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15 mars 2009 7 15 /03 /mars /2009 20:49

Je pourrai, pour parler de 186 marches vers les nuages, le dernier roman de Joseph Bialot, me contenter de vous renvoyer au papier de Moisson Noire. Mais ce serait faire preuve d’une flemme bien coupable.


1946, Berlin. Bert Waldeck est un survivant. Il a passé 11 ans dans les pires camps nazis. Pourtant Bert n’est ni juif, ni tzigane, ni homosexuel, ni même communiste. Cet ancien flic a juste eu le tort de ne pas taire ce qu’il pensait du régime nazi. Il a vu et vécu l’indicible, et il a survécu, mais dans quel état. Il recommence à s’intéresser à la vie quand un officier américain le recrute pour retrouver un SS, ancien ami d’enfance de Bert qu’il a croisé à deux reprises dans les camps. Au bout de quelques jours, Waldeck se rend compte qu’il est manipulé. Il décide alors d’enquêter pour son propre compte, quitte à devoir revivre les pires moments de sa vie.


Comme souvent dans le roman noir, l’enquête n’est que le prétexte, l’important est ailleurs. Ici, dans l’évocation des pires moments de l’histoire européenne. Joseph Bialot, qui fut lui-même déporté (lire C’est en hiver que les jours rallongent), choisit ici de prendre pour porte-parole un allemand en désaccord avec le régime. Cela donne un point de vue original, mélange de culpabilité d’être allemand et de perte d’illusions et de souffrance d’avoir été une des victimes.


Le récit se fait au travers de rapides aller-retour entre 1946 et le passé récent (de1933 à 1945) et décrit la montée de la haine, de la perte de valeurs et de culture, la main mise sur la pays d’une poignée de fanatiques associés aux pires crapules du pays. Et puis l’horreur, la déshumanisation tout autant que de destruction physique mise en œuvre dans les camps, et les rares étincelles de résistance, d’intelligence qui, miraculeusement, arrivent à survivre.


C’est également le portrait de Berlin, grande capitale européenne réduite à un champ de ruines où errent des survivants complètement perdus. C’est enfin la description du cynisme des grands qui, sous couvert de réalisme politique, se partagent le cadavre encore chaud et sont près à blanchir les pires criminels s’ils peuvent leur être utiles. Tout cela au nom d’une guerre froide qui s’annonce déjà.


On pourrait s’enfoncer dans le pathos, dans la diatribe, ce n’est jamais le cas. L’émotion, la colère, la rage, l’incompréhension sont là, parfaitement exprimées, mais avec pudeur. Un grand roman noir, magnifiquement écrit. Un roman pour ne pas oublier, mais également un roman pour alerter. Car ce n’est qu’en sachant de quoi l’homme est capable, individuellement et collectivement, que l’on peut espérer éviter que le pire se reproduise.


Ceux qui veulent en savoir plus sur l’auteur peuvent aller lire la transcription de la rencontre entre Joseph Bialot et ses lecteurs sur le site de Bibliosurf.


Joseph Bialot  / 186 marches vers les nuages, Métailié/Noir (2009).

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars français
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commentaires

Meyer Meyer 01/12/2009 06:32


Bonjour Jean-Marc,

Je ne connaissais Bialot que par ses livres non policiers ("Cet en hiver que les jours rallongent" et "la station St Martin est fermé au public") que je recommande d'ailleurs aux lecteurs de
polars.J'avais un a priori défavorable envers ses romans policiers (peut-être à cause de ses titres ). Ce roman est donc une très belle surprise pour moi. L'intrigue en elle-même n'est pas
formidable mais il le contexte est très fort et très original. J'ai même appris des faits historiques que j'ignorais comme le bombardement de bateaux remplis de déportés. Je ne regrette pas d'avoir
écouter les critiques dont la votre et d'avoir lu ce livre. Merci également à E.. (dont je tairai le nom) qui à pousser Joseph Bialot à écire et à publier son 1er livre à 55 ans.


Jean-Marc Laherrère 01/12/2009 09:56


Merci pour ce petit message.


