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19 novembre 2008 3 19 /11 /novembre /2008 21:27

Les visiteurs attentifs auront sans doute remarqué que cela faisait un petit moment que je n’avais pas causé bouquins. Ils n’ont rien dit, parce qu’ils sont gentils, mais ils n’en pensaient sans doute pas moins. A cela deux raisons.

Tout d’abord, mon week-end fut occupé, me laissant peu de temps pour lire. Et ensuite, j’étais un peu en train de ramer dans un bouquin que je ne voulais pourtant pas lâcher. C’était La langue chienne d’Hervé Prudon.

Tintin et Gina sont mariés et vivent dans une petite maison au bord de la mer. Pas la grande bleue avec son soleil et se baigneurs. Plutôt la petite grise, là haut, dans le nord, là où passent les cargos et où souffle la tempête. Tintin est un rejeton de la classe moyenne, grand manieur de langue et d’idées, mais sans ambition ni énergie. Tintin est complètement amoureux de Gina. Gina est femelle. Pas belle, pas souriante, pas charmeuse, femelle. Souvent, très souvent, Franck vient s’installer dans leur maison, et dans le lit de Gina. Franck est musclé, primaire, presque dépourvu de mots et d’idées.

Je suis bien embêté pour écrire ce billet. Parce que, à mon grand regret, je n’arrive pas à entrer dans la littérature d’Hervé Prudon. C’est de la grande, de la bonne. Je le sais, on me le dit, et même, je ne suis pas si bouché, je m’en rends compte. Mais je n’accroche pas. Ce roman me fait l’effet d’un coffre à bijoux : Vous l’ouvrez à n’importe quelle page, vous lisez n’importe quel paragraphe, c’est un bijou. Langue magnifique, qui donne envie de lire à voix haute, poésie pure.

Pour illustrer cela, je vous donne un exemple. Promis, juré, j’ai ouvert au hasard :

« Certains pays mijotent dans leur jus, croupissent dans leurs marigots, ou tiédissent dans leurs tasses de thé, ce pays-ci ne baigne pas dans sa mer, trop froide, impénétrable, mais dans le vent, dans son vent, son bourreau outillé d’un tranchoir en acier scandinave, impitoyable et transparent, qui découpe les yeux et jette les gens les uns contre les autres, créant du lien social et des quiproquos cocasses. Les relations humaines et les variations d’humeur suivent l’échelle de Beaufort.

Je ne suis pas d’ici.

Je ne m’y suis pas fait, à ce vent, à cette vie. Il y a des gens qui ne se font nulle part. Ils ne savent pas y faire. A lieu de se faire une raison, ils se font une folie. Ils sont faits comme des rats, bourrés et bourrés et ratatam. »

Mais, au bout d’un moment, je me lasse. De fulgurance en fulgurance, je ne trouve pas le lien, l’allant, l’envie de tourner les pages. Et ça me manque. Sans doute une incapacité chez moi à apprécier vraiment la poésie. Malgré des personnages étonnants superbement décrits, cela va sans dire, malgré des scènes et des dialogues d’anthologie (comme ce repas avec les voisins), je n’avance pas. Je m’enthousiasme par petits bouts, par à-coups, je n’arrive pas à apprécier le tout.

Dommage. Pour moi.

Hervé Prudon, La langue chienne, série noire (2008).

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars français
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commentaires

olivier Verstraete Radio Cité Vauban (RCV) 14/12/2008 21:21

bonjour jean-marc

debat autour du dernier roman de prudon. Au moins, il n'y a pas de demi-mesure autour de son oeuvre

voici ma lecture de "la langue chienne"


