic ripoux tout aussi miteux. Ils vont se retrouver, par hasard, sur les traces d’un paquet de lingots détenus par la vieille Rose Orion, qui, gâteuse, ne sait plus très bien où elle en est. On retrouve le style sec et le sens du rythme de l’auteur. On est mené à un train d’enfer vers une fin que l’on devine, dès le début, noire à souhait. Le seul regret est que, comme dans le roman précédent, on reste assez indifférent au sort des personnages. Comme Ego Fatum avait une trame ouvertement parodique, ce n’était pas gênant. Ici, j’aurais aimé sentir un peu plus d’émotion ...

 

Obione.jpgA tout seigneur, tout honneur (formule qui ne lui plairait sans doute guère !), finissons par le chef d’orchestre, Max Obione. Le Amin de Amin’s Blues est un boxeur raté qui combat dans des bleds glauques du sud profond où des ploucs agressifs pleins de bière et de bourbon viennent le voir cracher du sang. Lors d’un combat où il est sensé se coucher à la troisième reprise, il se révolte, bat son adversaire et s’enfuit avec l’argent de paris et la blondasse de son patron. Il a une idée fixe : descendre Lonnie Treasure, le vieux chanteur de blues dont la musique l’accompagne depuis sa naissance. Boxe, blues et polar, le mélange a fait ses preuves. La boxe, ses magouilles, ses paumés, ses loosers pathétiques est un univers propice au polar, et quoi de mieux qu’un bon vieux blues qui prend aux tripes pour servir de fond sonore. L’originalité est que cette fois c’est un français qui nous plonge au cœur de cet imaginaire propre au sud des USA. Il ne cache pas ses références (l’immense Harry Crews est cité au début du bouquin), mais cela ne l’empêche pas de faire écouter sa propre musique. Le blues chante dans toutes les pages, on sent la sueur, le camphre, l’alcool et la chaleur moite. Tout ce qu’aiment les amateurs de noir bien noir.

 

Alors si la curiosité vous chatouille, allez faire un tour sur leur site, et faites-vous votre opinion.

par Jean-Marc Laherrère publié dans : Polars français
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Jeudi 13 septembre 2007

J’ai lu les Jo Nesbo un peu en vrac, commençant par le premier, L’homme chauve-souris, lors de sa réédition en poche, puis poursuivant un peu n’importe comment, avec L’étoile du Diable, puis Rouge-Gorge, les cafards et le dernier Le sauveur. Je ne m’étais même pas rendu compte, étourdi que je suis, qu’il m’en manquait un, qui se situe entre Rouge-Gorge et l’Etoile du Diable. Maintenant ça y est, j’ai tout lu, je peux combler les manques dans la méta-intrigue qui court de Rouge-Gorge au Sauveur.

 

Dans Rue Sans-Souci donc, Harry Hole se retrouve confronté à deux enquêtes. L’une, officielle, concerne une série de braquages effectués par un homme seul et particulièrement audacieux qui, lors de son premier forfait, a abattu une caissière uniquement parce que le chef d’agence mettait trop de temps à ouvrir le coffre. L’autre officieuse et beaucoup plus dérangeante pour lui, porte sur la mort d’Anna, une de ses anciennes amantes qui s’est suicidée. L’ennui est que la nuit du drame, Harry était chez elle, et qu’il s’est réveillé chez lui le lendemain avec une terrible gueule de bois, sans aucun souvenir de ce qu’il avait fait de sa soirée. Quand il commence à recevoir des mails d’un mystérieux correspondant qui sait qu’il était sur place … Tout cela, en continuant à chercher la vérité sur la mort de son ancienne collègue, Ellen (Voir Rouge-Gorge). Il doit de plus compter sur l’hostilité pour ne pas dire plus d’une partie de sa hiérarchie, et surtout sur la guerre de plus en plus impitoyable qu’il se livre avec Tom Waaler, brillant policier qui monte qui monte … et veut sa peau.

