Vendredi 30 novembre 2007

Pour les toulousains, et leurs voisins.

 

Dico-01.jpgA l’occasion de la sortie de la deuxième édition du monumental Dictionnaire des Littératures Policières (dont je vous reparlerai bientôt), Claude Mesplède organise une fête du polar le samedi 15 décembre de 14h00 à 19h00 à la librairie de la Renaissance.

 

Seront présents les auteurs suivants : l’argentin Raul Argemi (publié chez rivages), le catalan Andreu Martin (publié à la série noire), mais également parmi les stars Daniel Pennac, Tonino Benacquista, Stéphanie Benson, Michel Boujut, Hervé Le Corre, François Guérif, Jean-Hugues Oppel, Jean Vautrin, et pour les habitués les silhouettes familières du polar toulousain, Pascal Dessaint, Michel Naudy, Mouloud Akkouche, Jan Thirion, Emmanuelle Urien … Et bien d’autres.

 

Seront également présent, Frank Lhomeau (éditeur du dictionnaire), et de nombreux amis de Claude, traducteurs, cinéastes, musiciens, ou militants du polar.

 

Une grande fête donc, avec des auteurs, des amis, de la musique, pour fêter l’œuvre titanesque du grand organisateur, Claude Mesplède.

 

Si vous êtes dans le coin, ne ratez pas cette occasion.

 

Les coordonnées de la Librairie de la Renaissance sont les suivantes :

 

1, allées Marc Saint-Saëns (métro Basso- Cambo)
tel : 05 61 44 16 32
email : librairie.renaissance@wanadoo.fr

 

Je tiens le programme complet à la disposition de celles zé ceux qui le désirent.

par Jean-Marc Laherrère publié dans : Polars divers
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander
Jeudi 29 novembre 2007

La réalité finit toujours par rattraper la fiction, quand elle ne la dépasse pas. Un article lu sur le site Rue89 m’a laissé sur le cul (il faut bien appeler les choses par leur nom).

Mizio-tous-tafs.jpgDeux économistes ricains ont « inventé » un nouveau système pour maigrir (mais ça marche aussi pour toute résolution difficile, arrêter de dire du mal de la droite, arrêter de lire les blogs …) : on s’engage sur leur site, on laisse son numéro de carte bleue, et chaque fois qu’on craque, on raque. Saufs que ces deux zozos n’ont rien inventé du tout. Un pitre bien français avait pensé à ça depuis bien longtemps. Il s’agit de l’écrivain de polar, beaucoup trop discret, Francis Mizio. Dans son hilarante Agence tous-tafs, son héros, chômeur de Très Très Longue Durée, accepte d’être exploité par un margoulin de première, et se retrouve Réfrigerator Cop, chargé de l’inspection des frigos de ceux qui se sont engagés à faire un régime. Et bien entendu ça dégénère. Penser que Francis Mizio ne fait qu’anticiper, de très peu, un futur absurde est plutôt inquiétant.

Donc il faut lire Mizio, pour savoir ce qu’on risque, et pour se fendre la poire. Car le risque que l’on court à la lecture de ses romans est celui de passer pour un doux dingue. Cela m’est arrivé avec La santé par les plantes : je le lisais en attendant mon tour pour passer aux guichets de la banque (ça marche aussi avec Sécurité Sociale, salle d’attente du médecin Mizio-plantes.gifou du dentiste, ou tout autre lieu où l’on poireaute au milieu de gens pas très gais) quand j’ai commencé à rire tout seul. Immédiatement un cordon sanitaire c’est formé, les sièges à coté de moi se sont vidés, j’ai senti comme une crispation inquiète chez mes voisins, ... Et je m’en fichais complètement, bicose je continuais à pouffer tout seul ... L’intrigue ? Vous prenez, un chef d’entreprise constipé (au sens propre du terme), un autre obsédé par l’hygiène, une amante un rien crade, la Brigitte Bardot des légumes, un escroc écolo, un scientifique escroc pas écolo, un pompiste bourru, un ancien de Scotland Yard, une femme à barbe, plus quelques autres, vous mélangez, vous les baladez de Paris à l’Australie, en passant par Marseille, et vous obtenez un cocktail à consommer sans la moindre modération.

