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15 septembre 2007 6 15 /09 /septembre /2007 23:47

Le monde de l’édition fourmille, autour des grandes maisons, d’éditeurs plus petits qui, en général, ont du mal à se faire connaître. L’univers polar ne fait pas exception à la règle. A côté des grands comme Rivages, la série noire, le Masque, ou le Seuil, il y a ceux qui sont déjà reconnus et ont leurs auteurs phares et/ou leur spécificité, comme Métailié et Gaia. Et puis il y a les autres, souvent des éditeurs régionaux qui peinent à sortir de leurs auteurs et de leurs lecteurs … tout aussi régionaux (ce qui ne veut absolument pas dire que les uns et les autres sont inintéressants).

 

Il y a cependant, dans le polar, un exemple différent et assez atypique. Il s’agit des éditions Krakoen, créées par Max Obione. Le mieux est de leur laisser la parole, voici ce qu’il y a écrit sur leur site, à la page « présentation » :

 

« Une coopérative d'édition : Krakoen gère une maison d'édition selon le principe de la coopération. Comme les vignerons apportent leurs raisins à la coopé afin que celle-ci les vinifie, des auteurs apportent leurs tapuscrits à Krakoen pour en faire des livres. Mais Krakoen sélectionne, il ne prend ni les textes trop verts ni ceux de mauvaises qualités … »

 

J’ai eu la chance de lire quelques-uns de leurs textes. S’ils ne sont pas forcément sans défauts, ils ne sont certainement pas sans intérêt, et vous n’en entendrez sans doute pas parler dans la presse.

 

Honneur aux dames, commençons par Le passé attendra, le nouveau roman de Jeanne Desaubry : Genova Vuibert, flic de la Crim, descend à Toulon pour témoigner à un procès, et compte profiter de l'hôtel de luxe que viennent de terminer son amie d'enfance et son grand cuisinier de mari. Cigales, bons petits plats, après-midi avec l'amie de toujours, piscine, une semaine de vraie farniente … qui tourne à la catastrophe après quelques coups de feu, magouilles, tentatives d'assassinats et tortures. Tout n’est pas bon dans ce roman : Les personnages sont un peu trop … tout. Genova est une vraie super-woman : championne de karaté, excellente au tir, dotée au volant d'une poubelle des réflexes dignes d'un Fangio, capable de détecter n'importe quel mensonge … Les méchants quant à eux sont de vrais catalogues qui cumulent à deux ou trois toutes les saloperies des soixante dernières années (et il n’en manque pas). C'est un peu dommage, parce que le reste est très réussi. Jeanne Desaubry a un talent certain pour les scènes d'action, avec une mention spéciale pour un incendie particulièrement réussit et haletant. Son héroïne est attachante, même si son côté « parfaite » peut agacer, et l’intrigue accroche le lecteur et lui fait lire les 300 pages d'un trait. Au final, la dénonciation des pratiques politiques et policières du sud de la France gagnerait certes à être un rien plus nuancée, mais reste fort efficace.

 

Vient ensuite Vice repetita d’Hervé Sard, qui suit l’enquête sur la mort d’une jeune femme dont le corps est retrouvé dans les bois dans la vallée de Chevreuse. Le coupable est rapidement trouvé, il s’agit du propriétaire d’une galerie parisienne qui connaissait la victime et habite à proximité de l’endroit où le corps a été trouvé. L’ADN du sperme trouvé sur la jeune femme est le sien, aucun doute n’est donc permis. Pourtant … Cinquante ans plus tard, par hasard, la vérité émergera enfin. Ce roman ne révolutionne pas le genre mais il fait partie de ces « petits » polars, très agréablement écrits, intelligemment agencés, ménageant parfaitement leur suspense qui se lisent avec un grand plaisir et dont les pages se tournent toutes seules. Comme il contient quelques pépites comme l’interrogatoire surréaliste d’un clodo haut en couleur, on ne peut que le recommander.

 

J’en viens maintenant à me deux auteurs préférés.

