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8 septembre 2008 1 08 /09 /septembre /2008 22:43

Daedwood, Far West, fin du XIX°. Train, Los Angeles, années 50. Et là Paperboy, Floride, 1965. Les trois romans de Pete Dexter que j’ai lu. Trois lieux, trois époques, trois réussites éclatantes.

1965, Comté de Moat, au nord de la Floride. Une cambrouse moite et glauque bien éloignée de l’image glamour de Miami et de ses plages. Le shérif Thurmond Call n’est pas un exemple de justice et de tolérance. Mais ses électeurs lui pardonnent ses bavures, après tout, ses 16 premières victimes étaient noires. C’est la 17° fait tâche. C’est un blanc, et même s’il appartient à la famille Van Wetter, crapules consanguines qui vivent, craints et isolés de tous, dans les marais, cela ne se fait pas.

Quand le bon shérif se fait ouvrir le ventre de part en part, la police a vite fait d’arrêter Hillary Van Wetter, un des membres les plus violents de la tribu. Il est tout aussi rapidement condamné et parqué dans le couloir de la mort en attente de son exécution. C’est compter sans Charlotte Bless, la quarantaine sexy, qui tombe amoureuse d’Hillary en voyant ses photos, et fait des pieds et des mains pour convaincre deux journalistes du Miami Times d’enquêter.

Quel bouquin ! On transpire avec les personnages, on sent l’odeur de pourriture des eaux stagnantes, on ressent la glace fondue poisser les doigts … La Floride telle que vous voyez rarement, loin des plages ensoleillées de Miami, les deux pieds dans la vase, à se battre contre les moustiques.

Et quels personnages ! Le duo de journalistes, l’un laborieux mais implacable, l’autre arriviste, m’as-tu-vu mais brillant ; Charlotte, l’égérie des tueurs, complètement allumée ; et surtout la terrible famille Van Wetter, sortie tout droit de Delivrance, d’un roman de Caldwell ou d’un recueil de nouvelles d’Offut. Personnages effarants, hors du temps et de la société, comme on n’imagine pas qu’il puisse en exister dans un pays « civilisé », et pourtant, que le roman noir américain nous dépeint, de temps à autre.

Puis il y a l’histoire étouffante comme l’atmosphère de la petite ville renfermée, raciste, intolérante. Mais n’allez pas croire que le brillant journaliste, qui va dénoncer cette atmosphère vaille mieux que ses victimes : superficiel, arrogant, égoïste, il n’est jamais qu’une autre facette de la médiocrité humaine, la facette brillante et citadine.

Et ce n’est pas tout. C’est également la peinture sans concession du milieu de la presse en même temps qu’un hommage vibrant à ceux, parmi les journalistes, qui croient en leur métier. A ce titre le personnage de Ward, mal dans sa peau mais implacable et inébranlable dans sa recherche de la vérité, force le respect, voire l’admiration et vous hantera longtemps.

Tout cela décrit de façon sèche, impeccable, sans un mot de trop, sans un jugement de valeur. Du grand art. Il faut absolument que je trouve le temps de lire les autres romans de Pete Dexter !

Pete Dexter, Paperboy, (The paperboy, 1995) Points/Roman noir (2007). Traduction de l’américain Brice Matthieussent

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars américains
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commentaires

raph 10/09/2008 21:38

Premier Dexter et très certainement le dernier. Critiques enthousiastes en 4ème de couverture et un peu partout dans la presse, qui ne sont une fois de plus pas en phase avec mon appréciation. Ce bouquin me laisse une impression très mitigée. Tout d'abord, ce style très personnel auquel je n'accrocherais sans doute jamais. Trop de promiscuité avec le lecteur et pas assez de recul. Des personnages qui manquent d'envergure. On reste dans l'épure et ça se ressent. Une intrigue lourde et molle qui se tasse comme s'enfoncerait un homme dans cette vase viqueuse des Glades. Bref, d'un point de vue strictement personnel encore une fois, je n'ai pas du tout mais vraiment pas du tout accroché....

Jean-Marc Laherrère 10/09/2008 21:48


Il vaut mieux en effet ne pas insister. Ces remarques, très justes, que vous faites sur les personnages, la promiscuité, une intrigue pas resserrée et plutôt une histoire qui s'enfonce dans la boue
des marais, ou la boue humaine ... On retrouve tout cela dans Train, et encore plus dans Deadwood, encore plus noir, glauque, et davantage chronique d'une ville de l'ouest que véritable polar avec
intrigue au cordeau.

Donc vous avez raison d'abandonner.


jeanjean 10/09/2008 10:19

... oui c'est un roman qu'il a écrit il y a un bon moment, et qui n'était jamais paru en France.
Bon, pour Deadwood, ça fait plusieurs fois que tu en parles, je vais le lire.
ciao

Michel 09/09/2008 19:35

J'ai déjà hésité... me disant que j'hésitais car je trouve les couvertures très belles ! mais si tu me dis que le contenu vaut le contenant !

jeanjean 09/09/2008 14:15

j'ai un excellent souvenir de "Train" ; par contre, son dernier, "God's pocket", m'est tombé des mains, sans que je sche vraiment pourquoi d'ailleurs...

Jean-Marc Laherrère 09/09/2008 15:49


Sauf erreur de ma part, God's pocket est en fait un livre assez ancien qui sort enfin ici. Et mon préféré reste Deadwood que j'ai trouvé extraordinaire.


Xavier 09/09/2008 10:27

Je l'ai sur ma PAL depuis un bail celui ci. La lecture de Train m'avait laissé un très bon souvenir. Un style épuré, cash. Vos commentaires élogieux vont accélérer les choses je pense...

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