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30 août 2007 4 30 /08 /août /2007 18:25

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, sous ce nom ne se cache ni un méchant fourbe de la Ligue des Gentlemen Extraordinaires, ni le nouveau personnage de Qiu Xiaolong, ni une nouvelle lubie orientalo-new-age pour cadres fatigués en mal de spiritualité, ni ... Ne cherchez pas, si vous ne connaissez pas, vous ne pourrez jamais deviner. Moi même qui fais le malin, il y a quelques jours je n’en avais jamais entendu parler. Il s’agit d’un collectif de cinq jeunes auteurs italiens, agitateurs de web et de consciences, grands pourfendeurs de copyright et de toute entrave à la liberté de propager les idées, proches, cela va sans dire, des mouvements altermondialistes ...

 

Pour en savoir davantage sur ces hurluberlus (car ce sont des hurluberlus), il suffit d’aller sur leur site, traduit en français, espagnol, anglais, portugais, allemand, finois ... ou d’aller sur celui des éditions Métailiés qui éditent les romans solo de deux des cinq hurluberlus suscités. Autre possibilité, sur le site personnel de Serge Quadruppani, traducteur et directeur de l’excellentissime suite italienne, toujours chez Métailié.

 

Les cinq rigolos sont cohérents. Ils utilisent le copyleft, pour la liberté de propager la culture, et le mettent en application. On lit ceci sur les premières pages de leurs deux romans français : « La reproduction totale ou partielle de l’œuvre ainsi que sa diffusion par voie télématique sont autorisées, sous condition de fins non commerciales et de reproduction de la présente mention. ». Pour ceux qui voudraient en savoir plus sur le sujet, il y a un article en français sur le site. Cohérents jusqu’au bout, bien entendu, leurs bouquins sont téléchargeables gratuitement au format pdf sur le site de Métailié.

 

Venons-en aux romans. New Thing, est signé Wu Ming1. Il se situe en 1967 à New York. La contestation noire estundefined au plus fort. La contestation politique s'accompagne d'une réelle révolution musicale. Autour de l'immense John Coltrane, une pléiade de musiciens, tous très politisés, explorent les limites de leur art et font exploser une musique, dans l'ahurissement général, l'incompréhension de la critique et du public blanc, et même la haine des tenants du swing. Albert Ayler, Archis Shepp, Pharao Sanders, Ornette Coleman … font la révolution du free. C'est alors que des musiciens sont abattus par un inconnu. Les mouvements noirs y voient immédiatement un complot du pouvoir, d'autant plus que la police ne se préoccupe guère d'arrêter le coupable. C'est une journaliste juive qui parcourt New York avec son magnétophone qui découvrira la vérité, avant de disparaître totalement. Quarante ans plus tard, un journaliste, part sur ses traces et interviewe les survivants … Construit comme un recueil de témoignages directement enregistrés, ce roman, pas vraiment policier, offre le kaléidoscope de toute une époque. Témoignages direct (ou supposés tels) de musicien sur leur mouvement, son évolution et sa mort, sur l'influence de Coltrane, sur le racisme ambiant ; récits de militants politiques ; délires de certains mouvements extrémistes et fortement allumés (la palme revenant à un groupe persuadé que des extraterrestres, ressemblant à des lémuriens, tournent autour de la Terre et préparent l’extermination de l’humanité pour repeupler la Terre de vrais hommes, à savoir les descendants des premiers hommes d’Afrique) ; articles de journaux relatant les faits ; rapports de police … reconstituent peu à peu le puzzle, et dressent, par petites touches, le portrait d'une époque violente et passionnante, sur les plans politiques et artistiques.

 

undefinedLe narrateur de Guerre aux humains, signé Wu Ming 2, craque. Il en a marre de courir après sa survie de petit boulot en petit boulot. Alors il plante tout, laisse le monde courir à sa perte, convertit ses derniers euros en un sac à dos, des fèves et haricots, quelques plants de ganja, un paquet de piles pour son walkman et des boites d’allumettes puis part, dans une grotte pas loin de chez lui, faire le super héros troglodyte. Il sera autosuffisant, héroïque, et pionner de la nouvelle civilisation, avenir de l’humanité une fois la catastrophe consumériste et libérale advenue. Cela aurait pu marcher si … Si une belle barmaid n’était pas passée par là pour chercher son chien ; si trois éco-terroristes n’avaient pas choisi sa colline pour déclarer la guerre aux humains ; si un adjudant des carabiniers survivaliste ne s’entraînait pas dans le coin ; si de bons citoyens n’avaient pas décidé de faire justice en s’amusant, à cheval, et lance à la main ; si un mafieux albanais n’y avait pas monté une affaire d’immigration illégale couplée à l’organisation de combats entre chiens et humains ; si … Beaucoup trop de si, même pour un super héros cavernicole. A ma connaissance personne en Europe n’avait jamais mis en scène une telle collection de givrés. On se croirait chez Hiaasen et on ne serait pas outre mesure étonné de voir débarquer l’ex gouverneur avec son bonnet de bain orange. Avec en prime des truands assez bêtes et méchants pour figurer au casting des Cohen ou de Tarantino. Mais attention, sous les dehors du rigolo je-m’enfoutiste se cache un auteur qui a bossé, construit des vrais personnages, une intrigue qui, ô surprise, se tient, et surtout un auteur qui réfléchit à notre société, ses absurdités, ses injustices et ses saloperies, les dérives et folies qu’elle entraîne (ce qui n’étonnera pas ceux qui seront allés faire un tour sur le site de Quadruppani cité plus haut).

 

On s’aperçoit finalement que les deux Wu Ming ont écrits deux romans totalement différents dans les thèmes, les époques et les lieux traités, les constructions et les écritures mais qui ont, outre l’amitié de leurs auteurs bien des points communs : Tout d’abord, et il fallait s’y attendre, ils traitent de mouvements contestataires. C’est ce qui saute aux yeux. Moins direct, ils sont les deux, d’une certaine façon, très américains. Le premier, New Thing, tout simplement parce qu’il se déroule à New York, à un moment important de l’histoire américaine. Le second Guerre aux humains, parce qu’il ressemble plus à des polars américains de gens comme Carl Hiaasen qu’aux polars italiens, et même européens que l’on connaît ici. C’est moins étonnant qu’il n’y parait, vu l’intérêt que porte le collectif à la culture populaire et à la création des mythes.

Il serait intéressant de leur poser la question.

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars italiens
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commentaires

Auvray Alain 22/11/2008 23:30

bonjour,
je ne me lasse pas de consulter ce blog qui m'apprend beaucoup et m'ouvre des horizons.
Une surprise: dans les auteurs italiens, l'absence de Marcello Fois (Sempre Caro; un silence de fer; sang du ciel; plutôt mourir;..).
Ou bien est-ce parce que on devrait plus le cataloguer Sarde qu'italien ?
cordialement

Jean-Marc Laherrère 23/11/2008 18:18



Merci.


Ce qu'il se passe c'est que je n'ai rien lu de Fois depuis que j'ai commencé ce blog, et qu'ilne fait pas non plus partie de mes auteurs préférés. Du coup, je n'ai pas encore trouvé l'occasion
d'en parler.



essel 17/09/2007 21:57

Visite de courtoisie avant de monter lire un nouveau roman qui me fait saliver, comme récompense à une journée bien remplie. J'écrirai ma critique de "Guerre aux humains" demain, mais à te lire, nos avis convergent.

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