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26 décembre 2009 6 26 /12 /décembre /2009 23:26

C’est en parcourant les rayons d’une librairie que j’ai repéré ce bouquin. Comment ? Un polar péruvien ? Je ne vais pas manquer ça. Puis, le temps passait, et je ne trouvais jamais le moment de lire Avril rouge de Santiago Roncagliolo. Heureusement, dans le calme qui précède la tempête de janvier, j’ai enfin trouvé le temps. Bien m’en a pris.


Felix Chacaltana Saldívar est le substitut du procureur d’Ayacucho au Pérou. Son grand plaisir et sa fierté : Roncagliolorédiger clairement et proprement les rapports qui lui incombent. Et des notes de services pour demander une nouvelle machine à écrire, ou informer les autorités d’un disfonctionnement dans la communication inter-services.


Mais ce jour là, il a beau être tout à fait satisfait de sa prose, il reste troublé. C’est qu’il n’a pas l’habitude, dans ses fonctions, d’être confronté à un cadavre démembré et partiellement rôti. L’affaire est d’autant plus mal venue que la semaine sainte approche à grands pas, avec ses hordes de touristes venus du monde entier, et qu’il n’y a pas si longtemps Ayacucho était le théâtre des affrontements les plus violents entre l’armée et le Sentier Lumineux.


Quand d’autres cadavres apparaissent, Felix tente de prendre les choses en main. Mais d’une part il n’a jamais mené une enquête, d’autre part ni la police ni l’armée (toute puissante dans ce coin) ne semblent pressées de faire la lumière sur ces morts. Alors ? Retour du Sentier ? Œuvre d’un fou ? Felix va, peu à peu, s’apercevoir qu’en revenant à Ayacucho, il est revenu en Enfer.


Un grand roman, tout simplement. On commence par sourire, malgré les découvertes macabres. C’est qu’il est tellement ridicule Felix, raide comme un piquet, enfermé dans ses règlements et ses rapports, voulant toujours tout faire dans le règles, les rappelant à des personnes qui ont droit de vie et de mort sur lui, de façon totalement inconsciente, parce qu’il ne lui viendrait pas à l’idée qu’un représentant de l’état puisse ne pas agir conformément aux lois. Content dès qu’on respecte les règles.

 

Puis le sourire se crispe. Parce ce que Felix est rigide, maladivement honnête, mais pas idiot. Alors petit à petit il comprend, voit la réalité et se fissure. Au moment où le lecteur commence à passer de la moquerie à un mélange de respect et de pitié, son monde s’écroule, mais en même temps lui montre que, lui aussi, pourrait enfreindre les règles. Et Felix, finalement, n’est pas un enfant de cœur, et au moment où on pourrait l’aimer il commence à faire peur …

 

Parallèlement c’est toute l’horreur de l’affrontement entre une des guérilla les plus violentes des années 90 et une armée qui a tous les pouvoirs et arrête, torture, viole et tue en toute impunité qui apparaît, en même temps que Felix se rapproche de la vérité. Quant aux victimes, paysans pauvres et incultes, parlant à peine espagnol, ils sont de toute façon condamnés, considérés comme des terroristes par les militaires et comme des traites par les guérilleros.

 

Autant dire qu’à la fin de ce roman éprouvant, on ne sourit plus du tout …

 

L’écriture est à la hauteur du propos. Capable d’alterner entre le ridicule d’un rapport ampoulé, le flot délirant d’une folie grandissante, ou la narration classique. Une bien belle découverte, qui donne envie de chercher si cet auteur a d’autres romans de cet acabit traduits en français.

 

Santiago Roncagliolo / Avril rouge (Abril rojo, 2006), Points/Policier (2009), traduit de l’espagnol (Pérou) par Gabriel Iaculli.

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commentaires

Maïté. 07/01/2010 14:19


Non, je n'ai rien lu d'autre de lui. J'ai l'impression que je serais déçue, que là je suis tombée sur le roman exact, comme on dirait le point exact, de la rencontre entre cet auteur et moi. Ca me
fait ça avec certains auteurs, même avec certains que j'adore. Par exemple, j'ai une passion pour "Nocturne indien" mais je n'ai jamais rien lu d'autre de Tabucchi parce que je pense que c'était
celui là et pas un autre.
Sinon, là, je suis passée chez Baleine hier et j'ai commencé le Biberfeld, "On ne badine aps avec les morts", dont tu as dit du bien. J'en suis à à peu près cent pages et je trouve ça TRES bien,
effectivement. Très fluide, humoristique, intelligent...


Jean-Marc Laherrère 07/01/2010 15:09


En cherchant un peu sur le net, j'ai vu que l'autre roman traduit de cet auteur était en fait un roman antérieur très différent.
Ca donne un peu l'impression que, après un premier succès, on racle les fonds de tiroirs en attendant un nouveau roman de l'auteur ... mais je peux bien entendu me tromper.
En bref, je vais attendre et éviter de me précipiter.


Maïté 05/01/2010 14:47


Cher Jean-Marc,

tout à fait d'accord avec toi sur ce roman. J'apprécie aussi la clarté avec laquelle tu en parles. Je voulais en dire tout le bien que j'en pensais sur Bibliosurf, hé bien impossible! Je n'arrivais
pas à résumer, et je n'arrivais pas non plus à mettre en mots...Tiens, ça me reprend! Je trouve que tu dis très bien l'effroi grandissant, comme dit Christophe, mais tu donnes quand même envie de
le lire parce que tu dis très bien aussi une des très très grandes réussites du livre, à savoir le personnage incroyablement nuancé de Felix. Voilà, et moi je n'arrivais pas à trouver les mots pour
dire que c'était effrayant mais qu'il fallait absolument le lire.
Enfin bref, bonne année,
Maïté.


Jean-Marc Laherrère 05/01/2010 15:20


Merci et bonne année !
As-tu lu l'autre roman traduit de cet auteur ?


christophe 29/12/2009 11:13


et non, désolé, il est sur une de mes piles de lecture en retard...


Jean-Marc Laherrère 29/12/2009 15:32


Je vais essayer d'en savoir plus.


christophe 29/12/2009 09:22


C'est certain qu'Avril Rouge a été une des claques de l'année, avec le même sentiment d'effroi progressif que Jean-Marc à sa lecture...


Jean-Marc Laherrère 29/12/2009 11:03


Est-ce que tu sais si l'autre roman traduit de ce péruvien est du même niveau ?


Key Largo 28/12/2009 20:54


Il m'a l'air bien tentant, ce polar andin. A propos -et ca n'a rien à voir- j'ai adoré le mexicain "Complot mongol" de Rafael Bernal, publié en 69, mais est-ce bien le seul ouvrage de l'auteur? Ce
serait dommage. Toujours en ce qui concerne l'Amérique du Sud, et pour la BD, je signale l'halluciant "Terre de feu" de David B et Micol, dont le deuxième tome vient de paraître (Futuropolis). Un
western du bout du monde battu par des vents de folie.


Jean-Marc Laherrère 28/12/2009 22:21


Je connais effectivement le roman de Bernal, que Taibo II considère comme le roman fondateur du polar mexicain, rien moins.
Par contre je ne connais pas cette BD. Je chercherai.


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