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21 mars 2008 5 21 /03 /mars /2008 14:45

« L'après-midi où il plut des grenouilles, des perches et des vairons, Sunset découvrit qu'elle pouvait se prendre une raclée digne de celle de Jack Trois-Doigts.» Un roman qui débute comme ça ne peut que sortir du lot. Ou décevoir. Une fois de plus Joe R. Lansdale, un des auteurs les plus singuliers du polar américain (bien moins formaté que ses détracteurs veulent bien le dire), nous offre avec Du sang dans la sciure un mélange très réussi de sang, de sueur et d’humour.

Nous sommes, comme toujours chez Lansdale, dans l’est du Texas. Dans les années 30, en pleine dépression, lalansdale.jpg situation n’y est tendre ni pour les noirs, ni pour les femmes. A vrai dire, elle est dure pour tout le monde. Pete Jones, constable brutal de la petite ville de Tyler, se croit tout permis, tout particulièrement avec sa femme. Il la bat une fois de trop et Sunset, qui ne supporte plus sa violence et ses viols, l’abat. Etrangement, sa belle mère, principale actionnaire de la scierie qui fait vivre la ville, prend sa défense, et lui confie le poste de Constable. Quelques jours plus tard, elle découvre dans le champ du seul propriétaire noir de la région le cadavre d’une femme. Il va alors lui falloir s’imposer, envers et contre tous ceux qui trouvent anormal qu’une femme porte une arme et leur fasse respecter la loi. Une affaire d’autant plus difficile qu’elle va bientôt s’apercevoir que de gros intérêts sont en jeu.

Du sang dans la sciure étant un polar de Lansdale se déroulant dans les années 30 au Texas, on compare forcément à son chef-d’œuvre, Les marécages. Et oui, ce n’est pas aussi génial. Mais c’est tout de même un très très bon polar, et un grand Lansdale.

Sunset est un personnage magnifique, belle, rebelle, indépendante, mais également faible parfois, doutant à par moment. Aussi flamboyante que son nom. Les seconds rôles sont tout aussi réussis, de la belle-mère, une maîtresse femme, au séducteur inquiétant, en passant par le père sur le retour qui réserve quelques surprises, le colosse noir grande gueule, et surtout, surtout, chez les méchants, un croquemitaine délicieusement effrayant. Avec de tels personnages et le talent de Lansdale pour tricoter une histoire, faire fuser les dialogues, et mettre en scène des castagnes homériques, le bouquin est déjà un vrai bonheur.

Comme s’y ajoute la description humaniste et émouvante de ces épouvantables années 30, avec leur cortège de misères, de préjugés, de violence acceptée vis-à-vis des pauvres, des noirs, des femmes … Et la mise en scène spectaculaire et très a propos de phénomènes naturels impressionnants qui viennent souligner et ponctuer l’histoire, on a là un excellent roman noir, très sombre, rehaussé de quelques traits d’humour propres à l’auteur.

Seule restriction, le travail trop rapide de l’éditeur qui laissé passer de très nombreuses fautes de typo et de ponctuation (espaces en trop, ponctuations de dialogues manquantes …).

Joe R. Lansdale / Du sang dans la sciure (Editions du Rocher / Thriller, 2008)

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars américains
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commentaires

aussie 27/08/2010 07:50



J'ai été très surprise par ce roman. J'ai aussi eu un peu de difficultés à me plonger dans l'histoire américaine du début du XXè ... et frappée par cette haine latente, ce machisme imbuvable et
constaté que la bêtise, la méchanceté et la cupidité est aussi vieille que l'Homme ! Rassurant ou consternant je ne saurais le dire mais une fois mes "réticences" oubliées je me suis plongée dans
ce roman que j'ai quasiment lu d'une traite. Et il m'est même arrivé comme cela se passe parfois lorsqu'on regarde un film de vouloir "parler" à l'héroïne pour qu'elle fasse ou ne fasse pas telle
ou telle chose ! Donc au final un bon bouquin si ce n'est que la fin me laisse un peu sur ma faim. Je trouve que cela fini un peu trop "abruptement" ...



