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23 janvier 2009 5 23 /01 /janvier /2009 21:28

Valerio Evangelisti, une fois de plus, là où on ne l’attend pas. On le connaissait auteur reconnu de science fiction avec sa série Nicolas Eymerich, versant dans le polar à coloration fantastique avec Pantera, héritier revendiqué du grand roman noir des origines avec Nous ne sommes rien soyons tout ! Le voilà historien, toujours noir et toujours social avec cette Coulée de feu, mexicaine.


16 septembre 1859, Brownsville, Texas - Mai 1890, Mexico. Telles sont les limites temporelles de ce nouveau roman. 30 ans d’histoire mexicaine au travers des destins d’une multitude de personnages. Marion Gillespie, veuve texane à l’ambition maladive, Margarita Magon, paysanne qui deviendra guerillera, Big Bill Henry, soldat sudiste de Robert Lee, âme damnée du futur président Porfirio Diaz, soldats français de l’empereur Maximilien, militants socialistes et anarchistes, chefs de bandes devenus caciques ou révolutionnaires, anciens rangers texans voyant dans le Mexique un terre où exercer leur violence, paysans, un gavroche mexicain, généraux, présidents, hommes d’affaire, ouvriers … Tous se croisent, s’aiment et se combattent, alors que le Mexique passe de mains en mains, de l’influence de l’Europe à celle des USA.


Commençons par un avertissement. Il vaut mieux n’attaquer ce roman que lorsque l’on est en forme, l’esprit vif et éveillé, avec un peu de temps devant soit. Parce qu’on se trouve face à plus de 400 pages à passer d’un lieu à un autre, d’un personnage à un autre, à avancer dans l’histoire par bonds de quelques mois, sans avertissement. Une fois qu’on a compris le principe, on suit, au début cela peut être déroutant.

Déroutant donc, mais ample et riche. Valerio Evangelisti, une fois de plus, se renouvelle, surprend, change de style et de cap. C’est à une immense et ambitieuse fresque historique qu’il nous invite. Une fresque pleine de fureur, de tripes, de bruit, de sang et de douleur.


Avec des personnages atroces, comme il sait si bien les mettre en scène. Dignes de Eymerich ou d’Eddie Florio. Mais également quelques figures exaltantes (qui ne seront pas épargnées pour autant). Car à l’image de ce que furent ces trente ans de violences, le roman est un immense casse-pipe.


C’est érudit, passionnant, plein de souffle et d’ampleur. C’est sanglant, noir, et plein d’énergie.  Evangelisti est aussi à l’aise dans la description à grand spectacle d’une bataille, ou de la prise d’une mine par des révolutionnaires que dans des scènes intimes entre mère et fille (intimes, mais pas forcément moins féroce). Il donne la parole aussi bien aux politiciens qu’aux paysans illettrés, aux pires racistes comme aux militants les plus éclairés, avec la même vérité.


Bref, c’est passionnant et brillant. Une petite suggestion quand même. Une liste des personnages en début de roman, et, en tête de chaque chapitre, une mention du lieu et de la date aurait facilité la lecture du roman.


En guise de clin d’œil, à deux reprises dans le roman des personnages parlent d’un certain Pantera. Et une dernière chose, impossible de classer le bouquin, à la fois western, roman historique, roman d'aventure, roman noir ... Un vrai Evangelisti.


Valerio Evangelisti La coulée de feu (Il collare di fuoco, 2005), Métailié (2009), traduit de l’italien par Serge Quadruppani.

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Western et aventure
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commentaires

Nina 25/01/2009 11:03

Bonjour;

un bon groupe aussi: les Brigada Flores Magon :)
pour en écouter un peu ou aller les écouter
www.brigadafloresmagon.com
où on trouve aussi des détails sur Ricardo et ses actions

et puis un peu hors sujet sur ce post, une interview de Lehanne :
http://www.guardian.co.uk/culture/2009/jan/24/dennis-lehane

Jean-Marc Laherrère 25/01/2009 13:30


Merci pour ces liens.


ekwerkwe 24/01/2009 12:22

Ricardo Flores Magon est un anarchiste mexicain, créateur du journal Regeneration et fondateur du PLM (parti libéral mexicain), opposant de Porfirio Diaz bien sûr, puis de Madero, puis de Huerta, etc. Son engagement politique date de la fin des années 1880, à peu près au moment où finit le roman d'Evangelisti, donc. Mais la référence semble claire...
Ceci dit, je ne connaissais pas non plus jusqu'à il y a vraiment très peu de temps.
;)

Jean-Marc Laherrère 24/01/2009 20:26


C'est donc bien lui, puisque le roman se termine sur une scène où il distribue des tracts anarchistes.


jeanjean 24/01/2009 10:00

...en partie d'accord avec toi, mais plus mitigé, notamment par rapport à ses autres romans, et surtout à "Anthracite".

Jean-Marc Laherrère 24/01/2009 10:50


J'irai voir ta critique sur ton site.


holden le lapidaire 24/01/2009 01:21

QUI A dit james carlos blake

coulee de lave alors
merci pour l'info

Jean-Marc Laherrère 24/01/2009 10:49


Même thématique, même violence, mais un traitement plus politique et plus éclaté.


ekwerkwe 23/01/2009 23:43

Je me décide à pousser la porte...

Je m'étais demandé s'il était pertinent d'intégrer ce roman au "défi Mexique" dans lequel je me suis lancée cette année: après une note de lecture pareille, je ne vais pas pouvoir m'en passer... Enfin, ça donne envie de découvrir tout Evangelisti, à dire vrai.

Un détail: Margarita Magon a un lien de parenté (même fictif) avec Ricardo Flores Magon?

Jean-Marc Laherrère 24/01/2009 10:52


Je ne connais pas Ricardo Flores Magon, grande est mon ignorance ... Mais dans le roman son fils s'appelle Ricardo.


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