 

On a là du grand Nesbo. Harry que l’on aime chaque fois un peu plus se retrouve dans une situation absolumentNesbo-snowman.jpg dramatique, pour notre plus grande joie (inquiète). La galerie de personnages secondaires s’enrichit, avec la première apparition de Beat Lønn, spécialiste de l’analyse des vidéos qui a une mémoire des visages phénoménale, et la figure inoubliable, à la fois fascinante et inquiétante, de Raskol, flamboyant truand tzigane. Et surtout, il y a la marque de fabrique Jo Nesbo, ses intrigues à rebondissements, et son sens incroyable du suspense, qui s’appuie sur un montage au millimètre des scènes les plus tendues. La scène d’ouverture et celle qui clôt l’intrigue sont à ce titre particulièrement réussies. Six cent pages que l’on lit d’une traite, et qui laissent ouvertes des questions qui trouveront une réponse dans le roman suivant …

 

Pour les curieux voici l’ordre chronologique des aventures de Harry Hole :

 

·        L’homme-araignée (Gaia puis réédité chez folio policier)

 

·        Les cafards (Gaia puis réédité chez folio policier)

 

·        Rouge-Gorge (Gaia puis réédité chez folio policier)

 

·        Rue Sans-Souci (Gaia puis réédité chez folio policier)

 

·        L’étoile du Diable (Série Noire, la nouvelle, en grand format)

 

·        Le Sauveur (Série Noire, la nouvelle, en grand format)

 

A venir, Snowman, déjà publié en Norvège.

 

Pour ceux qui voudraient en savoir un tout petit peu plus sur Nesbo, le site bibliosurf publie une interview réalisée par internet. On ne peut pas dire que le maître soit du genre expansif, mais on y apprend quand même deux ou trois petites choses, la plus importante étant peut-être que la série continue.

par Jean-Marc Laherrère publié dans : Polars scandinaves
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Dimanche 9 septembre 2007
Grosses semaine en vue, avec  des déplacements.

Le blog restera donc muet jusqu'en fin de semaine. A noter que les sorties à venir sont riches, très riches, avec une réédition de Nesbo chez Folio, le premier John Burdett, introuvable, enfin réédité également chez folio.

Chez Métailié, un nouveau roman du sicilien Piergiorgio di Cara, flic anti mafia et excellent écrivain.

A la série noire, un Ken Bruen et un James Sallis, chez Rivages le nouveau Thomas Kelly, un nouvel Haskell Smith, un nouveau Jerry Stahl, et la réédition d'un Dortmunder ... Que du bon à venir donc.

Bonne semaine.
par Jean-Marc Laherrère
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Samedi 8 septembre 2007

On n’aime pas Hannelore Cayre pour ses intrigues ou sa gentillesse. On l’aime (ou on la déteste) pour son écriture ciselée ; pour sa façon de croquer ses personnages à la manière d’une caricaturiste, en en amplifiant avec une méchanceté, une jubilation et un talent réjouissants les défauts ; pour sa description sans pitié d’un monde que le lecteur moyen connaît mal, le monde judiciaire. Tout cela est encore amplifié dans Ground XO, le troisième volume des aventures de son avocat calamiteux, Christophe Leibowitz, personnage (il est difficile de le qualifier de héros !), de Commis d'office et Toiles de maître.

 

Il vivote maintenant en sous-louant un cabinet à une trentaine d'avocats encore plus fauchés et mal partis que lui. Cela lui donne assez d’argent pour ne plus avoir besoin d’accepter d’être commis d’office, et lui laisse assez de marge pour boire, pour boire trop même. Il avait complètement oublié qu'il s'appelle Leibowitz-Berthier, sa mère morte depuis quelques années ayant complètement coupé les ponts avec sa famille. C’est alors qu’il apprend la mort de sa tante quelque part en Charente. Lors de l'enterrement, il découvre avec stupeur qu'il est en partie propriétaire des Cognacs Berthier. Voyant là une occasion d'arrêter, enfin, un métier qui le désespère, il décide de créer, en France, une mode du Cognac pour les truands, rappeurs et vendeurs de cocaïne, comme chez leurs collègues américains. Ce serait bien le diable, avec son carnet d'adresse de dealer et autres trafiquants s'il ne trouvait pas l'oiseau rare, capable de lui pondre le rap qui fera fureur …

 

Revoilà donc le ton Hannelore Cayre : humour très noir, vivacité, méchanceté étincelante quand il s'agit de dépeindre le milieu judiciaire, descriptions au scalpel des juges, avocats, flics, mais aussi des dealers, rappeurs et autres vendeurs de cocaïne. La description des avocats minables qui peuplent son bureau vaut, à elle seule, l’achat du bouquin !

