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17 mai 2010 1 17 /05 /mai /2010 21:21

J’ai un peu tardé à lire le dernier roman de Deon Meyer. Parce que j’étais débordé, parce que j’avais un peu peur d’être déçu … Et bien, contrairement à d’autres fans de cet auteur sud africain, j’ai été aussi emballé par 13 heures que par les précédents romans.

 

Meyer05h36, une jeune fille (on apprendra par la suite qu’elle est américaine) court sur les hauteurs du Cap pour sauver sa peau.

05h37 l’inspecteur Benny Griessel est réveillé par son collègue Vusi (Vusumuzi Ndabeni) : le corps d’une jeune fille a été trouvé, égorgée.

07h02 le corps sans vie (abattu de deux balles) de Adam Barnard est découvert dans son salon. Les cris de la bonne réveillent Alexandra Barnard, qui s’est endormie la veille dans un fauteuil complètement saoule, comme tous les soirs. Fransman Dekker (un métis) est en charge de l’affaire. Avec Vusi il fait partie du groupe de jeunes recrues que Benny doit former sur le terrain.

La journée ne fait que commencer pour Benny Griessel. Elle va être éprouvante. D’autant que le soir, à 19h00, il doit revoir sa femme après six mois de séparation. Six mois pendant lesquels il a réussi à ne pas boire une goutte d’alcool.

 

On retrouve dans ce thriller lancé à toute allure Benny Griessel, flic alcoolique déjà protagoniste du Pic du Diable. Unité de temps (13 heures), unité de lieu (Le Cap), Deon Meyer restreint son champ par rapport à ses polars précédents, mais ne restreint en rien son talent.

 

La première impression, presque physique, c’est le rythme, la vitesse, l’efficacité absolue. Impossible de lâcher le bouquin, surtout passé la moitié quand la course contre la montre est clairement lancée. Cela paraît banal, et on peut lire la même chose de pas mal de thrillers tout venant publiés ici et là. Détrompez-vous, c’est du grand art, du millimétré. Avec cette trouvaille géniale de faire du protagoniste principal un « mentor » obligé de courir pendant tout le roman d’une affaire à l’autre, d’une urgence à l’autre. Je vous promets qu’on referme le bouquin aussi fatigués que Benny !

 

Mais ce n’est pas tout. Deon Meyer ne se « contente pas » d’écrire un thriller de plus, aussi efficace soit-il. Les personnages sont parfaitement définis, touchants dans leurs faiblesses, leurs peurs, leurs failles, mais aussi leur honneur et leur dignité. La ville du Cap magnifiquement décrite, bien plus que dans les précédents romans qui couvraient (du moins pour les trois derniers) tout le pays.

 

J’ai pu lire que Deon Meyer avait sacrifié le côté « sociologique » de ses romans précédents au profit d’un pur thriller. Je ne suis pas d’accord. Ce que l’auteur ne fait pas ici, contrairement aux romans précédents, c’est faire remonter les racines du mal à l’histoire du pays, à l’époque de l’apartheid. Mais, tout comme dans les précédents, quand on prend le temps de réfléchir à tête reposée (c'est-à-dire après avoir compulsivement tourné les pages jusqu’à la dernière) on s’aperçoit qu’une fois de plus, en toile de fond, on a toute la situation sociologique d’un pays qui continue, vaille que vaille, sa reconstruction au sein d’un continent écrasé de pauvreté.

 

C’est peut-être moins mis en avant que précédemment, mais c’est là, bien présent. Non décidément, toujours aussi fort ce Deon Meyer.

 

Deon Meyer / 13 heures  (13 UUR, 2008), Seuil/Policiers (2010), Traduit de l’anglais (Afrique du Sud) par Estelle Roudet.

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars africains
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commentaires

jacques 25/01/2012 21:26


J'ai conscience d'arriver après la guerre mais à la lecture des commentaires ça me démange de donner le mien. Sans être un spécialiste des polars , j'en lis quand même un certain nombre
 et il y avait pas mal de temps que je n'avais pas pris autant de plaisir à profiter du moindre 1/4 d'heure pour me replonger dans l'histoire. En plus a part un truc ou deux un peu limite ,
l'histoire tient la route .