Dominique 17/03/2009 10:59

ton billet et celui de Yann sont excellents et donc je viens d'entamer la lecture
Joseph Bialot sera présent aux journées de "quai du polar" à lyon" j'espère avoir le plaisir de l'écouter parler de ses livres

Jean-Marc Laherrère 17/03/2009 13:57


Bonne lecture, et bonne rencontre.


jeanjean 16/03/2009 21:00

magnifique roman, en effet... un de ceux qui me resteront en mémoire, à coup sûr. @+

Jean-Marc Laherrère 16/03/2009 23:21


Le bouche à oreille, et internet devraient commencer à faire leur effet. J'espère que ce roman va trouver son public.


Hannibal le lecteur 16/03/2009 19:21

Merci Jean-Marc pour cette belle chronique.
J'ai l'impression qu'on est tous du même avis sur ce roman.
J'ai eu le privilège de rencontrer M. Bialot samedi. On a discuté quelques minutes, l'homme étant au moins aussi intéressant que ses romans (c'est dire, donc !).
Pour ceux qui ont lu le roman, je n'ai pas pu m'empêcher de lui demander si la scène du match de foot était réelle. C'est tellement horrible que j'ai cru que ce l'était, et bien non, c'est inventé (ce qui n'enlève rien aux horreurs perpétrées par ailleurs). Bialot a par ailleurs vraiment vu ces deux hommes qui jouaient virtuellement aux échecs en travaillant.
Encore une fois, pour ceux qui ne l'ont pas encore fait : lisez ce roman !

Jean-Marc Laherrère 16/03/2009 23:21


C'était comment le salon ? Et taibo ? J'aimerais aussi beaucoup rencontrer J Bialot que je ne connais que par ses livres et quelques échanges que nous avons eu.


olivier Verstraete Radio Cité Vauban (RCV) 16/03/2009 07:04

bonjour jran-marc
nos lectures littéraires se suivent...
voici mon avis sur le dernier bialot
a+

Et si Berlin m’était conté ? Aujourd’hui, le conteur vous dirait de la capitale historique allemande qu’elle est le centre culturel de l’Europe, un bastion du vieux continent et que sa porte de Brandebourg reste un lieu symbolique. Mais que dirait-il, que narrerait-il de Berlin au sortir de la seconde guerre mondiale quand ruines et gravats côtoyaient la mort et les souvenirs morbides du sombre héritage qu’a laissé le 3e Reich. Ce conteur, c’est Joseph Bialot dans son dernier roman , 186 marches vers les nuages aux éditions Métailié. Bert Waldeck a connu les camps nazis. En près de 11 ans, il en a fait quelques uns. Pourtant, il n’est pas juif, ni tzigane, encore moins homosexuel. Non, Bert n’est juste pas d’accord avec la politique du 3e reich, son opinion trop marquée par la couleur rouge. A la fin du conflit, il est alpagué par Doug Mayen, un officier américain à la recherche à la recherche d’Hans Steiner par ses services. Tel un policier enquêteur qu’il était dans la vie civile, Bert Waldeck mène l’enquête à Berlin dans les pas de ce bourreau qu’il a connu d’abord sur les bancs de l’école et ensuite dans la cour du camp de Mauthausen. Joseph Bialot connaît la vie de ces camps de la mort. Il a été emprisonné à Auschwitz avant d’être libéré par les russes en 45. Avec 186 marches vers les nuages, il continue son devoir de mémoire entamé avec son roman "c’est en hiver que les jours rallongent". Mais ici,il prend le parti à faire raconter l’horreur à travers les yeux d’un allemand et met en lumière le sort des opposants au régime d’Hitler. Ce parti pris de l’auteur est renforcé par le regard que porte Bert Waldeck sur Berlin, sa ville natale et ce qu’il reste après la folie des hommes et de leurs idéaux nauséabonds. Cette recherche dans la ville est aussi une introspection dans sa mémoire, ses moments de vie difficiles à tutoyer l’ohirreur incarnée à travers les traits de ce SS régnant sur le camp de Mauthausen et ses 186 marches, ascension mortelle vers l’enfer. Un bon roman noir qui tire son intérêt dans le cadre historique et l’épaisseur des personnages que dans l’intrigue. Joseph Bialot réussit ce voyage dans le temps que l’on aurait aimé ne pas faire

Jean-Marc Laherrère 16/03/2009 09:24


Merci pour ce complément, on est une fois de plus en phase.


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