 

Pour commencer, Jan Thirion, le plus original, du moins parmi ceux que j’ai lu. Il a édité deux polars chez Krakoen, deux polars qui, bien que très semblables par certains côtés, m’ont diversement accroché. Je m’explique …

 

Dans Ego fatum, Cedric Mangana est flic à Toulouse. Tout pourrait aller au mieux pour lui : Delphine sa copine du moment est allé voir de la danse classique, il glande devant la télé pendant que Milly, la fille de Delphine vaque à ses occupation d’ado gothique dans sa chambre. C’est quand Milly tombe par le balcon, en essayant d’échapper à une grosse araignée noire et velue que les choses se détraquent. Et ce n’est que le début d’une nuit qui va aller de mal en pis, de mort en mort, pour finir dans un bain de sang. La référence qui vient immédiatement à l’esprit est After Hours de Scorcese. Comment une première catastrophe va déclencher une réaction en chaîne, chaque nouveau mouvement du héros pour se tirer d’affaire ne faisant que l’enfoncer davantage dans le cauchemar. C’est noir, très noir, de plus en plus noir, et sanglant, mais c’est surtout drôle. Parce qu’on est bien obligé de rire de cet enchaînement mené tambour battant, qui ne laisse ni au héros, ni au lecteur le temps de reprendre son souffle. Jusqu’à un final en forme de feu d’artifice totalement amoral. Un vrai petit régal.

 

Rose blême se déroule à Saint-Gaudens. Gaétan Lamproie est un apprenti escroc minable ; Eric Lebalait est un flic ripoux tout aussi miteux. Ils vont se retrouver, par hasard, sur les traces d’un paquet de lingots détenus par la vieille Rose Orion, qui, gâteuse, ne sait plus très bien où elle en est. On retrouve le style sec et le sens du rythme de l’auteur. On est mené à un train d’enfer vers une fin que l’on devine, dès le début, noire à souhait. Le seul regret est que, comme dans le roman précédent, on reste assez indifférent au sort des personnages. Comme Ego Fatum avait une trame ouvertement parodique, ce n’était pas gênant. Ici, j’aurais aimé sentir un peu plus d’émotion ...

 

Obione.jpgA tout seigneur, tout honneur (formule qui ne lui plairait sans doute guère !), finissons par le chef d’orchestre, Max Obione. Le Amin de Amin’s Blues est un boxeur raté qui combat dans des bleds glauques du sud profond où des ploucs agressifs pleins de bière et de bourbon viennent le voir cracher du sang. Lors d’un combat où il est sensé se coucher à la troisième reprise, il se révolte, bat son adversaire et s’enfuit avec l’argent de paris et la blondasse de son patron. Il a une idée fixe : descendre Lonnie Treasure, le vieux chanteur de blues dont la musique l’accompagne depuis sa naissance. Boxe, blues et polar, le mélange a fait ses preuves. La boxe, ses magouilles, ses paumés, ses loosers pathétiques est un univers propice au polar, et quoi de mieux qu’un bon vieux blues qui prend aux tripes pour servir de fond sonore. L’originalité est que cette fois c’est un français qui nous plonge au cœur de cet imaginaire propre au sud des USA. Il ne cache pas ses références (l’immense Harry Crews est cité au début du bouquin), mais cela ne l’empêche pas de faire écouter sa propre musique. Le blues chante dans toutes les pages, on sent la sueur, le camphre, l’alcool et la chaleur moite. Tout ce qu’aiment les amateurs de noir bien noir.

 

Alors si la curiosité vous chatouille, allez faire un tour sur leur site, et faites-vous votre opinion.

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars français
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commentaires

Her vé Sard 04/01/2008 10:24

Merci Hannibal pour ce commentaire sympathique. Le petit frère de Vice repetita vient de naître : Mat à mort est disponible aux Editions Krakoen depuis fin décembre. J'espère que tu auras l'occasion de le lire et d'y prendre plaisir. Quoi qu'il en soit, bonne année 2008 à tous, et bonnes lectures !

ben 12/12/2007 21:20

En effet, Malte possède une plume incisive et poétique qui ajoute une grande force à ses intrigues. Un écrivain de talent au service du roman noir, GARDEN OF LOVE est un petit bijou noir.

noel 12/10/2007 18:38

en parlant de petite édition et de bons polars méconnus... je conseille à tous de lire le dernier JAcques Bullot, paru à l'édition du bout de la rue,et intitulé Le gène du perceneige. on peut le commander sur le site, et c'est vraiment un bon polar bien ficelé qui valorise une collection de la maison d'edition à suivre.

Hannibal 17/09/2007 12:18

J'ai eu la chance de lire Vice Repetita. Malgré son apparente simplicité, l'intrigue est excellente, et je n'avais vraiment pas envisagé la fin. J'attends donc avec impatience la prochaine production d'Hervé Sard.
Quant aux autres, je ne les connaissais pas, mais je note.

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