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8 septembre 2007 6 08 /09 /septembre /2007 10:59

On n’aime pas Hannelore Cayre pour ses intrigues ou sa gentillesse. On l’aime (ou on la déteste) pour son écriture ciselée ; pour sa façon de croquer ses personnages à la manière d’une caricaturiste, en en amplifiant avec une méchanceté, une jubilation et un talent réjouissants les défauts ; pour sa description sans pitié d’un monde que le lecteur moyen connaît mal, le monde judiciaire. Tout cela est encore amplifié dans Ground XO, le troisième volume des aventures de son avocat calamiteux, Christophe Leibowitz, personnage (il est difficile de le qualifier de héros !), de Commis d'office et Toiles de maître.

 

Il vivote maintenant en sous-louant un cabinet à une trentaine d'avocats encore plus fauchés et mal partis que lui. Cela lui donne assez d’argent pour ne plus avoir besoin d’accepter d’être commis d’office, et lui laisse assez de marge pour boire, pour boire trop même. Il avait complètement oublié qu'il s'appelle Leibowitz-Berthier, sa mère morte depuis quelques années ayant complètement coupé les ponts avec sa famille. C’est alors qu’il apprend la mort de sa tante quelque part en Charente. Lors de l'enterrement, il découvre avec stupeur qu'il est en partie propriétaire des Cognacs Berthier. Voyant là une occasion d'arrêter, enfin, un métier qui le désespère, il décide de créer, en France, une mode du Cognac pour les truands, rappeurs et vendeurs de cocaïne, comme chez leurs collègues américains. Ce serait bien le diable, avec son carnet d'adresse de dealer et autres trafiquants s'il ne trouvait pas l'oiseau rare, capable de lui pondre le rap qui fera fureur …

 

Revoilà donc le ton Hannelore Cayre : humour très noir, vivacité, méchanceté étincelante quand il s'agit de dépeindre le milieu judiciaire, descriptions au scalpel des juges, avocats, flics, mais aussi des dealers, rappeurs et autres vendeurs de cocaïne. La description des avocats minables qui peuplent son bureau vaut, à elle seule, l’achat du bouquin !

 

« ceux qui faisaient du droit des affaires détestaient les pénalistes, leur reprochant d’introduire des voleurs et des escrocs dans le cabinet. Les pénalistes détestaient les civilistes, leur reprochant leur usage immodéré de la photocopieuse. Tous détestaient les spécialistes en droit des étrangers, leur reprochant d’encombrer la salle d’attente de gueux que personne ne voulait voir s’installer en France. »

 

Attention, tenant du politiquement correct et du langage faux-cul restez à distance, Hannelore Cayre appelle un chat un chat, et un sale con un sale con. Et pourtant, sous le jugement sans appel de l'hypocrisie et de la vulgarité d'une époque, on sent, par moment, une grande compréhension, et même une tendresse pour certains paumés qui n'ont vraiment pas été aidés dans la vie.

 

Elle préfère la poésie brute d'un môme tout étonné qu'on soit, pour la première fois de sa vie, gentil avec lui, à l’onctuosité hypocrite d’un avocat installé, fier de son appartenance à une élite auto proclamée.

 

Et tant qu’à avoir affaire au libéralisme le plus sauvage, elle préfère l'avidité et la vulgarité déclarées et revendiquées des dealers que les airs pincés et moralisateurs des nantis qui font la même chose, mais légalement et sans avouer leur cupidité :

 

-         « C’est quoi un gangsta français ? demanda François, intrigué.

 

-         Un barbare urbain qui ne s’intéresse qu’au fric et au cul. Le plus fier et le plus moderne représentant des valeurs ultralibérales en France »

 

 Alors forcément, elle ne peut pas plaire à tout le monde.

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars français
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commentaires

Daniel Fattore 04/11/2008 23:56

J'ai également évoqué ce texte chez moi, ici:

http://fattorius.over-blog.com/article-24427908.html

Cela dit, vous le présentez admirablement. Merci! Je m'en vais continuer mon exploration de votre site.

Jean-Marc Laherrère 05/11/2008 18:20


Merci, j'airai voir votre site.


Hannibal 26/10/2007 14:42

J'ai dévoré Commis d'office ainsi que Ground XO et je partage vraiment votre opinion. C'est du tout bon. L'humour dont fait preuve Cayre est redoutable et le mileu magistralement dépeint. Dans Ground XO, j'ai tout particulièrement apprécié la toute fin du livre, ainsi que le travail sur le langage de la "té-ci" qui rend plus vrais les personnages de dealers.
Très belle découverte pour moi que cette Hannelore Cayre.

Jean-Marc Laherrère 26/10/2007 18:57

Il ne vous reste plus qu'à lire le second, Toiles de maître, tout aussi drôle et décapant, même s'il est un peu plus grave.

Hannibal 07/10/2007 14:16

Merci pour la réponse. J'ai emprunté Commis d'office, que je lirai surement assez vite car il fait à peine plus de 100 pages. Je lirais ensuite Ground XO.

Hannibal 07/10/2007 00:03

Ground XO fait partie des huit ouvrages faisant partie de la sélection "automne" du prix polar organisé par la SNCF.
Souhaitant le lire, je voulais savoir s'il est préférable, voire obligé de lire les deux romans précédents, ou bien s'il est possible de lire celui-ci séparément.
Merci d'avance

Jean-Marc Laherrère 07/10/2007 11:14

Ground XO peut se lire séparément. Il est quand même bien, si tu as le temps, de lire le premier Commis d'office, qui introduit le personnage. Tu peux par contre faire l'impasse sur toile de maîtres, le second (quitte à le lire plus tard car il est excellent, comme les deux autres).

essel 15/09/2007 11:42

Je pourrai pas aussi bien le commenter : je rédige ma propre critique et propose un lien vers la tienne.

Jean-Marc Laherrère 15/09/2007 23:52

Deux commentaires valent mieux qu'un. Bonne continuation, bonnes lectures.

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