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26 juillet 2011 2 26 /07 /juillet /2011 18:52

Je crois l’avoir déjà écrit plusieurs fois … Je ne suis pas très fan de thrillers. Voilà. Malgré ça, de temps en temps, j’en essaie un, pour voir, histoire qu’on ne puisse pas m’accuser de sectarisme. Comme on pourrait aussi m’accuser de ne lire que les « grands » éditeurs, pendant les vacances j’ai fait un double mea culpa. J’ai lu un thriller, Le hameau des purs de Sonia Delzongle, publié chez un éditeur jusque là inconnu de ma pomme.

 

Delzongle1989, Audrey Grimaud, jeune journaliste ambitieuse, est dépêchée pour couvrir un fait divers macabre : toutes les maisons d'un hameau perdu dans la campagne, occupé par les adeptes d'une communauté ont brûlé. Mais ce n'est pas seulement pour le scoop qu'Audrey s'intéresse à cette affaire. Dans son enfance, elle a passé ses vacances dans ce hameau, chez ses grands-parents qui faisaient partie des Purs, ce groupe qui vit replié, austère, en refusant tout contact avec le monde moderne. Elle connaît peut-être certaines des victimes dont les corps carbonisés ont été retrouvés.

 

Et puis il y a l'Empailleur, ce tueur en série qui fait une victime tous les ans dans la région, et sème les cadavres empaillés … Le passé ne va pas tarder à rejoindre Audrey.

 

Qu’en pense-je ? Ben que ce n’est pas ce hameau qui va me faire changer d’avis sur les thrillers. Car il a tout les ingrédients qui marchent et qui moi m’agacent : un serial killer avec mise en scène bien macabre, une secte, un soupçon de visions et de mysticisme (chez d’autres c’est un poil d’ésotérisme) … Alors ce n'est pas trop mal fichu, c'est même par exemple meilleur que le Chuchoteur (je sais, c’est de l’acharnement sur ce pauvre chuchoteur).

 

Ce qui est bien c’est la description de la nature et de ce hameau hors du temps. C’est aussi une écriture maîtrisée et agréable. Et finalement, je suis allé au bout sans déplaisir. Mais sans passion et non sans quelques agacements.

 

Tout d’abord parce que je n’ai pas réussi à m'intéresser aux personnages, ni à avoir la trouille quand ils courent un danger. Je me fichais de ce qui leur arrivait, les morts ne me faisaient même pas mal, et la dernière scène de la seconde partie, quand l’héroïne va se mettre toute seule dans la mouise est vraiment téléphonée (à croire que l’héroïne, elle, n’a jamais lu de polar !).

 

Ensuite, mais là c’est très personnel et ce n’est pas une critique mais une constatation, parce que les Purs du bouquin me filent de l’urticaire. Rien que de s’appeler purs … ça me donne une furieuse envie de faire partie des impurs, ceux qui se mélangent, qui pètent à table, mangent impur, baisent impur et surtout, pensent impur.

 

Et puis il y a une certaine accumulation … Les purs, le serial killer, la folie, l’inceste … Et comme si ça ne suffisait pas, un petit coup d’enfants juifs pendant la guerre. L’ennui étant qu’aucune de ces thématiques n’est creusée, et qu’on finit par se demander ce que les uns et les autres font là.

 

Maintenant ceux qui veulent le lire doivent arrêter parce que je vais dévoiler un élément important du final.

 

 

 

 

 

Voilà, le final ne m’a pas convaincu. Parce que c’est trop facile de changer de point de vue comme ça, hop, sans préavis, sans explication. Ca permet de cacher sous le tapis toutes les petites incohérences de l’histoire, d’éviter les explications qui seraient peut-être un peu difficiles à fournir, et ça fait du coup de théâtre retentissant à peu de frais.

 

Puis surtout, on ne peut (ou du moins je n’ai pu) s’empêcher de penser à Lehane et à son génial Shutter Island. Et ça c’est dur parce que c’est écrasant. Parce que chez Lehane on tremble, on dévore, et on est complètement bouleversé par le final, au point de relire immédiatement pour voir où on aurait pu comprendre. Et le plus fort c’est qu’on retrouve alors une seconde cohérence au bouquin. Et là non. Les retournements sont absolument imprévisibles, même à posteriori, alors que la force de ce genre de construction de haute voltige est que le lecteur, a posteriori, s’aperçoive qu’il avait tous les éléments en main. Alors bien sûr l’auteur a tous les droits, mais je ne peux m’empêcher de penser que c’est un peu facile.

 

Bref, je ne me suis pas ennuyé, mais je ne recommande pas. Mais comme je ne suis pas le seul lecteur du web, vous pouvez vous faire une idée, en allant chez l’ami Black Novel qui a aimé, ou Biblio Manu qui est plutôt de mon avis. Faites votre choix.

 

Sonia Delzongle / Le hameau des purs, Cogito (2011).

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars français
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commentaires

Pierre FAVEROLLE 16/08/2011 12:27



Au moins, c'est clair ! je comprends ta position, et heureusement qu'il faut de tout pour faire un monde ... littéraire. Merci pour le lien !



Jean-Marc Laherrère 16/08/2011 23:29



De rien. Comme ça les visiteurs ont deux avis bien différents.