Comme on le voit, Francis Mizio a traité presque tous les sujet graves de notre époque, des régimesMizio-tropiques.jpg amaigrissants aux problèmes de constipation, en passant, dans Twist Tropique, par le nouveau boom du voyage scientifique : Ladislas Krobka est plombier cynocéphalophile. Peut-être encore plus cynocéphalophile que plombier, ou du moins c’est plus sa cynocéphalophilie que ses capacités plombières qui nous intéressent ici. Il est le client d’une agence de voyage qui vend des voyages scientifiques, et à se titre va accompagner Washington Doug Cercoe (dit Washington DC ou Qugé) et Helen Lenehen-Enehelle (dite la grecque) observer des singes râleurs qui seraient devenus rieurs, voire blagueurs. Inutile de préciser que les deux scientifiques de haut vol ne sont pas enchantés de devoir pouponner un plombier, aussi cynocéphalophile soit-il. Si vous ajoutez à cela que la grecque est parfois sujette à des sautes d’humeur dont les effets dévastateurs ravalent Katrina au rang de douce brise estivale, que Qugé maîtrise mal sa libido, et que les singes potentiellement rieurs se trouvent sur le territoire d’une tribu féroce et revendicatrice, vous avez tous les ingrédients d’un sacré merdier.

Comme ses autres romans, celui-ci est comme un Astérix (ceux avec Goscinny), ça ce lit à plein de niveaux : D’abord il y a l’histoire, complètement allumée. Ensuite il y a toutes les blagues : les références aux autres bouquins, les références à une actualité plus ou moins récente, et les machines infernales, où le gag est préparé deux chapitres plus tôt. Dernier niveau, derrière tout humoriste il y a un moraliste, qui finalement voit la vie et le monde plutôt en noir. Dans Twist Tropique tout le monde prend son coup de griffe, le monde scientifique, le jargon médiatico-moderne, internet, la dérive avocato-judiciaire, la pub, le libéralisme ... Résultat, à la fin, on a ri, on a réfléchi, on a l’impression d’être intelligent ... et on en redemande.

Finalement, à part le fait d’écrire très peu, le seul reproche que l’on puisse faire à Francis est d’avoir trop d’imagination, et de se laisser parfois déborder, alors qu’il semblerait qu’un peu de travail, d’élagage et de réécriture pourrait donner des résultats encore meilleurs.

Il y a un échange fort intéressant entre Francis et ses lecteurs, réalisé du temps de mauvaisgenres, sur le site bibliosurf.

par Jean-Marc Laherrère publié dans : Polars français
ajouter un commentaire commentaires (1)    recommander
Mercredi 28 novembre 2007

Burdett-Bangkok-8.jpgLa découverte de John Burdett avait été pour moi une immense claque. Bangkok 8, publié aux presses de la cité, et depuis repris en poche, est un véritable ouragan de vitalité, d’odeurs, de bruit, de fureur, d’énergie, de violence, d’humour … Les américains parlent d’un cinéma qui doit être « bigger than life », cet anglais au look si british, avec la complicité active de la ville de Bangkok, personnage à part entière de ce roman totalement hors norme, y parvenait d’une façon éblouissante. Craignant d’être passé à côté d’autres chef-d’œuvres de l’auteur, je m’étais immédiatement renseigné sur ses romans, pour apprendre que le précédent, Typhon sur Hong Kong, n’était plus disponible.

 

Il l’est aujourd’hui, grâce à Folio Policier qui le réédite.

 

L’inspecteur Chan travaille pour la criminelle de Hong Kong. Il suit ce qui pourrait bien être sa dernière enquête pour le compte de sa Très Gracieuse Majesté Britannique car, dans deux mois, l’île sera remise sous contrôle chinois. Une enquête hors normes, puisqu’il s’agit de découvrir qui sont les trois personnes qui ont été passées, vivantes, dans un hachoir industriel. Tâche difficile, les steaks hachés étant peu bavards, tâche d’autant plus difficile qu’entre les différentes triades, et le général Xian, de l’armée populaire de Chine, qui contrôle tout le trafic entre la République Populaire et les mafias locales et occidentales installées à Hong Kong, les coupables potentiels ne manquent pas. Pour corser le tout, Chan risque de ne pas être libre de ses mouvements dans une affaire qui se révèle rapidement à très haut risque diplomatique.

