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16 décembre 2008 2 16 /12 /décembre /2008 23:06

J’ai découvert Seul le silence de R.J. Ellory grâce à différents avis vus sur les blogs, chez Bastien ou Cuné (entre autres) …


Evacuons tout de suite une question légitime. Non, malgré la grande ressemblance patronymique, R.J. Ellory n’est pas un pseudo de James Ellroy ! Ou si c’est le cas, le canular est énorme. Pour en savoir davantage sur cet auteur anglais (ses romans se déroulent en général aux US mais il est anglais), on peut aller sur son site. Dernier point de détail, les éditions Sonatine qui publient cette première traduction, en annoncent déjà une nouvelle pour août prochain.


Venons-en maintenant au roman.

1939 dans une petite ville de Georgie. Alors que les rumeurs des horreurs en Europe filtrent à peine, la petite ville est secouée par la découverte du cadavre d’une gamine d’une dizaine d’années qui a été violée avant d’être tuée. Joseph Vaughan la connaissait bien, il était en classe avec elle. Quand dans les comtés alentour les viols et les meurtres se multiplient la panique et la colère gagnent. Joseph s’organise avec quatre copains pour patrouiller la nuit, la trouille au ventre. Les adultes eux cherchent un bouc émissaire. Ils finiront bien entendu par le trouver … Quelques années et bien des malheurs plus tard Joseph quittera sa ville pour aller à New York et commencer à écrire. Mais, alors même qu’il pense lui avoir tourné le dos à tout jamais, le passé le rejoindra, de la plus douloureuse façon.


Pour commencer, voilà ce que ce roman n’est pas. Ce n’est pas, en dépit de ce que peut laisser croire le résumé, un polar formaté de plus sur le thème, mainte fois rebattu, du serial killer. Et ce n’est pas, malgré la dédicace à Truman Capote, un nouveau De sang froid.


Si l’on a effectivement un serial killer dans le roman, le sujet est ailleurs. Pas de traque ici, pas, ou peu de suspense à la Michael Connelly (sauf, un peu à la fin). Le propos est autre. Ellory a écrit un roman très noir sur la culpabilité, les traumatismes et l’imaginaire de l’enfance, mais également sur la difficulté d’être différent dans une petite ville, sur le déracinement … De très nombreuses thématiques, traitées avec finesse et beaucoup d’empathie, qui donnent une tonalité à la fois sombre et très émouvante à ce beau roman noir.


Pour ce qui est de Truman CapoteDe sang froid est un roman implacable, d’une noirceur glaçante, sans la trace d’une « prise de position », dans lequel l’auteur ne s’implique jamais en tant que narrateur, observant tout (bourreaux et victimes) d’une position totalement externe. Ellory, au contraire, nous plonge en plein cœur du drame, dans la tête d’un personnage qui lui, se sent, à tord ou à raison, totalement impliqué. Ce qui n’enlève rien, ni à Capote (!) ni à Ellory. Ce sont juste deux grands romans, aussi différents que l’on peut l’être à partir d’un sujet en apparence semblable.


S’il fallait chercher des paternités, je pencherais plutôt du côté de La nuit du chasseur de Davis Grubb, pour le rôle central de l’enfance, pour la description de l’emprise étouffante de la religion et du regard des autres dans une petite ville rurale, pour l’angoisse des scènes de nuit … Une référence tout aussi prestigieuse que celle de Capote, et qui n’écrase jamais le roman d’Ellory. C’est dire.

R.J. Ellory / Seul le silence (A quiet belief in angels, 2007), Sonatine (2008), traduit de l’anglais par Fabrice Pointeau.

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars grands bretons
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commentaires

anne charlotte 17/08/2012 01:38


Je pense être totalement passée à côté de ce roman que je n'ai pas aimé. Je ne remet pas en cause le talent de l'auteur, je pense que le "problème" vient de moi.


Dans un premier temps je m'attendais bien trop à un roman policier où l'enquête serait au coeur du roman et ce ne fut pas le cas. De plus je ne me suis pas attachée à Joseph, à la fin j'ai eu ce
sentiment qu'il avait "la poisse", sérieusement tous les malheurs qui lui arrivent. Pour finir, "l'écriture" d'Ellory est à l'opposé de celui de l'auteur du roman que j'avais lu juste avant. La
différence m'avait vraiment déstabilisé. Tous ces points ont fait que j'en garde un souvenir négatif. 


J'ai l'impression d'avoir raté un bon livre.

Jean-Marc Laherrère 17/08/2012 09:23



Pas forcément raté un bon livre ... On n'est pas non plus tous sensibles aux mêmes choses. Et après avoir lu un second roman d'Ellory, j'ai l'impression qu'il est un peu surévalué.


De toute façon il se publie tant de bonnes choses qu'on trouve toujours quelque chose qui nous plaise.



Suffra 20/11/2010 23:28



J'ai terminé la lecture de : "Seul le silence" avant hier (je sais , ce n'est pas nouveau mais vu mes modestes moyens , je suis obligée d'attendre la parution en poche et encore...souvent
d'occase ) et j'ai vraiment été conquise  !


Formidable roman , un style soufflant , j'ai retrouvé un talent pour créer une atmosphère et une fois commencé , on ne peut plus lâcher la lecture.


C'est devenu assez rare que pour être signalé.


Un très bon moment et j'ai hâte de découvrir les autres romans de l'auteur.


 



Jean-Marc Laherrère 21/11/2010 00:16



J'avais aimé celui-ci, pas lu le second, et pas vraiment accroché au troisième. mais je suis un des rares, Ellory ayant de très bonnes critiques, de la part des pros et des amateurs !



Géraldine 05/10/2010 10:37



Si tu veux en savoir plus sur Ellory, il a répondu longuement à une interview exclusive pour mon blog, interview publiée en VF et VO ce jour.



Jean-Marc Laherrère 05/10/2010 14:59



Merci pour le lien et l'interview, je vais aller la lire.



Xavier 13/01/2010 10:45


Je viens de finir Vendetta qui est un cran au-dessus avec une fin en apothéose. J'avais beaucoup aimé Seul le silence ( même si le dénouement déçoit), mais là j'ai été aspiré au fil des pages et
j'ai peu dormi pour finir le bouquin...


Jean-Marc Laherrère 13/01/2010 17:12


Je n'ai trouvé l'occasion d'acheter et de lire Vendetta, dont j'ai pourtant entendu dire le plus grand bien.
Il va falloir que j'essaie.


Meyer Meyer 02/12/2009 22:57


Très bonne lecture. J'ai bien aimé l'écriture et l'atmosphère. Un seul bémol j'ai été déçu par la chute. A signaler une très belle chanson de Mickey D sur son dernier album qui est directement
inspiré du livre " je m'appelle Joseph". Elle donne envie de relire lebouquin.

Un auteur à suivre


Jean-Marc Laherrère 02/12/2009 23:02


C'est bien l'écriture et l'atmosphère, bien plus que l'intrigue, qui font l'intérêt de ce roman. je suis bien d'accord.


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