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13 février 2008 3 13 /02 /février /2008 18:46

Coup de chance. Ceci est le centième billet de mon jeune blog. C’est un numéro cent exceptionnel. Parce qu’il parle d’un bouquin exceptionnel. Un monstre. Un véritable incendie. Une gifle. C’est Versus, d’Antoine Chainas.

Chainas.jpgLe major Paul Nazutti de la Brigade des mineurs est en guerre contre le monde entier. Les arabes, les fachos, les touristes, les toubibs, les syndicalistes, les politiques, les homos, les femmes, les gauchistes, les étrangers, les français, les parents, les pauvres, les riches, les autres flics, les juges, les avocats … la liste est sans fin. Il est surtout en guerre contre les pédophiles. Et pour Nazutti, en temps de guerre, tout est permis. Tout. En général ses partenaires ne durent pas, et démissionnent après un ou deux ans. Au mieux. Au pire ils restent sur le carreau. Aujourd’hui il traque un tueur qui abat des pédophiles, et les enterre auprès du cadavre de leur dernière victime. Andreotti, jeune flic fragile qui sort d’une affaire particulièrement pénible supportera-t-il d’être son nouveau binôme ? Et pourquoi Rose, qui a tout perdu vingt ans plus tôt, sa fille tuée par pédophile, son boulot, son mari qui l’a lâchée, semble-t-elle liée au tueur ?

Nazutti est incandescent. Un bloc de haine et de violence. Tous ceux qui l’approchent se brûlent. Personnages comme lecteur. Cela amène d’ailleurs à se poser la question de l’auteur. Comment a-t-il pu vivre avec un tel monstre sans en payer les conséquences ? Ceci n’est pas un jugement de valeur. Je ne prétends pas que cela rende le livre meilleur ou pire que d’autres. C’est une constatation.

Ce qui est certain c’est qu’il faut un sacré talent pour arriver à un tel résultat. Le lecteur peut soit fuir et refuser le choc, soit rester scotché, fasciné, happé. Et hanté. Car on ne peut plus oublier Nazutti. Avec lui on plonge au plus sombre, au plus crade de l’âme humaine. Il est à la fois un repoussoir, concentré de toutes les haines et généralités imbéciles, et une force, une intégrité, et même, pourquoi pas, une humanité, mais une humanité dure comme le silex. Repoussant, effrayant, et fascinant.

Avec lui on explore l’envers d’une ville touristique de la côte méditerranéenne et l’auteur dresse le portrait sans concession d’une société sans âme, sans valeurs, sans morale, uniquement basée sur l’apparence, la futilité, la consommation effrénée (du sexe comme du reste) et le fric. Au cœur de ce maelstrom il tresse une intrigue beaucoup plus élaborée et serrée que dans son premier roman. Une intrigue qui attrape le lecteur pour ne plus le lâcher.

Avec ce second roman, Antoine Chainas s’affirme comme une des voix les plus puissantes et les plus originales du polar français. A défaut d’être une des plus aimables ! Petit extrait, pour que vous soyez avertis de ce qui vous attend :

« Le major entra dans l’hôpital au pas de charge. Il le connaissait par cœur. Tous ceux qui survivaient aux faits divers de la mégapole atterrissaient ici. Pour un temps du moins.

Il y avait les viols, les plaies par balles, les blessures par arme blanche, les coups de tête, les passages à la batte de base-ball.

Il y avait les tentatives de suicide, veines fendues et médocs plein la tronche. Les coups de fusil, les morsures animales et humaines, accidentelles et volontaires.

Il y avait la stupidité absolue des imprudents.

Il y avait de la médiocrité, de la crasse et des larmes.

Des accidents de la route, des fractures ouvertes, des côtes broyées, des traumatismes crâniens et des hémorragies internes.

Il y avait du blanc, du rouge, du jaune, du bleu et du violet : toutes les couleurs du sang sous la peau.

Il y avait de la salive, des sécrétions vaginales, du pus, de la pisse et des restes d’os pulvérisés. De la vermine dans les plaies.

Il y avait des pleurs, de l’abattement, de la confusion et de la colère.

Il y avait la mort, partout, en filigrane.

Mais de salut point. 

Ce n’était pas un endroit où l’on soignait les gens.

Ce n’était pas un endroit où l’on s’occuperait de toi, où tu pouvais te dire que tu serais considéré comme un être humain.

C’était une usine. Un lieu de passage d’où, si tu ne mourrais pas, on te rejetait au plus vite, là-bas, dans le grand bordel du monde extérieur, celui-là même qui t’avait amené ici.

Pour libérer des lits.

Du temps et de l’espace

Après ça, repos. Je passe à du léger, du divertissant. Le dernier Elmore Leonard fera parfaitement l’affaire.

Antoine Chainas / Versus (Série noire, 2008).

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars français
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commentaires

Nicolas 05/07/2009 18:16

Je suis en train de lire Versus, et j'ai acheté celui-là...C'est TRES dur !!!
Voyage et écriture hallucinée, lecture hardcore mais fascinante : il y a un vrai style (même s'il est parfois un peu extrême et "surjoué", certaines pages "céliniennes" sont des chefs d'oeuvre)

Impossible à décrocher même si on est parfois à la limite de gerber à la contemplation des perversions de toutes sortes : je n'y vois pas de complaisance ou de gratuité, contrairement à certains lecteurs (le personnage de Nazutti est contrebalancé par son binôme auquel on peut se raccrocher, heureusement)

ça rappelle un peu le Dantec des débuts (mais un style plus affirmé), en espérant qu'il évite la dérive crypto-incompréhensible

Jean-Marc Laherrère 05/07/2009 20:06


J'ai eu la chance de le rencontrer assez longuement. Il a l'air, pour l'instant, totalement à l'abris des dérives dantesques. Et ça devrait durer.


Daniel Fattore 05/11/2008 22:01

... merci encore!

Daniel Fattore 04/11/2008 23:59

Déjà repéré quelque part... votre papier me confirme dans l'envie de le lire. Merci!

Jean-Marc Laherrère 05/11/2008 18:24


De rien, bonne lecture.


Laurent 03/09/2008 11:35

Ce livre est une véritable benne à ordures. J'ai beaucoup eu de mal à le lire jusqu'au bout, pas parce que j'étais choqué, mais plutôt car je l'ai trouvé très tape à l'oeil. Il va trop loin dans la surenchère de violence, de sexe, de descriptions macabres pour pouvoir me captiver. A force cela en devient ridicule et déplacer. Comme ces films gores, où le sang coule à foison et on y croit plus. Même dans son style d'écriture, il en fait trop avec ces répétitions de mots, de phrases. Une construction qui revient très souvent.

Jean-Marc Laherrère 03/09/2008 18:56


C'est effectivement l'effet qu'il peut faire. Provoquer un écoeurement et un rejet plus qu'un choc. Et il utilise effectivement beaucoup les répétitions qui peuvent agacer, énerver, paraitre
artificielles. Je pense qu'il cherche un effet lancinant, d'enfoncement dans l'horreur.
J'ai marché, pas vous. mais cela ne me surprend pas que l'on puisse rester totalement extérieur à son roman, et que tout ce qui marche avec certains paraissent du coup inutile, redondant ou
artificiel pour d'autres.


Michel 06/06/2008 23:21

Je viens de le terminer. J'ai mis longtemps à l'acheter, celui-ci. Des mois qu'il me faisait de l'oeil, et que je "résistais". Et puis, j'ai cédé.
Quel livre ! Waho !

Jean-Marc Laherrère 07/06/2008 21:03


Effectivement Waouh ! Une sacré gifle.


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