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6 octobre 2009 2 06 /10 /octobre /2009 23:13

Quatre romans de Jake Lamar ont été traduits en français à ce jour. Deux romans américains, dont l’extraordinaire Nous avions un rêve, et deux romans parisiens, dont ces fantômes de Saint-Michel.

 

Marva Dobbs est une figure de la communauté afro-américaine de Paris. Son restaurant Soul Food Kitchen est en permanence complet, fréquenté par les célébrités et les américains de passage. A plus de soixante ans elle est toujours amoureuse de son mari français, et leur fille Naima, aussi belle que brillante, a entamé une carrière dans le cinéma à New York. Qu’est-ce qui lui a donc pris de tomber amoureuse de Hassan, le nouveau cuistot, qui n’a pas même trente ans ? Les choses se compliquent encore quand, à la fin du mois d’août, Hassan disparaît au moment même où un attentat est perpétré contre un centre d’étude américain à Paris. Quelques heures plus tard c’est Marva qui disparaît à son tour. Naima revenu en catastrophe va alors découvrir qu’elle ne sait pas grand-chose de la vie de ses parents.

 

Les fantômes de Saint-Michel prend un peu la suite de Rendez-vous dans le 18°. Il est centré autour de personnages croisés dans le roman précédent. Comme lui, il a moins de puissance que les romans américains. De nouveau, sa force réside essentiellement dans la galerie de personnages, tous très bien croqués. L’intrigue, une nouvelle fois, est un peu tirée par les cheveux (si on n’aime pas), ou rocambolesque (si on aime). Et il n’est pas totalement convaincant.

 

Il pêche en particulier par sa volonté « d’expliquer Paris aux américains ». Comme un des personnages haut en couleur du roman qui organise à l’intention des noirs américains en vacances des visites de tous les hauts lieux où d’autres noirs américains se sont illustrés, Jake Lamar explique à ses compatriotes ce qu’il y a à savoir sur l’histoire récente de Paris. Je ne sais pas comment un lecteur non français le perçoit, mais pour un lecteur français cela alourdit le récit.

 

On apprécie par contre la mécanique de l’intrigue qui, même si elle n’est pas totalement crédible, montre bien comment, en période de paranoïa, il suffit d’un rien pour créer un complot. Surtout si, en France, ce rien a pour protagoniste un musulman. Appréciable également de portraits de touristes noirs américains pour qui Paris n’a un intérêt que si on leur montre … quels lieux ont fréquenté d’autres noirs américains plus célèbres. Etonnante façon de voyager et de découvrir les autres !

 

Dans l’ensemble donc, une impression mitigée. Je ne sais pas si Jake Lamar écrira un jour son Grand Roman Parisien, comme il a déjà écrit son Grand Roman américain, mais ce n’est pas celui-ci. Dommage.

 

Jake Lamar / Les fantômes de Saint-Michel, (Ghosts of Saint-Michel, 2006) Rivages/Thriller (2009), traduit de l’américain par Catherine Cheval et Stéphane Carn.

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commentaires

kathel 07/10/2009 13:38


Je passe mon tour pour celui-ci, mais je viens d'aller lire ton billet sur "Nous avions un rêve" qui me plairait beaucoup plus, je pense !


Jean-Marc Laherrère 07/10/2009 13:45


Christophe (voir son commentaire) a été conquis ... Ceci dit, je continue à penser que Nous avions un rêve est son grand roman, et que ce serait dommage de passer à côté.


Aurore 07/10/2009 12:22


Etrangement l'histoire me fait penser à un 24h chrono, et me laisse (donc) sceptique. Alors si nous sommes deux, je passe mon chemin...


Jean-Marc Laherrère 07/10/2009 13:44


Je n'ai jamais regardé 24h chrono, mais pour ce qu'on m'en a dit c'est quand même très différent. Et tout le monde n'est pas de mon avis, (voir le commentaire de Christophe).


christophe 07/10/2009 12:01


Je ne suis pas trop d’accord avec Jean-Marc, c’est un bon roman. On peut penser « Il pêche en particulier par sa volonté « d’expliquer Paris aux américains » mais il ne faut pas oublier que c’est
d’abord écrit pour un public américain et ensuite traduit chez Rivages ; et je ne trouve pas que cela alourdisse le texte. Les personnages sont bien trouvés, Paris sert bien l’intrigue, c’est du
bel ouvrage.


Jean-Marc Laherrère 07/10/2009 13:43


Je suis très content de voir que d'autres lecteurs apprécient ce roman parce que ça me désolait d'être critique. J'ai beaucoup aimé les premiers Jake Lamar, et pour l'avoir rencontré brièvement à
Frontignan, c'est quelqu'un de très agréable.
Et puis ça montre que chacun réagit avec sa sensibilité.
Pour ma part, je doit être très rétif à ce que j'appellerai un "didactisme" qui m'avait aussi géné, par exemple, dans La ville des couteaux de William Bayer sur Buenos Aires.


Pierre FAVEROLLE 07/10/2009 07:52


Assez d'accord avec toi. Depuis le cameleon noir et surtout, surtout Nous avions un rêve, je ne retrouve pas le Jake Lamar que j'aime. Mais ça va venir. Celui ci est tout de même mieux que Rendez
vous dans le 18ème, qui était très faible à mon avis.


Jean-Marc Laherrère 07/10/2009 09:04


C'est marrant, j'avais préféré le précédent, moins didactique ...


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