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22 août 2007 3 22 /08 /août /2007 10:37

C’est la première phrase du Dernier baiser de Crumley qui m’a donné envie, dans la base de donnée où je trie mes petites notes de lecture, de garder également les premières phrases des romans que je lis.

Il commence comme ça : « Quand j'ai finalement rattrapé Abraham Trahearne il était en train de boire des bières avec un bouledogue alcoolique nommé Fireball Roberts dans une taverne mal en point juste à la sortie de Sonoma, en Californie du Nord ; en train de vider le coeur d'une superbe journée de printemps. ». Je ne sais pas vous, mais moi cette première phrase me met en joie, le sourire aux lèvres, certain que j’ouvre un roman qui va me marquer.

J’ai lu beaucoup de romans qui commencent de façon moins enthousiasmante mais se révèlent excellents, mais je ne suis encore jamais tombé sur aucun qui me déçoive après une entrée fracassante et/ou révélatrice.

Exemples : Quand on lit :

« Savez-vous quand j'ai commencé à regretter la mort de ma mère ?

C'est lorsque les premières gouttes de pluie se sont mises à dégouliner par le trou de balle dans le toit de la Ponty. »

ou :

« L'ange faisait le ménage dans ses placards quand il perçut l'appel. »

ou encore :

« Les habitants du vieil immeuble de pierre de taille, en bordure du parc de Humlegard, à Stockholm, étaient des gens aisés, à l'instar de Rafael Juntnen, gangster de son état. »

ou pour finir :

« La mère de Tony Zank s’engouffra dans le couloir de la maison de retraite, ses spongieuses et tremblantes fesses à l’air, en hurlant : « A l’aide ! » et « Arrêtez ce monstre ! ». »

on sait qu’on ouvre un roman passablement allumé, et qu’il faut s’attendre à une belle collection de cinglés. Et c’est le cas, pour ces quatre romans qui sont (non ce n’est pas un jeu, je donne les réponses tout de suite) : Cadavres du québécois François Barcelo, L’agneau de Christopher Moore, La forêt des renards pendus d’Arto Paasilinna, et le plus récent qui vient d’être réédité en rivages noir, A poil en civil de Jerry Stalh.

Pour d’autres, on sait au contraire que l’on ne va pas rigoler, et qu’on se prépapre à une plongée dans du noir profond. C’est le cas des Chiens de la nuit de Kent Anderson, un de ces romans d’une noirceur totale, écrit par un flic de Portland : « Tous les 15 juin, au commissariat de North precinct, la relève A et l'équipe de nuit partaient tuer des chiens. »

Il y a ceux qui vous font éclater de rire en deux répliques :

« - Pigeon vole …

- Ta gueule ! »

C’est du Carrese, bien entendu, dans Les veuves gigognes.

Ou bien encore ceux qui intriguent, comme C. J. Box dans La mort au fond du canyon : « Au troisième jour de leur lune de miel, Stewie Woods, écolo activiste à la notoriété douteuse, et son épouse Annabel Bellotti, cloutaient des arbres dans la forêt nationale de Bighorn lorsqu'une vache explosa et les mit en pièces. »

Il y a ensuite ceux qui donnent le ton d’emblée, sans un mot de trop. Une des plus belles réussites, qui dénote un sacré maîtrise, vient de quelqu’un qui n’en manque pas : Richard Stark, alias le grand Westlake, qui démarre ainsi Firebreak : « Quand le téléphone sonna, Parker était dans le garage, il tuait un homme. » Le moins que l’on puisse dire est que le ton est donné.

Et puis il y celles que j’aime parce que c’est comme ça. En voilà quelques-unes : Dans le dernier JH Oppel, Réveillez le Président ! on lit :

« BOUM !

Une charge atomique de 1 kilotonne est aussi puissante que l’explosion de 1000 tonnes de TNT. » Mais sa plus belle réussite reste la première phrase de Pirana matador :

« A Santa Cruz de Natividad, la Mort vient toujours par le fleuve. »

J’aime beaucoup également le début du Caméléon noir de Jake Lamar :

« "Bordel de merde ! putain de bordel à queue de merde !"

Reginald T. Brigus avait connu des moments de plus grande éloquence. »

Et pour finir, mes préférées avec celle de Crumley citée en haut de page. De Donald Westlake encore, il y a l’ouverture magistrale d’Aztèques dansants. Je ne reprends ici que la première phrase, il faudrait citer tout le chapitre qui constitue une des plus originales, des plus belles, mais aussi des plus justes description de New-York : « A New York, tout le monde cherche quelque chose. Des hommes cherchent des femmes, et des femmes cherchent des hommes. Au Trucks, des hommes cherchent des hommes, tandis que chez Barbara et au MLF, des femmes cherchent des femmes … »

Et pour finir l’entame flamboyante d’un roman inclassable, l’absolument indispensable Water Music de TC Boyle : «A l'âge où les trois quarts des jeunes Ecossais retroussent les jupes des demoiselles, labourent, creusent leurs sillons et répandent leur semence, Mungo Park, lui, exposait ses fesses nues aux yeux du hadj Ibn Fatouni, émir de Ludamar. »

N’hésitez pas à faire part de vos coups de cœur.

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars divers
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commentaires

sun 27/08/2007 10:03

Fred n'avait jamais lavé sa voiture : plutôt crever.

Caryl Ferey annonce la couleur quant au caractère de son personnage avec cette ouverture!

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