Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
20 octobre 2008 1 20 /10 /octobre /2008 21:58

Toute l’Irlande change à toute vitesse, l’argent afflue, les repères se perdent, une nouvelle pauvreté s’installe … Mais tout le monde est choqué par l’assassinat d’un prêtre, retrouvé décapité à Galway. Etrangement, c’est Jack Taylor, qui vient juste de sortir de trois mois dans un asile où il végétait à la suite de la mort de la petite Serena dont il avait la garde, qu’un curé vient chercher pour faire la lumière sur cette affaire. Jack, plus paumé que jamais, se retrouve pris entre une église qui tente désespérément de se dépêtrer de nombreux cas de pédophilie, et des victimes qui se sont, parfois, transformées en bourreaux. Pas de quoi améliorer son moral.

Même si Jack est capable de manier l’humour le plus noir dans les circonstances les plus dramatiques, ne comptez pas sur ce nouveau roman de la série pour vous remonter le moral. C’est à chaque fois la même chose. On croit que Ken Bruen et son personnage ont touché le fond, mais, non, il arrive toujours à l’enfoncer un peu plus. C’est encore le cas dans La main droite du diable. Jack Taylor y est animé, tout le long du roman, d’une rage incontrôlable associée à une dépression sans fond.

Son état d’esprit est en phase avec une nouvelle Irlande totalement perdue, qui garde ses superstitions mais perd tout respect pour une église trop souvent impliquée dans des affaires de pédophilie, qui ne croit plus dans ses religieux mais ne peut sauter le pas de la laïcité. Une Irlande qui perd son identité, sa culture, les valeurs qui la construisaient (pour le meilleur et pour le pire), diluées dans le consumérisme le plus débridé et l’imitation aveugle du modèle américain. Au milieu de tout ça, Jack Taylor, l’homme des livres et des vieux pubs, se sent chaque jour d’avantage un homme du passé perdu dans un monde où il n’a plus sa place. Un homme qui connaît, et aime, bien plus de morts que de vivants.

Et malgré tout, on sent un tel amour pour ses personnages chez Ken Bruen, qu’on en redemande. Il a beau nous faire sombrer un peu plus à chaque roman, il nous tarde déjà de retrouver Jack, avec peut-être le secret espoir qu’un jour, un vrai rayon de soleil brillera aussi pour lui. A moins que le lecteur de polar ne soit masochiste …

Et puis, avant le nouveau Jack Taylor, on aura peut-être droit à un petit R&B pour se détendre ?

Ken Bruen / La main droite du diable (Priest, 2006), série noire (2008), traduit de l’anglais (Irlande) par Pierre Bondil.

Partager cet article

Repost 0
Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars irlandais
commenter cet article

commentaires

Clément 24/10/2008 20:33

Je viens de lire le 1er Jack Taylor : "delirium tremens" et ça décoiffe !
J'adore le personnage, les références à d'autres auteurs de polars, l'alcoolisme fou du Jack...
et ça se lit comme de rien !

Jean-Marc Laherrère 26/10/2008 17:32


Et ce n'est que le début d'une série qui ne déçoit jamais. Bonne plongée dans le noir irlandais.


Présentation

  • : Le blog de Jean-Marc Laherrère
  • : Il sera essentiellement question de polars, mais pas seulement. Cinéma, BD, musique et coups de gueule pourront s'inviter. Jean-Marc Laherrère
  • Contact