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13 septembre 2008 6 13 /09 /septembre /2008 18:33

Il est normal que vous ne connaissiez pas Stéphane Michaka. D’après la quatrième de couverture, c’est un jeune auteur dramatique qui publie avec La fille de Carnégie son premier polar. Un coup d’essai qui, malgré quelques petits défauts, n’est pas loin d’être un coup de maître.

Samedi soir, en pleine représentation, un homme est abattu de trios balles au Metropolitan Opera de New York. C’est immédiatement la panique. Une fois le calme revenu, et la représentation annulée, un suspect est interpellé et livré aux mains de Robert Tourneur, inspecteur principal de la brigade des homicides. Un suspect qu’il connaît bien, puisqu’il a été son partenaire, trois ans plus tôt, avant de choisir la carrière beaucoup plus lucrative de privé dans la sphère financière. Un suspect qu’il hait férocement, parce qu’il lui a soufflé la femme qu’il aimait passionnément. Malgré la joie de le tenir ainsi dans ses mains, il se demande bien ce qu’il faisait dans la loge d’une jeune femme richissime, grande critique d’opéra. Et surtout ce qu’y faisait le latino qu’il y a abattu. Une longue nuit de confrontation commence. Une nuit qui va ressusciter bien des fantômes.

Commençons, pour s’en débarrasser, par les petits défauts. Ils sont concentrés au début du roman. Après une démarrage tonitruant, celui-ci s’embourbe un moment, traîne, se perd en digressions et descriptions dans lesquelles on sent une recherche stylistique et artistique qui ne convainc pas totalement.

Heureusement, ces descriptions sont traversées de réelles trouvailles, et le début est très accrocheur. Alors malgré tout, on continue. Et dès que la confrontation entre les deux hommes démarre vraiment, on est happé, et on ne peut plus le lâcher. C’est ensuite une longue plongée vers le passé, vers les fantômes, les peurs, les fantasmes des différents protagonistes. L’écriture, l’ambiance nocturnes conviennent parfaitement à cette atmosphère entre rêve et réalité.

Et mine de rien, c’est noir, bien noir. Avec de vrais personnages au bord de la rupture, bien complexes, parfois immondes, parfois héroïques, forts, faibles, humains en diable. Il faut également souligner que Stéphane Michaka réussit parfaitement sa chute, ne cédant à la tentation d’aucun cliché, d’aucune facilité, poussant la logique de ses personnages jusqu’au bout.

Malgré quelques longueurs tout à fait pardonnables, on a là une très belle découverte. En espérant retrouver prochainement Stéphane Michaka, et peut-être Robert Tourneur. Reste une question, que je lui poserai si j’ai l’occasion de le croiser au détour d’un festival : Pourquoi une jeune auteur français situe-t-il son premier roman à New York ?

Stéphane Michaka, La fille de Carnegie, Rivages/Noir (2008)

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars français
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commentaires

judith 20/09/2008 23:11

C'est peut-être le premier roman de S. Michaka mais pas le premier ouvrage paru ! C'est du côté de l'Autriche que l'action du " cinquième archet" se situe. Ce n'est pas un polar mais une pièce de théâtre, à lire absolument... (Editions Avant-scène théâtre).

Jean-Marc Laherrère 21/09/2008 00:13


la quatrième de couverture indique effectivement que c'est un auteur dramatique. Talentueux donc.


keisha 14/09/2008 08:22

Magali a bien expliqué !
Il y a vraiment des pépites chez Rivages/Noir. Si ce livre croise mon chemin ...

M agali 13/09/2008 22:06

Je vais suggérer une explication?

Parce que les jeunes auteurs ont été nourris depuis 10 ans de thrillers américains.
Comme la génération de Boris Vian l'était de "hard boiled", ce n'est pas un phénomène nouveau!

Et qu'en plus, ces jeunes loups ont les dents longues et ils caressent un rêve: être traduits en anglais...

Et que tout le monde n'est pas Indridalson pour être aussi témoin de son époque, écrire sur l'Islande et la guerre froide (je lève un instant la tête de"L'Homme du lac"... je sais, j'ai un retard phénoménal sur la lecture des classiques) .

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