 

On trouve déjà, dans ce premier polar de John Burdett (du moins, je crois bien que c’est le premier), ce quiBurdett-Hong-Kong.jpg allait faire le succès des suivants : En premier lieu, la superbe description d’une ville asiatique monumentale, surpeuplée, survoltée, totalement hors norme pour le lecteur européen ; ensuite le choc des cultures asiatiques et occidentales ; tout cela lié par une intrigue solide, souvent insolite, qui multiplie les chausse-trapes. Pour finir, une galerie de personnages impressionnante, avec dans le premier rôle un flic qui préfigure Sonchaï Jitpleecheep, l’extraordinaire flic thaï de la série à venir (Bankok 8 et Bangkok tattoo): métis comme lui, abandonné par son père comme lui, incorruptible comme lui, excellent flic également.

 

La différence repose évidemment sur le lieu, et le moment historique, l’imminence du retour de Hong Kong dans le giron de la Chine pesant de tout son poids sur l’atmosphère de ce polar. C’est également ce qui fait la légère faiblesse de Typhon, par rapport aux suivants. John Burdett y défend une thèse, celle de sa vision de la Chine et de ses rapports avec le reste du monde. Il les défend de façon passionnée et appuyée, trop appuyée, ce qui fait parfois basculer son roman dans l’essai et le pamphlet. Dans les romans consacrés à Bangkok, tout passe, magnifiquement, par la narration, les dialogues ou les situations (souvent très drôles). C’est beaucoup plus efficace, et surtout beaucoup plus romanesque. Cela laisse la liberté au lecteur de tirer les conclusions qu’il veut, à partir d’une réalité bien entendu déformée par la vision de l’auteur. Typhon sur Hong Kong  n’est donc pas exempt d’une certaine maladresse, même s’il reste fort intéressant, en plus d’être très prenant, John Burdett, dès ce premier polar, s’y entendant parfaitement pour tricoter une intrigue. Un brouillon tout à fait recommandable avant la perfection ébouriffante des chef-d’œuvres suivants.

 

D’après le site de l’auteur, un troisième roman de la série Sonchaï Jitpleecheep, Bangkok haunts a déjà été publié en anglais. Vivement qu’il soit traduit.

par Jean-Marc Laherrère publié dans : Polars grands bretons
ajouter un commentaire commentaires (1)    recommander
Vendredi 23 novembre 2007

westlake-pierre.jpgRivages a eu une idée excellentissime (une de plus) : rééditer les premiers Westlake, ainsi que les premiers Richard Stark qui n’étaient plus disponibles. Je reparlerai sans doute plus tard de Richard Stark et de son personnage de Parker, mais il va ici être question de l’inénarrable John Dortmunder.

 

Après Pourquoi moi ? et Pierre qui roule, voici Personne n’est parfait (Nobody’s perfect en anglais, géniale réplique finale de Some Like it hot).

 

Une fois de plus victime de sa malchance, Dortmunder s'est fait attraper en flagrant délit.westlake-parfait.jpg Quand un ténor du barreau vient prendre spontanément sa défense, le faisant acquitter, il se demande bien évidemment ce que cela va lui coûter. Pas très cher en fait, juste un accord avec un riche dilettante qui souhaite organiser un faux vol de tableau pour arnaquer son assurance. Il organise tout pour qu'il y ait des témoins, et pour que tout se passe bien. Malgré tout, devinez qui reste coincé dans la cage d'ascenseur alors que ses potes se carapatent avec la toile ? Et devinez combien de temps le tableau va rester en leur possession ? Et combien de combines vont être nécessaires pour le récupérer ?

 

Que dire à propos d’un roman consacré à notre John préféré qui n’ait déjà été dit mille fois ? Que c'est un pur régal ? Que l'on découvre avec délice la mise en place de la saga dortmundéresque, les personnages qui tournent autour ? Que l'imagination de Westlake est toujours étonnante ? Que ses idées de casse sont géniales ? Que son humour fait mouche à chaque fois ? Qu’une visite de Londres vu par John et sa légendaire morosité est indispensable ? Que la lecture de Dortmunder vaut tous les antidépresseurs ? Que la saga devrait être obligatoire et remboursée par la sécu, en tant que prévention, spécialement quand les jours raccourcissent et que le blues de l'hiver approche ? Que ceux qui n’ont jamais lu un Dortmunder sont impardonnables, mais très chanceux parce qu’il ne tient qu’à eux de s’y mettre ?

par Jean-Marc Laherrère publié dans : Polars grands classiques
ajouter un commentaire commentaires (1)    recommander
Mercredi 21 novembre 2007

On avait découvert Piero Colaprico avec Kriminalbar, déjà publié chez rivages. Il s’agissait d’un recueil de dix nouvelles se répondant dans un montage diabolique. Le revoilà, toujours chez rivages, avec La dent du Narval, premier volume de ce qu’il annonce comme une trilogie milanaise.

