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11 janvier 2008 5 11 /01 /janvier /2008 19:03

Ce matin, c’est décidé, Sébastien Lesquettes dit Einstein s’évade. Il se fait la belle, il fausse compagnie au mouroir où ses trois enfants l’ont parqué. Il part retrouver Paula, l’amour de sa vie, rencontrée dans les réseaux de la Résistance Lyonnaise, perdue, retrouvée, et perdue à nouveau. Il emmerde ses trois enfants devenus médiocrement cons, les employés du mouroir, la maréchaussée, son toubib, et plus généralement tous les empêcheurs de jouir en paix. Avec l’aide de Laurent, chauffeur de taxi qui va de venir son ami, il part sur les traces de la belle, et se souvient.

 

Einstein n’est pas gentil avec son temps, ses concitoyens, sa progéniture. Il faut dire qu’Einstein a vu trop d’horreurs indicibles, en 1940 sur les plages de Dunkerque, en captivité, dans la Résistance, et surtout, au retour de son ami Michel, juif, rescapé des camps. Alors Einstein (et Joseph Bialot avec lui), n’a plus le temps ni la patience de supporter la médiocrité, l’absurdité du clinquant d’une époque, le retour, inquiétant, d’une connerie que l’on croyait disparue.

 

Bialot-einstein.jpgLe jour où Albert Einstein s’est échappé n’est pas un livre gentil, ni consensuel, ce n’est pas non plus un livre parfait. A mon goût, l’auteur s’y laisse trop aller au plaisir de la formule, à la belle phrase, au mot d’esprit. Cela nuit parfois au rythme, et même à la crédibilité. Personne ne peut s’exprimer, penser, tout le temps, comme ça. Même des personnages aussi exceptionnels qu’Einstein, Paula ou Laurent le chauffeur de taxi doivent bien dire, et penser, des choses banales, ou au moins banalement, de temps en temps. Mais cela est très vite oublié, il y a trop d’émotion, d’envie et de plaisir de vivre, de rage salutaire contre la connerie dans ce roman pour qu’on s’arrête à ce détail. On passe de sourire aux larmes, d’une formule qui fait mouche, d’une énergie communicative à une émotion bouleversante, comme il passe du plaisir de déguster enfin un plat qui a le goût de la liberté au souvenir des derniers moments de son ami revenu des camps. Pour tout cela, on est emporté. Et si on peut faire parfois une légère overdose de bons mots, il faut surtout reconnaître que certaines formules valent le détour. Comme celle-ci :

 

« La bicyclette, la natation, l’adhésion au Parti et l’amour ont ça de commun avec la religion … Une fois maîtrisé ça ne s’oublie jamais ! On prie sans croire, on pédale sans grâce, on nage sans force, on adhère sans passion, on baise sans plaisir. »

 

Autre exemple, pourquoi Einstein ? Juste un éclair de lucidité et de culture du gardien de la maison de retraite le jour où Bastien a énoncé ce théorème universel liant la masse et le temps : « plus je vieillissait et plus les objets devenaient lourds à soulever ».

 

Alors faites comme lui, rebellez-vous quel que soit votre âge, gueulez votre rage, profitez de tout ce que la vie offre, n’acceptez jamais l’inacceptable, et lisez ce roman.

 

Pour ceux qui voudraient en savoir un peu plus sur l’auteur, Bibliosurf a mis en ligne un excellent échange qui eut lieu à l’époque de Mauvaisgenres entre Joseph Bialot et les habitués du site.

 

Joseph Bialot / Le jour où Albert Einstein s’est échappé (Métailié, 2008)

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Blanche
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