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10 décembre 2007 1 10 /12 /décembre /2007 18:56

Si je vous dis braquage, vous pensez peut-être George Clooney, Brad Pitt, Julia Roberts, high tech et glamour. Vous avez tout faux. Soleil noir de Patrick Pécherot prend le contre-pied complet de l’imaginaire hollywoodien (ou arséno-lupien).

 

soleil-noir.jpgQuelque part dans une ville où la vie semble s’être arrêtée quatre hommes préparent un casse : Félix, chômeur de 50 ans, revenu dans la maison que son oncle récemment décédé vient de lui laisser ; Simon, l’organisateur, qui tente là son dernier coup pour ne plus jamais retourner en cabane ; Zamponi, petit artisan en train de couler qui, dans sa rancœur et sa détresse se trompe d’ennemis ; Brandon, rappeur surdoué en informatique, perdu dans un monde de slogans simplistes et de violence. Ils vont dévaliser le convoyeur de fond qui passe tous les jours devant chez Félix. Un braquage violent, à l’autre bout de la France, déclenche une grève surprise qui fait tomber tous leurs plans à l’eau. Pendant qu’ils se morfondent en attendant la reprise du travail, Félix, en fouillant dans de vieux papiers redécouvre son oncle, et les fantômes d’un passé pas toujours reluisant.

 

Patrick Pécherot utilise un genre très codifié, pour l’amener exactement où on ne l’attend pas. On s’attend à une nouvelle histoire de casse, avec préparation minutieuse, contretemps de dernière minute surmontés, puis le coup, et ses conséquences (sans doute négatives, on est quand même dans un roman noir). On se retrouve avec un roman social, et un portrait groupe avec braquage. L’enquête et le suspense arrivent petit à petit, non pas dans une course entre la police et les braqueurs, mais dans la recherche apparemment secondaire du passé d’un défunt.

 

La grande force du roman réside dans ses personnages : Tous sont saisis dans leur malheur, leurs défauts, leur bêtise parfois, mais surtout leur profonde humanité. Aucun n’est angélique, aucun n’est exonéré de ses fautes, ni de leurs conséquences, mais tous sont compris. A côté du quatuor, donnant son relief et sa couleur au roman, il y a tous les seconds rôles, tous aussi soignés et aimés que les braqueurs. Le vieux boxeur à moitié sonné (il m’a fait penser à Gassman dans Les Monstres de Risi), les patrons du restau ouvrier qui retrouve une clientèle grâce à la grève, les papis miraculés, qui sortent de leur mouroir, la jeune journaliste stagiaire, et le vieux copain un peu casse-bonbons mais tellement fidèle et dévoué. Tous sont justes, tous sont beaux, tous sont émouvants.

 

Et puis il y a la nostalgie, les sons, les images et les odeurs de l’enfance qui reviennent. Plus loin encore dans le passé, une France qui traitait déjà ses immigrés comme du bétail, variable d’ajustement d’une économie qui prend les hommes quand elle en a besoin et les jette quand ils ont tout donné. Une France qui parlait des Polonais comme elle parle aujourd’hui des racailles de banlieues qu’il faut nettoyer au kärcher.

 

Il y a tout cela dans ce superbe roman.

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars français
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commentaires

rotko 10/01/2009 18:22

je suis d'accord avec toi pour Quand la ville dort de richard Burnett
http://grain-de-sel.cultureforum.net/polars-f27/william-r-burnett-t288.htm?highlight=burnett
je pense aussi à des livres de westlake, très fort dans le genre.
je lirai sans doute "tranchecaille" dont le sujet m'interesse et qui devrait être, à vue de nez, plus dans les cordes de l'auteur. Je devine dans "soleil noir" son sens de la documentation

rotko 09/01/2009 13:41

le livre de pécherot a des qualités, mais si chaque nouveau personnage ou élément de l'intrigue amène un ouveau développement aux dépens de l'action, la patience des braqueurs et du lecteur (braqueurs /lecteur, même combat !) risque de s'émousser.

http://grain-de-sel.cultureforum.net/forum.htm

Jean-Marc Laherrère 09/01/2009 14:19


Ce n'est certes pas un livre à lire si on recherche une action millimétrée et nerveuxe comme c'est souvent le cas dans les récits de casse.
Quoique, l'un des premier (sinon le premier) du genre, Quand la ville dort de William Burnett, s'attardait aussi beaucoup sur les personnages.


Hannibal le lecteur 15/11/2008 16:35

Comme jeanjean de Moisson noire, j'ai trouvé que ce livre ne "décollait" pas vraiment, et ce malgré la qualité des personnages.
Je n'avais pas non plus été totalement convaincu par le seul autre livre de l'auteur que j'ai lu à ce jour, à savoir son premier, Tiuraï.

Par contre Tranchecaille, le dernier, qui vient de sortir (à point nommé, pas bête l'éditeur) sur la guerre 14-18 me tente beaucoup.
J'ai déjà lu quelques avis positifs.
J'essaierai de le lire un de ces quatre.
Comptez-vous le lire ?

Jean-Marc Laherrère 15/11/2008 18:36


Oui, il est maintenant sur le dessus de ma pile. Je termine le Prudhon, et j'attaque Pécherot.


jeanjean 23/01/2008 22:27

il m'a plutôt fait l'effet d'une éclipse, arrivé à la moitié du roman... La langue, les images, les tournures de Pécherot tombent souvent juste, mais je trouve qu'elles ne suffisent pas à faire décoller le récit... Bref, j'ai pas accroché, mais ça ne va pas m'empêcher de lire (enfin) "les brouillards de la butte" dont on m'a dit beaucoup de bien !

BMR 11/12/2007 21:20

Voilà bien un billet alléchant !
M'en vais tourner autour de ce soleil noir ...

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