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18 octobre 2007 4 18 /10 /octobre /2007 21:01

Pedro Mairal est argentin, né à Buenos Aires. On l’a découvert en France avec un livre absolument délicieux : Une nuit avec Sabrina Love. On y faisait connaissance avec Daniel presque 18 ans qui se morfond dans sa petite ville provinciale, à 500 km de Buenos Aires. Sa grande distraction est la chaîne porno qu’il a piratée. C’est d’elle que va venir le grand chambardement de sa vie : Il a joué en téléphonant pour un concours dont le prix est une nuit avec Sabrina Love, star du porno qui fait une émission toutes les nuits. Et c’est lui qui a gagné. Maintenant il lui reste deux jours pour se rendre dans la capitale profiter de son prix. Deux jours, alors que les routes sont inondées, qu’il est mort de trouille, et qu’il n’a pas un sous. Mais il ne peut pas rater ça, alors il part, avec juste une adresse en poche. Un voyage rocambolesque, riche en rencontres, pour arriver à la nuit tant attendue.

 

C’était un superbe petit roman, parfois sombre, parfois drôle, toujours tendre et humain, aussi riche et varié que les rencontres de Daniel. Un roman d’initiation qui, en plus, ne se prenait pas au sérieux et ne prétendait pas donner de grandes leçons, contrairement à certaines Coelheries. Il nous faisait voyager à travers la campagne argentine, puis dans la capitale survoltée, et croiser quantité de personnages hauts en couleur. On le refermait avec une impression de contentement, et un petit sourire aux lèvres. Très, très agréable.

 

Avec L’intempérie, toujours publié chez Rivages, il s’attaque à un projet beaucoup plus ambitieux : proposer sa vision de l’histoire de l’Argentine, en la prenant à rebrousse poil. Maria Valdes Neylan est secrétaire à Buenos Aires quand arrive l’Intempérie. Déjà, en province, les maisons s’écroulent, les machines électriques marchent de moins en moins. Même dans la Capitale, le mail ne fonctionne plus, et la ville se referme, se barricade et s’arme pour résister aux provinciaux qui ont tout perdu. Mais, peu à peu, le temps continue sa marche en arrière, les barrières extérieures tombent, les immeubles se transforment en places fortes, la lutte pour la survie, avec toutes se dérives, s’installe. Et ce n’est qu’un début.

 

Comme souvent quand on a affaire à un écrivain argentin, la critique invoque Julio Cortázar et Jorge Luis Borges. Et ils ont forcément eu une influence sur Pedro Mairal. Influence qui ne se sentait pas dans le précédent roman, mais est plus sensible ici. Mais surtout influence écrasante. Une nuit avec Sabrina Love se « contentait », d’être un excellent roman, plein d’humanité et d’humour. L’intempérie veut faire plus, beaucoup plus, et en appelle aux grands anciens. Je trouve que Pedro Mairal y perd justement ce qui faisait sa voix, avec sa fraîcheur, son humour, et son amour pour les personnages. Le résultat, malgré certaines fulgurances, malgré des passages entiers impressionnants, angoissants ou poignants, malgré des personnages hauts en couleur, reste artificiel, et relève plus du conte philosophique qu’à un roman. Avec toute la distance que cela implique, et avec le risque que le lecteur soit certes intellectuellement intéressé par l’idée, qui est parfaitement menée à son terme, mais émotionnellement assez indifférent. C’est peut-être le résultat recherché. Peut-être nous manque t’il également des références historiques argentines pour comprendre tous les ressorts de l’histoire.

 

J’espère néanmoins retrouver l’auteur de Sabrina dans son prochain roman.

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Blanche
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