Sonia Delzongle 29/07/2011 10:37



Eh bien bingo ! Et d'une, suis très flattée que le Hameau des Purs soit considéré par Jean-Marc comme meilleur que le Chuchoteur que j'ai beaucoup aimé (l'un des meilleurs thrillers de ces
dernières années avec Seul le silence et Au-delà du mal précédemment) et de deux, Pierre Faverolle, sur son blog Black Novel compare justement le Hameau des Purs à Marécages (que je n'ai pas
encore lu, mais il est dans ma liste, car les auteurs de thrillers ont eu aussi une liste...). Mais désolée de ne pas vous avoir malgré tout convaincu, mister Laherrère et de vous avoir fait
perdre votre temps ! Et pour une prochaine publication, je saurai...


Merci quand même d'en avoir parlé !


Cordialement


(d'autres chroniques, une dizaine, sont publiées sur mon blog (ainsi que des interviews, toutes très favorables, sauf par le Super héros des livres, tant de modestie me fait sourire, qui n'aime
pas non plus les thrillers, mais en fait pourtant son fond de  commerce...)



Jean-Marc Laherrère 29/07/2011 13:52



Ne soyez surtout pas désolée, étant critique totalement amateur (c'est à dire que cela ne me rapporte que le plaisir d'écrire et d'échanger avec d'autres lecteurs) et libre de tout engagement
avec quelque maison d'édition que ce soit, je ne lis que si je ne m'ennuie pas. Si un livre me déplait trop, suivant les recommandations de Monsieur Pennac, je l'abandonne en route.


Pour ce qui est du chuchoteur, pour ma part, c'est un des pires livres que j'ai terminé ces derniers temps, comme quoi des goûts et des couleurs .... Alors que j'ai aimé Seul le silence (mais
sans doute moins que la majorité des lecteurs), plus pour son écriture et son ambiance que pour l'intrigue assez sommairement bâclée sur la fin.


Quant aux marécages de Lansdale, c'est un pur chef-d'oeuvre (encore une fois, c'est un avis subjectif), mais sans aucun esprit de polémique, à part le fait que votre roman aussi contient des
souvenirs d'enfance, je ne vois pas très bien le lien entre ces deux romans ... Il va falloir que je relise le papier de Pierre.


Pour finir sur bibliomanu ... Je l'ai croisé au détour d'un festival, super héros, c'est de la dérision et si vous regardez un peu les livres chroniqués, vous verrez qu'il y a peu de polars, pas
mal de SF, un peu de jeunesse, et du noir (Thomas Cook, Carofiglio, Benacquista ...)



Yan 27/07/2011 19:03



D'accord avec toi, Jean-Marc : il y a aussi des bons thrillers. Mais il est vrai que les thèmes bateaux ont tellement été usés jusqu'à la corde et le genre étant particulièrement vendeur, tout et
n'importe quoi sort aujourd'hui (et marche!). Pour moi, les meilleurs thrillers, sont ceux qui ne se contentent pas du serial-killer, de l'esotérisme à deux balles et des scènes d'éviscération
décrites avec une précision chirurgicale, histoire de surfer sur le succès des Experts. L'illustration même d'un bon thriller, parce qu'il a du fond et une belle forme (parce que l'auteur est
talentueux), c'est Les Marécages de Lansdale (ou Sur la ligne noire, du même). Bref, il y a dans le thriller, à boire et à manger. Mais c'est, je pense, le cas du genre noir en général, même si
c'est parfois moins visible, faute d'une véritable exposition, et même de la littérature dans son ensemble. Si ça c'est pas un avis hyper tranché, avec des positions super courageuses, je ne m'y
connais pas!



Jean-Marc Laherrère 27/07/2011 19:17



Entièrement d'accord, et en particulier pour dire que Les marécages, avec son serial killer, est un magnifique roman.


C'est effectivement la sur exposition, et l'utilisation marketing du termes thriller, ainsi que la surenchère post Hannibal ou post Da Vinci qui est nuisible au genre.


Et aussi, comme d'ailleurs pour un autre sous-genre, le polar historique, l'idée sous-jacente qu'il suffit de quelques mises en scènes bien trash, d'un tueur barré et d'un poil d'ésotérisme pour
faire un bon polar (ou pour le polar historique, d'une époque un poil exotique ... non je ne vise pas une collection en particulier !).



M agali 27/07/2011 09:53



Ah, ça, ça ne tombe pas dans une oreille sourde!


Merci d'avance!



Jean-Marc Laherrère 27/07/2011 10:33



You're welcome.



Le Pi75 27/07/2011 00:45



Finalement est ce qu un thriller n est pas un mauvais polar ?


Pour ma part j ai beaucoup de mal aussi avec ces thrillers ou livres d espions...


Quant a Hiassen, je vote pour lui a 100% meme si ce n est plus vraiment du polar, mais tout simplement du Hiassen : mi aventure, mi polar ecolo sur un mode hypra jouissif...


Felicitations pour ce blog que je lis attentivement depuis pas mal de temps deja.


Le Pi



Jean-Marc Laherrère 27/07/2011 10:33



Merci et d'accord avec l'avis sur Hiaasen.


Sur les thrillers, il y en a de bons, comme il y a de bons romans procéduraux (McBain en tête) de bons noirs ... Et il y a aussi de très mauvais romans noirs.


Après tout, Le léopard de Nesbo peut très bien être classé dans les thrillers ...


Mais c'est peut-être le "sous-genre" du polar qui, parce qu'il fait vendre, a vu apparaître le plus de productions médiocres, utilisant jusqu'à la nausée un certain nombre de recettes.



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