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22 septembre 2008 1 22 /09 /septembre /2008 21:25

Montmartre Mont des Martyrs de Chantal Pelletier n’est pas une suite, mais un début. Il revient en effet sur les tout débuts de Maurice Laice, alias Momo, chez les flics de Montmartre.

10 mai 1981, c’est la fête à Paris, et dans le reste de la France. Pas pour tout le monde, outre les électeurs de droite qui font la gueule, une famille est abattue dans son appartement. Trois ans plus tard, l’état de grâce est terminé, les guerres de religions sont reparties, et les manifestations de soutien à l’école privée se multiplient. Maurice Laice est devenu flic à Montmartre, un peu par hasard, pour ne pas quitter son quartier. C’est lui qui va devoir trouver qui est cet homme qui a été découvert nu, abattu d’une balle, dans un passage de la butte. Travestis, cathos traditionalistes, artistes peintre en devenir, trafiquants en tous genres vont se croiser au fil de l’enquête.

Mis à part une intrigue qui tient la route, et fait tourner les pages (ce qui n’est déjà pas mal), il y a trois excellentes raisons pour lire ce nouveau roman de Chantal Pelletier.

La première est le personnage de Maurice, flic par hasard, à défaut d’autre chose, en porte-à-faux dans son milieu, mais trop terne et lâche pour affronter une hiérarchie qui le dégoûte. Car si Momo partage avec certains de ses collègues de fiction un rejet de l’idéologie majoritaire chez les cognes, il est très loin d’avoir la hargne et le caractère d’un Harry Hole ou d’un Padovani. Donc il s’écrase. Et s’en veut. Maurice, la gaufrette, paumé, considéré par tous comme un gamin, sans aucune confiance en lui … Un personnage qu’on a envie d’aimer. Pauvre Momo, jamais vraiment à l’aise, même et surtout quand une belle fille s’intéresse à lui :

« Pourquoi une nana comme elle viendrait-elle attendre un minable comme lui ? […] Momo ouvrit la bouche, affichant l’air bête que toute surprise ne manquait pas de lui donner, et qu’il déplorait plus que quiconque ».

La deuxième est la description de ce moment charnière où l’on a commencé à s’apercevoir que François Mitterrand n’était pas forcément de gauche … Où les illusions ont commencé à tomber, où ceux qui avaient beaucoup espéré ont commencé à déchanter, et où, dans le même temps,  la droite a commencé à relever la tête.

La dernière, c’est le style Pelletier, vif, imagé, qui fait très souvent mouche. Exemples :

« Sidéré qu’on puisse avoir des lettres et plus un rond, le ventripotent, cloué à l’entrée de sa boutique à fric, en resta bouche bée, la dégaine d’une carpe prête à farcir ».

« le vacancier n’est jamais tout seul, au minimum en couple, comme les canards, ou en bande, comme les pingouins ».

Alors en route pour Montmartre, et les années Mitterrand.

Chantal Pelletier, Montmartre Mont des Martyrs, Série Noire (2008).

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars français
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commentaires

cathe 30/10/2008 10:16

Je me suis aussi régalée en lisant le dernier Pouy, pour toutes les raisons que tu donnes (sauf que je n'avais pas vu toutes les références que tu cites...) . De toutes manières, je suis une inconditionnelle :-)
Je mets ton billet en lien :-)

Jean-Marc Laherrère 30/10/2008 10:33


Merci.


Laurent BRACQ 28/09/2008 13:04

A propos du prix "polar SNCF" : je suis extrêmement surpris (et tout autant déçu !) de voir que "L'homme du lac" d'Arnaldur Indridason n'a pas été sélectionné, ni dans la sélection du printemps, ni dans celle de l'été, ni dans celle de l'automne.

Un seul mot : consternant !

Jean-Marc Laherrère 28/09/2008 13:46


Je ne sais pas du tout comment fonctionne le prix SNCF, mais peut-être Indridason a t-il déjà été récompensé pour un de ses romans précédents.


