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26 avril 2008 6 26 /04 /avril /2008 21:34

Fin 1899, Paris se prépare à changer de siècle et à accueillir une nouvelle exposition universelle. La droite et les antisémites se remettent très mal de la réhabilitation de Dreyfus. Oscar Wilde survit, isolé de tous, dans la misère. Les groupes anarchistes, affaiblis, tentent de reprendre du poil de la bête. Un fait divers insolite secoue alors la capitale : dans les tramways, de jeunes femmes accortes se font piquer en un lieu intime. Immédiatement, parce que c’est bien pratique, la police soupçonne un nouveau coup des anarchistes pour saper les fondements (c’est le cas de le dire) de la société. Nino, vieux militant miné par ses échecs, aidé par un Oscar Wilde désabusé, acceptent d’enquêter pour trouver les vrais coupables.

Sébastien Rutés connaît Taibo II par cœur. Je n’invente rien, je le sais, pour l’avoir rencontré, et aussi parce que c’est écrit au dos du bouquin ! Bouquin, soit dit en passant préfacé par … Paco Ignacio Taibo II. Mais même si je frime à bas prix avec cette fine analyse, je persiste à faire le malin.

 

Sébastien Rutés, donc, connaît Taibo II par cœur. La construction du roman, polyphonique, avec chapitres numérotés (Percival Morlock et les haschischins (1)) et articles de journaux intercalés fait penser à celle d’A quatre mains, chef d’œuvre du maître. L’utilisation de personnages historiques connus, les références culturelles (Dumas, Salgari, Hugo …) aussi sont taiboesques. C’est gonflé, ambitieux et casse-gueule de se lancer, comme ça, dès son premier roman, dans un tel exercice de haute voltige ! Le pari est en partie tenu.

Deux choses m’ont gêné. La première est très subjective, et peut très bien, au contraire, enchanter certains lecteurs :  Sébastien Rutés utilise beaucoup l’argot, ou plutôt les argots dans ses dialogues, cela donne une couleur au roman, mais ralentit beaucoup la lecture, et je n’aime pas être ralenti quand je lis.

Exemple : « Marie Coignant. La lartonnière qui s’tait fait la belle. Les pandores l’ont collé recto dans la boîte à dominos. N’ont pas voulu l’exposer au musée des claqués. On dit que c’était point bath à mouchailler »

Ou : « Louivé ! J’la cache des loliciepem, en d’ssous. L’arnaque à mêm’ pas songé à y nifer un lourtem. Faut dir’ qu’la lamefé a calanché y a deux longues. »

Le deuxième est, certes tout aussi personnelle, mais risque d’être davantage partagée : Le roman est très dense, avec beaucoup de protagonistes. Il aurait gagné à être développé, pour creuser un peu les personnages, connaître leur(s) histoire(s) prendre son temps, flâner dans ce Paris en construction par ailleurs passionnant.

Ceci dit, il y a aussi beaucoup de choses très réussies :  Le récit est enlevé, le portrait de Paris au tournant du siècle particulièrement intéressant. Surtout, il est bon, en cette période individualiste, de revenir sur le passé des anarchistes de Paris, et plus généralement d’Europe, de rendre hommage à ces combattants qui, malgré les échecs, les revers, les épreuves et les coups de fatigue et de découragement, continuaient, encore et toujours fidèles à leurs idéaux. Ca aussi c’est très Taibo II, cet éloge des perdants magnifiques.

En résumé, malgré ses défauts (relatifs) l’ensemble est fort recommandable, et comme c’est un premier roman, très prometteur. Il faudra suivre attentivement la suite.

Sébastien Rutés / Le linceul du vieux monde (L’Ecailler/L’atinoir, 2008).

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars français
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commentaires

Emmanuel Pailler 28/04/2008 15:10

Je vois que vous avez de saines lectures...

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