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14 mai 2008 3 14 /05 /mai /2008 21:27

Voilà, ça devait arriver. C’est arrivé. J’ai été déçu par un roman de Pelecanos. Attention, relativement déçu, déçu parce que j’en attends beaucoup. Mais c’est arrivé, avec Les jardins de la mort.

1985. Le tueur au palindrome sévit à Washington, assassinant des adolescents dans les jardins. Gus Ramone et Doc Holiday, deux jeunes flics sont sur place, pour maintenir l’ordre. L’enquête est dirigée par T. C. Cook, une légendes dans le service. Les meurtres s’arrêtent seuls sans que le coupable ait été arrêté. Vingt ans plus tard, Cook est à la retraite, mais n’a jamais oublié l’affaire. Gus est toujours dans la police, au service des homicides. Doc a démissionné avant d’être mis en cause par une enquête des affaires internes. Il a monté un service de limousines. Quand le corps d’Asa est retrouvé dans un jardin, tué d’une balle dans tête, les trois hommes, chacun à sa façon, vont reprendre l’enquête.

Pelecanos continue sa chronique des quartiers populaires de Washington. Ses héros, qu’ils soient flics, privés ou anciens taulards en cours de réinsertion sont toujours des gens ordinaires, se débattant avec les problèmes ordinaires : Comment boucler les fins de mois, comment élever ses gamins sans les étouffer et en les empêchant de tomber dans la drogue ou la délinquance, comment résister au racisme, à l’intolérance, que faire face à la paupérisation et à la violence de certains quartiers … Son style est le même : sec, efficace, rythmé comme (et par) les morceaux qu’écoutent ses personnages. Si l’on veut connaître, un jour, la vie quotidienne à Washington, en dehors du strass et des paillettes médiatiques du monde politique il suffira de lire, ou relire, Pelecanos. Tout y est.

Malgré tout, ce nouveau roman est moins réussi que les autres. Peut-être parce que, prenant le risque de changer, une de fois de plus, de personnages alors même que les précédents « fonctionnaient » parfaitement, il n’a pas réussi à donner la même épaisseur à ces trois nouveaux venus. Peut-être parce qu’il y a moins d’intensité dans l’intrigue. Sans doute aussi parce qu’il est difficile de se maintenir toujours au niveau d’excellence qui est le sien. Parce que personne, même pas lui, ne peut écrire uniquement des romans ayant la force et l’impact de Un nommé Peter Karras, Hard Revolution, Soul circus ou Anacostia river blues.

Une petite baisse de régime donc, mais un polar qui se lit quand même avec plaisir et intérêt. C’est juste qu’à cause de son talent, on attend beaucoup plus de George Pelecanos. Comme disait Desproges, on ne peut être déçu que par ses amis.

George Pelecanos / Les jardins de la mort (The night gardener, 2006) Seuil/Policiers (2008). Traduit de l’américain par Etienne Menanteau.

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars américains
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commentaires

Sughrue 10/06/2008 10:08

Probablement. C.W. et Milo (prénom de mon fils de 18 mois) sont mes idoles.

Sughrue 08/06/2008 23:45

Ou encore la trilogie Dimitri Karras/Marcus Clay...
Ou Drama city, sublime.
Un ton en dessous il est vrai dans son dernier opus, Pelecanos reste, à mon sens, un des plus grand écrivain de polar en activité. Au niveau de Zola, sans conteste pour moi.

Du coq à l'âne : j'ai découvert ce blog à travers la chronique de La griffe du chien. Merci pour la découverte de ce monument. C'est effectivement un chef-d’œuvre. salutations.

Jean-Marc Laherrère 09/06/2008 11:21


Bonjour,

Avec un tel pseudo, nous devons avoir quelques goûts en commun ! Salutations.


yueyin 16/05/2008 10:11

avais-je déjà noté cet auteur, c'est possible mais je ne m'en souviens pas.... Commencer par un autre titre alors, lequel à ton avis ?

Jean-Marc Laherrère 16/05/2008 13:18


Sur Polar Blog Bastien Bonnefous écrit, très justement, que Pelecanos est le Zola de Washington. Il faut donc le lire !
Par quoi commencer ? Je vois trois possibilités :

Un nommé Peter Karras, le plus ancien chronologiquement, puisqu'il se situe essentiellement après 1945. Il met en place le quartier, et un certain nombre de personnages auxquels il est fait
allusion dans les suivants.

La série Nick Stefanos (années 80), avec Liquidation/Anacostia river blues et Nick la galère.

La série Derek strange/Terry Quinn (années 90/2000) : Blanc comme neige/Tout se paye/Soul circus et sa "conclusion" (écrite après mais qui explique certaines allusions de la série, et se déroule
juste après l'assassinat de King : Hard revolution.

Ce sont les mieux adaptés, de mon point de vue, à une entrée dans l'univers de Pelecanos.

Bonnes lectures.


alain 15/05/2008 16:44

Je suis aussi un fan de Pélécanos. Dur d'être déçu par un auteur dont on attend beaucoup. Enfin, on peut être philosophe comme Magali..

Jean-Marc Laherrère 16/05/2008 15:36


Et oui, dur d'être déçu par un auteur qu'on admire. D'un autre côté, il n'y a qu'eux qui peuvent vraiment nous décevoir. Ce dont on attend rien ne déçoivent jamais, au mieux, il peuvent proposer
une bonne surprise.


M agali 14/05/2008 21:57

Quandoque bonus dormitat Homerus, quelquefois même le bon Homère somnole, se désolait Horace. Gageons que le prochain sera meilleur...

Jean-Marc Laherrère 14/05/2008 22:14


Waouw ! Grâce à toi ce modeste blog s'élève, l'espace d'un instant, vers des sommets culturels qu'il n'avait jamais rêvé tutoyer.

Merci Magali.


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