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27 septembre 2009 7 27 /09 /septembre /2009 22:35

Trois écrivains hispanophones eurent une idée d’une simplicité géniale : Faire vivre, à trois, un personnage de fiction. Ce fut Noela Duarte, fille d’un musicien cubain parti au moment de la révolution. Durant son enfance et son adolescence, elle a suivi son père dans ses tournées en Europe et en Afrique du nord avant de devenir photographe indépendante. Elle parcourt aujourd’hui le monde de conflit en conflit, d’homme en homme, laissant à tous ceux qui l’ont connue ou simplement croisée un souvenir inoubliable.

 

Noela Duarte, femme libre, dure, souvent distante. Ils nous la racontent à tour de rôle, au travers des témoignages de six personnes qui l’ont rencontrée ; au travers de six longues nouvelles qui la mettent en scène à Bruxelles, Rome, Paris ou Sarajevo. Six nouvelles qui s’interpellent, se répondent, se complètent pour faire apparaître peu à peu, comme la photo dans le bac du révélateur, le portrait de cette femme étonnante (Noela paraît sortir du révélateur, mais personne ne peut la passer au fixateur). (1)

 

Six nouvelles qui prennent le parti de donner la parole à six narrateurs totalement différents, pour des histoires, des styles et des émotions très variées, autour d’un centre commun, Noela.

 

Un amant sur le point d’être éconduit raconte ce qu’il sait de son enfance. Un sniper la suit dans son viseur durant quelques jours. Une veuve découvre qu’elle était l’amante de son mari. Un ancien compagnon de son père l’appelle au secours. Une star du rock lui doit une seconde jeunesse. Et pour finir, un mercenaire qui devait l’abattre succombe à son charme.

 

Six nouvelles aussi différentes qu’on peut l’être, certaines dures et sèches, reflet de la guerre, d’autres plus intimistes, ou plus nostalgique, l’une est même fortement influencée par l’immense Cortazar (du moins c’est comme ça que je l’ai ressentie) … Différentes mais cohérentes, grâce à Noela, et à l’ombre de la mort plane sur chacune.

 

L’exercice n’était pas facile ; il est magistralement réussi. Toutes les nouvelles sont excellentes, et sans jamais lui donner la parole les trois auteurs ont parfaitement réussi à faire surgir ce personnage inoubliable, digne des plus grandes héroïnes romanesques. Chapeau.

José Manuel Fajardo, José Ovejero et Antonio Sarabia / Dernières nouvelles de Noela Duarte, (Primeras noticias de Noela Duarte, 2008) Moisson rouge (2009), traduit de l’espagnol par Claude Bleton.

 

(1) Pour les jeunes générations qui n’ont connu que la photo numérique … Interrogez vos parents, ou grands-parents, pour savoir ce qu’étaient révélateur et fixateur dans le monde de la photo d’avant.

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars espagnols
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commentaires

Judith 30/09/2009 12:07


L'axolotl, peut-être ma nouvelle préférée de tous les temps...
Je te confirme, si ça peut te rassurer, que, moi aussi je vois des Argentins partout. Et ce n'est pas parti pour s'arranger (tant mieux !).
En Toulouse, por supuesto.


Judith 29/09/2009 17:59


Même impression à propos de Cortazar. L'inquiétant effet miroir.
¡Hasta pronto, en Toulouse...!


Jean-Marc Laherrère 29/09/2009 23:03


Ce n'est donc pas moi qui vois des argentins partout ! Effectivement, j'ai pensé immédiatement à la première nouvelle des armes secrètes (cara al sol en espagnol), ou dans le même recueil à
l'axolotl.
En Toulouse.


Olivier 28/09/2009 12:34


Et le bain d'arrêt, hein ?

;o)

Blague à part, ça semble intéressant, à ajouter sur ma liste d'emplettes


Jean-Marc Laherrère 28/09/2009 14:01


Et voilà, ça fait tellement longtemps que je n'ai pas eu le temps d'aller au labo que j'ai oublié le bain d'arrêt !


alain 28/09/2009 10:54


Je viens de le commencer..


Jean-Marc Laherrère 28/09/2009 14:00


Bonne lecture.


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