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12 mai 2008 1 12 /05 /mai /2008 21:42

En cette fin d'année 1922, Tommy Post est jeune et plein de rêves. Des rêves qui forcément, doivent se concrétiser rapidement. Tommy Post travaille depuis six mois aux studios Coronet, comme garçon de courses sur le dernier film du magicien, Theodore Harker. Quel meilleur endroit et quel meilleur travail pour réaliser ses rêves ? Rapidement Tommy saisit sa chance et devient scénariste. Hollywood, l'âge d'or du muet, les films qui transportent l'Amérique toute entière, Tommy Post fait partie de cette aventure. Sans savoir que le compte à rebours est déjà entamé, que la crise de 29, le parlant et la main mise des financiers sur les studios sont proches, tout proches.

 

Pas de détective, pas de policier, pas d'enquête ... Mais un meurtre, un vrai, celui du cinéma muet (c'est ce qu'écrivait Michel Lebrun en 1979). Et c'est exactement l'impression qui se dégage de ce roman noir à la fois flamboyant et crépusculaire (mais les crépuscules ne sont-ils pas flamboyants ?). Le lecteur fasciné assiste à un autre meurtre : celui de l'Art et des artistes, lentement mais inexorablement étranglés par les banques et les financiers.

 

L’histoire du cinéma a montré que la bataille que met ici en scène Robert Bloch continua, et continue encore ; que les artistes ont dû, doivent et devront se battre pour protéger leurs œuvres contre des financiers qui ne voient rien d'autre que le bénéfice immédiat, et que la guerre Art contre Industrie est depuis inhérente à la création cinématographique.

Robert Bloch illustre cette guerre, et le moment de la passation de pouvoir dans une scène qui, sous des dehors feutrés, est d’une très grande violence : celle où le financier du studio, prenant petit à petit le pouvoir, met en pièce l’œuvre d’art dans laquelle scénariste et metteur en scène ont mis tout leur talent et toute leur âme. Elle est d’une violence bien plus éprouvante et impitoyable que bien des scènes d’étripage ! D’autant plus violente que l’on sait que ce genre de scène se joue, partout, tous les jours. Et que, contrairement à ce qui se passe dans les mauvais polars, dans la vraie vie, la vrai méchant, castrateur, n’est pas arrêté mais récompensé.

Là n'est pas le seul intérêt de ce magnifique roman. Ce n'est même pas son principal sujet. C'est une véritable déclaration d'amour au cinéma des années 20, à ses stars, à sa magie, aux rêves qu'il a fait naître chez des générations de gamins, à la passion de ses créateurs que livre Robert Bloch. Un chant d'amour pour ces hommes et ces femmes qui, contre tous les obstacles, ont crus en leurs rêves, ont cru qu'ils pouvaient en faire des œuvres, et les partager avec le monde entier. Un chant d'amour d'autant plus poignant que l'auteur, et les lecteurs, savent qu'il s'adresse, dès le début, à un condamné. Il n'en est que plus beau. Si comme moi, et comme bien d'autres, vous aviez raté ce roman à sa première publication en France, précipitez-vous, lisez-le, et remerciez les éditions Moisson rouge de nous l'offrir. Merci moisson rouge !

Qui plus est, moisson rouge qui ne fait pas les choses à moitié publie sur son site un dossier passionnant sur l’auteur.

Robert Bloch / Le crépuscule des stars  (The star-stalker, 1968). Moisson rouge (2008). Traduit de l’américain par Jean-Paul Gratias.

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars américains
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commentaires

Guillome 18/01/2013 18:03


un roman fascinant! je suis conquis!!!

Jean-Marc Laherrère 19/01/2013 14:23



Comme quoi les rééditions ont parfois du bon.



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