Jean-Marc Laherrère 27/08/2010 09:08



Dans ce cas, je vous conseillerais bien son chef d'oeuvre : "les marécages" repris chez Folio. Et ensuite, si vous n'êtes pas trop attachée au politiquement correct, sa série hilarante qui se
déroule de nos jours au Texas et commence par "l'arbre à bouteille" et "le mambo des deux ours".



jean-claude Ramdam 17/09/2009 19:56

non, non pas de lecture rapide de ma part; dire de quelqu'un qu'il est moins facho qu'un autre, c'est signifier qu'il l'est quand même un tantinet. Ceci dit chez nous ce terme est souvent employé de manière abusive. Le débat concernant Burke, Block et Ellroy serait certainement un peu vain, les données politiques et sociologiques américaines diffèrent trop des nôtres.

Jean-Marc Laherrère 17/09/2009 21:04


Je me rends à tes arguments ...
Difficile en effet de classer des gens comme Lansdale, capable de défendre le droit de porter une arme (ce qui ici est de droite), voire pas complètement contre le droit à la légitime défense
(idem) et en même temps extrêmement critique envers la politique Bush, envers toute forme de racisme, homophobie etc ...
Ce qui reste, un excellent auteur !


jean-claude Ramdam 17/09/2009 14:21

Je tombe avec beaucoup de retard sur le commentaire de Wollanup à propos de Lansdale. Facho Lansdale? il doit s'agir d'une faute de frappe! Tout en déconnant à plein tube ce qui est très sain je ne connais pas grand monde qui dénonce avec autant de verve les préjugés, l'homophobie, le racisme "ordinaire".D'autre part il a toujours une extraordinaire empathie pour ses personnages. Il vit dans le même état qu'un certain George Bush et je doute qu'il en partage les idées.A l'attention de Nicolas je lui conseillerai de lire toute la série Hap et Collins voilà le genre de phrase qu'il va trouver" baiser avec une capote, c'est comme se laver les pieds sans enlever ses bottes, c'est pas rigolo"...extrait de "Le mambo des deux ours" bonne lecture!

Jean-Marc Laherrère 17/09/2009 14:37


Je crois que c'est juste une lecture rapide. Il a écrit : "Moins talentueux parfois que Block, Ellroy ou Burke mais tellement plus humain et moins facho..."
Moins facho donc.
On pourrait ceci-dit discuter longtemps sur le fait que Ellroy, Block et Burke soient fachos ! De la difficulté de juger des idées des auteurs américains d'après des critères français ...


Nicolas 05/07/2009 18:39

J'ai lu Les Marécages il y a un mois : TRES grand livre en effet, avec un point de vue narratif original et une vraie plongée dans le Sud prodond des années 30

L'autre série se passe-t-elle aussi dans les 30ies ?

Jean-Marc Laherrère 05/07/2009 20:08


Non, la série avec les deux zigotos se passe de nos jour. Je la trouve, pour ma part très drôle, à condition de ne pas être trop politiquement correct. Mais les lecteurs de noir le sont rarement.


Brice 30/07/2008 23:17

Bonjour, je viens de terminer les marécages et j'y vois l'influence du roman de Harper Lee ne tirez pas sur l'oiseau moqueur: un frère et une soeur, le sud des états unis avec leur moiteur, un père confronté à la ségrégation raciale, un monstre etc
Qu'a t'il été dit de ces similitudes au moment de la parution? Y a t'il une influence revendiquée?
Brice

Jean-Marc Laherrère 31/07/2008 09:29


Bonjour,

J'avoue mon ignorance, je ne conais pas Harper Lee, une de mes nombreuses lacunes. Et je n'ai rien lu au sujet de telles similitudes, ou du moins, ne me souviens de rien.


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