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3 janvier 2009 6 03 /01 /janvier /2009 00:03

Ce fut vraiment un sale, très sale nouvelle. Il n’avait que 75 ans. Au vu de la quantité de romans qu’il a écrit, il aurait pu en avoir mille … Et ses lecteurs auraient voulu qu’il vive mille ans de plus. Parce qu’on a plus que jamais besoin de lui.

Impossible de résumer les bonheurs de lectures que je lui dois.

De la science fiction comme Trop humains, sa version de la fin du monde qui n’a, de mon point de vue, qu’une rivale, la version délirante de deux autres humoristes, j’ai nommé le génial De bons présages de Neil Gaiman et Terry Pratchett.

Du noir, très noir, comme Le couperet, cette implacable et inattaquable illustration du capitalisme, de la loi du plus fort, et de la ce vieil adage populaire que l’on nous ressert tant : la fin justifie les moyens. Noir aussi comme Kahawa, roman d’aventure et d’aventuriers, presque plus leonardiens que westlakiens, mais aussi, en toile de fond, dénonciation, à la Donald Westlake, c'est-à-dire sans avoir l’air d’y toucher, de la dictature d’Amin Dada.

C’est bien entendu l’écriture au rasoir de Richard Stark, et de son implacable Parker. Des romans d’action pure, sans un mot de trop, sans une phrase qui ne décrive une action, sans l’ombre d’une justification psychologique ou d’une émotion. Seulement de l’action, à l’efficacité totale, comme la prose.

Mais surtout, surtout, c’est l’auteur qui m’a fait éclater de rire si souvent.

Avec sa critique des média comme dans Moi Mentir. Avec sa variation absolument géniale sur le thème de l’homme invisible, dans Smoke, qui prend tout son sel quand on sait que le boulot de cet homme est de soulager ses semblables des biens qui les encombrent. Un roman hilarant, ponctué de scènes d’anthologie, dont celle, qui restera gravée dans mon souvenir, qui voit Freddie, le petit voleur devenu invisible, profiter de son avantage pour imposer des choix de programme télé assez … personnels, dans la salle commune d’un Bed and Breakfast.

Et il y a le génial Aztèques dansants qui, en plus de m’avoir fait plusieurs fois éclater de rire, offre de mon point de vue, la plus originale, la plus subjective, la plus délirante, mais aussi la plus juste des descriptions de New York que je n’ai jamais lue. Si vous avez ce bouquin sous la main relisez les deux premières pages, vous verrez si j’ai raison.

Et puis il y a le monument John Dortmunder. John et sa bande, que l’on a vu grandir, que l’on a appris à connaître, à aimer, à attendre … Un nouveau Dortmunder annoncé, c’était des jours de bonheur. Celui de savoir qu’on allait le retrouver, celui de voir enfin de livre, de le toucher, de lire le résumé, de le tenir, en réserve, aussi longtemps qu’on pouvait patienter. Et puis, enfin, de l’ouvrir, et de découvrir, émerveillé, ce que ce sacré Westlake allait bien pouvoir inventer cette fois comme défi irréalisable, comme casse génial, et comme grain de sable et coup du sort pour que, malgré tout son talent, John se retrouve encore et toujours couillonné.

C’était de la joie pure, de la jubilation, de l’excitation. C’était l’optimisme forcé et les voitures de médecin d’Andy, les habitués bourré du bar où la bande préparait ses casses, la force, pas toujours tranquille de Tiny, les itinéraires de délestage de Stan et de sa mère, c’était la morosité permanente de John, ses plans géniaux, sa mafre légendaire, son refus des gadgets modernes … C’était des personnages que l’on connaissait tellement bien que Westlake pouvait élaguer, épurer, certain que le lecteur comprendrait à demi-mot. Et quoi de plus gratifiant pour un lecteur que de sentir que l’auteur lui fait confiance ?

Je ne me risquerai pas à tenter un semblant de bibliographie. Elle serait beaucoup trop incomplète. Fouillez votre bibliothèque, allez chez votre libraire, dans votre bibliothèque préférée, piochez au hasard, ce sera bon.

Seule consolation, bien maigre, rivages a l’air de rééditer tous les anciens Westlake qui n’étaient plus trouvables que chez les bouquinistes ou dans les meilleures bibliothèques. Maigre consolation, vraiment, mais consolation quand même.

Je terminerai par ceci, qui conclut la débâcle des sentiers du désastre :

« Vous savez quoi, dit Dortmunder. Je commence à comprendre ce qu’il y a de pire dans tout ça.

Kelp semblait intéressé, mais inquiet.

- Il y a un truc pire qu’un autre ?

- Si on ne fait pas le casse ce soir, dit Dortmunder, vous savez ce qu’on aura fait pendant trois jours ? On aura travaillé ! »

Un dernier mot, quand même. Sur le site de Sarah Weinman, l’hommage à Donald Westlake s’étoffe d’heure en heure. C’est en anglais, et cela montre ce que diable d’homme représentait là-bas aussi.

