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30 septembre 2009 3 30 /09 /septembre /2009 22:43

J’avais été un peu déçu par le précédent roman de George Pelecanos (Les jardins de la mort), mais là je le retrouve, et j’en suis très heureux.

 

Washington D.C., par une chaude journée de 1972. Trois jeunes blancs, Billy Cachoris, Peter Whitten et Alex Pappas traînent leur ennui. Bières, pétard, voiture … Par bravade ils décident d’aller provoquer les noirs dans leur quartier. Une bêtise qui tourne mal quand ils tombent sur Charles Baker et les frères Monroe. Peter s’enfuit, Billy est tué et Alex reste défiguré. James Monroe et Charles Baker sont condamnés à des peines plus ou moins lourdes. Trente ans plus tard, Alex Pappas a repris le coffee shop de son père, et s’apprête à le céder à son fils aîné. Son plus jeune fils a été tué en Irak. James Monroe tente de refaire sa vie, et son frère Ray qui soigne les soldats blessés et amputés s’inquiète pour son fils basé en Afghanistan … C’est alors que Charles Baker, récemment sorti d’un de ses nombreux séjours en prison décide que les autres sont responsables du gâchis qu’est sa vie, et qu’ils doivent payer.

 

L’ami Jeanjean résume parfaitement ce nouveau roman sous le titre : George Pelecanos revient à ses fondamentaux. C’est exactement ça.

 

Revoilà le grand Pelecanos, le chroniqueur des quartiers populaires de Washington, le porte parole des humbles, des sans grades, de ceux qui essaient de s’en sortir, envers et contre tout. Des gens qui nous ressemblent finalement. Le grand Pelecanos que l’on aime tant, depuis qu’on a fait connaissance avec Peter et Dimitri Karras, avec Marcus Clay, avec Nick Stefanos avec Derek Strange …

 

Une fois de plus, il campe des personnages que l’on a l’impression de connaître au bout de quelques lignes, des personnages qu’il donne l’impression de croiser tous les jours tant ils sonnent juste. Et on retrouve tous ses thèmes de prédilection : la musique, le sport - et plus particulièrement le basket - la peinture des quartiers populaires « normaux », peuplés de gens ordinaires, et ce thème si présent dans son œuvre de la possibilité d’une rédemption, du droit à l’erreur et à une seconde chance.

 

Toujours en phase avec son époque, ce roman tourne également autour d’un nouveau type de personnages, peu présents jusque là, les nouveaux-anciens-soldats … Plus du Vietnam cette fois, mais d’Irak et d’Afghanistan. Avec les mêmes traumatismes, la même souffrance, les mêmes inquiétudes pour les proches. Et encore et toujours, ce ne sont pas ceux qui décident ces guerres qui y envoient leurs enfants. Comme d’habitude, aucun discours moralisateur, pas de thèse ou de pamphlet, juste la description « plate » de ces gamins et de leurs parents. Au lecteur d’en tirer les conclusions qu’il veut ou qu’il peut.

 

Un très bon Pelecanos.

George Pelecanos / Un jour en mai, (The turnaround, 2008) Seuil/Policiers (2009), traduit de l’américain par Etienne Menanteau.

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars américains
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commentaires

One More Blog in the Ghetto 02/01/2011 11:29



Je l'ai terminé il y a quelques semaines et suis enfin parvenu (j'ai eu un peu de mal) à publier ma propre chronique... et je m'aperçois qu'elle recoupe largement la tienne (au point que nous
avons même certaines formulations communes... je jure ne pas t'avoir lu avant d'écrire !!). Pelecanos est un grand auteur (et pas juste un grand auteur de polars) qui semble proche (de coeur) des
gens qu'il dépeint et nous y attache. Si j'osais (allez, j'ose), au-delà des nombreuses et évidentes différences, je lui touve quelque chose de "simononien" dans son regard plein d'humanité posé
sur "les petites gens".



Jean-Marc Laherrère 02/01/2011 17:26



Je ne suis pas un grand spécialiste de Simenon (et c'est un euphémisme) lu il y a bien trop longtemps. Mais effectivement, ce côté là existe chez ces deux auteurs.