 

« ceux qui faisaient du droit des affaires détestaient les pénalistes, leur reprochant d’introduire des voleurs et des escrocs dans le cabinet. Les pénalistes détestaient les civilistes, leur reprochant leur usage immodéré de la photocopieuse. Tous détestaient les spécialistes en droit des étrangers, leur reprochant d’encombrer la salle d’attente de gueux que personne ne voulait voir s’installer en France. »

 

Attention, tenant du politiquement correct et du langage faux-cul restez à distance, Hannelore Cayre appelle un chat un chat, et un sale con un sale con. Et pourtant, sous le jugement sans appel de l'hypocrisie et de la vulgarité d'une époque, on sent, par moment, une grande compréhension, et même une tendresse pour certains paumés qui n'ont vraiment pas été aidés dans la vie.

 

Elle préfère la poésie brute d'un môme tout étonné qu'on soit, pour la première fois de sa vie, gentil avec lui, à l’onctuosité hypocrite d’un avocat installé, fier de son appartenance à une élite auto proclamée.

 

Et tant qu’à avoir affaire au libéralisme le plus sauvage, elle préfère l'avidité et la vulgarité déclarées et revendiquées des dealers que les airs pincés et moralisateurs des nantis qui font la même chose, mais légalement et sans avouer leur cupidité :

 

-         « C’est quoi un gangsta français ? demanda François, intrigué.

 

-         Un barbare urbain qui ne s’intéresse qu’au fric et au cul. Le plus fier et le plus moderne représentant des valeurs ultralibérales en France »

 

 Alors forcément, elle ne peut pas plaire à tout le monde.

par Jean-Marc Laherrère publié dans : Polars français
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Jeudi 6 septembre 2007

Voici donc, comme annoncé, le nouveau roman de Jake Lamar. Un roman moins politique que Le caméléon noir et Nous avions un rêve, un roman que l’on sent beaucoup plus autobiographique (mais je peux me tromper).

 

Le Jake Lamar du roman s’appelle Ricky Jenks et comme tous les personnages de l’auteur est noir américain. Il vit insouciant et très heureux à Paris. Il n’a pas fuit le racisme ou la discrimination. Il a juste cherché à mettre le plus de distance possible entre lui et sa famille modèle, archétype des noirs qui ont réussi, et qui ne peuvent pas admettre un instant qu’il n’ait pas l’intention d’être le meilleur dans sa branche. Car, Ricky a un défaut rédhibitoire aux USA, et encore plus dans sa famille : il n’a d’autre ambition que celle de profiter de la vie. Pianiste de bon niveau, il joue le soir dans une crêperie de Montmartre, va acheter sa baguette le matin, passe de temps en temps chez sa compatriote et amie Marva qui a ouvert un restaurant à succès, et profite d’une ville qui continue à le fasciner. Il serait totalement heureux s’il n’était amoureux de Fatima qui, elle, est très ambitieuse. Tout se gâte quand son cousin Cassius débarque sans prévenir. Grand médecin, plein de fric et de succès, très médiatisé, Cassius lui avait fait la crasse qui avait hâté son départ des USA. Cassius qui va l’embarquer dans une nouvelle galère …

 

Certes, ce nouveau roman n’a pas la puissance et l’impact du précédent, qui laissait le lecteur groggy. L’intrigue est bien parfois un rien tirée par les cheveux, mais on s’en fiche. Elle est là pour servir de liant entre des personnages extraordinaires, des scènes de réunions et de discussion rendues avec une vérité qui donne envie de s’y trouver, les descriptions superbes, et de fort belles pages sur la musique. L’essentiel est là. Dans l’amour du personnage (et de l’auteur ?) pour Paris, dans son émerveillement permanent devant les beautés de la ville ; ses réflexions sur la vie d’un expatrié, même volontaire ; le regard décalé qu’il porte sur la France et les français ; son rapport complexe avec les US et les Américains … Tout cela est passionnant, fort bien écrit, et nous apprend beaucoup de chose sur notre pays, et le sien.

 

Jake Lamar vit à Paris depuis 1993, et a un site web, en français et en anglais.

par Jean-Marc Laherrère publié dans : Polars américains
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