 

Colaprico.jpgL’inspecteur Francesco Bagni, membre de la brigade criminelle milanaise, se trouve en charge de l’enquête sur la mort spectaculaire d’une jeune aristocrate. Sa mère l’a trouvée sur son lit, une dent de narval plantée dans le visage. Le récit de la mère, Comtesse milanaise, est assez incohérent. Le père, membre des services secrets est en mission, injoignable. Le jour de l’enterrement, le père est de retour, furax, mais la comtesse a disparu. Le super espion ne lâche rien à la police, mais Francesco Bagni qui l’a mis sur écoute l’entend pester, persuadé que mère et fille l’ont arnaqué. L’enquête s’annonce bien difficile, mais Francesco Bagni est malin, et surtout très patient.

 

Il m’arrive parfois de ne pas savoir dire pourquoi un roman me déçoit. Plus rarement de ne pas identifier pourquoi il m’a vraiment plu. C’est pourtant le cas ici. Pourquoi malgré des qualités qui devrait juste en faire un bon polar sans plus, en ai-je tiré autant de plaisir ? Le ton est vif et le style alerte ; les personnages très bien croqués ; l’intrigue quand à elle est assez lâche, on sent bien que là n’est pas l’intérêt principal de l’auteur. C’est peut-être, outre les qualités déjà décrites, la magnifique description de Milan, personnage central du roman, qui emporte l’adhésion. Milan qui, pour Bagni, a perdu sa vitalité, son énergie, son originalité, mais qu’il ne peut se résoudre à quitter, en mémoire de ce qu’elle fut. Toujours est-il que ce court roman est un pur moment de bonheur, et que j’attends avec impatience la suite de la trilogie.

par Jean-Marc Laherrère publié dans : Polars italiens
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander
Lundi 19 novembre 2007

Il est des gens qui agacent. Kris Nelscott, alias Kristine Grayson, alias Kristine Kathryn Rush de son vrai nom est de ceux-là.

 

Sous son vrai nom, elle publie et écrit de la SF et de la fantasy, avec un certain succès puisqu’elle a réussi à recevoir le prix Hugo en tant d’auteur et en tant qu’éditeur.

 

Sous le pseudo de Kris Nelscott elle a reçu le prix Ellery Queen, et a créé le privé noir Smokey Dalton, témoin privilégié des bouleversements de la société américaine dans les années qui suivent immédiatement l’assassinat de Martin Luther King. Smokey a recueilli Jimmy, un orphelin d’une dizaine d’années qui a vu l’assassin de Luther King. Or le meurtrier n’est pas celui que la police a « trouvé » et le FBI est sur les traces de Jimmy pour l’éliminer. Smokey et Jimmy ont fuit Memphis pour se cacher à Chicago, sous un faux nom.

 

Kris-Nelscott.jpgLes faiseurs d’anges, publié chez l’Aube noire, est le quatrième volume de la saga. 1969, Chicago. Smokey Dalton rentre chez lui avec son amie quand il entend du bruit dans l’appartement d’en face. Ils poussent la porte et trouvent une jeune femme qu’il ne connait pas en train de se vider de son sang. Ils réussissent à l’amener aux urgences de l’hôpital le plus proche où le médecin de garde ne veut pas s’en occuper avant qu’elle ne lui dise si elle est victime d’une fausse couche ou d’une avortement clandestin. Smokey est noir, la victime également, mais l’amie de Smokey est blanche et très riche ; elle fait plier le toubib. A la demande de sa voisine, qui est la cousine de la jeune femme, Smokey va se lancer à la recherche du boucher qui l’a ainsi massacrée, ainsi que de l’homme qui l’avait violée. Une enquête difficile, dans des rues de plus en plus dangereuses, où les gangs et la police se livrent une guerre sans pitié.

