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27 octobre 2007 6 27 /10 /octobre /2007 22:19

Encore et toujours le prix du roman étranger de l’association 813 … Indridason a donc gagné, j’ai déjà parlé de Jonathan Trigell et de Daniel Woodrell, le quatrième en lice était Ken Bruen, qui commence à être assez connu. Le cinquième et dernier était le cubain Leonardo Padura Fuentes pour Les brumes du passé.

Au début des années 90, au plus fort de la crise économique cubaine, Leonardo Padura Fuentes crée le personnage de Mario Conde, flic désabusé de La Havane. Il prévoit une série de quatre romans, les quatre saisons, à la fin de laquelle, promis juré, il le fait démissionner de la police. Ces quatre polars dressent le portrait doux amer d’un pays qui doute, et d’une génération trop jeune pour avoir fait la Révolution, et trop vieille pour être en phase avec des jeunes qui se sont mis à la chasse aux dollars dès que l’île c’est ouverte au tourisme. Passé parfait, l’hiver, met en place les personnages, Mario Conde bien sûr, mais également son cercle d’amis, qui vont jouer un rôle essentiel dans ses romans, tant l’amitié et la fidélité sont au centre de l’œuvre de Padura, au même titre que la mémoire. Vents de carême et Electre à la Havane, suivent, et, fidèle à sa promesse (et/ou à celle de son créateur), Mario Conde démissionne à la fin de L’automne à Cuba.

Seulement voilà, Padura ne veut plus abandonner Conde. Après avoir publié Mort d’un chinois à La Havane, court roman qui se déroule quelque part pendant les quatre saisons, il reprend son personnage, devenu spécialiste en livres anciens, dans Adios Hemingway. Un ancien collègue vient le trouver pour enquêter sur l’identité d’un crâne trouvé dans la villa d’Hemingway. L’occasion pour Padura de parler de cet écrivain qu’il admire, de retrouver son personnage, et de faire rêver le lecteur mâle avec … une petite culotte d’Ava Gardner.

Le roman qui avait passé la première sélection pour le prix 813 est le suivant, Les brumes du passé, où l’on retrouve Mario Conde en 2003. En ces temps de crise, où les jeunes cubains ne jurent que par les dollars acquis plus ou moins honnêtement, de nombreuses vieilles familles sont prêtes à vendre des trésors pour pouvoir s’acheter à manger. Mais Conde ne s’attendait pas à découvrir trésor comme la bibliothèque d’Amalia et Dionisio. Dans un des livres qu’il garde pour lui, il découvre la photo d’une chanteuse de boléros dont il n’a jamais entendu parler : Violeta del Rio. Son instinct de flic se réveille. Qui était cette femme ? Pourquoi plus personne ne se souvient d’elle ? Et que faisait cette photo dans un livre rare ?

Pour les amateurs, Padura est au sommet de son art. Je dis pour les amateurs car on aime cet auteur pour ses ambiances, ses descriptions, sa nostalgie, ses scènes émouvantes de rencontres entre amis. Déconseillé donc aux amateurs d’intrigues nerveuses qui ne supportent pas les digressions. Mais pour les autres, comment ne pas être touché par un personnage qui préfère sauvegarder des livres qu’être riche, et qui utilise le moindre sou gagné pour être avec sa bande de toujours, leur faire plaisir, et adoucir le malheur de son meilleur ami ? Conde est grand, son créateur aussi. L’intrigue est prétexte à revenir sur le passé de La Havne et à fait revivre les heures flamboyantes et impitoyables de la fin du règne de Battista. Le roman dresse également un portrait sans concession du pays, où la débrouille est devenu le mode de vie des jeunes, prêt à tout pour soutirer des dollars aux touristes, et où des pans entiers de la population sombrent dans la misère et la violence. Dans ce pays en pleine mutation, Conde et ses amis sont désenchantés mais solidaires, sans illusions mais non sans morale, inadaptés mais à jamais fidèles. Un grand roman qui s’est vu remettre le prix Hammet lors de la Semana Negra 2007.

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars latino-américains
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commentaires

Alain Terrier 11/02/2011 21:15



Ca y est comme je me l'étais promis j'attaque mon année 2011 "latinos". J'attaque les premiers chapitres de ce qui s'annonce être un superbe roman.Moi qui suis plus habitué au rythme nerveux des
US ou aux frimas des nordiques je suis déja charmé par cette ambiance surannée de cuba...le prochain sera espagnol avec probablement Ledesma...à suivre !!!



Jean-Marc Laherrère 11/02/2011 22:07



Si tu mords à Mario Conde, tu ne pourras plus t'en passer.


Alors autant lire les 4 premiers dans l'ordre : Passé parfait, Vents de carême, Electre à Cubé et l'Automne à Cuba.


Bonne découverte, et bonne lecture de Ledesma.



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