Hoel Maleuvre 25/09/2008 11:33

La sélection automne du Prix SNCF vient de tomber.

Vous seriez membre du jury que ça ne m'étonnerait pas puisque vous avez écrit des articles très positifs sur au moins la moitié des bouquins sélectionnés.
Celui-ci, de Chantal Pelletier, mais également La fille de Carnegie de Stéphane Michaka et London Boulevard de Ken Bruen.

Les autres romans sélectionnés sont Le tri sélectif des ordures de Sébastien Gendron (dont Bonnefou a écrit le plus grand bien sur son blog) pour le polar français et Le carré de la vengeance de Pieter Aspe (Albin Michel) ainsi que Scalpel de Campbell Armstrong (Le Masque) pour les polars européens.

Je n'en ai pour l'instant lu aucun, mais ça me paraît être une sélection d'un niveau assez élévé (comme souvent d'ailleurs).

Jean-Marc Laherrère 25/09/2008 15:18


Et bien non, je ne fais pas partie du jury SNCF ! Je ne sais même pas comment il fonctionne, mais il a l'air d'avoir bon goût ...


olivier verstraete Radio Cité Vauban (RCV) 23/09/2008 19:02

salut jean marc
nous nous croisons au niveau de nos lectures. voici la mienne sur le dernier pelletier. a +

Montmartre mont des martyrs
chantal Pelletier
gallimard serie noire

Montmartre. A son nom reviennent au quidam les images de cette butte où s'agglutinent les touristes badauds voulant ou se faire croquer sur la place dutertre ou s'encanailler de l'autre côté à Pigalle. Ainsi on plonge dans une faune urbaine où artistes du pinceaux côtoient ceux des projos et de temps en temps malheureusement ceux des couteaux. Chantal Pelletier propose cette plongée dans son nouveau roman Montmarte mont des martyrs à la série noire.

Début des années 80 en France sonne l'heure du changement, la gauche miterrandienne trouve la grâce électorale des français et arrive avec une espérance populaire. Paris bouillonne lors du grand soir et ce soir-là une famille est décimée. 3 ans plus tard, le jeune inspecteur Maurice Laicé, un parigot pur jus, habitant de montmartre depuis des lustres va enquêter sur une série de meurtres dans son quartier qui le plongera dans ses rues qu'il connaît si bien et les prédateurs avec qui des années avant il a joué aux billes.

Chantal Pelletier n'est pas une inconnue de la série noire. Avec maurice Laicé, son personnage fétiche, elle nous a déjà emmené à travers paris. Elle prend ici le contre-pied du nouvel opus de maurice pour nous faire connaître ses débuts dans la police. Les descriptions des sites et des figures emblématiques y sont toujours aussi bien croqués, Maurice se fond comme un poisson dans l'eau dans ce monde de la butte et nous entraînent avec plaisir dans ses périgrinations policières. Chantal Pelletier reprend bien à son compte les canons du polar français, gouailleur, avec des dialogues bien sentis et une intrigue qui tient la route dans ce Paris qui se transforme et qui, grâce aux coupures de presse de l'époque, découvre le sida et la gauche au pouvoir, son envie de mouvement contrastée avec sa volonté d'immobilisme à travers le combat des familles pour le maintien de l'école privée. Une belle plongée dans l'Histoire avec cette belle histoire.

Jean-Marc Laherrère 24/09/2008 09:24


Merci pour ce complément. A la revoyure.


jérôme leroy 22/09/2008 22:44

Chantal, c'est la classe totale: distance, humour, style.
Il faut que je l'avoue à la face du monde. Je suis amoureux grave de Chantal Pelletier.(qui prouve qu'il n'y a pas d'écrivain femme, homme, belge ou non fumeur mais juste des bons et des mauvais.)

Jean-Marc Laherrère 22/09/2008 22:52


Voilà la face du monde avertie ! Et tu as raison, Chantal Pelletier (comme bien d'autres) met une grosse claque à la question tarte à la crême de pas mal de débats polars : Y a t'il une écriture
féminine dans le polar ?


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