 

Kris Nelscott poursuit sa chronique du racisme ordinaire aux lendemains de l’assassinat de Martin Luther King. Comme dans le précédent, misère, racisme, main mise de plus en plus forte des gangs sur les rues du ghetto, et violences policières forment la toile de fond de ce nouveau polar. L’accent est ici mis sur la situation des femmes, comme beaucoup trop souvent victimes à la fois de la violence masculine et de l’hypocrisie d’une société rigide et religieuse. Une société qui ne les défend pas quand elles sont violées, puis les criminalise quand elles veulent avorter. A déconseiller aux amateurs d’intrigues serrées, Kris Nelscott prend son temps, ne craint pas les digressions pour décrire un quartier, ou s’intéresser au sort d’une gamine que l’on ne verra plus, avant d’accélérer le rythme dans le final. Chaudement recommandé à tous ceux qui aiment les personnages fouillés, et qui apprécient de sentir une atmosphère, un lieu, et un moment historique particulier.

par Jean-Marc Laherrère publié dans : Polars américains
ajouter un commentaire commentaires (2)    recommander
Dimanche 18 novembre 2007

Le festival Quais du Polar de Lyon prépare sa 4ème édition qui se tiendra du 28 au 30 mars 2008. En attendant le mois de mars, Quais du Polar vous invite dès maintenant à postuler pour faire partie du jury du « Prix des lecteurs Quais du Polar - 20 Minutes » et à participer au concours de nouvelles Agostino. À vos plumes !

 

Pour les détails, il suffit d’aller sur leur site. Bonne chance.

par Jean-Marc Laherrère publié dans : Polars divers
ajouter un commentaire commentaires (1)    recommander
Jeudi 15 novembre 2007

Il y a peu, Folio Policier a réédité quatre Jim Thompson. 1275 âmes et Mr Zéro, deux chef d’œuvres, Eliminatoires, dont j’ai déjà causé, et le dernier : Un chouette petit lot. Ce dernier est un véritable rassemble les thématiques, les lieux et les personnages de l’œuvre de Thompson, du Thompson concentré en quelque sorte.

 

Thompson.gifDusty est chasseur de nuit dans un hôtel qui se veut respectable. Il prétend qu’il veut reprendre ses études, mais cela fait quand même un an que ça dure quand, un soir, elle apparaît dans le hall, belle à couper le souffle. Dusty sait que l’hôtel interdit formellement les relations entre employés et clientes. Il sent bien que ce sont les pires ennuis qui débarquent avec elle. Mais elle est trop belle.

 

Tout le pessimisme du grand Jim dans ce roman aux apparences trompeuses. Toutes ses thématiques également : rapport difficile avec le père, amour incestueux avec la mère, lâcheté, égoïsme … Un personnage principal emblématique, qui sans être franchement mauvais (il est trop lâche et passif pour cela), fait le mal par omission et négligence, et justifie les avantages qu’il en tire par les malheurs qu’il a subis. Des renversements de situation, des faux semblants, une façon de manipuler les clichés les plus usés, pour les retourner comme des crêpes. Un lieu souvent utilisé : hôtel anonyme d’une ville sans grande importance. Et une fin couperet. Vraiment, un concentré de Thompson. Peut-être pas le meilleur, mais un des très bons, de ceux qui tournent dans la caboche bien après avoir refermé le bouquin.

par Jean-Marc Laherrère publié dans : Polars grands classiques
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander
Mardi 13 novembre 2007

Ouvrier. Ouvrier ? Mais il n’y en a plus mon bon monsieur. Ils ont disparu, en même temps que le Capitalisme et la lutte des classes. C’est du moins ce que nous disent les média et la quasi-totalité de la littérature française. Il semblerait qu’il en reste quelques-uns de l’autre côté de l’Atlantique. Thomas Kelly fut l’un d’eux. Cet américain d’origine irlandaise a grandi dans le Bronx, et payé ses études en travaillant comme ouvrier dans le bâtiment, manœuvre avec ceux qui creusent les tunnels, employé d’usine de conditionnement, chauffeur de taxi …

 

Tout cela se retrouve dans ses deux premiers romans : Le ventre de New York, qui se déroule dans le milieu des hommes qui risquent leur vie tous les jours pour creuser les milliers de tunnels qui courent sous la ville ; et Rackets qui conte l’histoire de trois jeunes issus d’un quartier ouvrier et se trouvent pris dans une bataille pour le contrôle du syndicat des camionneurs de New York.

