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27 avril 2008 7 27 /04 /avril /2008 21:34

On a découvert Louis-Ferdinand Despreez et son enquêteur noir et enragé, le superintendant de la criminelle de Pretoria Francis Zondi dans La mémoire courte. Les voici de retour avec Le noir qui marche à pied.

 

Il se trouve confronté à une nouvelle forme de criminalité : c’est le cinquième gamin qui se fait enlever à la sortie de l’école dans la ville en trois semaines. Et pour l’instant, aucun signe des ravisseurs, pas de demande de rançon, rien. Et la quantité d’affaires qui atterrissent sur son bureau ne lui laisse guère de temps de se préoccuper de gamins qui sont sans doute déjà morts. Quand les parents commencent à recevoir des demandes d’argent, l’affaire est relancée, et Zondi constate, avec surprise, qu’il a affaire à un criminel un peu moins idiot que la moyenne, capable d’écrire quelques lignes sans faire de fautes !

 

On retrouve les qualités exceptionnelles de ce premier roman : Un style flamboyant, qui rend bien la rage de l’auteur devant l’état de son pays, et en même temps l’amour qu’il lui voue. Une fois de plus, tout le monde en prend pour son grade : noirs ignorants, blancs racistes, touristes suffisants venant donner des leçons alors qu’ils ne comprennent rien à la situation … Voyez vous-même :

« A quarante ans, les trois institutrices qui finissaient de dresser le portrait-robot du kidnappeur – qu’elles étaient toutes convaincues d’avoir vu et qu’elles auraient identifié sans peine – étaient déjà bien trop vieilles pour changer. Elles étaient sans doute même trop connes pour un semblant de rédemption humaine ou politique, même si elles étaient maîtresses d’école, mères de famille et bonnes chrétiennes jusqu’au fond de la culotte

Et : « dans leur raccourcis idéologique imbécile, les touristes cultureux seraient probablement tentés de penser que tout cela n’est qu’un juste retour des choses et que l’assiette au beurre n’avait fait que changer de mains. Ce ne serait qu’une simplification de plus : une misère doit chasser l’autre pour faire régner la justice, se diraient se braves gens venus d’ailleurs … »

La nouveauté est ici la description d’une population de blancs pauvres, qui n’ont même plus la satisfaction s’être « constitutionnellement supérieurs » aux noirs pauvres, et se retrouve d’autant plus paumés et aigris.

Despreez ignore le politiquement correct, appelle un con un con, vitupère, râle, mais sait aussi écrire de superbes lignes sur le désespoir d’un père. S’il est aussi être aussi critique c’est qu’il est désespéré de voir un pays qui pourrait être un Paradis se transformer en un monde laid et sans pitié pour les faibles. Il en veut à tous les responsables, qu’ils soient intellos à côté de la plaque, ou crapules sans scrupules :

 « Mais c’était ça aussi l’Afrique du Sud, un monde à deux vitesses où des écolos intellos se battaient d’un côté pour sauver les phoques de False Bay ou interdire le gavage des oies dans le Limpopo et où, de l’autre, la vie de dix écoliers était, pour un analphabète devenu mystique par opportunisme, le ticket d’entrée au Royaume des Cieux … Le monde aurait été tellement plus beau si les crétins mystiques s’intéressaient aux phoques et les grands intellos aux enfants. »

L’intrigue est maîtrisée, même si ce n’est pas elle qui présente l’intérêt majeur du roman. Despreez confirme ici son talent, et laisse supposer, pour notre plus grande joie, que l’on retrouvera Francis Zondi.

Louis-Ferdinand Despreez / Le noir qui marche à pied (Phébus, 2008).

PS. S’il n’est pas fait mention d’un titre original ou d’un traducteur c’est que l’auteur, bien qu’anglophone, écrit dans las langue de ses ancêtres huguenots, à savoir le français.

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars africains
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