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27 août 2009 4 27 /08 /août /2009 22:34

Vieux motard que jamais comme on dit sur la route …

 

Au moment de sa sortie je n’avais pas lu ce bouquin dont on avait beaucoup parlé. Puis comme on me l’a offert, je l’ai lu. Je vais donc de ce pas vous parler de La route de Cormac McCarthy.

 

Inutile de s’étendre sur l’intrigue, tout le monde la connaît : Une catastrophe a tout détruit. Une couche de poussière et de suie recouvre tout, cache le ciel. Tout est gris et froid. Sur la route, un homme et son fils tentent de survivre et fuient l’hiver, en direction du sud. Ils ne croisent que désolation, solitude, et quelques survivants, transformées en bêtes sauvages. L’homme n’a qu’un seul et unique but : la survie du petit.

 

Sec, glaçant et impressionnant. Une prose au service d’une histoire. Une prose aussi grise, sèche et désolée que le paysage. Aussi dépourvue de chair que les corps émaciés des survivants. Aussi dépourvue de joie que le monde décrit.

 

On prend ce bouquin en pleine poire. C’est une vision désespérée et désespérante. C’est aussi une vision très américaine pour supposer ainsi qu’en cas de catastrophe, nul réflexe de solidarité ne subsisterait, que ce ne serait plus que chacun pour soi. Seul le petit, l’enfant vierge de souvenirs du monde d’avant, tend instinctivement à aider les épaves qu’ils croisent. Seule son influence empêche le père de sombrer définitivement dans l’inhumanité.

 

Des latino-américains auraient écrit un roman avec beaucoup plus de sang, de fureur et de rage, mais ils auraient également mis en scène des communautés qui cherchent à reconstruire quelque chose, ensemble. Cormac McCarthy écrit ce lent et inéluctable naufrage, d’une froideur absolue, totalement dédramatisé, au sens où il n’y a aucun ressort dramatique ou presque, ou rien ne vient rider la surface grise et lisse de l’horreur totale. Pas de cri, pas de révolte, pas de hurlements, pas d’explosions. Quelques sanglots, la peur, la pluie et une toux, rien de plus. Aucune aide à attendre, de personne.

 

Ce n’est pas un livre agréable, pas un livre que l’on relira, même pas forcément un livre qu’on aime, mais c’est un livre qu’on ne peut lâcher, et qu’on ne risque pas d’oublier.

 

Petit mouvement de mauvaise humeur quand même : l’édition de poche (points) que j’ai eu dans les mains est truffée de coquilles : mots coupés en deux, mots collés, lots compressés … Au point qu’il y a même parfois des mots qui manquent carrément. Une honte.

 

Cormac McCarthy / La route, (The road, 2006) Points (2009), traduit de l’américain par François Hirsch.

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commentaires

M


BOnjour


En total accord avec cette critique, ce bouquin m'a bousculé comme rarement , j'en ai fait des cauchemards...mais impossible de m'en détacher.Impressionnant. Rarement lu quelque chose comme ça !
Seul bémol tout de même , tant qu'a être dans le désespoir il fallait aller jusqu'au bout et la fin ne colle pas avec le reste du bouquin. N'empêche quel livre !!!!!



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J


C'est vrai que la fin apporte un très, très léger rayon d'espoir ...



J

Pluie noire est bien évidement l'antithèse de la route. Après un cataclysme similaire s'expriment la dignité et aussi la solidarité et c'est quand même plus rassurant que les propos de Mc
Carthy.
J'ai lu le Matheson il y a longtemps dans la collection "présence du futur".les bouquins ou films reprenant ce thème sont nombreux ; pour rigoler un peu revoir les "Mad Max" Franchement Tina Turner
presqu'à poil c'est terrifiant non?


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J

C'est aussi le souvenir (lointain) que j'ai de la Pluie Noire, cette vision hyper indivivualiste et déshumanisée de l'apocalypse est unique.
Quand à Mad Max, je n'en ai vu que le premier, et il y a fort longtemps !


M

C'est en tous cas un livre qui mets assez mal à l'aise (ma petite Miss Blanndish en est encore toute retournée !) Personnellement je n'ai pas vraiment été emballé et je ne peux pas tellement dire
pourquoi. Je reconnais que cela retste un bon (un grand ?) livre..
Pour moi , la relation entre Pluie noire et La route n'est pas évidente même si on se situe dans les 2 cas après un apocalypse. J'ai plus pensé à Je suis une légende de Matheson ou l'Oiseau
d'Amérique de Walter Tevis .


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J

Je sais que j'ai tord, mais je n'ai jamais lu le Matheson, dont j'entends pourtant beaucoup parler. Il faudra bien que je trouve le temps de le lire un de ces jours.


J
Non, non tu ne te trompes pas;les auteurs cités avaient il y a 20 et 30 ans prédits tout plein de catastrophes et franchement lire ce jour le bouquin de Mc Carthy et penser qu'un homme de talent puisse écrire une chose aussi dépourvue d'humanité ça me...troue! Avant lui un certain Shakespeare avait écrit sur un monde sans Dieu et "plein de bruit et de fureur" mais lui savait que rien n'était plus doux que de boire "le lait de la tendresse humaine". Afin d'illustrer mon propos et pour te consoler de cette terrifiante lecture, je te conseille le film de Shohei Imamura "Pluie Noire" si tu l'as déjà vu tu comprendras ce que je veux dire.
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J

Je l'ai vu, je me souviens que je l'avais trouvé extraordinaire.


J
Dan les années 80..et oui! j'ai lu pas mal de romans de SF considérés aujourd'hui comme des chefs d'oeuvre : Dick, Ballard, Spinrad, Brunner; ils étaient tellement géniaux qu'ils avaient avec talent décrit tous les maux qui frappent notre 21° siècle.
Alors si " la route' est le chef d'oeuvre du 21° siècle j'espère qu'il sera le denier!
Heureusement et grâce à Jean-Marc j'ai découvert Lansdale et cela me fait le plus grand bien!
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J

Je n'ai pas l'impression que l'intention de McCarthy ait été, comme ces auteurs géniaux que tu cites, de prévoir les maux de la fin du siècle. Juste de prendre un prétexte SF pour explorer autre
chose. Mais je peux me tromper.

Et je suis très heureux d'avoir acquis un lecteur de plus à la cause Lansdale, le plus politiquement incorrect, le plus mal embouché, le plus gras et surtout l'un des plus drôles parmi les auteurs
yankis actuels.


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  • : Il sera essentiellement question de polars, mais pas seulement. Cinéma, BD, musique et coups de gueule pourront s'inviter. Jean-Marc Laherrère
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