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14 mars 2008 5 14 /03 /mars /2008 21:42

Chose promise, chose due. Voilà donc le deuxième volet des aventures de Royston Blake, monstre décérébré créé par Charlie Williams. Foin de suspense, je le dis tout de suite, c’est aussi bon que Les allongés, premier livre de la série. Royston Blake deux, le retour, il revient dans Des clopes et de la binouze, et il n’est pas content.

C-Williams.jpgVous le savez peut-être déjà, Royston Blake est anglais. Plus précisément il est de Mangel. Pour autant, Blake n’est pas un gentleman. Loin s’en faut. Blakey comme l’appelle familièrement les habitants de Mangel est Le Videur de la ville. Celui du Hoppers, pub où se réunit le gratin. Il se plait à se considérer comme un notable, quelqu’un à qui l’on doit le respect. Pour un œil extérieur, Blake apparaît comme une masse de 110 kg de barbaque, de bière et de bêtise. Mais comme c’est lui qui raconte … Or, malgré sa notoriété et sa respectabilité, une fois de plus, le pauvre Blake va foncer tête baissée dans les pires emmerdes quand la ville se trouve envahie de minots complètement défoncés et irrespectueux.

Ceux qui ont lu le premier vont avoir une petite surprise : le changement de traducteur (c’était Daniel Lemoine, c’est maintenant Thierry Marignac). Cela introduit un changement de ton qui peut être un peu déstabilisant. En particulier quand le gros Blake passe sans arrêt du « je » au « nous » pour parler de sa majestueuse personne. Renseignement pris auprès de sources bien informées (et oui, j’ai des sources bien informées), c’est comme ça dans le texte original. Et ça colle parfaitement avec l’enflure de l’ego du personnage.

Une fois ceci passé, c’est le pied. Le vrai pied. Blake est encore plus pathétique, pitoyable, que dans le premier. Il est toujours aussi bête, se prend toujours pour la crème de la crème alors qu’il est d’une épaisseur terrible. Là, en plus, il devient risible, même en tant que videur. Si dans le premier il reste physiquement dangereux, il passe  ici son temps à se prendre des roustes. Le monde entier lui met des branlées ce qui, étonnamment, n’arrive pas à ébranler sa confiance en lui. Effet comique assuré.

Bizarre comme, tout en étant profondément anglais, ce personnage fait penser aux grandes gueules des comédies italiennes des années 70. Le Fanfaron, Le pigeon, Les monstres …Gassman dans toute sa splendeur. Peut-être parce qu’il est affreux, sale et méchant ?

Pour finir sérieusement, sous le nez rouge, la peinture sociologique de cette petite ville de province anglaise est sans pitié, accompagnée du dynamitage féroce des valeurs du bon gros mec de base : fric, grosse bagnole, filles à gros seins et alcool. Un vrai plaisir, à condition, bien entendu, de ne pas avoir le palais trop délicat.

Extraits : Voilà toute la finesse de la réflexion du gros :

« J’avais vu comment les sauterelles nous détaillaient à Hoppers. Elles arrivaient pas à nous quitter des yeux. J’étais balèze, évidemment, et ça vous donnait toujours un avantage auprès des jupons. En plus, il y en avait un certain nombre qui nous comptaient comme un sosie de Clint Eastwood, si vous pouvez l’imaginer avec un peu plus de viande sur les osselets. Donc, au bout du compte, impossible qu’on lui plaise pas. Surtout que j’étais videur-chef et gérant de chez Hoppers, et que c’était une jeune gonzesse en bonne santé et tout. »

Et quand il tente de réfléchir ça donne ça : 

« J’ai fait des calculs rapides dans ma tête et j’ai doublé les sommes un ou deux fois. Puis j’en ai retiré un peu parce qu’il faut pas pousser le bouchon trop loin dans ces cas-là, ça risque d’assécher la manne. Et puis j’ai choisi un chiffre, parce que j’ai jamais été très bon en calcul. »

 

Charlie Williams / Des clopes et de la binouze (série noire, 2008)

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars grands bretons
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commentaires

norbert 29/01/2013 23:27


Ah si, je viens devoir que tu l'avais lu le Seamus Smyth, mais pas trop apprécié car c'est du thriller. Moi ça ne me dérange pas donc j'ai plutôt hâte de me plonger dedans, je devrais finir le
dernier Aubert ce soir, j'aime beaucoup !


Bonne soirée (ou journée...) !

Jean-Marc Laherrère 29/01/2013 23:29



Voilà, je n'ai pas accroché au premier et je n'ai donc pas poursuivi.



norbert 29/01/2013 23:23


Je ne sais pas, je n'ai pas l'impression pour l'instant, en tout cas d'après ce qui et certains autres auteurs et/ou commentateurs disaient sur son blog en réponse : il a publié depuis plusieurs
romans, édités en GB (et en Irlande aussi j'imagine) et qui ont reçu des commentaires plus qu'élogieux et unanimes de la part des critiques (le Guardian, etc, etc), mais non, pas d'éditeur US,
peut-être parce que les précédents se sont mal vendus (comme en France il me semble), que les éditeurs US préfèrent des thrillers plus "lisses", qui sait ? C'est bien dommage en tout cas...


Sinon, en ce moment, je vise un autre auteur Irlandais que je viens de découvrir par le hasard du bouche à oreilles (je ne l'ai pas encore lu, j'ai reçu ce matin son 1er roman), traduit deux fois
en France chez Fayard en 2010 et 2011 avec "Trois accidents et un suicide" et "Rouge Connemara" : c'est Seamus Smyth. Paraît que c'est totalement macabre, machiavélique et déjanté (je cite),
d'ailleurs je m'en vais de ce pas voir dans ton index si tu l'as déjà lu !

norbert 29/01/2013 18:39


Oui, je pense que c'est ça... Et dire qu'ils ont arrêté aussi le brillant Adrian McKinty !!! D'ailleurs, en lisant un article d'Unwalkers, j'ai découvert par un lien vers son blog que l'Irlandais
avait toutes les peines du monde pour trouver un éditeur même aux Etats-Unis !... Quand on voit son talent et la puissance de ses textes (et encore plus lorsqu'on commence à le comparer à
d'autres, mais bon là...), ça laisse franchement rêveur... et amer.

Jean-Marc Laherrère 29/01/2013 23:00



Etrange effectivement, j'adore McKinty. Peut-être aussi a-t-il eu du mal à repartir en changeant de personnage ...



norbert 29/01/2013 12:03


Tu n'as pas lu le 3ème opus, Le roi du macadam ? C'est dommage mais j'ai bien l'impression que la série noire a abandonné la traduction de Williams, car il a publié d'autres bouquins depuis.


Merci pour ton enthousiasme en tout cas, Les allongés était excellent !

Jean-Marc Laherrère 29/01/2013 13:30



Effectivement dans le flot des parutions j'ai raté le 3°, et effectivement la SN a ensuite arrêté. Peut-être faute d'un minimum de succès ?



Moissonneuse rouge 17/03/2008 05:07

Ouh, ouh, j'ai hâte de le lire. En plus il est traduit par Thierry Marignac, on a connu pire... Croisé l'auteur l'année dernière à Quais du polar, très sympa, très grand-breton, une belle dédicace: "You were Dora Suarez". Hum. Belle? Je ne sais pas. En tout cas Les Allongés était excellent.
Salut rouge.

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