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21 septembre 2008 7 21 /09 /septembre /2008 21:58

Le 1° juin 2002, James Crumley était à la librairie Ombres Blanches, à Toulouse, et répondait aux questions de Claude Mesplède. C’est la seule fois où j’ai pu le voir, et échanger quelques mots avec lui. La transcription de la rencontre est en ligne sur le site de 813. Je vous en livre un seul petit extrait, qui résume parfaitement le personnage.

Claude lui demandait comment il avait eu l’idée de son personnage de Milo. Voici la réponse, textuelle (traduite par Rob Day) :

« Je l’ai inventé comme j’ai inventé tout le reste : j’ai mis mon cul sur une chaise, devant la machine à écrire, et j’ai attendu que quelque chose arrive. Je ne suis pas un écrivain avec des idées, j’ai juste un cul solide

Voilà. Il ne fallait pas attendre de Crumley des grandes déclarations, des poses d’Artiste, avec un Message et un Sensibilité. Juste un cul solide. James Crumley n’aimait pas trop parler de son travail. Par contre, une fois au bar, il pouvait discuter des heures. J’ai un immense regret, celui de ne pas avoir profité vraiment du peu de temps passé (avec d’autres), en sa compagnie, à la suite de la rencontre. Anglais trop faible, et trop intimidé de me retrouver face à ce géant, pourtant si simple et si aimable.

Restent bien entendu ses livres. Et Milo et Sughrue.

Et pourtant j’avais mal démarré avec Crumley. J’ai commencé par Le canard siffleur mexicain, un Sughrue, assez déjanté. Etais-je trop jeune ? Peut-être. Et surtout, il vaut mieux, avec Crumley, commencer par le début. Toujours est-il que j’y avais trouvé des fulgurances, mais que je m’étais aussi un peu perdu, et je n’avais pas cherché à en lire d’autres.

Jusqu’à ce qu’un libraire me tanne, en me disant que j’étais une bille, et que je devais lire Crumley, me mettant presque de force dans les mains Le dernier baiser. Et là, choc, claque, révélation, tel le Blues Brother en quête d’inspiration, j’ai vu la lumière ! Je l’ai dévoré, ai filé acheter Fausse piste et la Danse de l’ours, et suis devenu un accro à Milo et Sughrue.

J’ai ensuite bien entendu relu Le canard, que j’ai trouvé aussi génial que les autres. Mais cette fois, j’étais un Sughruephile, je connaissais son univers, c’était un ami, un vrai. Je n’ai jamais cherché à me désintoxiquer.

Milo et Sughrue sont les archétypes des privés déjantés, qui tournent à l’alcool et à la came, qui soignent une gueule de bois avec un rail. Ils bastonnent, encaissent, flinguent les méchants, sauvent les dames en détresse, ont un cœur énorme, sont d’une fidélité absolue en amitié. Certes c’est un modèle de privé qui a fait beaucoup d’émules. Mais rares sont ceux qui l’ont fait avec la générosité, la puissance et la grâce (si si, la grâce) de Crumley.


Je suis triste, mais je me console en me disant que, grâce à ses nombreux lecteurs, le grand James a rejoint Milo et Sughrue, quelque part dans un bar, dans nos têtes. Ils y boivent en compagnie de Vazquez Montalban, de Pepe Carvalho, de Jim Thompson, de Marc Behm, de Fajardie et de son Padovani … C’est un bar étrange, plutôt petit, chaleureux, mais qui contient beaucoup plus de monde qu’il n’y parait. Lucy y chante en duo avec Lady Day, accompagnée des arpèges de Tatum et Pétrucciani, Gassman et Mitchum y font du gringue à Sophia et Ava, et dans un coin, Humphrey et Laureen discutent le coup avec Huston et Hammett …

Ils y resteront tant qu’on se souviendra d’eux. Autant dire que ça risque de durer.

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars divers
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commentaires

DJU770 22/09/2008 20:42

J'aimerais avoir ton avis de lecteur averti sur le livre "Rêverie" que je fais paraitre en ligne sur mon blog. Je t'invite donc : DJU770. A bientôt ?

Raph 22/09/2008 18:33

Cette nouvelle m'a vraiment fait un de ces pincements au coeur, envers lesquels on ne peut rien, sinon de se résigner à accpeter cette disparition. A mon tour, (le plus tard possible), j'aimerais me retrouver dans ce bar, taillant le bout de gras avec Crumley, Boggey, Bacall, Hammett, sifflant des verres avec Fireball Roberts...
Crumley, un géant, assurément, pour l'éternité...

Jean-Marc Laherrère 22/09/2008 21:27


Le plus tard possible effectivement, mais ce sera un endroit où passer agréablement l'éternité, qui, comme chacun sait, est un peu longue, surtout vers la fin.


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