Il y a des histoires d'amour qui semblent être une évidence. Ils sont faits pour être ensemble, qui se ressemble s'assemble, telles sont les phrases éculées qui donnent sens à ce genre d'union. Hervé Prudon, pour son retour à la Série Noire avec la langue chienne, leur préfère "les opposés s'attirent".
Campons le décor. Le bord de mer du Pas de Calais, un homme, martien parisien nommé Martin, alias Tintin pour ses intimes, se retrouve sur ce territoire vide de mots, lui le lettré. Il va tomber éperdument amoureux de Gina, une fille de là-bas, ni belle ni moche, aux antipodes de lui mais peu lui importe pourvu qu'il soit sien. Sien il le sera en se mariant avec elle sans trop savoir la motivation de Gina à cette union. Mais chien, il le sera aussi de cette nouvelle maîtresse à qui il laisse tous les désirs et caprices jusqu'à même accepter Franck, la star locale champion de char à voile, l'amant de Gina, dans sa vie et sous son toit. Comment cette triplette hors norme peut-elle garder un équilibre de vie? Qui et qu'est-ce qui lie ce trio?
Quelle bonne surprise ce retour d'Hervé Prudon à la série noire. Et la surprise n'en est que plus agréable tant le retour est réussi. Avec la langue chienne, l'auteur nous plonge dans l'essence même du roman noir avec tout le talent de l'auteur pour réussir cette immersion dans ce couple improbable mais qui, au fil des pages, acquiert une crédibilité. Hervé Prudon a du style,il le sait mais n'en abuse pas bien que de temps en temps un jeu de mots lui échappe. Et puis il y a cette plongée dans cette France d'en bas, ou plutôt du haut de la France, sans néanmoins tomber dans le misérabilisme à outrance, il raconte avec brio comment cet homme perd toute dignité pour préserver une once de considérationaux yeux de celle qu'il a choisie. Dormir avec le chien, se faire insulter, baffer, tel est le quotidien de Tintin, quotidien inspiré à l'auteur par un véritable fait divers. Prudon ne cesse au fil de ces romans de faire de la poésie empreinte de polar ou de polar avec des touches de poésie, ce qui le rend unique encore et toujours depuis qu'il écrit, un auteur singulier apprécié d'illustres omanciers du néo polar comme Manchette, comme celle que vous allez prendre à la lecture de ce livre.

Jean-Marc Laherrère 14/12/2008 21:47


Merci !


antoine 24/11/2008 12:01

Salut Jean-Marc,
Je comprends tout à fait ce que tu veux dire.
Inclassable. Beau et inclassable.
C'est sans doute le défaut et la qualité de ce polar qui n'en est pas un (ou si peu).
Amitiés.
Antoine Chainas.

Jean-Marc Laherrère 24/11/2008 22:49


Je ne suis pas du tout étonné qu'un styliste comme toi apprécie Prudon. Idem pour Jérôme. Pour ma part, bien qu'admiratif devant la prose, il me manque un petit quelque chose qui m'emporte
totalement, comme la Pécherot par exemple.


Fabien 20/11/2008 14:33

Bah du coup, j'ai envie de le lire par curiosité.
Et tu en dis de si belles choses, qu'il ne peut qu'attirer. Pfffffff et mon banquier, c'est qui y pense hein?....

Jean-Marc Laherrère 20/11/2008 14:41


Il est peut-être arrivé en bibliothèques ?


jeanjean 20/11/2008 10:02

Salut JM,
magnifique le Pécherot, hein ? Du coup, j'suis en train de relire sa "trilogie" de l'entre-deux-guerres, Brouillard de la butte etc...
Bon, sinon j'ai une mauvaise nouvelle, je viens d'apprendre la mort de George Chesbro. Quelle année...

Jean-Marc Laherrère 20/11/2008 10:12


Etonnamment j'étais passé à côté de sa trilogie.
Sinon, tu sais qu'il fut un temps où on éliminait les porteurs de mauvaises nouvelles ? Quelle année de merde !


BMR 20/11/2008 09:17

En tout cas voilà un joli billet qui arrive à dire tout le bien qu'on peut penser d'un tel ouvrage même si t'as pas accroché.
On croit comprendre ce qui n'accroche pas et, même si on n'est pas trop sensible non plus aux écritures ainsi exubérantes, ça donne presque envie de s'y mettre !

Jean-Marc Laherrère 20/11/2008 09:33


Merci.


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