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29 mai 2008 4 29 /05 /mai /2008 22:47

Voilà un petit billet qui risque de ne pas me faire que des copains. Tant pis, allons-y.


Entendu ce matin, sur France Inter, dans l’émission service public, de braves gens, présentés comme des victimes, qui se plaignaient parce que le produit miracle au nom d’attrape gogos (type dooblo, ou richo, ou je ne sais quelle invention issue du cerveau créatif d’un de ces poètes des temps modernes, j’ai nommé les publicitaires) … Un de ces produits miracles donc, loin de lui avoir rapporté le doublement de capital promis en 6 ans, les avait laissés, Gros-Jean comme devant, avec juste leur capital, moins les frais of course.


Et madame d’ajouter, scandalisée : le conseiller financier qui nous a fait prendre ce produit, ben il s’occupe plus des intérêts de sa banque que des nôtres ! Et c’est mal !!


Alléluia ! Que la lumière soit ! Et la lumière fut. Mais pauvre poire, qui est-ce qui le paye le conseiller financier ? Vous ou la banque ? Alors, quel est son but ? Vous faire gagner de l’argent à vous ? Ou à la banque ?


Je m’étonne parfois que les mails d’arnaques africaines qui fleurissent trouvent des pigeons. Mais finalement, quand on voit la quantité de gens prêts à croire que leur conseiller financier est là pour leur faire gagner de l’argent à eux, on ne s’étonne plus de rien.


Première moralité de l’affaire : Si vous voulez un conseiller financier qui se soucie en priorité de vos intérêts, va falloir que cela soit vous qui le payiez et qu’il travaille pour vous. C’est en général ce que font les gens très très riches. Ca parait une question de simple bon sens, et pourtant …


Ensuite, pourquoi en plus d’être hilare, je suis si méchant et me réjouis ainsi du malheur de ces « pauvres gens » ? Parce que ces pauvres gens, en plus d’être des pigeons (ce qui fait rire), sont des traîtres, ce qui est plus grave. Parce que ces pauvres gens, en rentrant dans le système et en mettant leur fric en bourse ont trahis leur classe, et ont cru pouvoir passer dans celle de l’ennemi (ennemi de classe seulement, certes, mais ennemi quand même), cet ennemi qui gagne très bien sa vie sans rien faire, uniquement grâce au travail des autres. Parce qu’ils ne se sont jamais demandé qui allait payer (par des licenciements, par des restrictions de droits sociaux, par un harcèlement moral accepté par peur de perdre son emploi, par des emplois sous-payés, par une vie de merde …) pour que leur capital double en 6 ans.


Et quand un traître cupide se retrouve pigeonné, je me réjouis, parce que je suis méchant.


Vous me direz, ils ne savaient pas, ils n’ont pas réfléchi … c’est bien ce que je leur reproche. Ils avaient gagné, honnêtement, par leur travail, de l’argent. Ils ont voulu le multiplier immoralement (je suis peut-être un vieux con, mais je trouve immoral de gagner de l’argent sans rien faire). Tout ça parce qu’ils ne pensent pas plus loin que leur petit compte en banque.


Deuxième moralité de l’affaire : Bien fait.


Troisième moralité : Oui la lutte des classes continue. Pas entre les fonctionnaires et les autres, pas entre ceux qui ont une retraite « de privilégiés » et les autres, pas entre des profs/agents RATP/SNCF feignasses et des parents/travailleurs otages,  … comme on essaie de nous le faire croire tous les jours. Non, beaucoup plus simplement entre ceux qui vivent de leur travail, et ceux qui vivent de celui des autres. Comme toujours.


Conséquence de la troisième moralité : il ne faut pas te tromper de camp, Camarade. Tu fais parti de ceux qui doivent se lever le matin pour gagner leur vie. Et même si on te fait miroiter la possibilité de passer dans l’autre camp (ce qui s’appelle une traîtrise), ce sera pour mieux du couillonner Camarade.


Pour finir, un avis très personnel : Autant les escrocs, qu’ils évoluent dans ou hors de la légalité, qui gagnent leur vie en exploitant la générosité et le désespoir me font vomir, autant ceux qui la gagnent en exploitant la cupidité et la bêtise ont toute mon indulgence amusée.

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Mauvaise humeur
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commentaires

Vincent 11/06/2008 21:23

N'oublions pas que l'égoïsme est le défaut le plus répandu, celui qui fait que nos sociétés sont dans un tel état de délabrement, avec un manque cruel de solidarité.

"Faire fructifier son argent" n'est pas une chose louable, selon moi ; seulement, pourquoi laisser ce "privilège" aux riches ? Moralement, c'est assez puant, mais je pense réellement que les gens qui consultent un conseiller financier en n'ayant que quelques clopinettes à placer ont de l'espoir, de la crédulité, de l'inconscience mais pas tellement de méchanceté. Donc, se moquer d'eux, c'est assez puant aussi.

Je suis d'accord avec vous, au moins sur un point : tous les moyens ne sont pas bons.
Et sans rancune aucune.

Vincent 10/06/2008 09:07

Il existe des gens qui ont un emploi salarié, donc sont "dans le système", et qui n'ont pas de quoi se loger. Ce sont bien des laissés pour compte. La lecture de 7 millions de travailleurs pauvres, par Jacques Cotta, devrait vous en apprendre un peu plus sur cette catégorie particulière et néanmoins importante en nombre.

Que ceux qui se trouvent socialement juste au-dessus de ces travailleurs pauvres veuillent échapper à la rue ne me paraît pas digne de mépris. En plaçant leurs économies, ils espèrent tout simplement faire fructifier leur argent. Ce ne sont pas des sociaux-traîtres. Ils manquent seulement de conscience de classe. A vous, homme éclairé, cultivé, vivant à l'abri du besoin, de leur inculquer ces valeurs que vous prônez auprès de vos enfants. Rire de leur sort ne fait qu'aggraver les choses.

Quant à la société, oui, elle est composée d'individus, mais ce sont surtout ceux qui ont le pouvoir (de l'argent, des relations, de la culture) qui la rendent telle qu'elle est. Ce qu'on appelle la classe dirigeante.
Celui qui trime quarante heures par semaine pour 1100 euros par mois n'a pas grand-chose à espérer de quoi que ce soit. Ecrasé, il ne sait même pas ce qu'est un libre arbitre.

Je ne partage pas votre opinion. Je ne prétends pas avoir raison. Je déplore simplement qu'une personne cultivée et peut-être un peu consciente politiquement se moque de ceux qui espéraient améliorer leur quotidien et en ont pris plein la gueule. Ils sont complices, naturellement, mais pas conscients de l'être.

Jean-Marc Laherrère 11/06/2008 20:54


Ceux qui travaillent et ne peuvent pas se loger sont, bien évidemment, des laissés pour compte. Il est bien peu probable qu'ils aient de l'argent à placer et qu'ils aillent voir un conseiller
financier ...

Que les autres veuillent échapper à la rue me semble humain, légitime et surtout absolument justifié. Je ne le méprise en aucun cas. Nous différons seulement dans le jugement moral à porter à ce
que vous appelez "faire fructifier son argent".


Améliorer son sort oui, mille fois oui, à n'importe quel prix, de n'importe quelle façon non. Nous sommes donc d'accord ils sont complices. Je leur reproche effectivement de ne pas en être
conscients. Et pour avoir essayé d'expliquer mon point de vue à un certain nombre de personnes, pas forcément si mal loties que ça, je pense être en mesure de dire que derrière cette action il y a
aussi, quand même, beaucoup d'égoïsme et d'individualisme. Beaucoup d'arguments du type : Les autres le font, moi aussi, même si je sais que c'est moralement peu défendable.

Je pense que nous ne nous mettrons pas d'accord sur le regard à porter sur ce phénomène, même si nous en avons une analyse assez proche.

Sans rancune.


Vincent 08/06/2008 19:04

Oui, ils veulent améliorer leur ordinaire, et avoir quelques économies (parfois acquises grâce à des années de dur labeur, comme vous le soulignez, ou grâce à un héritage) ne signifie pas qu'on est un suppôt du capitalisme. Les victimes des arnaques et des banquiers sont toujours des pauvres, ne l'oubliez pas. D'ailleurs, je m'interroge sur la logique de votre raisonnement : vous convenez que seuls les riches ont les moyens de payer un conseiller financier qui oeuvre dans leur intérêt, alors que sont ces gens qui se font entuber, sinon des laissés pour compte ?
Ce n'est pas moi qui ai évoqué Westlake, mais Rennette. Je ne vois pas le rapport avec Le Couperet, du reste.

Le libre arbitre, les bibliothèques gratuites et Arte, c'est bien joli, mais sans capital culturel, on n'y accède pas, non par manque de moyens, mais par manque d'habitude, voire d'habitus adapté.

Inculquer des valeurs à vos enfants, c'est bien. Se moquer des "pigeons" sans le sou, c'est foncièrement nul. Et, outre le fait que ça n'aide pas à améliorer l'état de notre monde, ça contribue même à le pourrir.
Si l'on choisit de condamner les individus - victimes, en l'occurence - plutôt que la société qui produit cette crédulité, on ne peut pas prétendre effectuer une analyse politique de la situation.

Jean-Marc Laherrère 08/06/2008 23:14


Je fais une différence entre les laissés pour compte, abandonnés hors du système, vivant dans la misère ou proche de la misère, et toute la classe de travailleurs qui gagnent plus ou moins bien
leur vie, galèrent plus ou moins, et, eux cherchent à "placer" l'argent qu'ils ont pu économiser. Ils sont peut-être pauvres, pas forcément d'ailleurs, mais pas laissés pour compte.

Oui se sont eux les victimes, je le dis et le confirme, mais ils sont aussi complices.

Ma conviction est que la lutte des classes continue, entre ceux qui vivent de leur travail, et ceux qui vivent du travail des autres. La puissance croissante de ces derniers fait que, de plus en
plus, la richesse produite par le travail revient aux actionnaires, parasitaires, au lieu d'être redistribuée à ceux qui la produisent, sous forme de paye, retraite, sécurité sociale, formation
...

En mettant son argent en bourse, et en espérant en retirer des bénéfices sous forme de dividendes, le travailleur  espère bien passer de l'autre côté, et profiter du travail des autres. Il
devient complice du système même qui l'exploite. Et oui, il devient, un peu un suppôt du capitalisme, si c'est comme ça que vous l'appelez.

Il ne le fait  peut-être pas consciemment, il lui manque sans doute une éducation, mais il le fait quand même, un peu, par égoïsme et individualisme. Le système est tel qu'il est, non
seulement il ne cherche pas à le changer, mais il tente d'en profiter. C'est bien cela que je lui reproche.

Je n'exempte pas pour autant ce que vous appelez la société de ces fautes, c'est un autre sujet, mais la société est bien composée d'individus qui, malgré la pression qui pèse sur eux, ont quand
même leur libre arbitre, et ont une part de responsabilité dans ce que devient cette société.

Je ne condamne pas les individus plutôt que la société. Je condamne les deux, et cet émission, entendue par hasard, m'a fait réagir sur ce point particulier. Rien de plus, rien de moins.


Vincent 08/06/2008 10:35

L'analyse me semble boîteuse. Il ne s'agit pas de "changer de camp", mais d'une volonté, humaine et parfaitement répandue, de mieux vivre. Ces gens qui ne s'interrogent pas, n'ont-ils pas le droit d'espérer améliorer leur quotidien ? Ont-ils reçu l'éducation nécessaire à une prise de conscience politique, à l'élaboration d'une conscience de classe ? Ils croient ce qu'on leur dit, ce qu'on peut juger stupide ou triste, selon l'idée qu'on se fait de l'espèce humaine. Westlake, lui, ne rit pas du malheur des laissés pour compte.
Et toi, "camarade", que fais-tu pour "changer le monde" ?

Jean-Marc Laherrère 08/06/2008 15:22


Je sais bien que qu'ils veulent améliorer leur ordinaire. Et qu'ils le font sans s'interroger. C'est d'ailleurs bien ce que leur reproche.
Je sais bien aussi que la conscience de classe et la conscience politique ont disparues. Et que nos politiques et nos médias (à quelques exceptions près) font tout pour qu'il en soit ainsi. Mais le
libre arbitre existe toujours, il n'est pas obligatoire de regarder TF1, il y a des bibliothèques gratuites et regarder Arte ne coûte pas plus cher que regarder M6.
C'est plus exigent, mais pas impossible. Et il n'est pas interdit de résister, juste quelques instants, à l'envie de gagner plus, et de s'interroger, deux minutes, sur les conséquences de ce que
l'on fait.

Puisque vous évoquez Westlake, tout d'abord ces gens ne sont pas du tout des laissés pour compte, puisqu'ils ont assez de marges pour confier leurs économies à un "conseiller financier", ils sont
au contraire en plein dans le système. Et Westlake a poussé leur logique, et celle du système dans ses ultimes retranchements, ça s'appelle Le Couperet, c'est implacable.

Quand à moi, que fais-je. J'avoue à ma grande honte que le manque de temps, et les déceptions successives des dernières élections ont grandement émoussé mes envies de faire quelque chose pour
changer le monde. Je me contente pour l'instant d'essayer d'inculquer les valeurs auxquelles je crois à mes minots, et de rester, dans ma vie, cohérent avec ces valeurs. C'est peu, mais je ne sais
pas faire mieux pour le moment.


M agali 01/06/2008 22:59

Chouette, ça nous promet bientôt un billet Westlake, alors?

Jean-Marc Laherrère 02/06/2008 00:07


Oui, c'est un recueil de nouvelles autour de l'inénarrable John Dortmunder.


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