Dernières lectures ,dans un autre registre  un grand grand bonheur à la lecture de Warlock de hall et toujours la subtilité de thomas cook ...Voilà , la suite ...dans 2 ans !!!!

Jean-Marc Laherrère 25/01/2012 21:39



Comme il n'y a pas de guerre, on ne peut pas être en retard, d'autant plus que 13 heures vient d'être republié en poche.


Et d'accord aussi avec les commentaires sur Warlock et Cook.


Sachez que Seuil publie en ce début d'année un Cook (que je viens juste d'attaquer) et un nouveau Deon Meyer.



Robert 03/07/2010 11:16



J'insiste, j'insiste, mais ce que je voulais dire, c'est que, par exemple, Chandler a très bien fait du Chandler, Ross McDonald a très bien fait du Chandler aussi, Crumley a transmuter le
Chandler, en rajoutant les éléments cocaine et montana, mais maintenant, après tous ces types qui ont fait le job impeccable, c'est peut-être plus la peine de faire du Chandler, ou, en tous les
cas, faut sérieusement l'azimuther.


Le Meyer avec ses transitions façon rédac, i m'a épuisé en moins de 100p. Je lis pas mal de polar, et c'est un défaut réccurent. Mais il y en a quand même pas mal qui arrivent à l'éviter (à
léviter), sans être des grands stylistes, des Flaubert de l'homicide, des Céline du crime. J'ai les noms...



Jean-Marc Laherrère 14/07/2010 23:15



Ben voilà, Meyer ne me lasse pas, sans doute parce que je suis plus sensile à l'histoire (et au conteur) qu'au style (et à la façon de conter), même si je sais que la distinction est un peu vaine
...



Robert 03/07/2010 09:42



Moi j'aime toutes les musique d'avant 1966, les livres de toutes les époques et de tous les lieux, et je veux même bien qu'on tire à la ligne pour épaissir la béchamel, mais le minimum que je
demande, c'est que je ne m'en rende pas compte. Dumas tire souvent à la ligne, on ne s'en lasse jamais--dans ses grands bouquins, dans d'autres, c'est plus laborieux. Bon, je ne vais pas comparer
Deon Meyer à Dumas (i jouent pas dans la même poule) mais là, franchement, y'a abus.


La référence à la vie. com était ironique, bien sûr.



Jean-Marc Laherrère 14/07/2010 23:14



On en restera donc là, en espérant se retrouver sur d'autres goûts communs, dont Dumas, bien entendu, qu'il faudra bien que je relise un jour, sans doute bientôt, pour la lire à mes minots.


 


Amitiés.



Robert 02/07/2010 14:35



bah moi j'ai arrêté p.80, parce que j'en ai assez de lire des bouquins écrits avec des procédés vieux comme mes robes ("en regardant dans le mirroir, elle vit...", "tout en conduisant, il
pensait") ce genre de trucs qui me filent des poussées d'urticaire, i pourraient quand même faire un petit effort, voire faire des bouquins de moins de 500p.(mais c'est mal vu chez les
anglophones et affiliés, où la littérature populaire se doit toujours d'être conséquente, équivalente, au moins à un demi Dickens de la grande époque) et nous éviter ce genre de phrase bidons,
d'attermoiements sur les années passées à picoler, oh làlà, c'est pas bien de boire, après on a plus de familles et plus d'amis, ah, lalalalalala, c'est pas rigolo...Hey, les gars, j'ai une
nouvelle : les années 50 sont finies, bienvenus dans la vie.com!



Jean-Marc Laherrère 02/07/2010 20:32



Ben il en faut pour tous les goûts ... Pour ma part, le simple énoncé de la vie.com me file des boutons. J'aime bien le blues et la soul des années, allez 60/70, les privés du même métal, les
films des années 40 ...


C'est vrai que Deon Meyer n'a rien inventé, stylistiquement parlant, mais il fait très très bien ce que faisait ses prédécesseurs, mais avec des thématiques actuelles, et "géographiquement"
originales.



Hélène 27/06/2010 14:43



Il est sur ma table de cheevt, j'ai hâte de savoir de quel côté je vais me ranger... j'avais beaucoup aimé les précédents, avec nénamoins un faible pour les premiers... so... Réponse
prochainement.


 



Jean-Marc Laherrère 27/06/2010 23:13



En attente du verdict ...



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