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3 octobre 2007 3 03 /10 /octobre /2007 22:03

Mark Haskell Smith est encore très peu connu en France. Pourtant A bras raccourci le premier roman traduit de ce scénariste, était un vrai régal. Je me demandais à l’époque : « La côte ouest aurait-elle trouvé son Carl Hiaasen ? ».  Parce que cette histoire de bras perdu, après lequel courent toute une ribambelle de cinglés n’était pas sans rappeler les meilleurs romans de l’immanquable chroniqueur de la vie en Floride.

 

Je me trompais. Non que Mark Haskell Smith se soit assagi (quoique), ou qu’il déçoive dans ce second roman. Non, c’est juste qu’il n’a visiblement pas l’intention de se limiter à la Californie.

 

Delicious se déroule à Hawaï. Joseph, son oncle Sid et son cousin Wilson y gèrent une petite entreprise qui fournit les cantines des équipes de tournage qui viennent sur l’île. Tout se passe bien jusqu’à ce que Big Jack Lucey, gros fournisseur d’Hollywood basé à Las Vegas décide de venir prendre le marché, et se débarrasser de la concurrence. Le problème est que Big Jack est un peu moins intimidant depuis qu’il a été victime d’une attaque cérébrale qui l’a laissé à moitié paralysé ; d’autant moins intimidant qu’une opération hasardeuse l’a affligé d’une érection permanente. Alors Big Jack, comme d’habitude, va faire appel à ses copains du syndicat des camionneurs de Las Vegas, qui eux-mêmes sont en contact avec quelques pros assez convaincants. Tout ce beau monde fait une grosse erreur : sous-estimer les réactions des hawaïens, qui restent adeptes du lua, technique de combat ancestrale où il faut briser les os de l’adversaire …

 

Avant de se lancer dans ce roman, les lecteurs doivent savoir une chose : La plupart des personnages de Delicious ne pensent qu’à une chose : baiser. Et ils pratiquent. Souvent. Alors ceux que les scènes de cul (il faut bien appeler les choses par leur nom) choquent peuvent tout de suite passer leur chemin.

 

Pour les autres, c’est un régal sensuel. Mark Haskell Smith est visiblement tombé sous le charme d’Hawaï, ses odeurs, sa cuisine, ses fruits, sa lumière, et bien entendu l’océan, la fureur des rouleaux, la beauté des dauphins … Le roman est une ode à Hawaï.

 

 « L’océan s’était calmé. Les petits rouleaux claquaient paisiblement contre Keith, son cerveau roulait au rythme des vagues. L’eau était chaude et l’air, parfumé par mille plantes tropicales, commençait juste à se rafraîchir avec le crépuscule. L’univers tout entier était soudain devenu incroyablement délicieux. »

 

Mais que les fans ne s’inquiètent pas, notre ami ne s’est pas limité à cela, et il est resté passablement allumé. Comme dans son premier roman, il offre une intrigue échevelée et une sacré galerie de cinglés, drogués, obsédés, abrutis, alcolos … qui se télescopent en une série de scènes et de dialogues plus réjouissants les uns que les autres.

 

Cerise sur le gâteau, en négatif du portrait lumineux de l’île, le roman propose, sans avoir l’air d’y toucher, une critique cinglante de l’American way of life, et des pratiques dérivées du Tout Puissant Marché et sa compagne, la Loi du Plus Fort :

 

« Balancer ce putain de sumo dans un volcan serait une bonne idée, aucun doute. Y aurait pas meilleure entrée en matière pour faire son trou et annoncer son plan d’activité. […] La mort est un outil commercial très efficace. Dictateurs, tyrans, despotes et P-DG de grosses entreprises l’ont maintes et maintes fois prouvé. Des gens se dressent sur votre chemin, vous les faites disparaître. Pour l’exemple. Et hop, il n’y a plus de concurrence et tout le monde devient très coopératif. »

 

Pour finir, l’ultime réplique est absolument … délicieuse !

 

Confirmation donc du grand talent démontré dans l’excellent A bras raccourcis. Vivement le suivant.

 

Pour ceux qui causent english, vous pouvez aller sur son site pour en savoir un peu plus sur cet énergumène.

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars américains
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axel 17/06/2009 15:58

Un peu trop scénarisé A bras raccourci, j'imagine que c'est une déformation professionnelle. A peine violent, complètement politiquement correct à l'image de la Californie d'aujourd'hui. Pas aussi déjanté que Hiassen et consort. Puis une fin complètement bouffonne. Enfin, un bouquin que je ne conseille pas. Mon libraire me l'avait conseillé après que je lui eu demandé un truc dans la veine de A poil en civil, certes dans la même veine mais sûrement pas dans la même catégorie.

Jean-Marc Laherrère 17/06/2009 18:49


Pour ma part j'avais bien aimé. Avec une mention particulière au gringo de plus en plus camé qui m'avait bien fait rire.


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