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars américains
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commentaires

George Weaver 07/01/2009 18:34

Au temps pour moi. Mais entre "Voyage au bout de la Noire", "Les années Série Noire" chez Encrage et le Dictionnaire (que je n'ai pas, il dépasse mes moyens), il est vrai que cela devient difficile de parler "du" Mesplède…

George Weaver 07/01/2009 15:40

Euh, les excuses étaient adressées à Henry Collard.
C'est justement en comparant le Mesplède (qu'il serait bon de mettre à jour, 12 ans après…) au catalogue des éditions Rivages que j'ai établi cette liste.
Quant à Dortmunder, outre celui de 2009 signalé par Sarah Weinman, il en reste apparemment deux autres encore inédits en France : "What's so funny ?" et "Watch your back !"

Jean-Marc Laherrère 07/01/2009 18:24


Quand je parlais du Mesplède, il s'agissait du Dictionnaire des Littératures policières, sorti en 2003, et dont la seconde édition date de 2007. Mais je ne suis pas allé y vérifier l'article
Dortmunder ...


George Weaver 07/01/2009 13:50

Aïe, je crois que je me suis mélangé les pinceaux, puisqu'il me semble que c'est précisément dans "La joyeuse magouille" que Tiny fait son apparition dans la série (je n'ai présentement aucun des livres sous la main pour vérifier). Ce n'est certes pas la faute d'Henry Collard si j'ai pour ma part lu auparavant des Dortmunder publiés après 1978, et donc, toutes mes excuses.

Jean-Marc Laherrère 07/01/2009 14:47


Pas de problème. En cas de besoin j'irai vérifier dans le "Mesplède".


George Weaver 07/01/2009 13:40

Eh oui, Jenny, skiez bien (pour certains), sur les pistes, c'est qu'on décroche complètement du quotidien, un peu comme si l'on se retrouvait sur une autre planète, toute blanche et glacée, mais le retour au monde réel peut s'avérer brutal, et autrement glaçant…
Concernant les traductions, Guérif, lorsqu'il réédite d'anciennes Séries noires (SN), les fait effectivement toiletter et compléter. Pour des raisons financières compréhensibles, il rachète à Gallimard les droits de l'ancienne trad., qu'il fait réviser et harmoniser par d'obscurs tâcherons pourtant fort compétents mais dont nous n'avons pas les noms. Il n'y a qu'un roman pour lequel je dispose des deux versions : "Nobody's perfect", publié en SN en 1978 sous le titre "La joyeuse magouille", réédité en 2007 chez Rivages Noir sous le titre "Personne n'est parfait", et à vue de nez, la réédition compte le double de signes de la SN, dans lequel des scènes entières avaient été sabrées. Le traducteur de la SN, Henry Collard, n'avait même pas pris la peine de feuilleter les Dortmunder précédemment parus chez Gallimard, puisqu'il rebaptisait Tiny "Tout p'tit" (ce qui n'était pas injustifiable en soi, mais il aurait pu se tenir au courant).
À propos de ces rééditions en Rivages, je me suis livré à un petit comparatif qui me semble pour l'heure exhaustif :
— « 361 » (1962, ex-SN n°750 « L’assassin de papa »), retraduit par Jean Esch ;
— « La Mouche du coche » (1966, ex-SN n°1068 « Les cordons du poêle »), trad. originale de N. Shklar révisée ;
— « Divine providence » (1967, ex-SN n°1232 « Le pigeon récalcitrant »), trad. originale de France-Marie Watkins révisée ;
— « Pierre qui roule » (1970, ex-SN n°1392 « Pierre qui brûle », le premier Dortmunder), nouvellement (?) traduit par Alexis Nolent ;
— « Jimmy the Kid » (1974, ex-Super noire n°34 « V’là aut’chose ! », 3ème JD), trad. complétée et révisée ;
— « Personne n'est parfait » (1977, ex-Super noire n°114 « La joyeuse magouille », 4ème JD), trad. originale d'Henry Collard révisée ;
— « Pourquoi moi ? » (1983, ex-SN n°1946 « Ça n’arrive qu’à moi », 5ème JD), trad. originale de Sophie Mayoux (révisée ?).
Bien à vous.

Jean-Marc Laherrère 07/01/2009 14:46


Merci pour ces précisions.
Comme j'ai découvert westlake plus tard que vous, il me reste (piètre consolation), le plaisir de lire les rééditions de rivages au fur et à mesure de leur sortie.
Plus les quelques titres restant, dont un ultime Dortmunder qui, si j'en crois le blog de Sarah Weinman, devrait sortir en juillet.


Jenny Ames Vernant 07/01/2009 01:22

L'horreur quand j'ai appris ça via les Moissonneuses à mon retour de vacances. Année de merde. Je n'ai pas encore lu les Parker, mais ne plus avoir un Dortmunder me désole (sauf les nouvelles qui me désolent aussi, mais pour d'autres raisons). Ah les fous rires de Dégâts des eaux et surtout d'Histoire d'os, et Aztèques dansants, et Le Contrat, et Le Couperet, et Adios Shéhérazade, évidemment, acheté en édition originale une petite fortune à Lyon, Quais du polar 2007 (?) avant la réédition par Rivages... Et... et... et... Et merde.

Jean-Marc Laherrère 07/01/2009 09:21


Et oui, et merde.


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