 

Kelly.jpgLes bâtisseurs de l’Empire se situe à une époque antérieure : Michael Briody est irlandais. Il a vécu les luttes sanglantes contre l’occupant anglais, puis entre factions irlandaises. Il est maintenant à New York et, en cette année 1930, alors que la misère sévit dans les rues, il a trouvé un travail dans le chantier le plus gigantesque de la ville : la construction de l’Empire State Building. Il continue a servir la cause irlandaise, en recueillant des fonds et des armes pour les envoyer à Dublin. Grace est peintre, elle vit sur un bateau et est la maîtresse de Johnny Farrell, l’homme de l’ombre du maire de New York. C’est lui qui graisse les rouages, distribue les pots de vin, fait la liaison entre le monde politique, le monde des affaires et les différents groupes mafieux, très puissants en cette période de Prohibition. Michael se rend rapidement compte que le chantier qui compte tant pour lui repose sur de biens sales fondations de corruption et de magouilles. Mais c’est quand il tombe amoureux de Grace qu’il met vraiment le pied dans l’immense machine à broyer.

 

Ce troisième roman gagne encore en souffle grâce au choix d’une époque et d’un décor particulièrement spectaculaires : La crise de 29, avec son cortège de misère et de détresse, les répercutions américaines de la guerre qui fait rage en Irlande, et, comme en écho, la lutte sans merci des mafias irlandaises et italiennes pour le contrôle du trafic de l’alcool (nous sommes en pleine Prohibition), et plus largement pour mettre la main sur la ville. Dans ce monde de corruption et de violence, l’entreprise insensée et titanesque que fut le construction de ce qui était, à l’époque, le plus grand édifice du monde permet, sans jeu de mot, de prendre de la hauteur et d’insuffler un peu d’air pur.

 

Dans ce contexte exceptionnel on retrouve toutes les qualités des précédents romans : Une superbe description du milieu ouvrier, avec ses contraintes, sa terrible violence, mais également la fierté de construire, de faire partie de ceux qui bâtissent une légende ; une intrigue soignée, complexe, qui met en lumière les connections entre les mondes de la politique, de la pègre et des affaires, avec le poids très lourds des syndicats gangrenés par les mafias ; et des personnages de chair et de sang, palpitants, humains, magnifiques … romanesques en un mot. Un magnifique chant d’amour à une ville, et un superbe hommage à ceux qui l’ont construite, souvent au péril de leur vie.

par Jean-Marc Laherrère publié dans : Polars américains
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander
Lundi 12 novembre 2007

Je suis, une fois de plus, de mauvais poil. Rien de très méchant, c’est même juste une de ces petites irritations égoïstes qui devraient rester sans importance mais …

 

J’avais été très fâché par la suppression de l’émission de Frédéric Bonnaud sur France Inter, d’autant plus que le motif invoqué avait été : « trop élitiste ». J’avais quand même décidé de ne pas râler après le remplaçant sans l’avoir écouté.

 

Cela fait maintenant plus de deux mois qu’il est là, je n’ai pas réussi à retenir son nom, je l’ai écouté épisodiquement, et à une exception près, je me suis toujours ennuyé au bout de cinq à dix minutes. L’exception ce fut Fabrice Luchini, énervant, agaçant, brillantissime, comme toujours. Le reste du temps, c’est terne, mou, inodore, incolore et sans saveur. Le risque de faire de « l’élitiste » semble écarté, je suis un après-midi tombé sur une émission consacrée à Sylvie Vartan.

 

Je sais que Bonnaud est sur une radio commerciale, mais comme je ne supporte pas la pub, je ne les écoute jamais. Il ne reste plus qu’à attendre les prochaines élections, plus que 4 ans et demi …

 

Une autre qui est en rogne, pour d’autres raisons, c’est Dominique Manotti ; mais comme elle a du talent, elle, c’est assez drôle.

 

Pour se calmer, on peut aller lire une nouvelle chronique sur le site de Pascal Dessaint, il y fait part de ses passions de lecture.

par Jean-Marc Laherrère publié dans : Mauvaise humeur
ajouter un commentaire commentaires (1)    recommander

Présentation

Blog : Sport sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus