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1 septembre 2008 1 01 /09 /septembre /2008 16:30

1990. C’est l’épilogue, la fin de la bande de Magliana qui, pour quelques années, avait mis la main sur Rome. Le commissaire Scialoja qui les a combattu et Patrizia, ex prostituée, égérie de la bande, sont les seuls survivants de l’épopée. C’est aussi la fin de Romanzo Criminale, le roman magistral de Giancarlo De Cataldo.

Automne 92 -automne 93, La saison des massacres. La guerre sanglante entre l'état italien et la mafia est à son apogée. Les juges Falcone et Borsellino ont été assassinés en Sicile. Toto Riina a été arrêté et placé dans une prison spéciale. La mafia engage un bras de fer, multipliant les attentats, et les partis au pouvoir sont touchés, les uns après les autres, par l'opération mains propres.

Scialoja a pris le poste du Vieux à la tête d’une officine secrète, jamais reconnue officiellement, mais redoutée par tous car le Vieux avait des dossiers sur tout le monde. De nouveau sa route va croiser Patrizia dont il est toujours amoureux. Elle va surtout croiser celle de Stalin Rossetti, ex bras droit du Vieux, qui fut, avant la chute du Mur, à la tête d'une cellule anti-communiste, et qui n'a jamais accepté de ne pas succéder à son mentor. Rossetti profite du chaos pour essayer d'évincer Scialoja. Entre la mafia toujours plus pressante, des politiques et des entrepreneurs aux abois, poursuivis par les juges milanais, et les manœuvres de Rossetti, Scialoja essaie de sauver sa peau, et ce qu’il reste de l’état. Complots, trahisons, magouilles, tous sont touchés, tous en paieront les conséquences, mafieux, industriels, flics, ex barbouzes … Un chaos qui fait le lit de nouvelles forces politiques, en apparence propres et nouvelles.

Ce nouveau roman de Giancarlo De Cataldo est presque aussi magistral que le premier. Il ne lui manque que cet ingrédient romanesque si favorable au roman noir : l'histoire d'un triomphe, suivi d'une chute, d'autant pus dure que le triomphe fut grand. Ici, personne ne triomphe, dès le début, ce n’est qu'une lente et implacable descente en enfer.

Une descente mise en scène par De Cataldo avec les qualités qui ont fait de son premier roman un chef-d'œuvre  : multiplicité des personnages, construction polyphonique brillante, fusion parfaite de la Grande Histoire, connue de tous, et les destins individuels, création de l'auteur, qui viennent la romancer.

Le constat est, si c'est possible, encore plus noir que celui de Romanzo criminale. A ce stade, on ne peut plus dire que la corruption, le crime, gangrènent la société italienne ; ils en sont partie prenante. On ne peut les en extraire car on a l'impression qu'ils vivent en symbiose totale avec le pays. Le mécanisme qui va finir par porter Berlusconi et ses alliés d'extrême droite est démonté, parfaitement, sans que jamais l'auteur n'oublie qu'il écrit un roman, et pas un essai.

Un grand roman, qui confirme le talent de Giancarlo De Cataldo et vient en écho au terrible et éprouvant Gomorra de Roberto Saviano (bientôt ici, quand je trouverai le courage de le terminer …). La saison des massacres devrait être en librairie à la fin de la semaine.

Giancarlo De Cataldo / La saison des massacres  (Nelle mani giuste, 2007), Métailié (2008). Traduction de l’italien par serge Quadruppani.

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars italiens
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commentaires

Xavier 04/02/2012 09:35


Un bon roman très calé sur la réalité. Le foisonnement des personnages m'avait un peu dérouté au démarrage. J'ai arrêté Gomorra au milieu du livre, c'est assez insupportable. Je devrais reprendre
bientôt.

Jean-Marc Laherrère 04/02/2012 16:21



Gomorra est insupportable, c'est un autre genre ...



Marie 15/02/2009 19:56

Je viens de le finir... Après "Romanzo criminale", j'ai encore une fois beaucoup aimé la manière de raconter de l'auteur.

Tu as réussi à venir à bout de "Gomorra" finalement ? Je l'ai fini cette semaine, j'ai été très marquée moi aussi (mais qui ne le serait pas ?).

Jean-Marc Laherrère 16/02/2009 15:52


Oui, j'ai terminé Gomorra, mais je l'ai lu un chapitre à la fois, avec des pauses. Le dernier est effectivement le plus insupportable.


M agali 02/09/2008 21:29

Pas mon intérêt, mais ça se trouve en Ray option grey...

Jean-Marc Laherrère 03/09/2008 09:25


Salut,

J'ai essayé Ray grey, et Ray blue, mais cela ne change pas la couleur des titres et des liens, qui sont illisibles ...


M agali 02/09/2008 19:48

Je viens juste de découvrir Romanzo criminale, une de mes lectures de cet été (je sais, j'ai du retard partout) , et s'il y une suite, je prends, j'ai adoré!

PS très joli, ce bleu électrique, mais honnêtement, on lit beaucoup moins facilement. Enfin, JE lis beaucoup moins facilement et c'est l'effet que le blanc pur sur noir total a toujours sur moi....

Jean-Marc Laherrère 02/09/2008 20:44


PS. Je n'arrive pas à me dépatouiller de ces *%!!?**%%^!§ couleurs. Je crois que je vais devoir renoncer au fond noir !


antoine chainas 01/09/2008 20:23

Salut Jean-Marc,
Je suis en train de lire Gomorra. C'est saisissant. Saviano décrit bien ce système qui n'est pour ou contre rien, exceptés l'argent, le profit. La symbiose en même temps que le parallèle avec l'état fait peur. Un bon doc, avec des vraies visions où la réalité dépasse la fiction (la chute des cadavres de chinois cachés dans les containers au début, ou alors les cobayes humains utilisés par les trafiquants pour affiner le "coupage"). Et puis, ce qui ne gâte rien, on sent une véritable tentative littéraire derrière tout cela. Tu dis que tu le finiras "dès que tu auras le courage..." Si je peux me permettre : pourquoi ?

Jean-Marc Laherrère 01/09/2008 21:28


Parce que c'est éprouvant, d'autant plus éprouvant  que ce n'est en rien une oeuvre d'imagination.
Et parce que c'est un essai, découpé en chapitres quasiment indépendants les uns des autres, sans l'aiguillon de la fiction qui donne envie de continuer l'histoire. Ce qui fait qu'il est beaucoup
plus facile de lire un chapitre, puis de laisser pour reprendre plus tard.
Donc dès que je me remets des horreurs du chapitre "béton armé", je lis un chapitre de plus.


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