Olivier Verstraete Radio Cité Vauban (RCV) 23/10/2009 22:01


bonjour JML

voici ma lecture du dernier pelecanos en français dans le texte. Elle n'est pas très éloignée de la tienne

Un jour en mai
George Pelecanos
seuil policiers

Au delà de son statut de capitale et de nom de son fondateur George, la ville de Washington a toujours été empreinte d'un climat de violence et d'insécuriuté. Les rivalités communnautaires ont
toujours fait malheureusement parti de son histoire, a fortiori quand existaient les lois ségrégationnistes aux Etats-Unis et même après. C'est ce que montre "Un jour en mai" le denrier roman de
george Pelecanos, paru chez L'Olivier.
Printemps 72 à washington. Trois jeunes blancs bourrés et défoncés au THC se lancent dans une virée dans le quartier noir de la ville afin de "s'offrir" ue provoc malvenue. Ils rencontreront les
frères Monroe et Charles Baker et la provocation tourne mal au point où l'un des trois blancs meurt par balle et Alex Pappas sera blessé gravement. 35 ans plus tard, Alex porte toujours sur le
visage les traces de cette nuit morbide. Il vit toujours dans le même quartier, a repris le coffee shop de son père avec le fils qui lui reste, son fils cadet étant mort en Irak. De son côté,
Raymond Monroe vit toujours à Washington aussi, soigne les blessés de guerre et son frère, après son ncarcération,tente de se reconstruire dans la mécanique auto. Par un concours de circonstances,
Alex et Raymond vont se revoir et des
questions sans réponses vieilles de trois décades vont se reposer ainsi que le désir de vengeance de Charles Baker, de nouveau ravivée.
Et voilà le retour de george Pelecanos, le cofondateur et scénariste de la sublime série "The Wire" avec Washington, sa terre de prédilection et les relations communautaires dans les quartiers son
cadre sociétal favori. Il l'a déjà fait, il le refait et c'est parfait. Les personnages et leurs psychologies sont à tomber, sa description du "Washington way of life" est d'une efficacité et brio
à toute épreuve.

cerrtes, l'intrigue ne rebondit pas à chaque fin de chapitre comme un cabri. Et alors! george Pelecanos se sert ce faux rythme pour distiller sons tyle, tout en finesse, pour faire évoluer le
quotidien d'Alex et Raymond Monroe pour les faire converger naturellement. C'est un vrai bonheur de lecture et du lecteur que de retrouver Pelecanos au meilleur de sa forme romanesque avec un jour
en mai qu'on espère
durer une éternité narrative. L'espor fait vivre!


Jean-Marc Laherrère 24/10/2009 15:26


Je vois que nous sommes d'accord.


Sughrue 03/10/2009 00:05


Ça débute avec une enseigne, celle d’un diner grec bien sûr, et se termine par une autre enseigne… Je viens de terminer The Turnaround en anglais (quel bonheur de lire enfin ce grand auteur dans le
texte !). Pelecanos pousse jusqu'au bout son travail impressionniste : par petites touches éparses il construit un superbe roman, une immense œuvre. Il prend le temps, est toujours très juste.
Dix pages d'action sur un roman de 300 pages. La finesse et la pudeur de la scène de passation entre Alex Pappas et son fils est bouleversante. Peu de choses sont dites et pourtant tout est dit…


Jean-Marc Laherrère 03/10/2009 10:14


D'accord avec tout ça.


Aurore 02/10/2009 18:35


Je ne connais pas (encore) Pelecanos, mais tes avis sont toujours bons, alors je note!


Jean-Marc Laherrère 02/10/2009 22:45


Tu peux commencer par celui-ci.
Ou démarrer par le roman fondateur, à mon avis, à savoir Un nommé Peter Karras.
Puis suivre avec la série Nick Stefanos (liquidation, Nick la galère, Anacostia river blues et Funcky Guns).
Bonnes lectures.


jeanjean 02/10/2009 09:37


t'as raison d'évoquer les "nouveau-anciens soldats" d'Irak ou d'Afghanistan, ils occupent dans le roman une place non négligeable et eux aussi se reconstruisent, comme pappas ou Monroe.
Et puis j'aime beaucoup la façon dont Pelecanos parle de ces gens, avec justesse et sans pathos. Mais il ne peut s'empêcher d'être dépité (et on le serait à moins) quand il évoque le travail des
recruteurs au pied des quartiers pauvres, les bureaux de recrutement bien proprets et toute cette propagande autour du brave soldat qui va distribuer la Liberté et la Démocratie...
@+


Jean-Marc Laherrère 02/10/2009 09:56


Et oui, c'est là la grande force de Pelecanos, et d'une certain nombre d'auteurs yankis.

Parce que des soldats français, il y en a en Afghanistan non ? Et ils ne viennent peut-être pas du XVI ou de Neuilly, et ils vont se faire estropier pour ... Pour quoi d'ailleurs ?


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