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8 septembre 2009 2 08 /09 /septembre /2009 21:49

Après le pavé de Leif Persson, intéressant dans le genre cérébral il fallait de l’émotion, de l’action, de l’empathie, quelque chose qui prenne aux tripes.

 

« Il y a des jours où le bord de votre lit ressemble à un précipice de cinq cent mètres de fond. Synonyme d’une répétition à l’infini de tâches qu’on n’a aucune envie d’accomplir. Lascano voudrait ne plus avoir à quitter son lit, ou alors pour se jeter dans l’abîme. A condition que ce vide soit bien réel. Mais il n’existe pas. La seule réalité c’est la douleur. […]

Il se jette dans le vide. La douche le débarrasse des restes de sommeil qui s’échappent par la bonde en hurlant. »

 

Ainsi commence L’aiguille dans une botte de foin, premier roman d’un auteur argentin, Ernesto Mallo, publié chez rivages.

 

« Perro » Lascano est un flic atypique : Il essaie de faire honnêtement son boulot, chose pratiquement impossible à Buenos Aires en pleine guerre sale, quand les militaires sèment les cadavres partout dans la ville. C’est sûrement pour deux nouvelles victimes de la junte qu’il a été appelé dans un quartier déshérité. En arrivant, il découvre un troisième cadavre, différent des deux premiers qui ont été de toute évidence jetés là par les militaires : Plus âgé, visiblement tué ailleurs pour être jeté là, il intrigue Lascano qui décide d’enquêter, même s’il sait que cela ne peut lui apporter que des ennuis.

Je voulais de l’émotion, j’ai été servi !

Ici, pas d’enquête classique, le lecteur en sait vite plus que le policier, et ce n’est pas sa démarche déductive qui intéresse Ernesto Mallo. Non l’intérêt réside dans tout le reste.

A commencer par ce personnage désespéré qui remue les tripes. Le blues de Lascano suinte de toutes les pages, servi par une écriture belle et déchirante … comme un tango (je sais, c’est un poil cliché pour un roman argentin, mais c’est bien ça que l’on ressent). On rentre dans la peau de Lascano, on partage son désespoir, sa fatigue, son dégoût de ce qu’il voit tous les jours.

Les personnages secondaires ne sont pas en reste. Ils participent de façon active ou passive à la folie macabre de cette sale période dans laquelle on rentre de plein pied et qu’on prend en pleine poire. Jusque là seul le magnifique et méconnu Vladimir illitch contre les uniformes de Rolo Diez m’avait autant fait ressentir l’impunité des brutes galonnées, l’envie de hurler de rage, et la trouille permanente, viscérale, paralysante.

Et parce qu’on est en Argentine, il y a quand même quelques échappées, quelques belles pages sur l’amitié, le maté partagé, un repas avec un ami, un amour naissant, et, inévitables, les citations de quelques auteurs aimés … Un magnifique roman profondément touchant. Et un auteur à découvrir.

Ernesto Mallo / L’aiguille dans une botte de foin, (La aguja en el pajar, 2005) Rivages/Noir (2009), traduit de l’espagnol (Argentine) par Olivier Hamilton.

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars latino-américains
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commentaires

Claude 01/12/2009 17:57


Admirable en tous points. Lu d'une traite, sans maté pourtant, ni tango si ce n'est celui, permanent, qui sonne durant tout le livre, déchirant comme un tango doit être. Je le recommande donc moi
aussi chaudement.


Jean-Marc Laherrère 01/12/2009 23:20


J'attends le suivant avec impatience, il est promis chez rivages.


Judith 04/10/2009 12:56


Bon, je l'ai fini, et j'ai tendance à être absolument d'accord avec toi. C'est tragique, humain et absolument implacable. On s'en causera à Toulouse, pour éviter de dévoiler ici la fin.
Et ça me donne envie de relire l'extraordinaire Bastille Tango de Jean-François Vilar (j'attends avec impatience de lire ce qu'en dira un camarade argentin à qui je l'ai recommandé,
d'ailleurs).
Bon, on attaque Argemi, maintenant.


Jean-Marc Laherrère 04/10/2009 15:09


A Toulouse donc, avec plaisir.


Judith 29/09/2009 17:57


Je suis dedans aussi. Connaissant et appréciant l'auteur, j'espérais ne pas être déçue par son livre... Ouf ! tout à fait d'accord avec toi, Jean-Marc, je trouve ça magnifique et déchirant. Et
passionnant.
A noter que Ernesto Mallo sera en France début octobre, entre autres pour Belles Latinas, à Lyon.
Quant à moi, je pars très bientôt arpenter en long en large et en travers les rues de Buenos Aires...


Jean-Marc Laherrère 29/09/2009 23:02


Décidément, les argentins sont en vue en France. Je ne peux, bien entendu, que men réjouir.


Ernesto Mallo 24/09/2009 23:10


Merci, je suis tres hereuse par la publication en France et pour votre comentaire.


Jean-Marc Laherrère 24/09/2009 23:15


Gracias.
Espero leerlo de vuelta en frances si, como me parecio, este libro es el primero de una serie.


Pascale 21/09/2009 22:30

Ok, ça fait un mois et demi que le blog y a fait allusion mais bon, il y a d'autres choses à lire également.
Ce préambule pour dire que j'ai beaucoup aimé ce livre, polar si l'on veut mais à la mode Paco Ignacio Taibo II, plus tableau de la société argentine (de Buenos Aires) sous dictature qu'autre chose. La 4ème de couverture annonce une suite, je suis assez impatiente de la lire.

Dans la même veine, et toutes choses égales par ailleurs, je vous rappelle de lire toutes affaires cessantes La Trilogie Berlinoise de Philip Kerr.

Et sinon, c'était comment la rencontre avec Alicia Gimenez Bartlett ???

Jean-Marc Laherrère 22/09/2009 09:30


U mois et demi ? Non pas tant que ça c'est un des romans de la rentrée ...
Effectivement c'est un polar si l'on veut, et moi aussi j'attends la suite avec impatience.
Pour Philip Kerr j'ai bien noté sur les différents blogs et sites qu'il fallait le lire, question quand ?

Et sinon, je n'étais pas allé à la rencontre avec Alicia Gimenez Bartlett à l'instituto Cervantez, mais je vais la voir bientôt au festival de Toulouse !


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