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3 août 2009 1 03 /08 /août /2009 21:08

Nous sommes en août, il fait raisonnablement beau, les risques de brouillard sont minces, et avec un peu de chance vous n’êtes pas en Transylvanie, ou quelque coin lourd de passé mythique de ce style. Malgré tout, je vous conseille de ne lire L’ange noir de John Connolly que de jour, entouré de bruits rassurants tels que le pastaga ou le blanc frais qui coule dans votre verre, vos enfants qui sautent dans la piscine, les cigales qui … qui font des bruits de cigales. Voilà, vous êtes avertis.

 

Avant de commencer, je m’aperçois que je n’avais jamais parlé de John Connolly ici. Brièvement, il s’agit bien de ConnOlly, pas de ConnElly. C’est pas du tout pareil ! John est irlandais, Michael est américain. Si vous trouvez Harry Bosch un peu borderline, Charlie « Bird » Parker son ex flic devenu privé, va vous flanquer les jetons. Les copains de Charlie sont plutôt du style de Bubba, le fou furieux ami des privés Patrick et Angela, de chez Dennis Lehane que du flic du FBI copain de Bosch. Et si le psychopathe du Poète est ce que vous pouvez supporter de plus glauque … Laissez tomber Connolly, c’est trop rude pour vous.

 

Parker a quitté la police de New York après la traque du psychopathe qui avait tué sa femme et sa fille. Depuis, il a pris l’habitude de fréquenter d’assez sinistres personnages. Mais il n’a encore jamais croisé les Croyants. Ces sympathiques individus sont persuadés d’être les incarnations d’un certain nombre d’anges déchus, chassés du Paradis par Dieu et restés sur Terre plutôt que d’aller rôtir en Enfer. Ils sont depuis des siècles à la recherche du double de leur patron, l’ange noir, emmuré vivant dans une statue d’argent par des moines au Moyen Age, quelque part du côté de Prague. Ils ne sont pas particulièrement amicaux, et pensent être sur le point, enfin, de localiser la statue. C’est parce qu’ils ont tué une cousine de Louis, l’ami tueur de Charlie, que ce dernier va devoir les affronter, au risque d’en perdre la vie et la raison.

 

John Connolly est, à mon humble avis, le maître incontestable du thriller fantastique. Il a une façon unique de mêler à son récit policier quelques pincées de fantastique qui ne viennent jamais expliquer l’intrigue (ce qui serait un peu facile), mais viennent y ajouter, si besoin était, une touche encore plus sombre. Car le fantastique de Connolly regarde sérieusement du côté obscur de la force, du côté du Mal.

 

Ses intrigues sont impeccables, son héros au moins aussi torturé par le passé et ses fautes que Jack Taylor de son compatriote Ken Bruen (même si c’est un bien meilleur enquêteur), ses personnages secondaires superbes, et ses méchants … ce sont sans doute les plus beaux (et donc les plus effrayants) de la planète polar.

 

L’ange noir est un pur John Connolly, avec juste un peu plus de composante fantastique que d’habitude, même si, comme toujours, il laisse entrouverte la possibilité (faible) que tout ce qui est décrit soit … rationnel. On y retrouve la confrontation au Mal (des guerres de religion aux meurtres de femmes de Ciudad Juarez, en passant par le nazisme …), la question de la culpabilité, de la responsabilité. On y retrouve son écriture flamboyante. On retrouve aussi sa façon de lier le mystique et le métaphysique du Mal, à des conditions et raisons bien terrestres et sociales (rien de simple chez Connolly, tout a des explications multiples).

 

Il présente comme originalité d’explorer le milieu des collectionneurs morbides, et de révéler (du moins pour moi, pauvre âme pure qui n’aurait jamais imaginé une chose pareille) l’histoire hallucinante de l’ossuaire de Sedlec qui lui offre un cadre gothique absolument prodigieux.

 

Ah oui, j’oubliai, Connolly prend son temps, est capable de pages descriptives d’une grande beauté (souvent vénéneuse) ou de détours historiques fascinants. Mais ce n’est pas pour autant qu’il en oublie le suspense. Une fois le roman ouvert, on est happé, et il devient impossible d’arrêter avant la dernière page.

 

Bref, à lire … pour ceux qui l’osent.

 

Coup de bol, il m’en reste deux déjà traduits à lire !

 

John Connolly / L’ange noir, (The black angel, 2005) Pocket (2008), traduit de l’anglais (Irlande) par Jacques Martichade.

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars irlandais
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commentaires

clement 20/08/2009 11:25

Après on sait que tu es plus porté vers le noir que le thriller pur et dur.

Mais pour moi un thriller c'est comme un James Bond par exemple, ça va vite on en a plein les yeux mais le scénario n'offre pas de réelle réflexion mais on a passé un bon moment quand même.

Le Noir représente plus le cinéma d'auteur pour moi.

Bref il y en a pour tout le monde!

Jean-Marc Laherrère 20/08/2009 20:17


On est entièrement d'accord sur tout ça.


clement 19/08/2009 10:55

Je reviens par ici pour dire mon avis sur "Tout ce qui meurt"...

Effectivement c'est très très sombre, Charlie est profond et glauque, le Voyageur réalise des mises en scènes horribles, Angel et Louis sont bien deux Bubba et font des carnages, mais Connolly prend dix fois trop son temps !

Ben oui c'est un thriller, ça devrait aller assez vite or là que de longues descriptions du mobilier de tel pièce, de l'origine de tel lieu de Lafayette, des souvenirs communs entre Charlie et un autre personnage etc...

Si j'ai envie de lire de magnifiques descriptions du bayou et de la Louisiane en général je lis du James Lee Burke!

Pour un thriller pur et dur dans le fond c'est vraiment trop lent pour moi dans la forme!

Jean-Marc Laherrère 19/08/2009 21:02


Tout ça est cohérent. En général, je n'aime pas les thrillers qui "vont vite", je les trouve techniques mais vides. Par contre j'aime Connolly, sans doute pour les défauts que lui trouvent les
amateurs de thrillers ...
Je n'essaierai donc plus de vendre Connolly comme un auteur de thriller, promis.


rennette 11/08/2009 11:54

de l'humour noir quand même !!!

Jean-Marc Laherrère 11/08/2009 14:07


Plus de noir que d'humour il faut bien le reconnaître, même si certaines scènes avec Louis et Angel peuvent prêter à sourire ...


Pierre FAVEROLLE 11/08/2009 09:09

Policier + fantastique ? ça va intéresser ma femme. Y a-t-il autant d'humour et de plaisir de lecture que Chesbro ? N'est-ce pas trop noir pour ma femme ? En tous cas, je vais acheter le premier car votre article m'a donné envie d'essayer

Jean-Marc Laherrère 11/08/2009 10:00


OUh là !!!
Pas trop d'humour, et c'est très très sombre, plongée directe dans l'antre du Mal.


rennette 10/08/2009 11:17

Merci JM, je suis en train de lire le 1er et c'est un régal... dommage d'être obligée de
le laisser pour aller bosser...

Jean-Marc Laherrère 10/08/2009 14:44


Vivement ce soir donc ...


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